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Samedi 11 août 2018

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Lundi 6 août

En août, le blog est out.

août…

Samedi 4 août

Livre de la semaine

Palafox

Eric Chevillard

Les Editions de Minuit

« Certes, à première vue, tout laisse à penser que Palafox est un poussin, un simple poussin puisque son œuf vole en éclats, un autruchon comme il en éclôt chaque jour de par le monde, haut sur pattes et le cou démesuré, un girafon très ordinaire, au pelage jaune tacheté de brun, un de ces léopards silencieux et redoutables, volontiers mangeurs d’hommes, un requin bleu comme tous les requins bleus, assoiffé de sang, en somme un moustique agaçant de plus, avec sa trompe si caractéristique, un éléphanteau banal, mais bientôt on se prend à en douter. Palafox coasse. Palafox nous lèche le visage et les mains. Alors nos certitudes vacillent. Penchons-nous sur Palafox. »
Éric Chevillard

 

  »Étrange et fascinant projet que celui d’Éric Chevillard. À toute allure, il nous entraîne sur les traces de sa créature polymorphe. Les savants, les chasseurs, les victimes de Palafox se joignent à nous dans cette quête essoufflante. De digressions en rebondissements, on galope, médusé, à travers un récit stupéfiant. Le rire éclate, la surprise enchante, le projet déconcerte : que veut Chevillard ? On peut évoquer Pinget, Queneau, Michaux, Perec : aucun modèle ne va vraiment à cette écriture d’une habileté confondante, d’une drôlerie irrésistible et méchante, d’un élan qui entraîne : suivons Palafox ! »

Isabelle Rüf (L’Hebdo, décembre 1990)

 

 

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août…

Vendredi 3 août

« La vie est une hésitation entre une exclamation et une interrogation. Dans le doute, on met un point final. »

Fernando Pessoa

 

Que peut-on faire à 60 ans de plus stimulant, de plus nécessaire et de plus vital que de préparer soigneusement son suicide?

 

La phrase précédente est évidemment un idéal; dans la réalité, la plupart des gens acceptent sans sourciller de vieillir sur un bateau de croisière Costa.

 

 

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Titien, Les trois âges de l’homme

août…

Jeudi 2 août

« Aujourd’hui, la barbarie esthétique réalise la menace qui pèse sur les créations de l’esprit depuis qu’elles ont été réunies et neutralisées en tant que culture. Parler de culture a toujours été contraire à la culture. »

Max Horkheimer et Theodor W. Adorno

 

J’ai toujours eu une haute opinion de mon insignifiance.

 

 

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Fragonard,  Portrait du duc d’Harcourt

Août…

Mercredi 1er août

« Une fois que ma décision est prise, j’hésite longuement. »

Jules Renard

 

J’ai toujours paru plus jeune que je ne l’étais réellement; à 5 ans, on me donnait à peine 6 mois et je me réjouis à l’idée que personne ne croira à mes 100 ans pensant que je suis davantage proche de 95.

 

La canicule arrive, les touristes héliotropes vont peut-être passer à l’ombre.

 

 

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Van Gogh, Les tournesols

Juillet

Mardi 31 juillet

« Surpris avec une jambe de jeune femme dans son assiette et poursuivi en conséquence pour cannibalisme, il prétendit devant le juge qu’il était en train de manger des cuisses de grenouilles et que la dernière avait soudainement pris cette forme au contact de ses lèvres. la jurisprudence parlait pour lui et il fut acquitté avec les félicitations du jury et des excuses de la cour. »

Eric Chevillard

 

Les rideaux devant les fenêtres d’été se gonflent à la moindre brise et se donnent des airs de voilier en haute mer. Les regarder vous donnent à peu de frais le teint buriné d’un skipper solitaire.

 

 

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Turner, Bateaux hollandais dans la tempête

Juillet

Lundi 30 juillet

« On parle toujours des arrières-saisons, avec ses grands hôtels vides, aux volets clos, et ses plages désertes. L’avant-saison, c’est l’été pour moi tout seul. J’y suis [...] ça a été! L’été est la seule saison qui se conjugue au passé avec ses couleurs passées, ses parasols décolorées, sa terre battue, lasse de pas perdus, et ses brises pastellisées. »

Jean-Edern Hallier

 

Il a le charisme d’un bulot et le QI d’une huître, ce qui le rend irrésistible auprés des palourdes.

 

 

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Eugène Boudin, Plage à Trouville

 

Juillet

Samedi 28 juillet

Livre de la semaine

La confusion des sexes

Michel Schneider

Flammarion

«Celui qui promettra à l’humanité de la délivrer de l’embarrassante sujétion sexuelle, quelque sottise qu’il choisisse de dire, sera considéré comme un héros» prédisait Freud, en 1914.

En polémiste incisif, Michel Schneider nous montre, dans « La Confusion des sexes », que la sottise s’est emparée du discours contemporain. On peut lui reprocher, comme le fait la presse, ses excès, mais s’agit-il vraiment d’excès ? Michel Schneider est le seul à oser écrire ce que certains pensent en sourdine, préférant refouler leur audace intime, face au battage médiatique claironnant l’indifférenciation généralisée.

Comment, dans notre monde égalisé, penser le sexe, sans l’altérité ? Contre l’historique domination masculine, le tsunami désexualisant, sur lequel surfe l’écrivain Frédérik Pajak, s’énonce ainsi : « Je suis un homme d’aujourd’hui, c’est-à-dire une couille molle ». Dans son désir de faire taire l’éternel malentendu homme-femme, la tentative politique d’arasement des différences s’attaque à cet archaïsme qu’est la sexualité masculine.

Ainsi, en nous délivrant du mâle, les nouveaux moralistes s’appuient sur le déni de la relation entre les sexes » pour dénouer l’assise symbolique de ce rapport impossible. Ils infirment les propos de Baudelaire, dans « Mon cœur mis à nu » : « Le monde ne marche que par le malentendu. C’est par le malentendu universel que tout le monde s’accorde. Car si, par malheur, on se comprenait, on ne pourrait jamais s’accorder ».

Funeste désymbolisation qui, en supprimant l’interdit, dans un vaste mouvement de délégalisation, fait entrer les interdictions nouvelles et infinies, dans la sphère privée, judiciarisant la sexualité, pénalisant certains comportements dits déviants, diabolisant certaines pratiques politisant les rapports, et… féminisant les mots eux-mêmes.

On comprend pourquoi les politiques ont l’heur d’inspirer Michel Schneider. Sans doute ne lui pardonneront-ils pas ce genre de phrase : « Députés ineptes et ministres malhabiles (…) lancent dans la nuit les signaux de leur détresse idéologique ». En ces temps de campagne présidentielle, où se joue l’élection à une fonction, oh combien symbolique, l’interrogation de Michel Schneider n’est pas sans intérêt. Elle nous enjoint de ne pas confondre féminité et féminisme. Le polémiste est féroce avec Marie Ségolène Royal, « petite mère des gens », « candidate de l’insoumission », promise dans ses propos mêmes, à la gestion de notre « caserne libertaire ».

On peut, pourtant, regretter que ses agressions contre le « socialisme moral et politique », si elles se justifient par la désexualisation masculine, ne visent qu’une orientation politique. Cet arasement du désir qu’illustrent les propos de Michel Schneider, se retrouve à l’intérieur de chaque famille politique et se moque de la fausse différence droite-gauche instrumentalisée par les médias dans la lutte pour la présidence. Marie Ségolène Royal n’est que le symptôme d’une époque dont les modes tentent de manipuler le patrimoine symbolique par la désexualisation masculine, jouant avec une arme de destruction humaine massive, plus dangereuse encore que le nucléaire , «le narcissisme de masse égalitaire et individualisé » vectorisant habilement le discours courant contemporain.

C’est le mérite de Michel Schneider de refuser de se taire. Il nous montre les ravages que peut produire la politisation des pratiques sexuelles quelles qu’elles soient. 0r, au détour d’une note de bas de page, il relève un lapsus dans le nouveau discours moraliste, à propos du maître-mot d’homophobie : Alors que celui-ci devrait désigner la peur ou la haine de celui qui aime le même, le mot est employé par nos progressistes auto-destructeurs, à contresens, puisqu’il signifie peur ou haine du même !

L’espoir, quant à l’avenir de l’humanité, peut renaître d’un lapsus !

G. Rousseau

 

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Juillet

Vendredi 27 juillet

« Il a certes consacré deux ans à l’écriture de ce livre. Mais la bouse est le produit d’une longue et lente rumination. »

Eric Chevillard

 

Vu l’appétence des moustiques pour ma peau, j’envisage la création d’un nouveau service à la personne. Je propose en effet de protéger votre sommeil ou vos soirées prés d’un plan d’eau par ma seule présence. Je recrute deux, enfin trois autres aimants à vampires et nommerai cette association les trois moustiquaires. Nos tarifs bientôt sur ce blog…

 

La perfection existe aussi dans la laideur qui propose peut-être plus de diversité et de créativité que la beauté.

 

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Quentin Metsys, Femme grotesque

Juillet

Jeudi 26 juillet

Perdre
Mais perdre vraiment
Pour laisser place à la trouvaille.

Apollinaire

 

La pesanteur provoque les plis, les rides, les poches mais aussi rend les pensées moins légères, les propos plus graves, les rêves plus terre à terre. Les paupières déja s’affaissent et l’oreille tombe; bientôt rejoindre le sol sera la seule perspective. Quel soulagement que de ne plus lutter contre l’évidence, de ne plus voleter lourdement, de ne plus faire l’autruche et enfin ramper dans la glaise qui nous modela.

 

 

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Saraceni, La chute d’Icare

Juillet

Mercredi 25 juillet

« Je ne croyais pas à la réincarnation, mais voilà, comme je palpais mon estomac douloureux, m’est soudain venu la velléité d’envahir la Russie. »

Eric Chevillard

 

Les hélices du Bateau Taxi labourent le fleuve en vain. Ne pousseront que des vaguelettes.

 

Le seul avantage d’avoir le cul entre deux chaises, c’est de pouvoir chier librement.

 

 

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Ingres, Napoléon 1er sur le trône impérial

Juillet

Mardi 24 juillet

« Les évènements qui nous arrivent, ceux dans lesquels nous sommes activement impliqués comme ceux auxquels nous assistons passivement n’ont aucun sens en eux-mêmes. Ils n’acquièrent du sens qu’à partir du moment où ils sont « tricotés » par les mailles du langage, que l’on peut les raconter à soi-même et aux autres. »

Roland Gori

 

J’ai bien l’intention de ne plus bouger de là, je cherche à me fossiliser. Dans quelques siècles, on me trouvera assis sur ce banc, ne faisant qu’un avec lui. Les chercheurs essaieront de comprendre comment marchait cette créature à six pieds, au dos large et à l’assise rectangulaire, tournée vers le fleuve.

 

Je ne peux jamais écrire plus de six à sept phrases d’affilée, un peu comme une vache à la traite qui donne toujours la même quantité de lait.

 

 

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Dubuffet, vache au nez subtil

Juillet

Samedi 21 juillet

Livre de la semaine

La dignité de penser

Roland Gori

ACTES SUD Babel

Au nom d’un « rationalisme économique morbide », une nouvelle colonisation des esprits envahit la planète. Avec ses agences d’évaluation et ses hommes de main, cette «religion du marché » interdit de penser le monde, notre monde, autrement que comme un stock de marchandises ou de produits financiers. Pour réaliser cette nouvelle manière de civiliser les moeurs il fallait faire chuter la valeur de l’expérience et celle du récit – de la parole – qui la transmet. En faisant baisser le cours de la parole au profit de l’information, de sa part la plus technique et mesurable, nous perdons le monde commun, nous perdons notre monde. Et plus encore en Occident, nous nous habituons à lâcher la démocratie pour l’ombre d’une technocratie qui organise insidieusement nos servitudes volontaires.

Cet ouvrage invite au retour du politique pour retrouver les conditions sociales et culturelles permettant de penser, de juger et de décider. Cela exige que soit d’abord interrogé le statut du savoir dans la culture, son rapport à l’expérience et aux pratiques sociales. Mais comment retrouver aujourd’hui la dignité de penser dans une culture qui ignore la légitimité du savoir du conte, du rêve, du jeu et de leurs récits ? La France qui se lève tôt a-t-elle encore le temps de raconter sa vie, son histoire et ses rêves ? 

 

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Juillet

Vendredi 20 juillet

« Le récit, tel qu’il a longtemps prospéré dans le monde de l’artisanat – rural, maritime puis citadin -, est lui-même une forme pour ainsi dire artisanale de la communication. Il ne vise point à transmettre le pur « en soi » de la chose, comme une information ou un rapport. Il plonge la chose dans la vie même du conteur et de cette vie ensuite la retire. Le conteur imprime sa marque au récit, comme le potier laisse sur la coupe d’argile l’empreinte de ses mains. »

Walter Benjamin

 

Un je-ne-sais-quoi, jolie expression peu employée. Un je-ne-sais-quoi dans sa démarche la rendait très séduisante ou un je-ne-sais-quoi dans son regard la faisait loucher horriblement, mais ça marche moins bien.

 

Avoir la patience d’un banc public!

 

 

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Van Gogh, Banc en pierre dans le jardin de l’hôpital Saint-Paul

Juillet

Jeudi 19 juillet

« L’art de conter est en train de se perdre. Il est de plus en plus rare de rencontrer des gens qui sachent raconter  une histoire. Et s’il advient qu’en société quelqu’un réclame une histoire, une gêne de plus en plus manifeste se fait sentir dans l’assistance. C’est comme si nous avions été privés d’une faculté qui nous semblait inaliénable, la plus assurée entre toutes: la faculté d’échanger des expériences.

L’une des raisons de ce phénomène saute aux yeux: le cours de l’expérience a chuté. Et il semble bien qu’il continue à sombrer indéfiniment. »

Walter Benjamin

 

Le vent tourne violemment les pages de mon carnet mais n’y inscrit rien. Son souffle laisse la page blanche. Je n’ai plus qu’à prendre le relais.

 

On lit en lui comme dans un livre ouvert mais sur la table des matières, ce qui rend l’interprétation de son sourire difficile.

 

 

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Juan Gris, Le livre

Juillet

Mercredi 18 juillet

« Être malheureux est certes à la portée du premier venu. Mais se rendre malheureux, faire soi-même son propre malheur sont des techniques qu’il faut apprendre. »

Paul Watzlawick

 

Le train suit paradoxalement un chemin de traverses qui le mène tout droit à destination.

 

 

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Fernand Léger, The Railway Crossing

Juillet

Mardi 17 juillet

« En ce monde, il n’y a que deux tragédies. La première est de ne pas obtenir ce que l’on veut, et la seconde est de l’obtenir. La dernière est de beaucoup la pire, la dernière est une vraie tragédie. »

Oscar Wilde

 

Les photos sur les paquets de cigarettes sont de plus en plus réalistes et horribles et, de ce fait, ratent complètement leur but. Il est impossible de se projeter dans un univers aussi dramatique en fumant tranquillement une « clope » associée à la pause et au plaisir de la discussion.

 

 

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Otto Dix, Portrait de la journaliste Sylvia von Harden

Juillet

Lundi 16 juillet

« Voici bientôt quatre longues semaines que les gens normaux, j’entends les gens issus de la norme, avec deux bras et deux jambes pour signifier qu’ils existent, subissent à longueur d’antenne les dégradantes contorsions manchotes des hordes encaleçonnées sudoripares qui se disputent sur le gazon l’honneur minuscule d’être champions de la balle au pied. Voilà bien la différence entre le singe et le footballeur. Le premier a trop de mains ou pas assez de pieds pour s’abaisser à jouer au football. »

Pierre Desproges

 

J’ai beau regarder, ce matin rien n’a changé. Tout est à la place habituelle, les nuages dans le ciel, les feuilles sur les arbres, le train en gare et la boulangère derrière son comptoir. La vie continue, implacable et indifférente.

 

Aujourd’hui, je suis champion du monde et pour la deuxième fois. Mais le fait d’en croiser des centaines d’autres gâche un peu mon plaisir.

 

 

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De staël, Les Grands footballeurs

Juillet

Samedi 14 juillet

Livre de la semaine

La nuit sexuelle

Pascal Quignard

Flammarion

« Quand on sonde le fond de son coeur dans le silence de la nuit on a honte de l’indigence des images que nous nous sommes formées sur la joie. Je n’étais pas là la nuit où j’ai été conçu. Une image manque dans l’âme. On appelle cette image qui manque ‘l’ origine’. Nous cherchons cette image inexistante derrière tout ce qu’on voit.

Je cherche à faire un pas de plus vers la source de l’effroi que les hommes ressentent quand ils songent à ce qu’ils furent avant que leur corps projette une ombre dans ce monde. Si derrière la fascination, il y a l’image qui manque, derrière l’image qui manque, il y a encore quelque chose : la nuit. »

C’est en ces termes que l’auteur invite à poursuivre la réflexion singulière qu’il avait initiée avec ses premiers écrits. En s’appuyant sur des sources iconographiques variées (Bosch, Dürer, Raphaël, Titien, Rembrand, Rubens…) il pose, dans le présent opus, la question des origines et s’affronte sans détour à la difficulté de dire l’indicible, comme de représenter l’irreprésentable.

 

 

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Juillet

Vendredi 13 juillet

« Que cela plaise ou non à certains, même les plus « intelligents » ou les mieux entraînés des chimpanzés ne connaissent pas et ne connaîtront jamais ni langage articulé, ni pensée réflexive, ni culture au sens anthropologique, ni arts, ni sciences, ni systême politique construit. »

Jean-Pierre Digard

 

Le corps du futur ressemblera à un mannequin de cire, à un produit de consommation, à un support de marques diverses et de tatouages décoratifs dénués de toute signification. Un corps d’androïde, objet de toutes les attentions, encore sexué sans doute mais de la façon la moins libre possible, selon des normes précises liées à des critères de compatibilité et de performance. Encore un effort, nous y sommes presque.

 

Les roues de son vélo sont pudiquement voilées, pas ses cuisse brunes qui les font tourner vigoureusement.

 

 

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Chardin, Le singe peintre

Juillet

Jeudi 12 juillet

« Ce qui distingue la poésie de la parole machinale, c’est que la poésie justement nous réveille, nous secoue en plein milieu du mot. »

Ossip Mandelstam

 

Elle retrouve son lit défait, ses rives en pointillés, puis, canalisée, domptée, apprivoisée, elle se contente de suivre son cours. Elle redevient studieuse, sérieuse, suivant sagement les méandres doux et calmes. C’est là qu’est sa place, que le regard s’apaise en la voyant courir sans hâte entre les arbres protecteurs. Elle sait que le fleuve l’attend, qu’elle se jettera sereinement dans ses bras liquides.

 

 

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Sisley, Saint-Mammès le matin

Juillet

Mercredi 11 juillet

« Il y a un autre monde mais il est dans celui-ci. »

Ignaz Paul Vital Troxler

 

Le ciel est son allié et tout baigne dans un bleu gris mouvant et trouble. C’est son oeuvre, sa force et son destin que de s’échapper régulièrement de ses berges, de confondre la terre et l’eau. Encore quelques jours et elle se retire lentement, à regret, elle aimait bien ses excés de tendresse, de curiosité, de présence. Elle se rétracte, renonce, fatiguée de régner sur le sol, de jouer au lac immobile, de cracher ses souhaits…

 

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Klee, Après l’inondation

Juillet

Mardi 10 juillet

« L’oeil existe à l’état sauvage. »

André Breton

 

La rivière est partout, elle suit toutes les pentes, coule dans le moindre creux, inonde la combe solitaire, recouvre la route arrogante, noie le chemin creux nappe d’un miroir aveuglant le pré aux chevaux, lèche les marches des maisons riveraines, console les saules pleureurs d’un baiser mouillé. Il lui faut tout le paysage, c’est une invasion aqueuse, une crue totalitaire et pacifique…

 

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Corot, Inondation dans une saulaie

Juillet

Lundi 9 juillet

« La laideur n’est pas neutre; elle agit sur l’homme et détériore sa sensibilité, au point qu’il ne ressent même pas sa dégradation, ce qui le prépare à descendre encore d’un cran. »

William Morris

 

Elle a fait trop de trapèze
Ses épaules en ont plein le dos
Et sa nuque n’en fait qu’à sa tête

 

Rondeur des mollets pleins
Moiteur des creux poplités
Douceur des cuisses rondes
Et les épaules nues de l’été

 

 

Edgar Degas, Devant le miroir 1889

Degas, Devant le miroir

Juillet

Samedi 7 juillet

Livre de la semaine

L’animalisme est un anti-humanisme

Jean-Pierre Digard

CNRS EDITIONS

Depuis plusieurs années, les animaux sont devenus un sujet sensible. Documentaires, tribunes, pétitions émaillent l’actualité, dénonçant des actes de maltraitance ou appelant à des mesures en faveur des animaux, et prenant à témoin l’opinion publique. Le droit lui-même s’est fait l’écho de ces préoccupations avec l’introduction des animaux dans le Code civil en 2015.

C’est ce phénomène social, cette nouvelle sensibilité que scrute cet ouvrage, à sa façon aussi engagé que les tenants de la « cause animale ». Spécialiste de la domestication animale, Jean-Pierre Digard nuance, contextualise, passe de la longue durée historique à l’examen des revendications présentes, et balaye bien des idées reçues. De quels animaux parle-t-on ? Que connaissent les urbains de la vie animale ? L’utilisation d’animaux par l’homme n’a-t-elle pas avant tout été un élément déterminant du processus de civilisation? Et quelles seraient les conséquences d’une « libération animale » ?

S’il critique et dénonce les dérives des mouvements animaliste, antispéciste et véganien, cet ouvrage n’en reste pas à une telle prise de position. Plus profondément, c’est le rapport des animalistes à leur propre humanité, et leur façon de diaboliser l’homme, qui sont rigoureusement mis en question.

 

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Juillet

Vendredi 6 juillet

« La tentation la plus nocive que connaissent les hommes n’est pas le mal. Ni l’argent. Ni le plaisir stupéfiant et les extases diverses qu’il entraîne. Ni le pouvoir et toutes les perversions qu’il engage. Ni la sublimation et tous les sentiments imaginaires qu’elle fait lever. c’est la mort. »

Pascal Quignard

 

Les routes ne sont jamais que des rivières figées sur lesquelles glissent des barques à roues, des bateaux pneumatiques et des pédalos rayonnants. Elles se jettent les unes dans les autres sans un bruit, irriguant la campagne et fondant leur bitume au soleil de juillet.

 

Les autres sont étranges; ils font des choix curieux, prennent des décisions absurdes, se contredisent sans cesse… C’est cette étrangeté qui nous rassemble, nous rapproche. Chercher dans l’autre ce qui le fait avancer, quel est son moteur et en quoi le mien est différent ou semblable est peut-être notre seule raison d’être.

 

 

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Hopper, Wellfleet Road

Juillet

Jeudi 5 juillet

蚊の声す 
忍冬の花 
散る毎に

ka no kowasu
suikazura no hana
chiru gotoni

la rumeur des moustiques
chaque fois que tombe
une fleur de chèvrefeuille

Buson

 

Pourquoi le corps disparaît peu à peu et nous impose sa déchéance, ses rides, sa chute jusqu’à la transparence et la disparition? Ne pourrait-on pas en finir autrement, le même processus mais en une seule journée. Vieillir en 24 heures, en accéléré, dans une sorte d’acmée sénile, une folle journée où l’on rirait de toutes ses dents le matin et toutes gencives dehors le soir.

 

J’ai pu me loger dans un espace minuscule entre le siège 82 et le local à bagages. J’ai une carte de réduction de 50%.

 

 

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Yue Minjun, L’ombre du fou rire

Juillet

Mercredi 4 juillet

« Une monstrueuse aberration fait croire aux hommes que le langage est né pour faciliter leurs relations mutuelles. »

Michel Leiris

 

« Il faut que je me trouve une personne phare, poteau, arbre contre le vent, une sécurité humaine » dit-elle joliment au téléphone et à toute la rame car elle parle fort distinctement.

 

J’ai étiqueté mon bagage ainsi: « Ceci est une valise inoffensive appartenant à un citoyen au-dessus de tout soupçon » et l’ai abandonné le temps de faire quelques emplettes. Je n’en ai retrouvé que quelques morceaux dispersés dans le hall de l’aéroport. 

 

 

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Hopper, Lighthouse Hill

Juillet

Mardi 3 juillet

« Pas de plaisir d’écrire si, sachant d’avance ce que l’on a à dire et n’ayant pas à inventer la manière de le dire, on procède à coup sûr. »

Michel Leiris

 

La nouvelle unité de mesure est le terrain de football, c’est l’aune à laquelle tout s’évalue désormais. Je considère donc que l’étendue de ma perplexité face à l’engouement pour la coupe du monde est équivalent à deux terrains de foot, environ…

 

Un vélo dans un parc à huîtres n’a rien de déplacé, c’est aussi un bivalve.

 

 

Pieter Claesz, Nature morte aux huitres

Pieter Claesz, Nature morte aux huîtres

Juillet

Lundi 2 juillet

Je voudrais

Une fête étrange et très calme

Avec des musiciens silencieux et doux

Ce serait

Par un soir d’automne un dimanche

Un manège très lent, une fine musique

Jacques Bertin

 

Vu du train, le même paysage d’été, les rails brillants, le ciel blanc de chaleur, les fleurs des gares, les villages immobiles et contre la vitre, devant moi, une épaule dorée barrée d’une bretelle noire.

 

Le train glisse entre les fougères comme j’erre entre les fous.

 

 

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Léger Fernand, Trois musiciens

Juin…

Samedi 30 juin

Livre de la semaine

Sur l’image qui manque à nos jours

Pascal Quignard

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« La jeune fille ne tient pas son amant entre ses bras. Dans sa main droite elle tient un fragment de braise éteinte. Dans sa main gauche, dans l’obscurité de la nuit, elle avance une lampe à huile qui fume. Soudain elle lève la flamme au-dessus de ses yeux en sorte de projeter l’ambre de ce qu’elle voit derrière ce qu’elle voit. Elle ne caresse ni ne presse contre elle le volume de son corps. Elle délimite soigneusement, avec son charbon, le contour de cette répercussion obscure sur la surface de la paroi. Elle ne jouit pas de lui ; elle ne profite pas de sa présence ; elle n’est même plus avec lui ; elle le voit absent ; elle le regrette ; elle désire cet homme ; elle le rêve. »

 

 

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Juin…

Mardi 26 juin

« Le problème n’est plus d’amener les gens à s’exprimer mais de fournir des petits moments de solitude et de silence dans lesquels ils peuvent trouver quelque chose à dire. Les forces d’oppression n’empêchent pas les gens de s’exprimer, elles les forcent au contraire à s’exprimer. Quel soulagement que de n’avoir rien à dire, le droit de ne rien dire, parce que seulement à ce moment il devient possible de saisir cette chose rare et toujours plus rare : ce qui vaut la peine d’être dit. »

Gilles Deleuze

 

Elle monte dans le train et surprise, vu son âge, pas de portable, ou peu voyant, mais un livre qu’elle ouvre rapidement. Je jette un oeil sur la couverture, Marc Levy: Elle etLui. Finalement, c’est bien les téléphones et pratiques. Elle et Lui peuvent appeler Toi et Moi

 

Il rentre toujours dans ses barboteuses, il a conservé sa taille de manneken pis.

 

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Van der Weyden, Marie-Madeleine lisant

Juin…

Lundi 25 juin

« Qu’il s’agisse des êtres ou de ce qu’ils produisent, on n’aime vraiment que ce qui n’en finit pas de se clore sur sa propre énigme. Et si la dernière page d’un livre ne se referme pas sur un monde inaccessible, quel est donc ce livre ? […] l’écriture devient parfois cette façon unique d’arracher au temps un lambeau d’éternité, ce qui est d’ailleurs plus l’apanage de la passion que de ce qu’on appelle l’art ou la littérature.» 

Annie Le Brun

 

Les fauteuils vides tendaient leurs bras morts à des fantômes silencieux qui venaient s’y asseoir avec une lenteur exaspérante et théatrale.

 

La musique, alors, s’élevait; des cordes uniquement, qui vous attachaient l’âme le temps de l’exécution.

 

 

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Derain, Harlequin et Pierrot

Juin…

Samedi 23 juin

Livre de la semaine

Ce qui n’a pas de prix

Annie Le Brun

Stock

C’est la guerre, une guerre qui se déroule sur tous les fronts et qui s’intensifie depuis qu’elle est désormais menée contre tout ce dont il paraissait impossible d’extraire de la valeur. S’ensuit un nouvel enlaidissement du monde. Car, avant même le rêve ou la passion, le premier ennemi aura été la beauté vive, celle dont chacun a connu les pouvoirs d’éblouissement et qui, pas plus que l’éclair, ne se laisse assujettir.
Y aura considérablement aidé la collusion de la finance et d’un certain art contemporain, à l’origine d’une entreprise de neutralisation visant à installer une domination sans réplique. Et comme, dans le même temps, la marchandisation de tout recours à une esthétisation généralisée pour camoufler le fonctionnement catastrophique  d’un monde allant à sa perte, il est évident que beauté et laideur constituent un enjeu politique.
Jusqu’à quand consentirons-nous à ne pas voir combien la violence de l’argent travaille à liquider notre nuit sensible, pour nous faire oublier l’essentiel, la quête éperdue de ce qui n’a pas de prix ?

 

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Juin…

Mardi 19 juin

« Une monstrueuse aberration fait croire aux hommes que le langage est né pour faciliter leurs relations mutuelles. » 

Michel Leiris

 

De toute façon, tout cela l’indiffère, il s’en balance. D’ailleurs, il a déjà enroulé la corde de chanvre autour de la poutre maîtresse de la grange.

 

Il la désire très fort et pense à lui faire sa « Bande-annonce ».

 

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Rouault, le Pendu

Juin…

Lundi 18 juin

« On reconnait volontiers qu’il y a du danger dans les exercices physiques extrêmes, mais la pensée aussi est un exercice extrême et raréfié. Dès qu’on pense, on affronte nécessairement une ligne où se jouent la vie et la mort, la raison et la folie, et cette ligne vous entraîne. On ne peut penser que sur cette ligne de sorcière, étant dit qu’on n’est pas forcément perdant, qu’on n’est pas forcément condamné à la folie ou à la mort. »

Gilles Deleuze

 

Ils rentrent à vide et sortent du bricotruc avec des bouts de bois, une porte, des tuiles, de la peinture, des serrures, trois vis… on dirait des hirondelles pédestres. C’est le syndrome de la nidification.

 

Le sot lui roula la pelle du 18 juin, elle apporta le râteau; ils finirent leur château de sable en Espagne.

 

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Fragonard, jeune fille délivrant un oiseau de sa cage

Juin…

Samedi 16 juin

Livre de la semaine

Profitons de l’ornithorynque

Alexandre Vialatte

Julliard

Comme tous les gens qui ont gardé des vues d’enfants, qui n’ont jamais complètement mûri leur vision des choses du monde au point de la rendre « adulte », Alexandre Vialatte entretient un humour que j’appellerai naturel, et qui provient, toute espièglerie mise à part, d’un décalage constant face au sérieux qui devrait être. Il s’agit d’une écriture en porte à faux pour ce qui est du regard des « grandes personnes », engoncées qu’elles sont dans les mots importants – les mots de la politique, du commerce et de l’industrie. Du reste, je crois que l’humour est d’essence enfantine – en ce qu’il se distingue du « trait d’esprit » cher à nos aïeux et aux représentants-placiers, et destiné à faire étinceler son auteur…Vialatte possède cette incongruité de l’image inaccessible, la ténacité d’un môme inassouvi ; son décalage n’est pas du surréalisme mais tout le contraire : une observation vigilante du réel, à l’œil nu, c’est-à-dire libérée du pesant des habitudes. C’est là ce qui le rend si récupérable aujourd’hui par les jeunes générations – et pour combien de temps ?

 

Vialatte

Juin…

Vendredi 15 juin

« Ecrire n’a rien à voir avec signifier, mais avec arpenter, cartographier, même des contrées à venir. »

Gilles Deleuze

 

Une erreur! dés le départ, à l’origine, un vice de fabrication. C’est ça, un gène de travers, pas vraiment cassé, non, juste faussé, inadapté ou pas à sa place, qui aura tout le temps du jeu, un bruit dans la mécanique, un doute sur la fiabilité de la construction. L’obsolescence programmée est notre destin.

 

On sait toujours ce que l’avenir nous réserve, il n’y a aucune surprise. Ce ne sera que du passé recyclé.

 

 

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Stanley Cursiter, Rain on Princess Street

 

Juin…

Jeudi 15 juin

« Les gens n’ont de charme que par leur folie. Voilà ce qui est difficile à comprendre. Le vrai charme des gens c’est le côté où ils perdent un peu les pédales, c’est le côté où ils ne savent plus très bien où ils en sont. Ça ne veut pas dire qu’ils s’écroulent au contraire, ce sont des gens qui ne s’écroulent pas. Mais, si tu ne saisis pas la petite racine ou le petit grain de folie chez quelqu’un, tu peux pas l’aimer. On est tous un peu déments, et j’ai peur, ou je suis bien content, que le point de démence de quelqu’un ce soit la source même de son charme. »

Gilles Deleuze

 

Une girafe traverse la nuit tous feux éteints. Seul un gyrophare aphone posé sur sa tête troue l’obscurité de la savane.

 

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Dali, La Girafe en feu

Juin…

Mercredi 13 juin

« Avec le naturel des saisons qui reviennent, chaque matin des enfants se glissent entre leurs rêves. La réalité qui les attend, ils savent encore la replier comme un mouchoir. Rien ne leur est moins lointain que le ciel dans les flaques d’eau. Alors, pourquoi n’y aurait-il plus d’adolescents assez sauvages pour refuser d’instinct le sinistre avenir qu’on leur prépare ? Pourquoi n’y aurait-il plus assez de jeunes gens assez passionnés pour déserter les perspectives balisées qu’on veut leur faire prendre pour la vie ? Pourquoi n’y aurait-il plus d’êtres assez déterminés pour s’opposer par tous les moyens au système de crétinisation dans lequel l’époque puise sa force consensuelle ? »

Annie Le Brun

 

Elle se débattait dans une odeur épouvantable, tentant d’échapper au lien qui entourait son cou. Lorqu’il parvint à enrouler plusieurs fois le fil autour du sac, il fit un noeud rapide et jeta la poubelle rebelle dans un container.

 

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Daumier, La révolte

Juin…

Mardi 12 juin

Ts’ui Pên a dû dire un jour: « je me retire pour écrire un livre. » Et un autre:  » Je me retire pour construire un labyrinthe. » Tout le monde imagina qu’il y avait deux ouvrages. Personne ne pensa que le livre et le labyrinthe était un seul objet.

J.L. Borges

 

L’écrit, cette chose étrange qu’est la pensée d’un autre mis en mots.

 

L’écrit dit : lis moi si tu le désires, mais si tu me lis, je te lie.
Notre lien ira de pensée à pensée, mon encre sèchera dans tes yeux.

 

 

Maître des Cassoni Campana, Thésée et le Minotaure, entre 1510 et 1520[32]

Maître des Cassoni Campana, Thésée et le Minotaure

Juin…

Lundi 11 juin

Tu ne viens plus boire
Dans mes mains
Que pour mémoire

Je peux marcher seul
Si je veux
Je ne m’appuie sur toi
Que pour trouver le charme des autrefois

Il y a deux chaises et sur le mur
Une photo où nous sommes tous deux
Malgré tout ne t’éloigne pas

Jacques Bertin

 

J’ai trouvé un trèfle à deux feuilles, j’ai donc fait un demi-vœu qui ne s’est réalisé qu’à moitié…

 

Il attend la hache inspirée qui le libérera des liens qui l’étouffent peu à peu.

 

 

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Matisse, Le Bonheur de vivre

Juin…

Samedi 9 juin

Livre de la semaine

Aménagements successifs d’un jardin, à C., en Bourgogne

suivi de

Argumentation de Linès-Fellow

Jean-Marc Aubert

L’Arbre Vengeur

Collection « L’arbuste véhément »

Deux romans aussi courts que décapants réunis sous la même couverture. La première histoire qu’on nous raconte avec une précision de botaniste sinon d’entomologiste est celle d’un homme qui est en quête du jardin absolu, celui qui peut résister à tous les assauts, même s’il faut pour cela finir par tout bétonner…
Le deuxième roman est la justification d’un médecin anglais emprisonné qui tente d’expliquer pourquoi il a suggéré à un patient, cul de jatte obsessionnel, de courir un marathon. Le souci avec les maniaques est qu’ils vont au bout des défis qu’ils se lancent, et que malgré le goudron, le sable et les intempéries, notre sportif inattendu ne va pas renoncer pendant des heures, des jours et des semaines, l’auteur ne nous épargnant rien des horribles détails de cette folle course…

 

Aubert

juin…

Vendredi 8 juin

« Ernest Cavinet défrisait les caniches à coups de pelle. Son commerce a été fermé sur décision de justice. On ne dira jamais assez à quel point l’obligation de résultat est source d’angoisse dans notre profession, a déclaré le porte-parole du syndicat des toiletteurs qui a apporté son soutien à Canivet et déposé un préavis de grève qui pourrait durablement paralyser le pays. »

Eric Chevillard

 

Fonds de court

L’arbitre du haut de sa chaise était le seul à voir arriver la tempête de sable qui recouvre toujours le court d’un ocre rouge du plus bel effet.

Les bûcherons feraient d’excellents tennismen s’ils ne coupaient pas autant de balles.

 

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Hodler, Le bûcheron

Juin…

Jeudi 7 juin

« J’ai cru que c’était une abeille, alléguait hier devant le tribunal madame veuve Montségur poursuivie pour avoir écrasé un tigre avec une tapette à mouches. Le ministère public a eu beau jeu de réfuter les justifications navrantes de l’accusée en lui rappelant opportunément que les abeilles ne sont pas des mouches. »

Eric Chevillard

 

Certains croient au grand contrôleur qui vérifie le billet quand arrive le terminus, là où tout le monde descend. Moi je m’en fous, j’ai une carte senior+.

 

Fond de court

Sous la jupe de cette joueuse, on pouvait voir deux balles neuves qui lui permirent de gagner le double mixte à elle seule.

 

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Dali, Rêve causé par le vol d’une abeille autour d’une pomme grenade une seconde avant l’éveil

Juin…

Mercredi 6 juin

« Je sais, voilà longtemps qu’il ne s’agit plus de s’interroger sur notre peu de réalité ou sur la vitesse grandissante à laquelle la vie s’en va rejoindre les rails du désespoir. Non, tout se passe comme si la partie avait été jouée pour ne laisser à chacun que le souvenir de ses rendez-vous manqués et de ses amours impossibles. »

Annie Le Brun

 

Le saviez-vous? Roland Garros est aussi un lieu réputé pour prévenir le torticolis.

 

Fond de court

Ils ont baché trop vite et recouvert les deux joueuses qui poursuivent leur match mais leurs cris sont plus étouffés.

 

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Khnopff, Memories

Juin…

Mardi 5 juin

« Voilà déjà longtemps Novalis affirmait : « Le corps est l’organe nécessaire du monde. » Et n’est-ce pas, faute de l’être aujourd’hui, qu’il est en train de devenir la plus encombrante des prothèses ? « 

Annie Le Brun

 

Ce matin, la rivière chocolatée par les pluies charrie quelques végétaux arrachés aux berges. il pleut, le vert des branches se pose doucement sur le café au lait des bords…Plus qu’à se laisser porter ou se noyer un instant dans ce petit déjeuner sans herbes.

 

Fond de court

Il faut dénoncer fermement les conditions d’élevage en batterie des balles de tennis jaunes poussins.

 

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Manet, Le Déjeuner sur l’herbe

Juin…

Lundi 4 juin

« Mes cernes n’ont pas fini de s’agrandir : c’est avec les yeux que je dévore le noir du monde. »

Annie Le Brun

 

Il s’attendait au pire mais le pire n’est jamais sûr et quand le pire est né, il a traversé la frontière, il a franchi les limites de son connu et a découvert un au-delà de lui même.

 

Fond de court:

Au cinquième set, il a changé de tactique. Il a remonté le filet. Son adversaire s’y débattait, pris dans les mailles. Jeu, set et match.

 

 

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Parmigianino, SanRocco (détail)

 

Juin…

Samedi 2 juin

Livre de la semaine

Le nom sur le bout de la langue

Pascal Quignard

Flammarion

« Quand j’ai lu Le Nom sur le bout de la langue, je m’y suis crue. Être sans cesse à la recherche de quelque chose d’impalpable et de perdu. Retenir indéfiniment les mots et les oublier sans cesse. Se sentir nue et fragile. Affronter une immense vague de peur qui vient se briser sur moi et dans le même temps m’enrouler autour. C’est avec ces questions que je rentre dans les histoires de Pascal Quignard. Je veux être au plus près du dénuement et du silence. Partir de presque rien ; un tabouret, mon violoncelle et la lumière.

Je joue du violoncelle, je joue la comédie, je joue tout court, je suis heureuse, j’ai raccroché les wagons. Mon violoncelle m’entraîne dans un autre monde auquel je n’ai pas accès avec des mots. »

Marie Vialle

 

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Juin…

Vendredi 1er juin

Le bandeau de l’époque sur les yeux, nous ne savons dessiner que les carcasses de maisons.

Au fond de l’aube, les racines du cœur.

L’épuisement
Le silence
La légèreté

La lumière emmêlée
La cellophane du matin s’enroule sur elle-même
Les bribes des mots se rétractent dans les touffes d’herbe
Le sentier conduit vers l’enfance des ombres.

Annie Le Brun

 

Parler, tenter, essayer toujours de cerner un peu de sens, ça tiendra quelque temps. Ça ne sert à rien mais que faire d’autre? C’est ce rien qu’il faut interroger en vain, ce rien qui fait lien entre nos vides, entre nos pensées.

 

Pas d’autre issue que tenter de penser ce qui ne peut l’être et le donner en pâture aux autres penseurs.

 

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David Hockney, Landscape Tunnel 2

Mai…

Jeudi 31 mai

« Quinze mille personnes ont eu la bonne inspiration de venir avec un parapluie, hier, à Roland Garros, où seul deux crétins se sont présentés avec une raquette.

Eric Chevillard

 

La rivière est immobile, dans l’attente de l’orage. Ses nénuphars la retiennent, petites ancres plantées dans son lit qui l’empêchent de s’emporter. Les grenouilles posées dessus ressassent leur musique batracienne puis se tiennent coites, la rivière écoute et ne bouge toujours pas…

 

Il a essayé de l’embrasser et a essuyé l’échec d’un revers de main sur ses lèvres ensanglantées.

 

 

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Roy Lichtenstein

mai…

Mercredi 30 mai

Une alerte orange est comme une promesse d’orages merveilleux, de pluies formidables, de grêles sonores et joyeuses, de vent d’espérance, de fin d’un monde, du retour de la nature venant mettre enfin le désordre dans nos vies abritées, nos assurances tous risques et notre confort béat.

 

Sa sortie de prison fut difficile, la nostalgie de sa cellule était trop forte. Il emporta les barreaux et il se déplace désormais derrière eux, les portant devant lui; c’est sa grille de lecture du monde.

 

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Courbet, Portrait de l’artiste à Sainte-Pélagie

mai…

Mardi 29 mai

« Le livre est un morceau de silence dans les mains du lecteur. Celui qui écrit se tait. Celui qui lit ne rompt pas le silence. »

Pascal Quignard

mai…

Lundi 28 mai

« A l’éditeur [...] qui le suppliait de faire de l’un de ses romans une édition illustrée, Gustave Flaubert répondit brusquement: « L’illustration est anti-littéraire. Vous voulez que le premier imbécile venu dessine ce que je me suis tué à ne pas montrer. »

Pascal Quignard

mai…

Samedi 26 mai

Livre de la semaine

Le Nu impossible

François Jullien

Seuil

Tout désigne le Nu comme un phénomène qui a si bien collé à la culture européenne que nous n’en sommes jamais sortis. L’Église a pu rhabiller le sexe, mais elle a gardé le nu.

En revanche, s’il est un espace culturel où le nu est resté complètement ignoré, c’est bien en Chine. Donnée d’autant plus surprenante que la tradition artistique chinoise a largement développé la peinture et la sculpture des personnages.

Une absence aussi radicale renvoie à une impossibilité. Nous voilà donc conduits à nous interroger sur la condition de possibilité du nu : à quoi, d’un point de vue théorique, a-t-il dû de s’interposer entre la chair et la nudité, le désir et la honte ? Rouvrant un accès sensible à l’ontologie, François Jullien en fait le révélateur de notre quête de l’en-soi et de la présence, en même temps qu’il met au jour un nouvel objet, d »autant plus intéressant à penser qu’il est identifié par son absence : le « Nu impossible ».

 

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mai…

Vendredi 25 mai

« Je sais que la vie s’invente toujours contre ces rôles que la plupart, comme d’habitude, acceptent avec une docilité frivole. »

Annie Le Brun

 

Elle accompagne quelque temps ses soupirants éconduits, les assiste dans leur déception et assure ainsi un Service Après Veste efficace.

 

l’Orage du désespoir passa sur sa vie, d’abord la lumière aveuglante de l’échec puis le craquement sec des illusions qui s’effondraient.

 

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Jean-Pierre Cassigneul, L’orage

mai…

Jeudi 24 mai

« J’ai perdu mes deux bras dans un accident me confia-t-il. On s’y fait, comme à toute chose. Vous savez, le plus pénible pour un manchot, c’est plutôt d’être continuellement confondu avec le pingouin. »

Eric Chevillard

 

Il est tombé trois gouttes mais vraiment trois. Une sur mon visage, une sur mon livre, une sur le banc. Puis je dire qu’il a plu?

 

Au royaume des sourds les aveugles sont muets.

 

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Jean Martin, Les Aveugles

mai…

Mercredi 23 mai

« Il est criminel de tuer la victime parce qu’elle est sacrée…mais la victime ne serait pas sacrée si on ne la tuait pas. »

René Girard

 

On ne peut se voir de dos…se voir partir, reconnaître sa démarche, se lancer à sa poursuite, avoir du mal à se rattraper, se rejoindre enfin, se taper sur l’épaule, se retourner et… excusez moi, je vous avez pris pour moi.

 

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Rembrandt, Le Sacrifice d’Isaac

mai…

Mardi 22 mai

« Entre la vie et moi, une vitre mince. J’ai beau voir et comprendre la vie très clairement, je ne peux la toucher. »

Fernando Pessoa

 

Le secret est à taire, à enfouir. Creuser ce taire ne suffit pas toujours à le révéler.

 

Ça a fini comme ça.

 

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Félix Nussbaum, Le secret

mai…

Lundi 21 mai

« Il faut savoir terminer une grève dès que la satisfaction a été obtenue. Il faut même savoir consentir au compromis si toutes les revendications n’ont pas encore été acceptées mais que l’on a obtenu la victoire sur les plus essentielles revendications. »

Maurice Thorez

 

Or, j’ai obtenu satisfaction. Je garde la main sur mon clavier AZERTY, il ne sera pas ouvert à la concurrence.

 

Pour montrer ma bonne volonté, j’ai même accepté de reprendre un jour férié.

 

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Le Caravage, St Matthieu et l’Ange

mai…

Jeudi 17 mai

 

 

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Giuseppe Pelliza da Volpedo, Il Quarto Stato

 

mai…

Mercredi 16 mai

Blog en grève 

Toutes les phrases sont bloquées dés l’inspiration.

Un service minimum est cependant assuré ce jour (voir ci-dessous).

 

Blog, blog, blog…

 

mai…

Mardi 15 mai

“L’homme est la seule créature qui refuse d’être ce qu’elle est”

Albert Camus

 

Nous sommes de toute façon conçus pour aller de l’avant sinon nous aurions des yeux derrière la tête ou la possibilité de la tourner à 360°. Le passé est sur mes talons, l’avenir là où vont mes yeux, le présent au bout de mon nez.

 

Il regardait le temps passer lorsque celui-ci s’arrêta et le regarda à son tour.

 

 

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Marc Chagall, Le temps n’a point de rive

mai…

Lundi 14 mai

Ecoutez ma voix se cherche en bas dans les roseaux prés de l’étang

Autour de votre cou je noue l’écharpe et je pose sur vos épaules le manteau

Je vous envoie dehors de vous dehors

Je vous pousse dans la rue dehors de vous dehors dehors

Est ce que je sais ce que je vis et cet air en moi étouffé…

Jacques Bertin

 

La chanteuse est sur le retour mais elle n’est pas pressée de rentrer et se succèdent les succés surannés devant un parterre de grabataires conquis mais peu enclins à chanter ou à danser. Allez savoir pourquoi.

 

Brouillons les pistes. Je laisse désormais derrière moi un nuage de fumée noire et de larges traces de gomme sur le bitume avant de pédaler en trombe…

 

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Simone Martini, Saint Martin partageant son manteau

mai…

Samedi 12 mai

Livre de la semaine

L’homme selon le DSM

Le nouvel ordre psychiatrique

Maurice Corcos

Albin Michel

Se référant aveuglément au DSM américain, manuel statistique et diagnostique des troubles mentaux, un courant majoritaire de la psychiatrie française se contente désormais d’additionner des faits plutôt que d’interroger la façon dont les symptômes s’articulent avec l’histoire des patients. On étiquette un adulte ou un enfant, on impute son trouble à tel dysfonctionnement du système nerveux, on administre un traitement. Et, croyant délimiter le normal et le pathologique, on ne cesse d’élargir les catégories de la maladie mentale…

Déshumanisant la médecine, cette idéologie, répandue avec la bénédiction des pouvoirs publics à qui elle offre un moyen efficace de renforcer les contrôles gestionnaires, déshumanise aussi l’homme.

Maurice Corcos dénonce les failles et les dérives de ce système incapable de s’appuyer sur tout ce qui, dans la diversité de l’humain, fait sa force derrière sa fragilité. Que deviennent les sujets qui n’entrent pas dans les bonnes cases ? À quoi s’expose-t-on en médicalisant de plus en plus d’états de l’âme ? Qui sont les « experts » qui définissent le normal et le pathologique et quels sont leurs liens éventuels avec certains laboratoires pharmaceutiques ? Ce livre ouvre les yeux sur le triomphe d’une science classificatoire qui est elle-même le symptôme d’une société malade.

Le Pr Maurice Corcos, psychiatre et psychanalyste, dirige le département de psychiatrie de l’adolescent et du jeune adulte de l’Institut mutualiste Montsouris de Paris. 

 

 

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mai…

Vendredi 11 mai

Le vieil étang

Une grenouille pédale

Petite raine

 

Le ciel a la transparence grise des trahisons de la nuit à venir.

 

Sous l’érable, dort un lapin.

 

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Qi Baishi

mai…

Lundi 8 mai

« Il n’y a qu’un problème philosophique vraiment sérieux: c’est le suicide. »

Albert Camus

 

Tâche Rouge comme une robe d’été

Surface Grise comme un ciel de lit

Façade Blanche comme un linge de maison

Couleurs de lundi près de midi

 

Prenez garde à l’intervalle entre le marche pied et le quai, entre la naissance et la mort.

 

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Max Pechstein, Youg women with Red Fan

mai…

Samedi 5 mai

Livre de la semaine

L’architecture à toute vitesse

Philippe Trétiack

SEUIL

De l’Iran à la Chine, de Beyrouth à Rio, des îles Grecques au Texas, Philippe Trétiack parcourt le monde pour y récolter autant de règles d’architecture que d’histoires. En voici 56, échevelées, dures et exotiques, concrètes et désopilantes. Après son fameux Faut-il pendre les architectes ? nous voici pris sous le feu de snippers à Abidjan, envoûtés par une danseuse du ventre au Caire, précipités dans des émeutes à Buenos Aires, ficelés dans un side-car de compétition, terrifiés par le Président Poutine à Moscou… Manuel de globe-trotter et de déconstruction mené à cent à l’heure, L’Architecture à toute vitesse fait de l’irrévérence une vertu, et transforme l’architecture en une réflexion personnelle sur un monde absurde où les portes claquent comme des coups de feu.

 

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mai…

Vendredi 4 mai

« J’ai toujours pensé qu’il n’y avait de réflexion réelle qu’à partir du moment où on s’oblige soi-même à l’épreuve de l’écriture. »

Pascal Quignard

 

L’histoire était balbutiante, la géographie était celle de la rue qui menait à l’école, une rue de montagnes russes comme toutes celles de la ville. Une rue qui fait les pieds et les jambes, une rue à dévaler, à courir jusqu’à l’entrée de l’immeuble, bouche ouverte, qui m’avalait brutalement et me recrachait au matin à même la chaussée sans transition, pas de trottoir, au ras des carrosseries menaçantes…

 

C’est au pied de la murette qu’on voit le colimaçon.

 

 

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Friedensreich Hundertwasser, La ville verte

mai…

Jeudi 3 mai

« Celui qui suit quelqu’un ne cherche rien. »

Montaigne

 

Overdose de vert, monotonie de printemps. Heureusement, les tâches jaunes du colza et des ajoncs, les saignées blanches des chemins, les plaques rouges des toits et le ciel, couvercle gris acier, recouvrant le tout. 

 

Ca sonne creux quand il sollicite son vieux crâne, ça raisonne moins bien qu’avant mais ce vide le rend plus drôle, plus léger, plus détaché. Il est prêt à prendre son envol.

 

Pieter Bruegel La chute d'Icare, copie 1595 1600

Brueghel, La chute d’Icare

mai…

Mercredi 2 mai

« Si l’on croit que la culture a une utilité, on confondra rapidement ce qui est utile avec la culture. »

Nietzche

 

Je me suis assoupi, le train en a profité pour sortir de la voie, sauter une gare, creuser un tunnel, emprunter la passerelle abandonnée et trouver le moyen de m’amener à destination, une fois réveillé.

 

Ce matin, les brumes sur la rivière la protègent des regards; elle peut dormir encore sous ces écharpes blanches, cachant ses rêves de fleuves immenses, ses pensées d’océan lointain, ses désirs de crues recouvrant ses rives.

 

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Gerhard Richter

mai…

Mardi 1er mai

« Je comprends maintenant pouquoi on dit souvent que l’art même de la peinture avec toute sa force et sa subtilité, son énigme et sa simplicité, son esprit et sa matière, est dans les natures mortes de Morandi. »

E.Vila-Matas

 

Pas de chien disponible, il a obtenu un kangourou guide d’aveugle. Depuis, il franchit aisément tous les obstacles.

 

Echange paroles creuses contre silence éloquent.

 

 

Giorgio Morandi Natura morta 1955

Morandi, nature morte

Avril

Lundi 30 avril

Dans la campagne une forme de joie m’a frolé comme une aile

J’ai regardé de l’autre côté du pont dans l’île, dans la plaine

Il pleuvait du côté de Saint-Georges, l’orage

Passait au loin. Je cherchais cet oiseau

C’était hier peut-être dans un bar une fille très belle

Ou bien c’était un souvenir vieux de dix ans, une aile

Comme dans cette plaine immense cet oiseau

Jacques Bertin

 

On peut pas griffonner avec un clavier azerty, j’aimerai pourtant être illisible parfois, ne pas pouvoir me relire.

 

Je ne sais pas qu’est ce qui m’a trouvé en toi?

 

Giorgione La tempête 1508

Giorgione, La tempête

Avril

Samedi 28 avril

Livre de la semaine

Giorgio Morandi 

les jours et les heures

Bruno Smolarz

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Comment parler de Giorgio Morandi dont la vie est à l’image de la peinture: discrète, intime et presque silencieuse, presque évanescente, toute en promesse et en retenue?

Bruno Smorlarz parie sur le temps, les jours et les heures, les inflexions douces de la lumière et des saisons. Il est à l’écoute de ceux qui ont approché le peintre dans la vie ou dans la passion de la peinture. On retrouve Braque et de Staël, les ors de Giotto ou les nuits de Leopardi, l’infini fiévreux de Pascal, mais aussi la courbe d’une colline prés de Bologne et le chant des rossignols.

Ce livre est une lente méditation, fidélité à ce qu’on a aimé, qui résiste au temps et s’y déploie.

 

Giorgio-Morandi

Avril

Vendredi 27 avril

« Soyez vous-même, tous les autres sont déja pris. »

Oscar Wilde

 

« Comment ne pas perdre la tête… » la chanson passe en boucle dans l’EHPAD, à l’étage où pour la plupart des résidents, la question ne se pose plus…

 

Respicere: regarder en arrière, derrière soi. Ce qui demande un minimum d’antériorité, je respecte ce qui était avant moi. Respect: mot vide de sens désormais, tout est devenu respectable, mot confondu avec c’est mon choix, je fais ce que je veux donc respecte moi. 

 

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Karel Appel, Portrait de Sir Herbert Read

Avril

Jeudi 26 avril

« La pandiculation, l’être humain, le sommeil, la bonne bouffe et la fornication datent tous de la plus haute antiquité. »

Alexandre Vialatte

 

Ecrire c’est placer des mots les uns à la suite des autres, c’est pourtant pas compliqué. C’est pas les mots qui manquent, il y en a plein les dictionnaires, plein les livres, plein les cerveaux, plein les bouches; suffit d’aller les chercher. Le problème c’est le choix et l’ordre dans lequel on les aligne.

 

Par exemple, le regard de ce poisson roux me transperça jusqu’aux os, ça ne marche pas. Le regard de ce mérou me mit mal à l’aise, c’est mieux et la vue de cet alevin m’émut, c’est correct mais je préfère le poisson roux.

 

 

Arcimboldo

Arcimboldo, Portrait aux poissons et aux coquillages

Avril

Mercredi 26 avril

« L’homme n’est que poussière, c’est dire l’importance du plumeau. »

Alexandre Vialatte

 

Le choix de l’aube rose contre le bleu de la nuit.

 

 

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Monet, Le givre

Avril

Mardi 24 avril

« Lorsque la sage-femme m’a tendu les ciseaux afin que je coupe le cordon ombilical de ma fille, j’ai sorti de ma poche le discours inaugural que j’avais préparé pour l’occasion, douze feuillets serrés, un superbe morceau de prose, certainement ce que j’ai écrit de meilleur : on ne m’a pas laissé finir! »

Eric Chevillard

 

Aïkido: hanmi andachi waza, gyakuamni katate dori, ikkyo, omote. Vous le feriez avec ou sans tenkan?

 

Il confond toujours les pingouins et les manchots; or les pingouins n’ont pas deux bras.

 

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Marc Legris, Manchots au coeur de la tortue

Avril

Lundi 23 avril

« Il s’émerveillait de s’apercevoir que les chats avaient la peau percée de deux trous, justement à la place des yeux. »

Lichtenberg

 

Sa route pourrait se poursuivre tout droit aprés tout, passer du gris bitume au jaune colza puis au vert fluo du blé en herbe et se terminer contre le fond bleu du ciel: ligne droite de printemps.

 

 

Miro bleu

Miro, bleu III

Avril

Samedi 21 avril

Livre de la semaine

Vivre sans la douleur?

Nicolas danziger

Odile Jacob

Une femme est envahie par le sentiment étrange que sa jambe douloureuse ne fait plus partie de son corps ; un patient victime d’un trauma crânien devient subitement indifférent aux pires douleurs ; tel autre, à la suite d’un deuil, se met pour la première fois à souffrir de ses dents dévitalisées. En quoi le fait d’avoir mal modifie-t-il la perception que nous avons de notre corps ? Comment l’affect douloureux est-il élaboré par notre cerveau ? De quelle façon la signification symbolique d’une lésion peut-elle déterminer la sensation qui en résulte ? Est-il possible de vivre sans souffrir ? Un voyage scientifique et humain pour mieux comprendre l’énigme de la douleur.

Nicolas Danziger est neurologue et chercheur à l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière, à Paris, où il s’occupe de patients souffrant de douleurs chroniques, dans le cadre d’une consultation spécialisée. Ses travaux lui ont valu récemment le prix Prosper-Veil de l’Académie nationale de médecine.

 

Vivre-sans-la-douleur

Avril

Vendredi 20 avril

Caminante, son tus huellas [Toi qui marches, ce sont tes traces]
el camino y nada más; [qui font le chemin, rien d'autre ;]
caminante, no hay camino, [toi qui marches, il n'existe pas de chemin,]
se hace camino al andar. [le chemin se fait en marchant.]

Antonio Machado

 

Le dalaï-lama tweete: « Nous savons que chacun doit mourir, mais l’important c’est de donner du sens à nos vies. » C’est à se demander si la réincarnation ne favorise pas la production de banalités, une sorte d’affaiblissement de la pensée par répétition.

 

Le turc est fort, ce qui rend le kurde distant.

 

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Henri Michaux, Peinture à l’encre de Chine (détail)

Avril

Jeudi 19 avril

« La mort ne m’aura pas vivant. »

Jean Cocteau

 

Elles sont face à face sur leur fauteuil roulant à chaque bout des barres parallèles inoccupées, attendant le kinésithérapeute, comme deux presse-livres inutiles.

 

Homme tronc avec deux branches et monté sur roulettes, on dirait qu’il se transplante chaque fois qu’il se déplace en actionnant son fauteuil électrique.

 

 

OttoDix-la rue de prague

Otto Dix, la rue de Prague

Avril

Lundi 16 avril

« L’industrie actuelle formate et cérébralise énormément. On prévoit tout pour qu’il n’y ait pas de risque. Il y a aujourd’hui une esthétique sensible qui est très molle et divertissante. On veut avoir le divertissement. C’est très bien, j’aime bien rigoler, ce n’est pas le problème. Mais se divertir de quoi ? Quand on regarde les Grecs, il y avait à la fois des comédies et des tragédies. On a besoin du tragique, c’est évident. On a besoin d’affronter nos propres ombres, comme le font Sophocle ou Euripide. Il y a inceste, parricide, meurtre, mais aussi amour, vision divine, tout est là. Je veux travailler absolument avec ce matériel-là et ne pas considérer qu’il faut divertir, divertir, divertir. Mais quand je ferai une comédie, je ferai une comédie. C’est un genre tout à fait majeur. Mais je n’en suis pas encore là, c’est tout. »

Bruno Dumont

 

anselm_kiefer_aki_sous le plomb, une trace de soleil

Anselm Kiefer

Avril

Mardi 17 avril

« Adieu, Camille, retourne à ton couvent, et lorsqu’on te fera de ces récits hideux qui t’ont empoisonnée, réponds ce que je vais te dire : tous les hommes sont menteurs, inconstants, faux, bavards, hypocrites, orgueilleux et lâches, méprisables et sensuels ; toutes les femmes sont perfides, artificieuses, vaniteuses, curieuses et dépravées ; le monde n’est qu’un égout sans fond où les phoques les plus informes rampent et se tordent sur des montagnes de fange ; mais il y a au monde une chose sainte et sublime, c’est l’union de deux de ces êtres si imparfaits et si affreux. On est souvent trompé en amour, souvent blessé et souvent malheureux ; mais on aime, et quand on est sur le bord de sa tombe, on se retourne pour regarder en arrière ; et on se dit : “ J’ai souffert souvent, je me suis trompé quelquefois, mais j’ai aimé. C’est moi qui ai vécu, et non pas un être factice créé par mon orgueil et mon ennui. »

Alfred de Musset, On ne badine pas avec l’amour

 

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Anselm Kiefer

Avril

Samedi 14 avril

Livre de la semaine

Le zen dans l’art chevaleresque du tir à l’arc

E. Herrigel

Dervy

« Dans cet admirable petit livre, M. Herrigel, philosophe allemand qui est venu au Japon et s’est adonné au tir à l’arc pour arriver à comprendre le Zen, donne de sa propre expérience un récit qui nous éclaire. Un des caractères qui nous frappent le plus dans l’exercice du tir à l’arc, et en fait de tous les arts tels qu’on les étudie au Japon, c’est qu’on n’en attend pas des jouissances uniquement esthétiques, mais qu’on y voit un moyen de former le mental, et même de le mettre en contact avec la réalité ultime. »

 

Herrigel

 

Avril

Vendredi 13 avril

Si vous avez un bâton, je vous en donnerai un

Si vous n’en avez pas, je vous le prendrai

Koan zen

 

les inondations laissent des éclats de rivière dans les champs, cadeaux brillants, mares éphémères que le soleil aspirera.

 

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Max Ernst, la mare aux grenouilles

Avril

Jeudi 12 avril

« Mon médecin a essayé de me fourguer un cancer du poumon alors que j’étais venu le consulter pour un simple rhume! Je ne me suis pas laissé avoir, mais n’est-il pas déplorable de voir cette mentalité de vendeur de canapés contaminer peu à peu l’ensemble de la société et jusqu’aux professions traditionnellement vouées au soulagement des douleurs, dans le respect de la personne humaine. »

Eric Chevillard

 

La question du jour:

« Quels sont les bénéfices de mixer croquettes et sachets fraîcheur pour votre chat? »

Promis, je vais y réfléchir…Et me procurer un chat.

 

 

Gainsborough

Gainsborough, Etudes de chats

Avril

Mercredi 11 avril

« Né du trou. Bâti autour du trou. Je suis une organisation du vide. Ainsi mon oui est-il toujours creux de mon non. Ainsi puis-je me retourner comme un gant. Il doit y avoir une éternelle équivalence, où cependant la droite ne vaut pas la gauche. Plaie de la symétrie. Je te donne mon coeur contre ton foie. »

Bernard Noël

 

Les routes grises ne mènent nulle part, elles serpentent vainement dans le vert tendre des vignes, filent droit vers des villages aux murs blancs et se perdent au coeur de collines rondes qui les avalent brutalement.

 

Tu t’aperçois soudain qu’il n’y a plus rien à attendre et cette pensée te met inexplicablement en joie.

 

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David Hockney, Outpost Drive, Hollywood

Avril

Mardi 10 avril

« Il fut un temps où je croyais qu’il suffisait de fermer les yeux ou d’ouvrir les livres pour voir des jardins qui tiennent sur l’ongle du petit doigt, des amours qui font vraiment dériver les continents, des époques qui dansent avec des singes bleus sur l’épaule, des mondes suspendus en crinoline de rumeur. C’était le temps où j’étais prête à croire qu’un surgissement du merveilleux dépendait presque d’un caprice de la paupière. »

Annie Le Brun

 

Plus jamais tomber d’Amour
Ne tomber que de fatigue Oublier
Ne tomber que de vélo Cicatriser
Ne tomber que de sommeil Rêver

 

Bacon

Francis Bacon

Avril

Lundi 9 avril

« Je sens parfois, m’éveillant dans la nuit, des mains invisibles qui tissent ma destinée. »

Fernando Pessoa

 

Des nouvelles de la rivière, la pluie cesse peu à peu, elle retourne dans son lit pour des sommeils encore agités, attendant l’orage d’été qui la réveillera. Elle emportera alors le vieux pont qui la regarde passer, sûr de sa force et de ses piles de pierre. Elle rêve de ce jour  où elle arrachera ses arches pour un voyage de rage et rejoindra le fleuve tranquille.

 

Otto Dix

Otto Dix, portrait de l’avocat Hugo Simons

Avril

Samedi 7 avril

Livre de la semaine

Egon Schiele

Dessins et Aquarelles

Texte Jane Kallir

Introduction Ivan Vartanian

Hazan

On ne peut pas atteindre la chose elle-même – la véritable nature du modèle – en ôtant la surface , car tout ce que l’on a, c’est la surface. On ne peut donc aller au-delà de cette surface qu’en travaillant avec elle. En la manipulant – les gestes, le costume, l’expression – radicalement et correctement. Je pense que Schiele a compris cela d’une manière unique, profonde et originale. Au lieu d’essayer d’abandonner la tradition du portrait en représentation (ce qui, de toute façon, est sans doute impossible), il me semble qu’il l’a poussé à ses limites. Il a bousculé la forme en montant le son jusqu’au niveau du cri. On observe donc chez Schiele une sorte d’asymétrie constante, d’abord dans le sens de la « représentation » pure, le geste et le comportement stylisé recherché comme une fin en soi, étudié pour soi. Ces stylisations extrêmes sont conservées dans la forme mais désorientées, sorties de leur cadre familier et utilisées pour changer la nature de ce qu’est le portrait.

Richard Avedon

 

Egon Schiele

Avril

Vendredi 6 avril

La nuit promet d’être belle
Car voici qu’au fond du ciel
Apparaît la lune rousse
Saisi d’une sainte frousse
Tout le commun des mortels
Croit voir le diable à ses trousses
Valets volages et vulgaires
Ouvrez mon sarcophage
Et vous pages pervers
Courrez au cimetière
Prévenez de ma part
Mes amis nécrophages
Que ce soir nous sommes attendus dans les marécages

Jacques Higelin, Champagne

 

Avril

Jeudi 5 avril

« Sans solitude, sans épreuve du temps, sans passion du silence, sans excitation et rétention de tout le corps, sans titubation de la peur, sans errance dans quelque chose d’ombreux et d’invisible, sans mémoire de l’animalité, sans mélancolie, sans esseulement dans la mélancolie, il n’y a pas de joie. »

Pascal Quignard

 

Avril

Mercredi 4 avril

“Je n’ai jamais eu la chance de manquer un train auquel il soit arrivé un accident.”

Jules renard

 

Il est trés contrarié, il a du reporter son suicide. Aprés plusieurs heures couché sur la voie, il s’est rendu à l’évidence: pas un train.

 

Il avait espéré un service minimum. 

 

 

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John Everett Millais, Ophélie

Avril

Mardi 3 avril

De ma peau à mes os s’étend parfois une distance désertique.

Alors, l’écorché regarde son squelette et dit: qui est-ce?

Bernard Noël

 

L’espoir est l’avenir de ceux qui n’en ont pas.

 

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Jean-Marc Comby, Lapin écorché

Avril

Lundi 2 avril

« Ce monde en lui même n’est pas raisonnable, c’est tout ce qu’on peut en dire. Mais ce qui est absurde, c’est la confrontation de cet irrationnel et de ce désir éperdu de clarté dont l’appel résonne au plus profond de l’homme. »

Albert Camus

 

Il va se réveiller, ce qu’il vit ne peut être qu’une erreur, un malentendu. Quelqu’un va s’excuser, désolé, nous nous sommes trompés de scénario, il s’agit d’un quiproquo, d’une homonymie sans doute. Vous allez rire, ce n’était pas vous qui deviez vivre cela; vous serez dédommagé, des bons d’achat, un avoir, une année bonus, que sais je…Encore désolé pour le dérangement, une erreur stupide on vous dit, allons tout ça n’est pas si grave. Vous avez la vie derrière vous, que diable…

 

L’haltérophile a un poids énorme sur la conscience, il a beau bander ses muscles, impossible de le soulever. 

 

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Jean Fautrier; L’écorché

Mars…

Samedi 31 mars

Livre, scénario, film de la semaine

La Maman et la Putain

Jean Eustache

Petite bibliothèque des Cahiers du cinéma

« J’ai écrit ce scénario, disait Jean Eustache, car j’aimais une femme qui m’avait quitté. Je voulais qu’elle joue dans un film que j’avais écrit… J’ai écrit ce film pour elle et pour Jean-Pierre Léaud; s’ils avaient refusé de le jouer, je ne l’aurais pas écrit. Je pensais écrire le film en huit jours, je n’avais écrit que la première séquence, je ne connaissais pas encore la seconde ». Ce « texte de feu », comme dit Bernadette Lafont, est écrit à partir de la vie et de la passion, mais jamais Jean Eustache ne cède à la tentation d’imiter la vie de façon naturaliste. C’est bien d’écriture et de recréation littéraire du langage parlé qu’il s’agit ici: la beauté et la tenue de ce texte, de ces dialogues, le prouvent. Gageons que ce texte magnifique (en existe-t-il en littérature qui sonne aussi juste sur l’état de la langue et des sentiments des années soixante-dix ?), ce film-phare de toute une génération, suscitera sans relâche de nouveaux fervents.

 

 

La maman et la putain

Mars…

Vendredi 30 mars

« Mono no aware, disent les Japonais pour désigner la poignante mélancolie des choses, leur beauté éphémère et précieuse, sitôt éprouvée, sitôt perdue. Sentiment qui naît de la chute des feuilles en automne, d’un être aimé qui disparaît au détour d’un chemin, de ce qui a fait votre bonheur et qu’on est forcé  d’abandonner sans retour. »

Min Tran Huy

 

Lorsque j’étais enfant, les sauterelles volaient à chaque pas dans les champs, les grillons sortaient de leurs trous attirés par nos brins d’herbe, les hannetons nous frôlaient avec des airs d’hélicoptère.
Nous marchions dans la jungle, les insectes faisaient partie de notre vie. Ils ont quasiment disparu, personne ne semble s’en émouvoir.

 

Robert Marchand arrête le vélo. A 105 ans, il tournait encore sur un vélodrome. Le cycle pour échapper à la linéarité, à l’histoire et à la mort. Le vélo, c’est la machine à repasser le temps.

 

 

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Qi Baishi

Mars…

Jeudi 29 mars

« J’aurai passé mes jours à regarder le reflet de la vie sur la rivière de papier blanc. Ce n’est pas ce qu’on appelle vivre . C’est beaucoup mieux. »

Christian Bobin

 

 

Richter

Gerhard Richter, Page retournée

Mars…

Mercredi 28 mars

Il pleut toujours, la rivière tente de déborder mais ses rives la contiennent encore. Quelle goutte d’eau fait que soudain elle devient lac et noie tout ce qui la bordait hier encore? Est ce la colère de tout emporter ou la joie de se libérer qui la fait courir dans les prés?

 

Il regrette les battements du coeur des rails qui scandaient ses voyages. Désormais, c’est un interminable cardiogramme plat qui l’accompagne.

 

 

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Alfred Sisley, L’inondation à Port-Marly

Mars…

Mardi 27 mars

« Cet univers désormais sans maître ne lui paraît ni stérile, ni fertile. Chacun des grains de cette pierre, chaque éclat minéral de cette montagne pleine de nuit, à lui seul, forme un monde. La lutte elle-même vers les sommets suffit à remplir un cœur d’homme. Il faut imaginer Sisyphe heureux. »

Albert Camus

 

Il ne peut se détacher, les liens se sont reserrés depuis six mois. La corde enserre plus fort ses poignets douloureux. Parfois, il entend le bruit du dehors, le son d’une autre vie que celle de reclus et d’otage et il se dit qu’il est temps de fuir. Mais il aime ses liens qui entravent ses chevilles, étouffe ses pensées.Il attend cette voix qui le berce parfois. Un sourire traverse alors la nuit de sa cellule et des yeux noirs lèvent en lui des espaces infinis. Il n’a jamais été aussi libre.

 

Le temps arrange tout, dit-on; en effet, il suffit de regarder des ruines pour s’en convaincre.

 

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Franz von Stuck, Sisyphe

Mars…

Lundi 26 mars

« Le braille a cet avantage que l’on peut lire tout en regardant le paysage. »

Eric Chevillard

 

Il a les dents qui rayent le parquet ce qui le ralentit considérablement dans son ascension politique.

 

« J’aurai ta peau! » dit le criminel ou l’amoureux. Parfois, ils ne font qu’un.

 

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Caillebotte, Les Raboteurs de parquet

Mars…

Samedi 24 mars

Livre de la semaine

Le rêve mexicain

Le Clézio

Gallimard

« Au cours du mois de mars 1517 les ambassadeurs de Moctezuma, seigneur de Mexico-Tenochtitlan, accueillent le navire de Hernan Cortés en « mangeant la terre », selon le rituel de bienvenue réservé au dieu Quetzalcoatl, et cette rencontre initie l’une des plus terribles aventures du monde, qui s’achève par l’abolition de la civilisation indienne du Mexique, de sa pensée, de sa foi, de son art, de son savoir, de ses lois. »

 

Le rêve mexicain

 

Mars…

Vendredi 23 mars

« Soit le langage n’est qu’un processus de communication, et bien sûr en ce cas la transparence est possible, et bien sûr il faudrait améliorer encore ladite communication et espérer la fin de nos malentendus, et bien sûr une appréhension purement binaire des choses_ vrai ou faux, bien ou mal, etc._ serait possible et judicieux…Soit, au contraire, je reconnais que le langage implique une inadéquation radicale, une perte inéluctable, et je me trouve dés lors à devoir toujours laisser la place à ce qui échappe, à ce qui n’entre pas exactement dans les trous, à prendre en compte le réel. »

Jean-Pierre Lebrun

 

Des cris, des plaintes, des hurlements qui semblent répondre à des appels… J’avance dans la jungle, non, je parcours simplement les couloirs de l’EHPAD.

 

Crier pour les « déments », c’est se repérer et se rassurer sur leur existence, leur permanence, dans la confusion extrême qui est la leur. On peut parler d’écholocalisation.

 

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Douanier Rousseau, Le rêve

Mars…

Jeudi 22 mars

Rien…

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Ri.

Mars…

Mercredi 21 mars

« Chacun de nous est libre de croire ce qu’il veut, et mon point de vue est que l’explication la plus simple c’est qu’il n’y a pas de Dieu, personne n’a créé l’Univers et personne ne dirige notre destin. »

Stephen Hawking

 

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William Blake, Dieu comme un architecte

Mars…

Mardi 20 mars

« Les phrases des oiseaux sont très brèves, laissent peu de temps à la réponse, reprennent vite leurs sèches séquences et leurs brèves fréquences, pour les encranter dans le vide.

Ce sont des colliers de sons dont la durée fait quelques secondes.

Petites mélodies subites qui s’accrochent et se suspendent dans les vides que le désir laisse, qui attendent dans le vide au sein d’une attente où l’appel lui-même attend au point qu’il résonne. »

Pascal Quignard

 

Le printemps risque fort d’être silencieux. Le Muséum national d’histoire naturelle (MNHN) et le Centre national de la recherche scientifique (CNRS) annoncent, mardi 20 mars, les résultats principaux de deux réseaux de suivi des oiseaux sur le territoire français et évoquent un phénomène de « disparition massive », « proche de la catastrophe écologique ». « Les oiseaux des campagnes françaises disparaissent à une vitesse vertigineuse, précisent les deux institutions dans un communiqué commun. En moyenne, leurs populations se sont réduites d’un tiers en quinze ans. »

LE MONDE

 

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Georges Braque, l’oiseau noir et l’oiseau blanc

Mars…

Vendredi 16 mars

« Je suppose que nous échappons de temps en temps au raisonnable, et que c’est alors seulement que nous tombons parfois dans le vrai. »

 

« La banalisation de l’emprise médiatique la protège d’être perçue pour ce qu’elle est : une occupation totale de l’espace visuel qui a pour conséquence automatique l’occupation de l’espace mental. Quand on tient les yeux, on tient le lieu de la pensée en même temps que ceux de l’imaginaire et de l’expression. »

 

« Dans un monde où tout est conduit vers le non-sens de la marchandise, il ne reste que la poésie pour re-naturer l’ensemble des relations et des valeurs. Mais qu’il ne reste qu’elle à pouvoir le faire ne garantit pas qu’elle puisse le faire car son pouvoir n’agit que secondé par un effort. Le vieil effort d’attention qu’exigent toujours l’acte culture aussi bien que l’acte d’amour, et que débilite à présent le culte de la passivité. La chair a besoin de se refaire Verbe pour remonter vers la vitalité… »

Bernard Noël

 

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Mars…

Jeudi 15 mars

« Parfois aussi, peut-être parce que tu auras côtoyé de trop prés les réalités étranges, tout t’échappera, tout se dérobera, et alors même l’exotisme et l’exil n’auront plus pour toi aucun sens. »

Antoine Volodine

 

Les jours passent et se succèdent totalement indifférents à ce que l’on pense d’eux. Il y aurait pourtant des choses à dire sur certains d’un ennui vertigineux ou d’une neutralité d’eunuque, d’autres sont de vrais salauds mais celui-là a décidé de racheter tous les autres.

 

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Liu Xiaodong, Disobeying the rules

Mars…

Mardi 13 mars

« Tu es ici chez toi. rien ne t’appartient. Tu ne fais ici que mettre à jour tes vieux rêves. »

Volodine

 

Il voulait faire de la boxe pour en découdre. Les points de suture que l’infirmière lui ôte un à un lui donne douloureusement raison.

 

Le hasard ne se provoque pas, il se prépare.

 

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Bellows Georges, Rencontre de boxe chez Skarkey

Mars…

Lundi 12 mars

« Quand on écrit, faut-il tout écrire ? Quand on peint, faut-il tout peindre ? De grâce, laissez quelque chose à suppléer par mon imagination ! »

Denis Diderot

 

Il existe des simulateurs de vieillesse, ensembles de prothèses, lunettes et autres artifices, censés vous transformer en vieillard instantanément. Ce que l’on ignore, c’est que la plupart des personnes agées simule et dès que les soignants ont le dos tourné, ce n’est que cavalcades dans les couloirs et rires en cascade dans les escaliers.

 

Il a peint un éléphant en trompe l’oeil.

 

Pietro Longhi, 1785

Pietro Longhi, L’éléphant

Mars…

Samedi 10 mars

Livre de la semaine

Macau

Volodine

Editions du Seuil

« Cela me plaisait de devoir être tué en Chine, sur une jonque à l’ancrage, devant un photogénique vieillard, dans une atmosphère chinoise saturée de puanteurs, de fumée de poisson frit, de tabac, de pétrole, d’eau sale. Après tout, j’étais venu pour ça, pour en finir, pour être ailleurs et en finir. »

 

Macau Volodine

Mars…

Vendredi 9 mars

かたつぶり
そろそろ登れ
富士の山

katatsuburi
soro soro nobore
fuji no yama

l’escargot
avec peine escalade
le mont Fuji

Issa

 

escargot

Mars…

Jeudi 8 mars

« Ne se nourrissent plus. Ne s’épouillent plus. Ne grimpent plus aux arbres. L’avenir des chimpanzés inspire de vives inquiétudes. Passent leurs journées à tripoter leurs quatre portables. »

Eric Chevillard

 

Vu deux vélos blancs

Dévalant la route bleue

Soleil de printemps

 

Munch, Le soleil, 1909, 1916

Munch, le soleil

Mars…

Mercredi 7 mars

« Nous avons fait de la mort cette bouche d’ombre, cet abîme effrayant, alors qu’elle n’est que l’occasion offerte enfin, qui si longtemps nous aura fui, de combler notre retard de sommeil. »

Eric chevillard

 

« Fais comme tu sens, suis ton instinct, te prens pas la tête, just do it, venez comme vous êtes, c’est dans notre ADN… » Toujours la même injonction: rapprochez-vous de l’animal, il faut en finir avec l’humain; il est trop complexe.

 

Un seul hêtre vous manque… C’était l’arbre qui cachait la forêt.

 

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Piet Mondrian, l’arbre gris

Mars…

Mardi 6 mars

« Le respect est le fin mot d’une société où tout et n’importe quoi, en effet, est respectable, où chacun la ferme, où nous vivons dans une sorte de révérence universelle, de consensus béat, tout est bel et bon, et des goûts et des couleurs, pas la peine de discuter ; grâce à cela, les plus forts sont sûrs de gagner, et l’industrie de la sous-culture s’est débarrassée des gêneurs…

Il ne viendrait pas à l’idée des tenants du respect universel que respecter les gens, c’est les croire capables de s’ouvrir au débat, voire à l’humour et à l’ironie, sans se crisper sur «c’est mon choix, respectez-le ». Que ne pas les respecter, c’est précisément les considérer comme des braves imbéciles à qui on va faire avaler n’importe quoi, notamment une littérature formatée, insipide, bébête. Que le règne de la promotion universelle ne respecte qu’une chose, l’argent…

La tiédeur et la prudence sont rarement des signes d’amour. Notre époque préfère le respect à la passion. »

Pierre Jourde

 

Le livre imaginaire

« La laine ne dort jamais »

Dr Emile Dagnot

Editions du Rouergue

 Etude sur l’insomnie liée au comptage des brebis sur le plateau du Larzac au siècle dernier.

 

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Zurbaran, Agnus dei

Mars…

Lundi 5 mars 2018

« L’oeil ne se voit pas lui-même; il lui faut son reflet dans quelque autre chose. »

William Shakespeare

 

Jonquilles, violettes, giroflées mais aussi jonclinules, crinoflines, boutons des murets, brêles des marais, sauganières pleureuses et parfois, elles sont précoces, sixroses hépaterres; c’est bientôt le printemps.

 

Et chantent déjà le charpière messager, la riboudelle boudeuse, la coucouline des toits et les zizis bruyats.

 

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Zhu Da

Mars…

Samedi 3 mars 

Livre de la semaine

Apostumes

Jean-Luc Sarré

Le bruit du temps

« De cancre à cancer, il n’y avait qu’un pas, je l’avais depuis longtemps présagé. Ce pas franchi, il s’accompagne aujourd’hui d’un indécollable et fâcheux anagramme. De notules à nodules, encore un autre pas. Apostume (plus familier qu’apostème) est tout aussi charmant, avec son faux air d’apostille posthume. »

 

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Mars…

Vendredi 2 mars

« Si nous pouvions renoncer à notre condition corporelle et, purs êtres pensants venant par exemple d’une autre planète, saisir les choses de cette terre d’un regard neuf, rien ne frapperait plus peut-être notre attention que l’existence de deux sexes parmi les êtres humains qui, par ailleurs si semblables, accentuent pourtant leurs différences par les signes les plus extérieurs. »

Sigmund Freud

 

« Même si je ne pense plus, je suis » Itsuo Tsuda

L’arrêt de la pensée rationnelle n’empêche pas d’être, voire libère une autre forme d’être pour la philosophie orientale. Mais cette phrase pourrait s’appliquer aux personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer, aux psychotiques et autres « déments »; même si je ne pense plus ou pas comme vous, je suis.

 

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Egon Schiele, lovers

Mars…

Jeudi 1er mars

« Bargouzine était fréquemment victime de ce que la sagesse populaire appelle le décés. »

Volodine, Terminus radieux.

 

« Si vous souhaitez contester cet avis de paiement, vous devez former un recours administratif préalable obligatoire (RAPO) avant toute saisine de la juridiction compétente, à peine d’irrecevablité de cette saisine. »

Première phrase de « Forfait de post-stationnement », un roman de Urbis Park Services. Je vous laisse découvrir la suite.

 

Le choix de l’aube rose contre le bleu de la nuit.

 

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Cadillac, Salvador Dali

Février

Mercredi 28 février

« La terre est le berceau de l’humanité. Peut-on passer sa vie entière dans son berceau? »

Constantin Edouardovitch Tsiolkovski. Savant russe et pionnier de l’aventure spatiale.

 

J’arrive pas à aligner deux phrases; en voici déjà une.

 

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Georges Rouault, Le berceau

Février

Mardi 27 février

« Monsieur Hackett prit à gauche et vit, à quelque distance de là, dans le demi-jour déclinant, son banc. »

Samuel Beckett, Watt

 

Le livre imaginaire

 « Meurtres en Charentaises »

Georges Pinot

Editions Le Melon D’or

« L’aurore sur Montmoreau-Saint-Cybard rosit les rares rochers noirs sur lesquels s’ancre le château qui chaperonne le village encore endormi. De la grande bâtisse qui jouxte la pharmacie s’échappe un long cri. »

 

Mes désirs sont désordre.

 

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Kirchner, Homme assis sur le banc d’un parc

Février

Lundi 26 février

Vous garderez mon souvenir comme un reste de neige aux branches

Quelque part dans une banlieue de ville de province le matin

J’emporterai ma part de l’aube et qu’ai-je fait d’autre jamais que vous tenir la main?

Jacques Bertin

 

« Neige », le roman de Maxime Fermine a fondu dans mes mains. Neige collante et lourde, gorgée de poésie japoniaises et de clichés fujimayesques. Le contraire d’un haïku.

 

C’est une très belle soirée que nous souhaite le journaliste télé. Moi qui me préparais à passer une simple bonne soirée, me voilà décontenancé et déjà un peu déçu par ce qui m’attends.

 

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L’aurore, Fragonard

Février

Samedi 24 février

Livre de la semaine

Maus

Art Spiegelman

Flammarion

« Pourquoi cette « simple » bande dessinée est-elle un très grand livre? parce qu’elle est à la fois récit issu de la mémoire et essai sur la mémoire. »

 

Maus

Février

Vendredi 23 février

« Le dimanche, on subit le temps et c’est comme si on retenait son souffle et essayait de voir comment serait l’au-delà. Les dimanches sont une maladie invisible, comme un mal intérieur, une maladie morale. »

Enrique Vila-Matas

 

« La vie est une histoire racontée par un idiot, pleine de bruit et de fureur et qui ne signifie rien. » Shakespeare, dramaturge.

« La vie est une échelle à poule, courte et couverte de merde. » Jean-Marc, factotum.

 

La quête de la sensation a remplacé celle du sens. La régression au corporel permet de faire l’économie de penser, mais à quel prix?

 

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Paul gauguin, « D’où venons nous? Que sommes nous? Où allons nous? »

Février

Jeudi 22 février

« C’est curieux comme tout change sans vous. »

Emmanuel Bove

 

Le kinésithérapeute installe ses 93 ans face au vélo de rééducation. Elle lui demande pourquoi, il lui répond: « D’aprés vous, ça sert à quoi un vélo? ». La réplique fuse: « A faire des AVC! »

 

Le livre imaginaire:

« La mite de Sisyphe »

Albert Lenné

Editions du Rocher

« Trou est toujours à recommencer. »

 

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Sisyphe, Titien

Février

Mercredi 21 février

« Penser, c’est harceler l’existant. »

Henri Lefebvre

 

瓶おるる
夜の氷の
ねざめかな

Basho 芭蕉

Gel nocturne

La cruche éclate

Et me réveille

 

L’abdominable homme déneige.

 

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Picasso, Nature morte

Février

Mardi 20 février

« Il n’y a pas d’étanchéité de soi à l’égard du sonore. Le son touche illico le corps comme si le corps devant le son se présentait plus que nu: dépourvu de peau. »

Pascal Quignard

 

Comment se représenter l’absence de représentation de personnes autistes confrontées à un vide, à un manque qui n’est même pas perçu comme tel. Le cri qui est parfois le leur est celui que l’on pousserait peut-être en tombant dans un abîme sans fond et sans bords.

 

Elle dit stoïque pour stupéfaite et obtempérer pour tempérer. Ce qui rend sa conversation un peu déroutante mais pas du tout ennuyeuse.

 

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Stéphanie L’heureux

 

Février

Lundi 19 février

« J’étais doué pourtant, long en avenirs, très plein d’étude, d’élans et ribambelles de vocations : moi aussi j’eus voulu faire successivement chemineau de golf, achalandeur, mangeur de sphère, germaticien, promeneur-mouliste, dogueur de chien, viveur de bien, groupeur de vrai, métrier blanc, tourneur en groupe, et-caetériste. « 

Valère Novarina

 

Les patineuses font de petits saluts de la main un peu ridicules et étroits après d’amples mouvements des bras et des envolées majestueuses comme si le retour sur terre les rétractait.

 

« Tu le savais pas? » questionne souvent Marie-France. Non pour s’étonner de notre ignorance mais pour nous entraîner dans son monde chaotique dans l’espoir que nous y mettions un peu d’ordre.

 

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Février

Samedi 17 février

Livre de la semaine

Les Effets psychologiques du vin

Edmondo De Amicis

L’ANABASE

« Cette altération progressive des sentiments et des idées, cette succession continue d’états différents de la conscience par lesquels on passe de la sérénité qui suit les premières gorgées à l’exaltation ardente des derniers toasts est en soi un événement psychologique si étrange et si fécond pour l’étude de la nature humaine qu’il ne sera jamais assez médité ni par le philosophe ni par l’artiste. »

 

Amicis

Février

Vendredi 16 février

Pour le moment, il ne se réveille pas. Il poursuit ses fantômes, il se vautre dans la chaleur des images que fabrique la nuit. Il y tient, il s’y accroche. C’est ce rêve là qu’il veut poursuivre, en connaître la fin. Il peut presque maintenant contrôler ce qui se passe, prolonger ce dialogue; il sait que cette phrase existe, il l’a prononcée mais pas là, pas dans cette pièce. Cette porte devrait s’ouvrir, quelque chose s’y oppose. Une forme sombre, sans visage, sans contour, sans paroles, se tient derrière. Il hurle, il sait que le son franchit ses lèvres, que son cri est hors de sa nuit. Le monde des images a fait effraction dans celui de la chambre.

Il est rejeté, expulsé du passé dans la pénombre familière. Le quotidien s’abat sur lui. C’est fini.

 

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Février

Jeudi 15 février

« Un psychotique, c’est quelqu’un qui croit dur comme fer que 2 et 2 font 5, et qui en est pleinement satisfait. Un névrosé, c’est quelqu’un qui sait pertinemment que 2 et 2 font 4, et ça le rend malade ! »

Pierre Desproges

 

Le monde de Marie-france, elle écrit:

« A-2 ans demie je ne marcher pas. Le criste il ma endormie. Il risque davoir une commette. Le trietement-est fort les gouttes sont fore. Il pleure-Marie-France je souffre. A la plage-jai vu un reqein. »

 

Encore une journée à côtoyer la psychose, à l’affronter, à l’apprivoiser, à l’écouter, à la refuser, à l’accepter, à la défier sans jamais la vaincre mais parfois la voir reculer en grondant, les crocs découverts, lâchant un instant sa proie qu’elle harcèlera à nouveau dès que nous aurons le dos tourné.

 

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Février

Mercredi 14 février

« Il n’avait pas d’amis, puis il eut l’idée d’épiler ses chimpanzés. »

Eric Chevillard

 

Le ver de terre est un redoutable mangeur d’homme qui vit parmi les racines de pissenlit.

 

Ecrire c’est le choix du noir contre le blanc de la page.

 

 

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Alain Ghertman

Février

Mardi 13 février

« La volonté de la littérature, c’est toujours de triompher de la parole. On écrit parce qu’on ne sait pas parler. »

Philippe Muray

 

« Si vous n’avez pas composté, veuillez vous rapprocher auprés du contrôleur. » dit la voix féminine dans le TER. Il est vrai qu’il fait très froid ce matin.

 

Avoir plus d’un demi-siècle donne une patine, un certain lustre, quelque chose d’historique. On cherche le chiffon à poussières.

 

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février

Lundi 12 février

« Quand on ne travaillera plus le lendemain des jours de repos, la fatigue sera vaincue. »

Pierre Dac

 

Silhouette filante et sa comète de cheveux
Je fais un vœu
La nuit sera toujours claire
La rivière toujours fière
Le jour toujours enchanté

 

J’achète des jonquilles. J’en prends dix, autant faire un strike.

 

eve-of-the-deluge, John Martin

 

Février

Samedi 10 février

Livre de la semaine

Belle du seigneur

Albert Cohen

Gallimard

« Descendu de cheval, il allait le long des noisetiers et des églantiers, suivi des deux chevaux que le valet d’écurie tenait par les rênes, allait dans les craquements du silence, torse nu sous le soleil de midi, allait et souriait, étrange et princier, sûr d’une victoire. À deux reprises, hier et avant-hier, il avait été lâche et il n’avait pas osé. Aujourd’hui, en ce premier jour de mai, il oserait et elle l’aimerait. »

 

belle du seigneur

février

Vendredi 9 février

Un sourire sur son visage.

Le vert des prés barrés de haies sombres, les arbres nus seulement vêtus de boules de gui. Les chemins creux aux flaques lumineuses, les rigoles serpentant dans les combes. L’odeur de la terre gorgée d’eau, Le ciel gris et bas lourd de neige, les pointillés des taupinières brunes, les ruisseaux blancs lissant les pierres noires. l’ocre des chemins creux couverts de feuilles rousses et les clôtures aux piquets de châtaigniers décolorés par le temps.

Il est chez lui.

 

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février

Jeudi 8 février

« Si je perdais un jour (…) le goût des mots, je perdrais du même coup le peu d’inclination qui me reste pour ce qui m’entoure »

Jean-Luc Sarré

 

Je n’y suis pour rien
Je n’y suis pour personne
La vie passe et m’abandonne

 

Écrire c’est de toute façon broyer du noir sur une page blanche.

 

Vasarely

février

Mercredi 7 février

« Contrairement à la seiche, si je crache de l’encre, ce n’est pas pour protéger ma fuite mais pour assurer ma progression. »

Jean-Luc Sarré

 

La neige se refuse encore à l’arbre mort sur le côteau. Il l’espère pourtant sur ses branches noires.

 

Il essayait de retenir les jours entre ses doigts.

 

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février

Mardi 6 février

« Constamment confronté à moi-même je ne cesse d’avoir le dessous ; je ne me connaissais pas une telle vigueur. Il faut dire que je ne m’affronte que lorsque je suis au plus bas. »

Jean-Luc Sarré, Apostumes

 

Que serait Patati sans Patata ?

Ces inséparables se le demandent justement :
_Que serai-je sans toi Patata ? Imagine un Patati isolé, abandonné au détour d’une phrase. Nous lirions « et Patati… » ou seulement « Patati », perplexité du lecteur. Pourquoi ce Patati sans suite, ce Patati sans but dans la vie, ce Patati déprimé, sans patate, en quelque sorte.

_Et un Patata posé là, ce n’est guère mieux, ça n’a pas de sens. A moins d’imaginer que le personnage a perdu sa tante, mais il dirait « où est Tata ?» ou « Tata,où t’es ?» mais pas « Patata » comme ça brutalement. Ou alors, il ne veut pas qu’elle vienne, il s’écrie et ça s’écrit « pas Tata, surtout pasTata. Ça marche aussi avec toi, « Pas Tati »

_Certes, il serait question de parenté refusée si je te suis bien. Notre personnage n’aime guère ses tantes. « ni Tati, ni Tata » serait mieux formulé. Tu peux noter au passage qu’il n’y a pas d’équivalent pour « pas Tonton » ; « et pas tonton et pas mon oncle » ne fonctionne pas.
Nous pourrions peut-être créer un « et Patonton, et Patintin », qui sonne assez bien ma foi.
Bref, tout ça pour parler, pour écrire, pour de rire et pour de lire. Et Patati, et Patata…

 

Alexandre Louis Leloir, Jacob Wrestling with the Angel

 

Février

Lundi 5 février

« Ce que peut le Corps, personne jusqu’à présent ne l’a déterminé. »

Spinoza

 

Elle voulait voler un vélo véloce pour dévaler les routes blanches de montagnes lointaines, pour dévoiler les roues siamoises de sa bicyclette désirée, pour avaler des kilomètres d’asphalte sinueux et pédaler comme une petite reine des Pyrénées. 

Elle ne l’avait pas volé, se disait-elle.

 

Color cycle Allan Peters

février

Samedi 3 février

Livre de la semaine

Le Japon depuis la France, un rêve à l’ancre

Michel Butor

Hatier

Le japonais, parlant comme s’il déposait chaque idée en hiéroglyphes sur le papier: Il est écrit que les grandes vérités ne se communiquent que par le silence. Si vous voulez apprivoiser la nature, il ne faut pas faire de bruit. Comme une terre que l’eau pénètre. Si vous ne voulez pas écouter, vous ne pourrez pas entendre.

Paul claudel, Le Soulier de satin

 

michel butor

 

 

 

 

Février

Vendredi 2 février

« Le corps, ça devrait vous épater plus. »

Jacques Lacan

 

Se faire éditer. Il savait où aller, dans l’impasse habituelle où il avait essuyer tant de refus.
Ce jour là, ce n’était pas le vieux libraire aux relations tentaculaires dans le monde de l’édition et au flair redoutable, reniflant rapidement le manuscrit qui va cartonner, mais un rat de bibliothèque, un vrai rat gras et gris qui se tenait assis sur ses pattes arrières sur le capot d’un taxi mauve.
Il ne lisait pas les feuillets que lui tendait un petit homme voûté, effrayé et plein d’un espoir absurde, mais les grignotait avec gourmandise au fur et à mesure.
Curieusement, à coté de lui, s’empilaient d’autres tapuscrits auxquels il n’avait pas touché.
Le petit homme le regardait fasciné. Le rat rota de satisfaction et du taxi sortit une femme brune aux lunettes noires qui se dirigea droit vers le bonhomme lui tendant une main gantée légèrement hésitante.
« Félicitations, je publie votre livre, voyez vous depuis mon accident je ne fais confiance qu’à Grasset pour éditer de nouveaux romans, les yeux fermés, et ce n’est pas une image. »
Disant cela, elle caressait l’animal qui grimpa vivement sur son épaule.
Elle disparut dans le taxi qui sortit de l’impasse lentement, laissant le petit homme stupéfait.
Souris donc se disait-il, souris…

(D’aprés une idée de Pascal Perrat, blog « entre2lettres »)

 

klein

 

Février

Jeudi 1er février

«  Don Juan aima encore l’infirmière de l’unité des soins palliatifs, puis la thanatopractrice, puis les pleureuses, puis il reposa en paix.  »

Eric Chevillard

 

Le jour où je me suis flingué
Tu étais vraiment superbe
Le jour où je me suis noyé
Tu te prélassais dans l’herbe
Le jour où j’ai ressuscité
Tu sortais avec un serbe

 

Je me charge de mon avenir mais je ne peux me délester de mon passé. Le poids des ans n’est pas une image. C’est une réalité, une pesanteur. Et parfois aussi un ancrage, une présence voire un réconfort.

 

Ricketts, Charles S., 1866-1931; Don Juan in Hell

Janvier

Mercredi 31 janvier

Il a trouvé… Pour ne pas vieillir seul, il chante, il psalmodie plus exactement, sans cesse. C’est une mélopée lancinante qui le berce, l’enveloppe, le précède dans les couloirs ou le suit, traverse la porte de sa chambre. Les vibrations sonores le protègent du monde, le font encore exister et respirer.
Un sourire permanent et léger flotte sur son visage. Il a trouvé sa petite musique de vie.

 

Pourquoi penser toujours, toujours penser. Aucun repos. Dormir, oui, mais les rêves…Ils sont si réels qu’au réveil nous les cherchons, le jour les oublie. Tout recommence.

 

Nous n’avons jamais la vie devant nous, elle est à la traîne, accrochée aux basques. Il faut la tirer, la  porter ; c’est elle qui finit en fauteuil roulant, pas nous, pas moi, moi j’ai tout mon temps ou plutôt je n’ai pas de temps, pas de passé, pas d’avenir, pas de vie. « Je » est éternel. C’est l’autre en soi qui meurt, c’est « Il ».

 

Redon.yeux-clos

Janvier

Mardi 30 janvier

Mon nom est Personne et mon entreprise de service à la personne bat de l’aile. Elle n’intéresse personne sauf moi, j’ai donc tenté de la nommer « A mon service » puis « A votre service comme Personne ». Mais cela faisait trop personnel, et les critiques ont fusé : « Il ne pense qu’à lui, il peut pas faire comme Monsieur tout le monde etc… »

Je me suis donc appelé monsieur Dupont comme tout le monde et mon entreprise, elle, fut fièrement nommée « Dupont : d’une personne à l’autre !» Là aussi, échec : « Pour qui se prend-il ?, ne peut-il se contenter d’une passerelle ? »

J’ai alors opté pour Dubois mais entreprise Dubois ça prêtait à confusion, et « Service à la personne Dubois » offrait peu de perspective de développement en milieu citadin.
De plus «Dubois fait un burn-out », personne n’y croyait, tout le monde rigolait.

Il me restait Martin, cela faisait sérieux, « Services Martin à la personne » rien à redire à l’affaire, la maison mère devenait presque prospère, elle faisait des petits. Je pouvais même m’offrir un burn-out serein. Et bien non, bientôt j’eus droit à des « Réveille Martin, du Martin au soir, il n’est pas du Martin… »

Il se nomme maintenant Błaszczykowski ou Llywodraeth Cymru et encore Azathoth Cthulhu, ce qui épuisent et dépriment ceux qui doivent l’appeler. Il ne cesse de changer de visages sous des masques différents, il porte tous les noms, prend toutes les formes, il est lui, il est elle, elle et lui sont insaisissables, son nom était et reste Personne.

 

 

James Ensor La mort et les masques

Janvier

Lundi 29 janvier

« Aucun peintre ne devrait commencer un tableau sans passer un lavis de noir. Parce que, dans la nature, toute chose est noire tant qu’elle n’est pas touchée par la lumière. »

Léonard de Vinci

 

La nuit blanche se levait lentement, l’autre nuit, celle des autres, était déjà bien avancée. Une nuit ordinaire faite pour dormir, même pas noire, les lumières de la ville ont effacé le noir, l’ont repoussé, anéanti. Trop nocturne, trop négative, la nuit n’est pas moderne, elle est l’archaïque par excellence. Le passé, la nuit des temps, n’intéressent plus personne.
Nous venons de ces ténèbres, elles terrorisaient nos ancêtres dans leur abri sous roche. Le feu les tenait à distance. Nous avons réussi à les tuer.

 

L’insomnie réveille-t-elle le souvenir de ces nuits préhistoriques? Ne pas dormir c’est refuser le noir mais c’est surtout ne pas s’abandonner aux rêves. Ne pas vouloir mourir à la veille, au jour, à l’activité. Maintenir ses pensées, ses obsessions, cultiver sa peine.
Fermer les yeux, c’est accepter un autre monde, un monde qui fascine les êtres humains depuis qu’ils rêvent.

 

Leonor Fini, voyage sans amarres.1986

 

Janvier

Samedi 27 janvier

Livre de la semaine

Sarinagara

Philippe Forest

Gallimard

Tsuyu no yo wa     monde de rosée

Tsuyu no yo nagara   c’est un monde de rosée

Sarinagara    et pourtant pourtant

Kobayashi Issa

« Tous les souvenirs enfin s’effacent. Et puis restent les rêves. Alors, comme ils sont seuls désormais, c’est à eux que l’on confie le souci de sa vie. »

 

Sarinagara

Janvier

Vendredi 26 janvier

L’obscurité est totale mais différente, plus légère, plus aérienne ; Taupier, appelons le ainsi, le sent, il le sait, il respire ce noir nouveau, ce noir d’espoir.
Taupier s’inquiétait mais une étincelle brillait en lui, une lueur frontale qui lui permettait de trouer la galerie devant lui et de forer un passage. Il devenait tunnelier, Taupier le tunnelier forait droit devant.

 

Brutalement l’adhérence ! Et la peur, l’épouvante, premier réflexe, fuir, marche arrière… mais ce contact là, sa main touchait quelque chose, ce quelque chose, il le connaissait, le reconnaissait. Oui, cela bougeait comme…une main, une autre main.

 

Une main qui ne se retirait pas, qui attrapait la sienne maintenant, bientôt rejointe par une autre et les deux mains agrippées à son bras le tiraient. Il cria puis perdit connaissance, un blanc immense venait de l’envahir. Il continue à marcher dans son sommeil, dans sa perte de conscience, mais il n’a plus d’effort à faire, il est porté, il n’a plus mal, il est mort sans doute. Ce noir, ce parcours, c’était cela, un chemin vers la fin.

 

Lucio-Fontana-Concetto-Spaziale-Attese-1963

 

 

Janvier

Jeudi 25 janvier

Il marcha ainsi levant tour à tour ses mains et ses genoux, dans un temps sans espace jusqu’à ce que sous ses doigts il sente une surface compacte, grumeleuse qu’il reconnut aussitôt, de la terre !
Terre ! pensa t-il, la fin du voyage après la traversée de l’océan noir.

 
Une fois ses quatre appuis amenés sur ce qui était bien un sol, il tenta de se mettre debout. Sa tête heurta violemment un plafond, de plus, ses bras touchaient maintenant des paroies lisses, c’était donc un tunnel, donc une direction, enfin un sens à cette absurdité sans lumière.

 

Il marche plus vite désormais, il quadrupède sur du solide, sa course a un but, du moins le croit-il. Qui dit tunnel dit sortie du tunnel, ses genoux lui font mal, il se souvient soudain qu’il est nu comme un ver de terre, il sourit, et aussitôt s’inquiète, pour la première fois, il envisage la possibilité d’une rencontre, d’un contact et frémit.

 

Tapiès

Janvier

Mercredi 24 janvier

« Cette année s’envole ma jeunesse. Je n’ai rien fait

Je disais: j’ai le temps, rien ne presse. Je n’ai rien fait

Reste rien de la caresse des instants. Pas un signe au ciel

défait. »

Jacques Bertin

 

Le spectacle est lassant, les chutes les plus courtes sont les meilleures, il va donc s’arrêter de tomber.
Un choc, non, un arrêt simple, sans bruit, sans douleur. Le sol enfin, ou ce qui en tenait lieu, car comment nommer ce magma huileux qui le retenait ?

 

Il se mit malgré tout à avancer, quelque chose le portait et en posant ses mains dans ce support gélatineux, ses genoux consentaient à suivre. Avancer ainsi à quatre pattes, mais sans le moindre repère, signifie aussi bien reculer ou faire du sur place. Mais son corps se mouvait et il s’en contentait.

 

John Virtue

Janvier

Mardi 23 janvier

« Si Zhongwen joue du luth, il y a avènement et perte. Si Zhongwen ne joue pas du luth, il n’y a ni avènement ni perte. »

Anonyme chinois

 

Il tomba. Le temps ne passait pas dans cette verticalité, le temps préfère l’horizontalité. Le début et la fin. Il tombait. c’est tout. c’est déjà ça. Il se passe quelque chose. L’histoire a une chute, dès le début. Au commencement, il tomba dans les ténèbres.
Que l’obscurité advienne. Fiat nox.
Laissons lui le temps de tomber.

 

Regardons le tomber. Nous n’y voyons rien, c’est vrai, pas plus que lui. Mais imaginons, tombe-t-il assis, comme dans un fauteuil, presque confortablement ? Tombe-t-il tête la première, comme un plongeur hydrocéphale ? Tombe-t-il les pieds devant comme un pendu retenu par un contre temps ?

 

la-chute Pierre Rouge-Pullon

Janvier

Lundi 22 janvier

« La parole, c’est la pensée, c’est aussi le social et, à partir du moment où on la détruit, où l’on envoie une boule de bowling dans le jeu de quilles des mots, on détruit le jeu social, les apparences, on casse cette comédie humaine : c’est le rôle de l’humour, qui est un peu l’arme des désespérés. »

Jean Fauque

 

Quand on veut noyer le poisson, on l’accuse de surmenage.

 

A son réveil, la chambre était noyée dans le noir, un noir étouffant, chaud et moite que rien ne venait contrarier. Un instant, il crût être aveugle et il chercha l’interrupteur de sa lampe de chevet.

Rien. Le vide, il balaya de son bras le coté droit de ce qui devait être son lit sans rien rencontrer d’autre que ce noir épais, palpable. Le même noir l’attendait quand il tenta de toucher le mur derrière lui, sa main ne rencontra rien. Tout autour de lui se dressait un néant opaque, ce n’était pas du vide mais une présence obscure, une couleur noire qui aurait coulé dans la nuit, se serait infiltré partout dans ce qui n’était plus une pièce mais le lieu du noir. Il avait du être pris dans une avalanche d’encre, emporté par ce liquide, d’où cette sensation tactile quant il battait l’air autour de lui. L’air, le mot était impropre, il y avait une résistance, une densité; il aurait pu repousser ces ténèbres. Il se leva et le sol se déroba ou plus exactement, il n’y avait pas de sol. Assis sur le bord du lit, il cherchait en vain un appui dans ce qu’il croyait être un plancher.

Il choisit de se laisser choir…

 

LaDestinee- Gao XINGJIAN

 

Janvier

Samedi 20 janvier

Livre de la semaine

La montagne de l’âme

Gao Xingjian

Editions de l’Aube

« Tu es monté dans un autobus long courrier. Et, depuis le matin, le vieux bus réformé pour la ville a cahoté douze heures d’affilée sur les routes de montagne, mal entretenues, pleine de bosses et de trous, avant d’arriver dans ce petit bourg du Sud. »

 

La montagne de l'âme

Janvier

Vendredi 19 janvier

« Faulkner disait que nous disposions tous d’un territoire pas plus grand qu’un timbre-poste, et que ce qui importe n’est pas sa superficie, mais la profondeur à laquelle on le creuse. »

Pierre Michon

 

Nous sommes constitués des autres. Comment se construire soi même quand nous portons tant de mondes en nous, tant de passé, tant de passagers clandestins, qui, à notre insu, nous dirigent et nous précipitent dans des aventures dont nous ne maîtrisons rien.

 

L’avenir n’est que du passé qui se renouvelle ou qui demande à passer vraiment, à revivre tant qu’il aura quelque chose à dire, quelque chose à révéler.

 

chaissac

Janvier

Jeudi 18 janvier

« Quand j’aurai cent dix ans, je tracerai une ligne et ce sera la vie. »

Hokusaï

 

A quoi rêvent les trains qui vont de gare en gare? 

Envient-ils les sillages blancs des paquebots géants?

Et délaissant leurs vieux rails rouillés pour des courses d’écume dans des océans enragés, ils se réveillent soudain dans des gares immenses aux verrières illuminées.

 

Enfin dégrisé, il retourne au blanc passé de ses cheveux et au noir lumineux de ses nuits.

 

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Janvier

Mercredi 17 janvier

« Je ne puis me nommer un initié. J’ai été un chercheur, et le suis encore, mais je ne cherche plus dans les astres et dans les livres. Je commence à entendre ce qui bruit dans mon propre sang. »

Hermann Hesse

 

Questions existentielles:

Peut-on parler de diarrhée mélancolique quand on se fait chier comme un rat mort?

En quoi un rat mort de dysenterie est ennuyeux?

Etait-il moins barbant vivant?

 

Le soir tombe et la lumière s’accroche encore à tout ce qui peut la retenir avant de sombrer, flaques d’eau argentées dans les champs, rails luisants, bitume humide… Puis la nuit encrera tout de son noir épais, protecteur et menaçant.

 

Emil Nolde

Janvier

Mardi 16 janvier

« Du corps par le corps avec le corps depuis le corps et jusqu’au corps. »

Antonin Artaud

 

« Maintes et maintes fois » dit-elle joliment. Qui parle encore de cette façon? « Plein de fois » ou « gavés de fois » dirait-on maintenant de façon indigeste. On peut penser que nous perdons quelque chose, que le phrasé, le rythme, la poésie ou le récit y laissent des plumes.

 

« Je dors les yeux éteints » dit Marie-France dans un assemblage infantile et psychotique, d’organique et de mécanique.

 

Dali le sommeil

 

 

Janvier

Lundi 15 janvier

« Prochains livres de Boris Cyrulnik que nous attendons avec impatience: Sauvé par le cancer, Les douze joies du deuil, Marche moi encore sur le pied, Ça va aller mieux, je suis mort. »

Eric Chevillard

 

Une combe est une vallée creusée au sommet et dans l’axe d’un pli anticlinal. Elle est dominée de chaque côté par des versants escarpés, les crêts.

 

J’empierre la combe depuis plus d’un demi-siècle . Elle est désormais pavée de pierres calcaires comme les lavognes du Larzac et, par endroits, comme l’enfer, de bonnes intentions.

 

Gustave_Doré_-_Torrent_de_montagne

 

 

Janvier

Samedi 13 janvier

Livre de la semaine

L’homme-dé

Luke Rhinehart

Editions de l’Olivier

« Au physique, je suis un homme grand et fort, avec de grosses mains de boucher, des cuisses comme des troncs, une mâchoire taillée dans le roc, et des lunettes massives aux verres épais. »

 

L'homme dé

 

 

Janvier

Vendredi 12 janvier

« Chaque rencontre nous disloque et nous recompose. »

Hugo von Hommennstahl

 

La rencontre nous disloque, nous sort de notre lieu, nous démembre, nous désarticule  à ne plus pouvoir parler comme avant, à parler en pièces, à parler à coté. Par quel mystère nous parvenons malgré tout à nous entendre, à nous comprendre, à partager un temps nos solitudes. Toujours le langage, toujours la parole, toujours le vide dans lequel nous nous retrouvons et nous recomposons.

 

La parole, EvelyneJ

Janvier

Jeudi 11 janvier

Hier, rien, page blanche, pas disponible pour l’écriture et je me surprends à penser aux quelques personnes qui viennent sur ce blog (à qui, au passage, je souhaite une bonne année!) Qu’ont elles pensées?

 

Il est malade. Il est mort. C’est une panne d’ordinateur. Comment je vais faire désormais sans lui. De toute façon, c’est nul. C’est un flemmard. Tiens, y’a rien…

 

Cest bien le blanc, aussi…

 

Olivier Merijon

Janvier

Mardi 9 janvier

« J’arrête. Cette fois, j’y suis bien résolu. J’arrête. Et cette fois, je sais que la volonté est là. Je sais que ce ne sont pas des paroles en l’air. Il y a de la fermeté en moi comme jamais. Je ne cèderai pas. Je ne serai pas faible. Pas cette fois. J’arrête. Il me reste à décider quoi; et J’ARRETE! »

Eric Chevillard

 

L’onglée me guette avec ma galette portée sans gants.

 

Ce manchot fait la manche au pôle nord, la banquise blanchit les rares pièces que des pingouins ivres de vent déposent dans sa main valide qu’un ours bipolaire en partance pour le sud lèche affectueusement.

 

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Janvier

Lundi 8 janvier

Le vernissage ayant eu lieu il y a très longtemps, je distribue actuellement des cartons d’invitation pour le vieillisage de mon exposition sur cette terre.

 

Le virus de la grippe ne saurait m’identifier, j’ai mis un masque.

 

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Janvier

Samedi 6 janvier

Livre de la semaine

L’autofictif ultraconfidentiel

Eric Chevillard

L’arbre vengeur

« Trois notes chaque jour, depuis dix ans, qu’il vente ou neige. Au lieu de sortir le cerf-volant ou la luge. qu’est-ce que cette assiduité maniaque, cette routine? »

 

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Janvier

 

 

Janvier

Mercredi 3 janvier

Eau partout, le ciel se vide sur moi

Les yeux mouillés de pluie 

La bouche noyée le visage baignée 

Je pleure une eau étrangère

Je recrache des larmes qui ne sont pas les miennes

J’avance en apnée dans un liquide de début du monde

 

Il était garde-barrière de corail.

 

pluie-pares-brises, Karen Woods

Janvier

Mardi 2 janvier

« Mais vous savez bien que rien ici-bas ne peut prétendre à l’existence tant que ça n’a pas reçu de nom. »

Nathalie Sarraute

 

7381819_neant-expo-dsc-1245 bruno Robert 2011

Janvier

Lundi 1er janvier

J’avais envie d’écrire des vœux lumineux, mais l’obscurité de mes pensées était telle que je décidais d’aller y voir de plus prés. Il me suffisait de passer derrière les paupières et le cerveau m’attendait. Je commençais ma tournée par l’hypothalamus, le thalamus puis l’hypophyse, rien de particulier. Un détour par l’hippocampe ne m’apprit rien de plus. Après avoir ainsi enrichi mon orthographe, je finis par dénicher le coupable, le locus niger bien sûr, la substance noire de mes pensées, le coté obscur de mes forces.
Comment éclairer mon esprit et écrire un peu plus léger?
Il est vrai que toute obscurité appelle la lumière, que le jour attends la nuit pour rêver et que la nuit espère le jour pour exister.
Je débouchais enfin sur une substance blanche qui m’évoqua la neige de janvier. Mes pensées s’y reflétaient de façon éclatante et je sus que j’avais trouvé le locus albus de mon cerveau.
Mes vœux pouvaient trouver là matière à penser.
De toute façon, la nouvelle année n’en fera qu’à sa tête, lumineuse et sombre et tout recommencera à finir.

 

décembre

Samedi 30 décembre

Livre de la semaine

Devant la parole

Valère Novarina

P.O.L.

« Voici que les hommes s’échangent maintenant les mots comme des idoles invisibles, ne s’en forgeant plus qu’une monnaie: nous finirons un jour muets à force de communiquer; nous deviendrons enfin égaux aux animaux, car les animaux n’ont jamais parlé mais toujours communiqué très-très bien. »

 

 

novarina

décembre

Vendredi 29 décembre

« Ce que tu ne sais pas, dis le. Ce que tu ne possèdes pas, donne le. Ce dont on ne peut parler, c’est cela qu’il faut dire. »

Valère Novarina

 

Je descends parfois en moi par un escalier fait d’os. Je pars du cerveau, du corps calleux plus exactement, puis dévale droit vers les vertèbres cervicales. Je longe mes côtes, un coup d’oeil sur le coeur qui bat dans sa cage, une glissade jusqu’aux lombaires et une halte bien méritée dans la fosse illiaque droite. Le fémur n’est qu’une formalité et la rotule, une roue de la fortune que je fais tourner négligemment. Une fois le tibia descendu en rappel, j’aime bien m’asseoir sur l’astragale avec vue sur les métatarses.

 

Encore un moment, et je remonte…

 

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décembre

Jeudi 28 décembre

«  La plus profonde des substances, la plus miroitante, la plus précieuse des étoffes, la très-vivante matière dont nous sommes tissés, ce n’est ni la lymphe, ni le plasma de nos cellules, ni les nerfs de nos muscles, ni les fibres, ni l’eau ou le sang de nos organes, mais le langage.

La langue : l’autre chair. Nous sommes tressés par son architecture invisible, mus par le croisement et le combat des mots ; nous sommes nourris de leurs intrigues, de leurs jeux, de leurs dérives, pris dans leurs drames. Nous, les Terriens — nous les « Adam », les bonshommes de terre — nous sommes formés de langues tout autant que de tendons, de muscles et d’os. Nous sommes étayés, pétris, bâtis de langues, structurés par elles — quotidiennement modelés par la très vive philologie — chaque jour creusés par la combinatoire imprévue, l’histoire mouvante, la disparition et l’apparition des mots. Enfants du résonnement et de la raisonnance. Nés des amours et de la lutte des mots. « 

Valère Novarina

 

La-parole-Bouguereau

décembre

Mercredi 27 décembre

« Grain de beauté, de folie 

Ou de pluie…

Grain d’orage – ou de serein -

Tristan Corbière

 

Cause toujours tu m’intéresse, tout ce qui cause m’intéresse. Tout ce qui communique m’ennuie.

 

Il a soixante balais et des poussières.

 

 

chop-suey-1929 Hopper

décembre

Mardi 26 décembre

« On écrit en ne sachant pas tout à fait de quoi on parle, mais en sachant qu’en le disant de cette façon là, ça vous émeut considérablement. Et que celui qui va le lire, puisqu’il est usager du même langage, va vibrer de la même façon sans savoir pourquoi non plus. »

Pierre Michon

 

Depuis le début du mois, je ne m’illusionne plus sur mon compte, c’est moi qu’on mangera à Noël. Si toutefois c’est noël car nous n’avons aucun repère temporel dans cette carcasse d’Airbus depuis le crash sur ce sommet enneigé des Andes. Nous avons consommé, comme il se doit, les cadavres des passagers morts dés l’impact, puis les blessés tués par le froid de ces montagnes. Nous ne sommes plus que trois et en forme, nourris pendant de longues semaines par nos camarades congelés ; un feu entretenu par tout ce qui était combustible dans l’avion nous a même permis de manger chaud.

D’après mes comptes nous devrions être en mars, mais à choisir autant servir de repas de Noël mème si je m’appelle Pascal et n’ai jamais aimé la dinde. De toute façon je ne fais pas le poids face aux deux yétis qui me cherchent ce matin. J’ai bien pensé à fuir mais j’ignore où nous avons échoué, et marcher des jours dans la neige comme Tintin ou Guillaumet je sais plus, c’est au-dessus de mes forces. Je les entends parler, ils approchent ; comme pour les trois précédents, des vivants eux aussi, ils font semblant de discuter de la météo, la même depuis trois mois…

J’ai trouvé ce carnet sous un fauteuil, je griffonne à la hâte ces quelques mots, je vois le nuage tiède de leur haleine, j’entends le cliquetis de la chaîne avec laquelle ils étranglent leurs victimes, encore ces quelques mots : joyeux Noël, bonne année et surtout la san

D’aprés une proposition de Pascal Perrat, blog « entre2lettres ».

 

Alighiero Boetti

décembre

Lundi 25 décembre

« L’adulte ne croit pas au père Noël, il vote. »

Pierre Desproges

 

Il haïssait les débuts, les commencements, les petits matins, mais aussi les entrées, les amuse-bouches, les apéritifs. Il arrivait régulièrement en retard à ses rendez- vous, n’allait au cinéma qu’au crépuscule et n’y entrait que si le film était déjà bien entamé. Il détestait les enfants jusqu’à leur adolescence et les japonais sous prétexte qu’ils venaient du pays du soleil levant. 

 

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décembre

Samedi 23 décembre 

Livre de la semaine

Le Vide et le Plein  Carnets du japon

Nicolas Bouvier

hoëbeke

« …Nous vivions alors dans un temple sévère et superbe que nous partagions avec un potier australien, quelques mille-pattes géants, une grande couleuvre centenaire et des araignées aux moeurs paisibles mais qui sortaient tout droit de la science-fiction. »

 

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décembre

Vendredi 22 Décembre

« La philosophie et la bière c’est la même chose, Consommées, elles modifient toutes les perceptions que nous avons du monde. »

Dominique-Joël Beaupré

 

ivresse-peinture-huile-sur-bois, Bolek Budzyn     2006

décembre

Jeudi 21 décembre

« Il se noie plus de gens dans les verres que dans les rivières. »

Georg Christoph Lichtenberg

 

 Henri Rivière

décembre

Mercredi 20 décembre

« Au fond, le seul courage qui nous est demandé est de faire face à l’étrange, au merveilleux, à l’inexplicable que nous rencontrons. »

Rainer Maria Rilke

 

Rédiger, c’est aussi digérer ce qui reste sur l’estomac et diriger ce qui fait fausse route et va encombrer des zones déjà chargées de tant de pesanteurs.

 

Le retour du même permet de croire à l’éternité.

 

Frédérique Cantais, l'étranger, 2015

 

décembre

Mardi 19 décembre

Pas un jour sans une ligne

 

Pas un jour sans une ligne

 

Pas un jour sans une ligne

 

Et voilà mes trois phrases quotidiennes.

 

Barnett Newman, Be I, 1949

 

décembre

Lundi 17 décembre

« Danser pour moi, c’est jouer avec l’air. »

Saburo Teshigawara

 

Nos constructions ressemblent parfois à des ruines. Il suffit d’un peu de brouillard, d’un contre jour et ce superbe bâtiment qui montent du sol devient les vestiges d’un palais démantelé par l’acharnement d’un temps impitoyable.

 

On ne sait jamais si on construit quelque chose ou si on travaille déjà à sa perte.

 

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décembre

Samedi 16 décembre

Livre de la semaine

Le roi vient quand il veut  Propos sur la littérature

Pierre Michon

Albin Michel

« Dans l’île de Jersey de septembre 1853 à décembre 1855, Victor Hugo interviewe un certain nombre de personnes remarquables: Shakespeare, Galilée, l’Océan, l’Ombre du Sépulcre, le Roman, Annibal, Léopoldine, Moïse, Chateaubriand, Jésus-Christ, la Mort. »

 

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décembre

Jeudi 14 décembre

« Une fois chaque chose, seulement une fois.

Une fois et jamais plus. Et nous aussi

une fois. Jamais plus.

Mais ceci, avoir éte une fois – même si ce ne fut qu’une fois -

Avoir été de cette terre, cela semble irrévocable. »

Rainer Maria Rilke

 

Ces jours où rien ne vient cicatriser nos peines. C’est pourtant le même jour qu’hier, le même que demain, il n’y a rien de plus et rien de moins. Vivement le retour aux rêves, aux illusions, au personnage fictif, au héros de roman, à l’acteur de cinéma.

 

Restent le langage, la parole, parler toujours, dire parfois mais parler encore. Parler comme ça vient, sutout ne pas communiquer, parler parce que c’est toi, parce que c’est moi, se griser de mots contre le silence des robots. Contre ce qu’ils ne feront jamais, Bavarder.

 

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décembre

Mercredi 13 décembre

« Le vrai amour, c’est la relation impréparée, innégociée. C’est la communication irrésistible entre deux individus qui se passe de toutes les médiations sociales et familiales quand elle n’y contrevient pas de façon provocante. »

Pascal Quignard

 

Traces, laisser une trace toujours. Depuis le crayon qui court sur le mur de la chambre d’enfant au dessin tremblant du vieillard à l’atelier artistique.

Sinon les pas dans la neige ou dans la boue.

Sinon les mains négatives sur les paroies des grottes.

Sinon le sang sur le sol ou le squelette au fond des tombeaux.

 

Les nuits soudaines de décembre, la pluie qui brille sous les lampadaires poussée par un vent mouillé. Les envies de lumière, de soleil aveuglant sur la neige, de paroles de printemps ou du bruit des vagues les soirs interminables de l’été.

 

Manos_de_Gargas_(Francia) mains négatives

décembre

Mardi 12 décembre

« Un moment, pour nous, cela pouvait représenter plusieurs minutes, ou quelques semaines, ou encore nettement plus. »

Lutz Bassmann

 

Noir? ce que j’écris

Oui comme la nuit

Blanc? ce que j’écris

Oui comme la neige

Et gris comme parfois la vie

Mais je ne suis pas ce que j’écris

Je relis les phrases d’un autre

 

Je déteste être malheureux, mais j’adore être triste. Cela vous donne l’air de penser.

 

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décembre

Lundi 11 décembre

Je ne suis amoureux de rien

Je traverse la vie comme la rue sans regarder

Tu es venue je ne t’ai jamais prise par la main

Nous savons que tout est mensonge nous avons

Des tâches d’encre dans les mains

A chaque fois le jour se lève nous suivons les rails

Il n’y a pas de traîne pas de voile de mariée même la brume dans les branches

Le jour n’en finit pas de se lever

Jacques Bertin

 

On s’est rencontré un samedi à la déchetterie. Elle m’a à peine jeté un regard, mais mon vernis a craquelé.

Je portais un vieux lapin posé en 2002 que j’avais retrouvé au grenier et j’hésitais entre le recyclage des amours perdus ou, juste à coté, le bac des rendez-vous manqués. Elle avait dans les mains un paquet de lettres d’amour usagés et les lançait une à une dans le container des souvenirs encombrants.

« A chaque jour suffit sa benne » lui dis-je bêtement. Elle daigna sourire : « J’ai un chagrin d’amour à balancer dans la poubelle des illusions trouvées mais il est trop lourd à porter, si vous… »

-«  Encore une rupture des années 90, un amour impossible jamais servi, deux malentendus en bon état, le tout à trier et je suis à vous… »

 

Jean-Michel Basquiat Notary 1963

décembre

Samedi 9 décembre

Livre de la semaine

L’altérité est dans la langue  Psychanalyse et écriture

Jean-Pierre Lebrun et Nicole Malinconi

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« Car le mot, qu’on le sache, est un être vivant. »

Victor Hugo

 

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décembre

Vendredi 8 décembre

« Les circonvolutions de la matière qui s’enflaient comme des entrailles, s’enroulaient les unes sur les autres comme des serpents musculeux, s’estompaient en un vague brouillard comme la spirale des nébuleuses sur des cartes astronomiques…Que se passait-il dans les renflements de ces grises circonvolutions? On savait tout des lointaines nébuleuses, mais sur elles on ne savait rien. »

Arthur Koestler

 

Echouer si prés du but. On ne peut échouer avant d’avoir commencé la traversée et quel meilleur endroit pour s’échouer que prés de ce que l’on convoite. Se noyer à deux brasses de la plage, c’est déjà sentir la douceur du sable et sa chaleur. Tant d’autres ont coulé en pleine mer.

 

Par la vitre je le vois, assis seul sur un banc entre Canal du Midi et Garonne, entre deux eaux. Aussitôt, je deviens lui et je regarde passer le train dans lequel une silhouette me regarde, assis seul sur un banc…

 

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décembre

Jeudi 7 décembre

Ça s’est produit quand? On ne me dit rien. Personne ne m’a averti, je m’en rends compte seulement maintenant mais ça a du commencer bien avant. Tout ce temps insouciant! Mais je me serai préparé, je sais pas moi, il existe peut-être des lieux où on s’entraîne , où l’on dit progressivement la vérité, comme à de grands malades. Bref, il paraît que je vieillis, que dis-je, je suis vieux et on me dit que ça va s’aggraver, que c’est incurable, que c’est normal, que c’est comme ça depuis toujours. Je l’apprends brutalement, on ne nous dit jamais rien…

 

Encore une fois, je me fais l’effet d’un dinosaure avec mon livre, tout le train n’est que visages bleutés par les écrans et oreillettes blanches. De plus, j’écris, ce qui s’apparente à de la provocation. On va sûrement me demander d’arrêter. Le bruit de mon Bic tapotant la page doit être assourdissant.

 

A vrai dire, j’ai mon smartphone à portée de main. Au moindre regard hostile, je peux le dégainer et faire semblant de textoter des deux pouces, ce que je suis incapable de faire en réalité.

 

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décembre

Mercredi 6 décembre

La transparence nous fera disparaître. Le regard se perd déjà face à certaines personnes constituées de vides superposés, soigneusement rangés. Une pensée squelettique les habite, leurs crânes est déserté et quelques mots résonnent encore dans leurs poitrines creuses comme un écho du temps où le langage les densifiait.

 

Au loin, deux petits vieux sur un banc. Je me rapproche, non, deux ados recroquevillés autour de leurs écrans. L’impression visuelle est la même.

 

Jean d’Ormesson, l’idole des jeunes, est mort.

 

Vuillard femmes assises sur bancs

décembre

Mardi 5 décembre

Fasciné par l’entière disponibilité corporelle, musculaire des animaux. Le chat, ce matin, patte suspendue dans l’air, un mouvement arrété, plein de tous les mouvements possibles dans toutes les directions avec un relâchement total parce que entièrement logé dans ce mouvement. Il n’est que corps. Aucune conscience de son attitude, aucune pensée ne parasitent la perfection du lancer de patte à venir.

 

Les tours jumelles de la centrale nucléaire vapotent leur fumée blanche, indifférentes à la crainte diffuse qu’elles inspirent.

 

Jean Cocteau

 

 

décembre

Lundi 4 décembre

J’ai dormi, combien de gares sont passées? Celle où j’arrive m’est inconnue. Le nom inscrit sur la facade est fait de signes illisibles. Sur le quai, une femme semble me dire quelque chose, peut-être dois-je descendre; mais le train se met à tanguer, entre le quai et mes pieds, plusieurs mètres d’une eau noirâtre. Je me prépare à sauter mais le bateau s’éloigne, la femme a disparu, à sa place, un enfant court vers moi, je n’entends pas ce qu’il crie mais  je vois sur ses lèvres se former deux mots « au secours », puis je me réveille en sursaut. Il ne neige plus.

 

Des chercheurs ont découvert l’un d’entre eux égaré depuis deux ans dans la salle des archives de leur institut.  » Je ne trouvais pas la sortie  » a-t-il déclaré à la presse. Il se nourrissait de vieux papiers et consacrait ses loisirs, assez nombreux, à classer les plus indigestes. 

 

De Chirico

décembre

Samedi 2 décembre

Livre de la semaine

Le livre de l’intranquillité

Fernando Pessoa

Christian Bourgois

« Je n’ai jamais rien fait que rêver. Cela, et cela seulement, a toujours été le sens de ma vie. Je n’ai jamais eu d’autre souci véritable que celui de ma vie intérieure. Les plus grands chagrins de mon existence se sont estompés dès lors que j’ai pu, ouvrant la fenêtre qui donne sur moi-même, m’oublier en contemplant son perpétuel mouvement.
Je n’ai jamais voulu être rien d’autre qu’un rêveur. Si l’on me parlait de vivre, j’écoutais à peine. J’ai toujours appartenu à ce qui n’est pas là où je me trouve, et à ce que je n’ai jamais pu être. Tout ce qui n’est pas moi – si vil que cela puisse être – a toujours eu de la poésie à mes yeux. Je n’ai jamais aimé que rien. Je n’ai jamais souhaité que ce que je ne pouvais pas même imaginer. Je n’ai jamais demandé à la vie que de m’effleurer, sans que je la sente passer. Je n’ai jamais rien demandé à l’amour que de rester un rêve lointain. »

 

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décembre

Vendredi 1er décembre

« Que tous les dieux me conservent, jusqu’à l’heure où disparaîtra mon aspect actuel, la notion claire, la notion solaire de la réalité extérieure, l’instinct de mon inimportance, le réconfort d’être si petit et de pouvoir penser à être heureux. »

Fernando Pessoa

 

Dormi, peut-être pour la dernière fois, dans l’appartement maintenant désert, où j’ai passé mon enfance. Plus que des fantômes autour de moi, mon père vient d’y passer sa dernière nuit sans le savoir, ma mère est morte voilà trois ans. Je me lève plusieurs fois pour regarder tomber la neige, la même que celle de mon enfance quand nous partions pour l’école. Les fantômes m’accompagnent dans toutes les pièces puis, lassés sans doute, finissent par me laisser dormir.

 

Je laisse la neige derrière moi avec regret, il ne me plaît pas qu’elle reste et que je parte. Encore quelques tâches claires que mes yeux cherchent au creux des chemins, un pan de colline blanc éclairé par le soleil et resté curieusement préservé, puis plus rien. La rouille des bois, le gris du bitume et le vert attendu des prés. Retour en plaine.

 

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novembre

Jeudi 30 novembre

Winter is over

N’ai-je craqué que pour le bruit de tes pas dans la neige ?

N’ai-je fondu que pour le reflet du soleil sur ton visage ?

N’ai-je rien oublié dans le blanc de tes yeux bleus-glacier ?

 

Snow-Yayoi-Kusama

novembre

Mercredi 29 novembre

La neige s’annonce en moi par un froid interne, un frisson venu de mon squelette, de l’intérieur de mes os dont le blanc semble reconnaître celui qui se prépare à tomber du ciel.

 

Film au cinéma

Plus de cigarettes

Ecran de fumée

 

Les rails nous mènent immanquablement à destination comme la vie à la mort. Il n’y a pas d’aiguillage.

 

Claude_Monet_-_The_Magpie_

novembre

Mardi 28 novembre

Je suis né trois fois, car fervent jusqu’au bouddhiste, je crois à la réincarnation.

Après une mort très banale, un suicide par pendaison dans le grenier de mon grand-père avec une superbe paire de bretelles rouge qui me valut une fracture du crâne fatale, je me retrouvai cerf en octobre bramant « biche oh ma biche » dans une forêt de Sologne.

Hélas, les aboiements furieux des chiens, le son du cor au fond des bois, les redingotes rouges, la dague me rasant de trop prés, et mes dix cors se retrouvèrent accrochés au-dessus de la cheminée d’un descendant de Frank Alamo.

La deuxième fois, je fus chat fredonnant « à la mi-août, c’est tellement plus romantique » au milieu du mois de décembre et traversant l’autoroute A 75, pour aller retrouver une minette siamoise, réincarnation d’une jumelle japonaise morte d’une opération de l’appendicite assez proche d’un seppuku traditionnel. Je n’eus pas le temps de reconnaître la marque des pneus qui me transformèrent en descente de lit du pauvre devant un insert à bois Godin, à Chamalières, banlieue de Clermont-Ferrand.

La troisième me vit mante religieuse mâle, en prière et chantant « plus prés de toi mon dieu » dans le cloître de Moissac. Ma rencontre avec une femelle me fit perdre la tête tant l’amour peut être dévorant.

Actuellement, je suis en stand by dans une sorte de salle d’attente, un tunnel orange dans lequel une secrétaire au crâne rasé m’a laissé entendre que je ne gravirai pas l’échelle des espèces et que je pouvais espérer au mieux l’enveloppe diaphane d’un papillon monarque, le corps bleu d’une mouche à viande ( de quoi croire encore à la chair ) voire l’anatomie d’une puce de plancher. Connaissez-vous la vie amoureuse des puces de plancher ? ….:::!

 

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novembre

Lundi 27 novembre

Ombres chinoises des arbres sur le rose de l’aube, gelée blanche éclairant la nuit finissante, éclairs métalliques des flaques glacées dans les chemins creux… On peut préférer les matins d’hiver à la campagne aux pare-brises grattés fébrilement par des automobilistes endormis.

 

« Du coup », nouveau tic de langage à grand succés. Et, du coup, j’ai oublié de parler de la girafe, qui pour le coup et, bien que muette, sait de quoi elle cause.

 

Et du lapin, qui, du coup, a toujours mal à la nuque.

 

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novembre

Samedi 25 novembre

Livre de la semaine

Terminus radieux

Antoine Volodine

Seuil

« Le vent de nouveau s’approcha des herbes et il les caressa avec une puissance nonchalante, il les courba harmonieusement et il se coucha sur elles en ronflant, puis il les parcourut plusieurs fois, et, quand il en eut terminé avec elles, leurs odeurs se ravivèrent, d’armoises-savoureuses, d’armoises-blanches, d’absinthes. »

 

991713037

 

novembre

Vendredi 24 novembre

« Nous sommes tous nés pour le mal. »

Baudelaire

 

La jeunesse est fascinante parce qu’elle ne sait rien de ce qui va la détruire. Ce n’est pas qu’elle ne veuille pas le savoir mais elle ne peut se le représenter. Elle n’a pas accés au mot fin.

 

J’écris le plus souvent dans le train. Je suis sur des rails et de ce fait, mes mots n’ont plus qu’à les suivre.

 

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novembre

Jeudi 23 novembre

« S’il pouvait penser, le coeur s’arrêterait. »

Fernando Pessoa

 

Il laissait des mots partout sur son passage, griffonnées, lancés, tracés sur le sol ou appliqués à même les murs. On le suivait à la trace, on balayait derrière lui. Parfois, quelqu’un le rattrapait- Vous avez oublié ceci – Non, non, ceci n’est pas à moi, ceux-ci non plus, ce sont des mots perdus, des mots pour tout le monde, des mots tombés dans les oreilles et les yeux de ceux qui les aiment encore.

 

Présence, Absence, ces deux pôles rythment toute notre vie.

 

Picabia-oeil-cacodylate

novembre

Mercredi 22 novembre

« Et à quoi reconnait-on que l’on est amoureux? c’est très simple. on est amoureux quand on commence à agir contre son intérêt. » 

« L’amour en fuite. » François Truffaut

 

Le brouillard a un énorme avantage, il nous cache le monde. Seul, le premier plan nous apparaît et cette absence de profondeur simplifie toutes choses comme dans un tableau d’avant la découverte de la perspective.

 

Je me suis endormi. Je me réveille, toujours bercé par les cahots du train. Il fait sombre, je suis seul, le train poursuit sa course de machine. Un instant, je suis partout sur la planète allant vers une ville inconnue, je suis tous les voyageurs rentrant chez eux, guettant par la vitre des lumières familières et n’apercevant qu’un croissant de lune pâle sur le noir profond de la nuit.

 

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novembre

Mardi 21 novembre

« Ne demande jamais ton chemin à celui qui le connaît. Tu risquerais de ne pas t’égarer. »

Rabbi Nahman de Bratslav

 

Ma mère disait que nous étions des « gens des brouillards ». Le train traverse le bourg où elle vit le jour (malgré la brume) et une purée de pois qui dissimule presque entièrement la gare lui donne raison.

 

On dit que certains, dont je fais partie, tueraient père et mère pour un jeu de mots. C’est parce que ce sont eux qui nous en donnent le goût, leur mort ne fais qu’entériner ce plaisir du verbe. Ce qui reste d’eux, c’est le langage, ce sont leurs paroles et singulièrement, ces jeux avec les mots. Ces jeux m’ont appris très tôt que parler ne sert pas à communiquer mais à exister.

 

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novembre

Lundi 20 novembre

« Il est grand temps de rallumer les étoiles. »

Guillaume Apollinaire

 

Je viens de quitter mon boulanger, j’ai décidé de publier la lettre de rupture:

Cher vieux croûton,

L’heure de la retraite n’a pas encore sonnée mais j’entends d’autres sons de cloche, oui, ailleurs l’herbe est plus verte et le pain moins pâlichon.
Je pars, je me tire, je me casse, je ne m’arrache pas car rien ne me retenais plus, aucune racine ne me nourrissait.
Plus de gagne-pain certes, mais ma mie prés de moi tous les jours et que de pains perdus en perspective !
Je ne vous salue pas, les départs gagnent à être rapides et déjà, votre silhouette barrée à mi-tronc s’estompe derrière votre comptoir.
Resteront des miettes de souvenir vite balayées par le vent de printemps courbant doucement le blé en herbe…

 

Elle a succombé à son charme. Alors qu’elle passait sous ses frondaisons comme chaque matin, ce bel arbre lui est tombé dessus.

 

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novembre

Samedi 18 novembre

Livre de la semaine

L’intranquille

Gérard Garouste

L’iconoclaste

« Quand Isabelle, la dame qui s’occupait de lui, m’a appelé en pleurs, je suis parti vers Bourg-la-Reine et la maison de meulière, 15, avenue de Bellevue. »

 

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novembre

Vendredi 17 novembre

« Je commence à douter de la justice de mon pays. »

Henri-Désiré Landru, lettre à Jean-Baptiste Botul, in « Landru précurseur du féminisme. »

Cité par Charles Dantzig (Encyclopédie capricieuse du tout et du rien)

 

On ne sait jamais rien d’autrui, ses pensées nous sont toujours fermées, ses regards ne reflètent pas son âme, son sourire flotte comme son attention à notre égard, vouloir déchiffrer ses gestes est pure chimère; restent ses paroles et leurs sens multiples pour poursuivre une découverte impossible.

 

Les branches alourdies par la pluie fouettent les vitres du train comme pour le faire aller plus vite. C’est sans effet sur ce tortillard.

 

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novembre

Jeudi 16 novembre

« Que je suis loin de qui je fus il y a quelques instants! »

Fernando Pessoa

 

Quelque chose manque et manquera toujours. La détresse, c’est le manque dans ce qu’il a de plus archaïque. C’est le (re) vécu d’un passé où « je » n’étais pas encore, où nous étions en attente d’être. C’est notre préhistoire, cette ère où n’existaient que le plein de la plénitude ou un vide impensable.

 

Bipèdes, curieuse façon de se déplacer sur ces deux appendices instables là où quatre pattes seraient bien plus adaptées. Ne nous plaignons pas, la station debout a libéré deux bras pour amortir nos chutes et renouer enfin avec la quadrupédie.

 

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novembre

Mercredi 15 novembre

Je le revois derrière son immense bureau. Petit, légèrement voûté, le regard fuyant, le verbe bas, le geste hésitant. Il travaillait dans l’assurance.

 

Je ne suis pas dans le sens de la marche. Je regarde vers ce qui disparaît, je ne sais rien de ce qui arrive. Mon dos ouvre un avenir aveugle.

 

L’automne est la saison terre à terre. Celle où la pluie, les feuilles, la glaise forment une boue odorante dans laquelle on s’enlise à chaque pas. C’est la saison de l’inhumation.

 

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novembre

Mardi 14 novembre

« Ma grand-tante Pulcella, 108 ans, ne va pas fort depuis quelques jours. Elle ne supporte plus son prénom. »

Eric Chevillard ( L’autofictif)

 

Ecrire c’est déposer, poser à terre tout ce qui est à taire, ce qui n’est pas oralisable.

 

Il y a souvent un chêne solitaire au beau milieu d’un champ, c’est sûrement ce beau milieu qui l’a incité à y croître. Au reste, on ne s’installe pas assez souvent au beau milieu d’une pièce. Il y a toujours une table qui nous en empêche.

 

Courbet

novembre

Lundi 13 novembre

« Affligé depuis toujours d’une vision un peu courte, je viens de faire l’acquisition d’un chien de myope-les chiens de myope se recrutent parmi les animaux désireux de devenir chiens d’aveugle mais qui ont échoué de justesse aux tests de sélection. Je lui demande peu de choses et n’ai recours à ses services que lorsque je me rends au cinéma voir un film en version originale (il me lit les sous-titres). »

Eric Chevillard 

 

Et toujours ces peupliers bien rangés, bien dressés, en ordre de bataille. Leurs troncs défilent derrière la vitre, des feuilles mortes jonchent le sol. quels combats ont eu lieu dans ces peupleraies immobiles?

 

Un temps de parapluie retourné. Je marche vers la gare accompagné d’un brumisateur permanent. Cette pluie fine ne donne jamais l’impression de tomber; elle vole et, de ce fait, se pose partout.

 

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novembre

Samedi 11 novembre

Livre de la semaine

Vie secrète

Pascal Quignard

Gallimard

« Les fleuves s’enfoncent perpétuellement dans la mer. Ma vie dans le silence. Tout âge est aspiré dans son passé comme la fumée dans la nuit. »

 

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novembre

Vendredi 10 novembre

« J’ai fait d’étranges réflexions, chère Muse, sur le coeur des hommes et sur celui des femmes. Décidément, ce n’est pas le même, on a beau dire. »

Gustave Flaubert à Louise Colet

 

Hier est un autre jour.

 

Nous avons cru vaincre l’obscurité et nos nuits ne sont plus noires. Mais ce noir perdu nous hante; nous savons encore qu’il y avait là, peut-être, une réponse à nos angoisses et un refuge où bercer nos chagrins.

 

Newman

 

 

novembre

Jeudi 9 novembre

« Imaginez Beethoven aveugle, quel merveilleux peintre il aurait fait! »

Eric Chevillard

 

Elle se mouche discrètement par petits souffles de nez rapides et allez savoir pourquoi, c’est charmant!

 

Mettre la rencontre, le désir, l’amour, en équations et algorithmes, c’est ce que proposent de pseudo-scientifiques à la télévision. L’être humain semble s’acharner à se débarasser de ce qui le rend humain et semble de plus en plus fasciné par un devenir robotisé où enfin tout sera prévisible et balisé.

 

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novembre

Mercredi 8 novembre

« Je suis venu de loin. J’ai souffert des maux effrayants et j’ignore ce que me réserve encore mon passé. »

Toukaram

 

L’autre devrait toujours rester une interrogation. C’est quand il devient une réponse que les difficultés commencent.

 

Le secret n’est plus que professionnel, la transparence morbide des réseaux sociaux l’a fait disparaître de nos vies. Peut-être reste-t-il quelques jardins où de rares amateurs le cultivent encore.

 

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novembre

Mardi 7 novembre

« Car quelle fin à ces solitudes où la vraie clarté ne fut jamais, ni l’aplomb, ni la simple assise, mais toujours ces choses penchées glissant dans un éboulement sans fin, sous un ciel sans mémoire de matin ni espoir de soir. »

Samuel Beckett

 

Les japonais désignent la femme aimée ainsi: « Mekake » qui signifie littéralement « Suspendue, accrochée aux yeux. » Me kakeru.

 

« Je m’appelle toujours madame Haulain? » demande madame Haulain. Oui, c’est toujours et encore vous, madame Haulain. La voilà rassurée quant à sa permanence et son identité certes, mais n’y a-t-il pas aussi de la lassitude dans cette question?

 

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novembre

Lundi 6 novembre

« Les hommes n’ayant pu guérir la mort, la misère, l’ignorance, se sont avisés pour se rendre heureux de n’y point penser. »

Pascal

 

Les nuits de novembre tombent sournoisement et enveloppent d’un noir glacial notre environnement familier. Nous sommes alors renvoyés aux peurs de notre enfance et à celles de l’aube de l’humanité avec cette terrifiante question: et si la lumière du soleil nous avait abandonnés? 

 

L’avion aurait dû se poser sur ces nuages si denses, si blancs, nous laisser là dans la ouate, rêver et dormir. Oublier l’atterrissage, le plancher vache, rester au-dessus du trop de réalité qui attend.

 

Magritte

 

novembre

Dimanche 5 novembre

Les pins parasols de Rome protègent aussi de la pluie. Leur vert persistant sur l’ocre des facades est une des images que je garderai du séjour.

 

Le selfie est devenu une véritable pathologie, une sorte de folie partagée. Les heures de voyage, d’attente n’ont plus qu’un seul but: déployer une perche et sourire éperdument à son image avec en fond, et de façon purement décorative, les plus belles oeuvres du génie humain.

 

Claude Lorrain -ruins-of-the-roman-forum

 

novembre

Mercredi 1er novembre

« L’amour est une folie de l’échange. »

Pascal Quignard

 

Picasso le peintre et son modèle

octobre

Mardi 31 octobre

« Le train, l’automobile du pauvre. Il ne lui manque que de pouvoir aller partout. »

Jules renard

 

Demain, je fais mes bagages pour Rome et comme tous les chemins y mènent, je ne prends ni cartes, ni plans, ni boussole.

 

A peine le train parti, elle s’endort la bouche ouverte contre la fenêtre et se nourrit de tout le paysage qui défile.

 

Voyageuse Michel Gay

Octobre

Lundi 3o octobre

Vieillir c’est perdre chaque jour une illusion jusqu’à parvenir à ce qu’on appelle la sagesse mais qui n’est qu’une incapacité à espérer.

 

Il croit craquer sur la nouvelle recrue mais ce sont seulement ses vieux genoux qui protestent, ils ne sont pas d’accord pour lui courir après.

 

Van Gogh

 

octobre

Samedi 28 octobre

Livre de la semaine

plain-chant

pleine page

Jacques Bertin

Arléa-velen

Elle portait son visage comme dans les deux mains tendus l’eau des sources

Je connais le contour des hanches et le cheminement de l’étoffe

Venez le soir venez très tard

Dans cette cave où j’entends vos démarches comme un vin lent et je m’enivre

De vous attendre comme d’un vin noir d’une future année

Mon vieil ami tu ne peux savoir ma tristesse

Moi qui ne vis que des femmes et ne parle que pour elles

 

plain

 

 

octobre

Vendredi 27 octobre

Que mes chansons restent après moi pour mes amis

Comme au soir le dégel un peu de neige sur les branches

La nuit je ne sais rien de moi j’invente des lumières

Avec l’humilité d’une ortie oubliée derrière une maison

Je m’amuse à mettre des étincelles dans un bocal

Pour me convaincre que j’ai bien fait de vivre

Comme celui qu’on décorerait pour avoir inventé les couleurs

Jacques Bertin

 

Faire ce que l’on veut du temps, l’allonger, le raccourcir, le dilater ou le compresser au gré de ses désirs, voilà le bonheur! La malléabilité temporelle.

 

Hier est encore là avec ses souvenirs si prégnants, demain l’effacera ou l’embellira; faire ce que l’on veut de ses souvenirs, voilà la sagesse! 

 

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octobre

Jeudi 26 octobre

« Etre bête, égoïste et avoir une bonne santé, voilà les trois conditions voulues pour être heureux. Mais si la première vous manque, tout est perdu. »

Gustave Flaubert

 

Imaginons un chirurgien téléphonant pendant qu’il opère un patient. C’est ce que fait pourtant la barbière qui rase ce client devant moi.

 

Quand ce fut mon tour, pourquoi ai-je pensé au tableau du Caravage « Judith et Holopherne »?

 

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octobre

Mercredi 25 octobre

« Bientôt, se retirant dans un hideux royaume,

La femme aura Gomorrhe et l’homme aura Sodome

Et, se jetant de loin un regard irrité,

Les deux sexes mourront chacun de son côté. »

Alfred de Vigny

 

Tweet de Paulo Coelho: « Bonne semaine et souvenez-vous: moins vous répondez aux personnes négatives, et plus votre vie sera paisible. »

Affligeant de connerie? de mépris? d’ignorance? Plutôt soumission à une pensée positive béate et simplissime qui fait des ravages actuellement et dont Paulo est le chantre depuis longtemps. Si je suis ce subtil conseil, je ne vais pas travailler. Il es inutile d’écouter la souffrance de « personnes négatives ».

Un être humain n’est pas négatif ou positif Paulo, il a heureusement les deux pôles en lui et il fait ce qu’il peut avec ça.

Et enfin, pourquoi une vie devrait être paisible?

 

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octobre

Mardi 24 octobre

« Le talent c’est la confiance »

Peter Handke

 

Et la confiance, c’est l’enfance. C’est là qu’elle se construit, sinon restera l’audace, plus fragile, aléatoire, incertaine.

 

Le serpent à sonnette a souvent des troubles du sommeil. Il est, en effet, sans cesse réveillé en sursaut par sa propre queue.

 

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octobre

Lundi 23 octobre

« Je sais nager juste assez pour me retenir de sauver les autres. »

Jules Renard

 

Et puis, la terre s’ébroua. Les singes s’aggripèrent aux arbres, les tigres plantèrent leurs griffes dans le sol du Bengale et les taupes restèrent dans les galeries. Tombèrent les hommes et les femmes, à part quelques alpinistes vissés à leurs paroies. Ainsi délestée, la planète fut sauvée.

 

L’attente loge au creux du ventre.

 

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octobre

Samedi 21 octobre

Livre de la semaine

Journal volubile

Enrique Vila-Matas

Christian Bourgois

« Je suis dans ma pièce habituelle, où il me semble que j’ai toujours été. »

 

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octobre

Vendredi 20 octobre

« L’individu est comme la vague qui se soulève à la surface de l’eau. Elle ne peut s’en séparer tout à fait. Et elle retombe très vite dans la masse solidaire qui l’engloutit. Elle retombe toujours dans le mouvement irrésistible de la marée qui la porte. Mais pourquoi ne pas se soulever encore et encore et encore? »

Pascal Quignard

 

Tout ce qui permet aujourd’hui de réintroduire le récit dans la vie des gens est intéressant. Raconte moi une histoire…mon histoire…ton histoire…

Il était une fois…

 

Les feuilles tombent en automne et au printemps remontent sur les arbres; c’était le raisonnement logique et poétique d’Elsa quand elle avait quatre ans.

 

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octobre

Jeudi 19 octobre

« Ayant trouvé dans le temple des gens qui vendaient des boeufs, des moutons et des colombes, comme aussi des changeurs qui étaient assis à leur bureau, il fit un fouet avec des cordes et les chassa tous… jeta l’argent des changeurs et renversa leurs bureaux. »

Evangile de Saint Jean, II, 14-15

 

La musique est désormais totalitaire. La moindre note provoque aussitôt de façon pavlovienne divers mouvements parkinsonniens destinés à communiquer une sorte de joie obligatoire qui me glace.

 

Quand le fruit est mûr, il tombe, il devrait plutôt prendre son envol.

 

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octobre

Mercredi 18 octobre

« La fonction du langage n’est pas d’informer mais d’évoquer. »

Jacques Lacan

 

Hier a-t-il vraiment existé? aprés tout, je n’ai que mes souvenirs et  j’ai pu tout imaginé; et demain qui n’arrive toujours pas…

 

Quelques lueurs à l’horizon, le jour qui vient? Non, une nuit blanche qui se lève.

 

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octobre

Mardi 17 octobre

« Il y a un but, mais pas de chemin; ce que nous nommons chemin est une hésitation.

Kafka

 

Il s’est pris la paume de discorde en pleine poire.

 

Elle est constellée de tâches de rousseur entre les seins, c’est sa voie lactée.

 

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octobre

Lundi 16 octobre

« Mourir tôt n’est pas mourir trop tôt mais obliger les autres à vivre trop tard. »

Jean-Edern Hallier

 

Tuer le temps n’est pas chose aisée. Il y faut une patience infinie; d’abord il s’agit de se renseigner sur ses habitudes, sur les heures où il passe, les endroits où il court; puis un soir, le suivre et au coin d’une rue sombre lui faire enfin son affaire. Ça m’a occupé six mois.

 

Le crime est parfait, personne ne s’est rendu compte de sa disparition. Il continue à manquer à tout le monde comme avant sa mort.

 

Cézanne, le meurtre

octobre

Samedi 14 octobre

Livre de la semaine

Eloge de l’ombre

Junichirô Tanizaki

Publications orientalistes de France

« Un amateur d’architecture qui, de nos jours veut se faire construire une demeure de pur style japonais, se prépare bien des déboires avec l’installation de l’électricité, du gaz et de l’eau, et n’eût-on soi même fait l’expérience de construire, il suffit d’entrer dans une salle de maison de rendez-vous, de restaurant ou d’auberge, pour se rendre compte des efforts qu’il aura fallu déployer pour intégrer harmonieusement ces dispositifs au style japonais. »

 

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octobre

Vendredi 13 octobre

« Toutes les passions entraient en moi et ne pouvaient en sortir, s’y trouvaient à l’étroit; elles s’enflammaient les unes des autres, comme par des miroirs concentriques. »

Gustave Flaubert

 

Le bonheur n’est plus dans le pré, il est à Auchan.

 

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octobre

Jeudi 12 octobre

«  La difficulté à accepter l’art contemporain est d’autant plus grande que celui-ci tend à opérer un déplacement de la valeur artistique, qui ne réside plus tant dans l’objet proposé que dans l’ensemble des médiations qu’il autorise entre l’artiste et le spectateur…

Ainsi, la valeur de « Fountain » ne réside pas dans la matérialité de l’urinoir, mais dans l’ensemble des discours, des actes, des objets, des images que continue de susciter l’initiative de Duchamp. »

Nathalie Heinich

 

La paserelle enjambe les voies ferrées sans aucune pudeur, on voit nettement en passant sous son tablier les deux culées sur lesquelles elle repose.

 

Il s’agit toujours de se dépasser, moi je veux bien mais si je me dépasse trop vite, je risque de me semer et comment ferai-je alors pour me trouver?

 

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octobre

Mercredi 11 octobre

Kono aki wa

Nan de toshiyoru

Kumo ni tori

 

En cet automne

Pourquoi dois-je vieillir?

Oiseau dans les nuages

 

Il existe quelque part en Gironde une côte appelée « petit Tourmalet ». La montagne a bel et bien accouché d’une souris.

 

Hockney (2)

 

octobre

Mardi 10 octobre

« Il y eut un temps, un long temps où les hommes et les femmes ne laissaient sur la terre que des excréments, du gaz carbonique, un peu d’eau, quelques images et l’empreinte de leurs pieds. »

Pascal Quignard

 

Cette mouche est peut-être un drone venu me filmer dit le paranoïaque au narcissique qui déjà se recoiffe et sourit à l’insecte.

 

Prendre le train est une curieuse expression car pour avoir couru hier, pendant dix minutes, pour ne pas rater le mien; j’ai la nette sensation que c’est bien lui qui m’a pris en charge, essouflé et les jambes coupées.

 

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octobre

Lundi 9 octobre

Je me suis dit: « Je vais aller y voir. Je vais aller voir ce que j’ignore. Mes lèvres vont trembler. Je vais souffrir. Pourquoi pas? »

Pascal Quignard

 

Quelqu’un a lançé un bâton dans les roues du petit vélo qui tournait dans sa tête. Il a chuté violemment alors qu’il dévalait l’hypothalamus. Depuis, il ne sort guère du lobe occipital et se déplace en trotinette.

 

Il est partagé, clivé, scindé…Son hémi-corps droit marche au pas sur le trottoir de granit et son coté gauche baguenaude au soleil dans les vignes d’automne.

 

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octobre

Samedi 7 octobre

Livre de la semaine

Mes amis

Emmanuel Bove

L’arbre vengeur

« Quand je m’éveille, ma bouche est ouverte. »

 

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octobre

Vendredi 6 octobre

« Traiter tous les hommes avec la même bienveillance et prodiguer indistinctement sa bonté peut tout aussi bien témoigner d’un profond mépris des hommes que d’un amour sincère à leur égard. »

Nietzche

 

Le jour se dressa brutalement devant lui et il sut alors qu’il devrait l’affronter jusqu’au soir.

 

« Je bâille » me dit-elle, je lui réponds: « bye, bye », ses 95 ans sourient et nous bâillons de concert.

 

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octobre

« La mélancolie se léve chaque matin une minute avant moi. Elle est comme quelqu’un qui me fait de l’ombre, debout entre le jour et moi. Je dois pour m’éveiller la repousser sans ménagement. »

Christian Bobin

 

Il tend la main de son bras valide. L’autre bras, coupé à hauteur du coude lui fait la manche pendante; quand le feu passe au vert, il l’agite en direction des conducteurs pour les maudire ou les remercier.

 

Le soleil essaie de me réchauffer sur mon banc de lecture, mais à chaque tentative un nuage gris ou blanc s’interpose. s’il ne réagit pas fermement, je vais devoir rentrer.

 

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octobre

Mercredi 4 octobre

« La vieillesse c’est perdre chaque jour un geste. »

Jean-Edern Hallier

 

« Pour les esprits vifs qui cherchent les portes cachées, ceux qui croient aux miracles seulement s’ils les ont vécus, qui repoussent les limites, etc… »

Extrait d’une publicité pour des lingettes! l’homme moderne est un héros dés qu’il consomme.

 

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Octobre

Mardi 3 octobre

« Il n’y a pas de rapport sexuel chez l’être parlant. » Lacan voulait dire par là que cette affaire ne peut pas s’écrire comme le rapport entre 3 et 4, ou comme une racine carrée. Un rapport, c’est une fonction  entre deux lettres de l’algèbre ou entre deux êtres privés de langage.

On ne peut pas écrire un rapport mathématique entre un homme et une femme…parce qu’ils sont empêtrés dans la parole et le langage, ils font avec le désir de l’autre, et ça complique tout.

Le discours néolibéral et techno-scientifique est la somme de tous les efforts pour faire mentir cette vérité difficile à avaler.

Yann Diener

 

Le courage de ne rien lâcher, se vantent-ils,

Et celui de renoncer?

La force de faire face, disent-ils,

Et celle de partir?

L’audace de positiver, clament-ils

Et celle d’assumer le négatif?

 

On court derrière moi, des pas rapides et secs… Je me retourne, c’est une feuille morte qui joue aux vivants.

 

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Octobre

Lundi 2 octobre

« Je ne sais pas où je vais mais je sais ce que je méprise. »

Annie Lebrun

 

Prolonger l’incertitude, c’est aussi le plaisir de tout imaginer. Lorsque l’on sait, l’évidence nous accable et il n’y a plus qu’à se plonger à nouveau dans le désaroi du non-savoir.

 

Le funambule est somnambule et toutes les nuits, il traverse un effrayant précipice sur le câble du téléphérique. Au matin, il reprend ses exercices, allant et venant sur la ligne blanche peinte sur le sol de son salon car il est sujet au vertige.

 

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septembre

Samedi 30 septembre

Livre de la semaine

Domme ou l’Essai d’Occupation

François Augiéras

Les cahiers Rouges Grasset

« Le sentier, au bord extrême des falaises, devient un étroit passage taillé dans la pierre. »

 

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septembre

Vendredi 29 septembre

« Pour la psychanalyse, le savoir est d’abord du coté du patient, et ça c’est insupportable pour les experts de tout poil. »

Hervé Bokobza

 

Marie-France nomme les petits doigts les musculaires.

 

On me dit que rien ne sert de courir et qu’à la fin elle se casse, que le mur est aveugle et les miroirs brisés mais l’aube, ce matin, a encore un goût d’éternité.

 

Etude des mains, Baccio

 

septembre

Jeudi 28 septembre

« Voilà la grande erreur de toujours: s’imaginer que les êtres pensent ce qu’ils disent. »

Jacques Lacan

 

Cet oiseau ne sait plus que twitter, son gazouillis habituel était bien trop long pour être écouté.

 

Regarder le temps passé est une façon de le contrôler. Je pourrai le verbaliser pour excés de vitesse mais je me sens magnanime aujourd’hui.

 

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septembre

Mardi 27 septembre

« Ce n’est pas dans l’objet que réside le sens des choses, mais dans la démarche. »

Antoine de Saint-Exupéry

 

L’étang prés de la maison de retraite a fini par ressembler aux pensionnaires. Même attente sans objet, même silence et des rides viennent parfois trembler à sa surface.

 

Echarpe de brume n’évite pas le rhume.

 

Goya les vieilles ou le temps 1808 lille

septembre

Mardi 26 septembre

« Il faut imaginer Sisyphe heureux » la phrase de Camus fait écho à celle de Beckett: 

« L’espoir qui est la disposition infernale par excellence, contrairement à ce qu’on a pu croire jusqu’à nos jours. Tandis que se voir récidiver sans fin, cela vous remplit d’aise. »

 

Les idées exceptionnellement claires ce matin, tout lui semble évident, facile. La journée s’annonce légère et sans obstacles.

Seul, le brouillard épais à travers les vitres de la voiture l’inquiète, il ne sait pas où il est ni où il va.

 

Les casques qui désormais les coiffent sont des morceaux de coquille restés collés sur leurs oreilles.

A peine sortis de l’oeuf, ils se protègent encore du monde.

 

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septembre

Lundi 25 septembre

« On ne risque pas de saisir quoi que ce soit tant que la main laissera échapper ses doigts comme ça! »

Eric Chevillard

 

Charnelle chamelle charme chameau chenu.

 

Il était une fois

Les contes devenus comptes

Fin du récit

 

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septembre

Samedi 23 septembre

livre de la semaine

Black Village

Lutz Bassmann

Edition Verdier

 

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septembre

Vendredi 22 septembre

« Ce n’est pas dans la jouissance que consiste le bonheur, c’est dans le désir, c’est à briser les freins qu’on oppose à ce désir. »

Sade

 

Figure de poupe: tête de cul.

 

Ce qu’on croyait à jamais enfoui, éteint, assoupi, volcan d’Auvergne ou ce qui semblait immobile, inerte, glaciers millénaires ou banquises polaires se met parfois à bouger, à vibrer et on est partagé entre la crainte et l’espoir…

 

Friedrich Caspar David la mer de glaceCeC

septembre

Jeudi 21 septembre

« L’art est le terme sous lequel nous désignons une activité mentale dont l’exercice permet à l’espèce humaine d’affronter sa mortalité afin de tirer de cet affrontement même un surcroît de vie et de durée. »

Bernard Noël

 

« La normalité est une prison mentale. » dit-il.

Phrase un peu creuse et vaine face à la réalité de la folie. Je connais nombre de personnes psychotiques qui donnerait beaucoup pour cette normalité.

C’est plutôt la mornalité qui est à fuir.

 

Le vélo a ceci de formidable qu’il associe la ligne et le cercle. C’est en tournant en rond que l’on avance et c’est bien nous le moteur de cette révolution: le retour du même dans la progression.

 

fernand Léger, les loisirs, 1948,

 

septembre

Mercredi 20 septembre

Furu ike ya

Kawazu tobikomu

Mizu no oto

Matsuo Bashô

 

Le vieil étang

Une grenouille plonge

Bruit de l’eau

 

On a vidé le vieil étang, aucune trace de la grenouille de Bashô.

L’eau restera silencieuse.

 

Corot_ville_d_avray

septembre

Mardi 19 septembre

« La danse, c’est se lever vraiment,

Le début, le commencement, l’attaque, la rétraction, le repliement des jarrets suivi de l’intensité surgissante…

C’est le plaisir même qui se prépare, cette tension, cette fermeté…

C’est le sentiment inouï que procurent tous les arts, et aussi l’amour, que l’arrivée arrive. C’est la beauté; ça y est; ça y est presque; c’est ça; on est enfin dans le commencement. »

Pascal Quignard

 

Ce qui finit par user puis tuer l’être humain, ce n’est pas seulement la maladie; c’est la répétition, le retour du même, le pareil, le semblable, tout ce qui donne ce regard vide, fatigué, déjà loin, de tant de vieux.

La mort reste le seul grand évènement, la seule nouveauté qui leur donne le courage de vivre.

 

Téléphoner dans le train, voilà sa raison d’être. A peine assise, elle verse dans le malheureux portable un flot d’informations urgentes ponctué de hennissements inquiétants.

Toute la rame songe à la défenestrer mais les trains sont désormais étanches et aucune ouverture ne peut s’y pratiquer tant qu’il roule.

Ne reste que l’espoir d’une fausse route entre deux hoquets de rire ou celui d’un déraillement.

 

Matisser-la-danse-moscou

 

septembre

Lundi 18 septembre

« Il y a un but mais pas de chemin; ce que nous nommons chemin est une hésitation. »

Shakespeare

 

Un dimanche gris et pluvieux est un bonheur pour les dépressifs, il leur permet de mieux se désespérer le lundi matin.

 

Bercé par les hoquets du train, il s’endormit et son livre se referma sur ses doigts. A son réveil, il vit qu’ils avaient poursuivi la lecture et réécrit la fin.

 

Constable, Etude de paysage de mer, Londres, 1824, 1828

 

septembre

Samedi 16 septembre

Livre de la semaine:

Défense de Prosper Brouillon

Eric Chevillard

Les éditions NOIR sur BLANC

Jubilatoire!

 

Chevillard

septembre

Vendredi 15 septembre

« Pour le week-end, nous avons voulu faire les châteaux de la Loire. Malheureusement, ils étaient déjà faits. »

Francis Blanche

 

Avec ses deux bras levés, coudes légèrement pliés, les mains cherchant à se joindre sans y parvenir; elle ressemble à une mante religieuse qui aurait perdu la foi.

 

La peur, dénominateur commun à tous les êtres humains, peut-être même ce qui nous caractérise, nous façonne, nous détermine depuis notre apparition sur terre. Homo sapiens est surtout Homo timere.

 

Munch, Scream 1893

 

septembre

Jeudi 14 septembre

« Toujours l’avenir est bon, la situation est positive, le groupe est innocent en gros, les enfants sont gentils à peu près, la paix ne va pas tarder à venir alors qu’elle n’a jamais été présente une heure. »

Pascal Quignard

 

Deux fois plus de kangourous que d’habitants en Australie, ils ont beau les lancer le plus loin possible, ils reviennent toujours.

 

Quelle chance pour les cinéphiles! Il y a de plus en plus de cinéma d’arrêt-décés diffusant des films remarquablement bien pensés pour ne plus penser.

 

Edward Hopper, Newyork-movie

 

septembre

Mercredi 13 septembre

« Ceux qui aiment marcher en rang sur une musique: ce ne peut être que par erreur qu’ils ont reçu un cerveau, une moëlle épinière leur suffirait amplement. »

Albert Einstein

 

Pas de suite dans les idées, il avait beau longer studieusement ses axones, franchir souplement ses synapses, toujours une idée fixe l’arrêtait, le temps de parlementer et il oubliait…Il pensait en pointillés.

 

Publicité pour un club de fitness (car la rentrée doit désormais s’accompagner de mouvements robotisés exécutés en cadence et en sueur):

« Cher miroir, prépare toi à une belle surprise!

Gros bisous…

Moi. »

 

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septembre

Mardi 12 septembre

« Le néant des géants m’importune; moi j’admire, ébloui, la grandeur des petits. »

Victor Hugo

 

Panne de stylo

Le Bic ad hoc est occis

Page déserte

 

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septembre

Lundi 11 septembre

« D’abord il n’y a rien, puis un rien profond, puis une profondeur bleue. »

Gaston Bachelard

 

J’ai raclé les fonds de tiroir, retourné mes poches, plus une ligne, pas un mot, quelques syllabes rouillées incapables de se lier. Il va bien falloir s’y résoudre, je n’ai rien à écrire.

 

 

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Septembre

Vendredi 8 septembre

« Exagération volontaire de défauts physiques

Pollution nocturne

Aménagement de taupinières sans autorisation des taupes

Position foetale puis fausse couche… »

Lutz Bassmann

 

Nous savions que le ciel était vide depuis la mort de dieu, nous apprenons que les oiseaux disparaissent. Quand nous aurons décroché la lune, ne resteront que des nuages aux formes étranges. Sous un soleil blanc, nous tapoterons nos derniers SOS.

 

Le cyclone n’a pas fermé l’oeil de la nuit.

 

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Septembre

Jeudi 7 septembre

« Indifférence à l’arrivée de l’aube et à la proximité de la mer

Absence de pouls avec récidive

Interprétation tendancieuse du mode d’emploi des sèches-cheveux

Emission de gaz à effet de serre en présence d’autorités médicales… »

Lutz Bassmann

 

Je me souviens du christ en bois polychrome sans bras et sans croix cloué au mur de l’église de Blesle.

 

Ecrire c’est aligner des chiures de mouche constipée

 

Crivelli Carlo

 

Septembre

Mercredi 6 septembre

« Aide à la fabrication de chaises roulantes défectueuses

Danse lascive avec des kolkoziennes de petite taille

Abandon de membres postérieurs sur la voie publique

Introduction de sobriquets dans une nomenclature zoologique officielle… »

Lutz Bassmann

 

« Haut le choeur! » cria-t-il et ils vomirent tous de concert.

 

Ces deux gamins ne cessent de renifler et tendent leur nez morveux à leur mère respective qui essorent leurs museaux. Ils sont de mèche, il n’y a aucun doute.

 

Mary Cassat portrait de fillette Bordeaux

 

Septembre

Mardi 5 septembre

« Atteinte au moral des grands plantigrades

Apprentissage passif de jiu-jitsu

Utilisation de sacs de couchages pendant un discours officiel

Postures nocturnes indécentes… »

Lutz Bassmann (Volodine)

 

Son regard à remonter le temps me fixe du haut de ses 98 ans.

 

Empierrer, cimenter, bitumer, goudronner, asphalter. Encore et toujours recouvrir la planète d’une immense croûte grise semble être le but de l’être humain depuis qu’il a inventé la roue.

 

 

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Septembre

Lundi 4 septembre

Liste de chefs d’inculpation:

« Achat de meringues en vue d’un enrichissement personnel

Dépose de cadavres devant une sortie de secours

Acclimatation forcée de pachydermes

Lavage de cerveaux avec produits interdits… »

Lutz Bassmann

 

Ne pas confondre opération des végétations et épilation au laser.

 

La peau sur les os, et voilà le squelette prêt à affronter la pluie.

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Septembre

Vendredi 1er septembre

« La politique c’est la curée, au grand soleil, de la fortune des citoyens, des pauvres, des besogneux, par des hommes ayant mission de la protéger. »

Jules Delahaye

 

Dans cette exposition, il s’agit surtout de passer entre les croûtes.

 

La terre est une toupie lancée par un dieu désoeuvré et infantile.

 

chardin-enfant-toton

Août…

Jeudi 31 août

« Couvrez de tissus, d’étoffe, de soie, de luxe, de tatouages, de bijoux, les corps, la nudité aïeule simiesque surgit au détour d’un crevé ou d’un pli. »

Pascal Quignard

 

La gare ressemble à une maquette de chemin de fer avec ses maisons bourgeoises bien rangées, ses arbres de plastique et ses passagers immobiles sur le quai. Je regarde par la vitre et aperçoit la main géante de l’enfant qui va saisir le wagon vétuste pour le remplacer par un TGV.

 

Dans le cimetière de Frontenay, une tombe porte le nom de Page Blanche? Est-elle restée vierge toute sa vie?

 

Van Ruisdael Jacob Isaaksz le cimetiere juif

Août…

Mercredi 30 août

« Je dis souvent- mais c’est un appel plutôt qu’une affirmation- que pour lutter contre la transparence généralisée, et totalitaire, que les médias installent sous la forme du consensus, il ne nous reste que l’opacité du poème. Pourquoi? Parce que l’obscur est inconsommable! »

Bernard Noël

 

« Signalez tout colis ou objet qui vous semble abandonné ». Et cet homme debout dans l’allée les bras pendants, un peu hagard, trop couvert, le regard vide, qui s’assoit brusquement et se relève aussitôt, on en fait quoi?

 

Poser un lapin

Développement du râble

Manger un civet

 

albrecht.durer..jeune.lievre.-1502-

 

Août…

Mardi 29 août

« On entendra ici, par « progrés de l’ignorance » moins la disparition de connaissances indispensables au sens où elle est habituellement déplorée (et assez souvent à juste titre) que le déclin régulier de l’intelligence critique, c’est à dire de cette aptitude fondamentale de l’homme à comprendre à la fois dans quel monde il est amené à vivre et à partir de quelles conditions la révolte contre ce monde est une nécessité morale. »

Jean-Claude Michéa

 

La maladie d’Alzheimer, c’est ce qui reste quand on a tout oublié.

 

Depuis l’arrivée des smartphones et autres tablettes, le paysage défile désormais seul, les vaches regardent toujours les trains mais plus personne ne regarde les vaches.

 

Eugène Boudin

Août…

Lundi 28 août

« Mais si aprés la mort, nous ne devons plus exister, pourquoi vois-je, la plupart des nuits, chaque tombe s’ouvrir, et leurs habitants, soulever doucement les couvercles de plomb, pour aller respirer l’air frais.

Lautréamont

 

Retrouvé le geste de faire exploser les balsamines, une légère pression entre le pouce et l’index, la gousse éclate en libérant quatre ou cinq graines noires. Sensation suffisamment agréable pour la renouveler, déception de mal juger et d’appuyer en vain sur le sac qui paraissait prêt à lâcher son contenu.

 

Les clones sont déjà là, le débat éthique n’a plus lieu d’être. Il suffit de regarder autour de soi, ils passent dans les rues: mêmes démarches, mêmes vêtements, même coiffure. Ils parlent: même accent, même vocabulaire, mêmes gestes. Ils mangent? même menu. vont-ils au cinéma? même film bien sûr tout en écoutant la même musique.

Et les mêmes slogans publicitaires leur diront qu’ils sont uniques…

 

Baselitz bons_amis

Août…

Dimanche 27 aôut

« La rentrée littéraire est ainsi définitivement passée en 2002 du registre bon enfant à celui d’une pesante farce à répétition, seulement comparable au beaujolais nouveau quant au mercantilisme et à la médiocrité du produit. »

Eric Naulleau

 

Août…

Mardi 1er août

“Les vacances datent de la plus haute antiquité. Elles se composent régulièrement de pluies fines coupées d’orages plus importants.”

Alexandre Vialatte

Juillet

Lundi 31 juillet

« Mais dés qu’il ne fut plus fou, il devint bête. Il y a des maux dont il ne faut pas chercher à guérir parce qu’ils nous protègent seuls contre de plus graves. »

Marcel Proust

 

La fascination pour les écrans est totale, on peut parier que sur nos lits de mort, nous passerons nos derniers SMS et prendrons nos derniers selfies avec les infirmières.

 

Et puis, à flanc de colline, ces routes qui hésitent à redevenir chemin, leur bitume percé d’une saignée verte.

 

Hockney 2009

 

Juillet

Vendredi 28 juillet

« Quand le citoyen-écologiste prétend poser la question la plus dérangeante en demandant: Quel monde allons nous laisser à nos enfants?, il évite de poser cette autre question, réellement inquiétante: A quels enfants allons nous laisser le monde? »

Jean-Claude Michéa

 

Certaines personnes sont sidérées par les possibilités de leur téléphone, elles le contemplent comme un primitif devait contempler ses dieux.

 

L’être humain est un être pour la pesanteur. C’est elle qui l’ancre au sol, qui l’oblige à s’en arracher, à se verticaliser et qui finit par le mettre en terre.

 

Chagall the-promenade-1918

Juillet

Jeudi 27 juillet

Il passa la main dans ses cheveux et ne les trouva pas, ni le crâne lisse qui aurait pu les remplacer; ce fut un contact inconnu, un peu humide et spongieux, son cerveau était à nu, ses pensées les plus secrètes désormais visibles par tous. Aussitôt, il se couvrit la tête de ses mains mais on pouvait voir entre ses doigts s’échapper des images intimes, des phrases très personnelles sous forme de longs phylactères.

 

Puis ses souvenirs s’enfuirent, d’abord les plus récents, ensuite ceux de sa jeunesse et même ses premiers mots furent effacés. 

 

Soudain sous ses mains une enveloppe rigide commença à recouvrir sa nudité corticale (la dure-mère), puis une coquille osseuse se mit à croître. tout recommençait.

 

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Juillet

Mercredi 26 juillet

« L’utopie vaut mieux que la science des morts-vivants, car elle maintient battante l’ouverture. »

Bernard Noêl

 

La fille de la boulangère joue encore à la marchande malgré ses trente ans environ, et le visage de sa mère commence à apparaître en surimpression sur le sien de façon troublante. Trop tard pour sortir du rôle.

 

Petit plaisir de motricité fine, écarter les lames du store avec le majeur et l’index.

 

Henri Matisse

 

juillet

Mardi 25 juillet

« Nos tristesses sont des aubes nouvelles où l’inconnu nous visite. »

Rainer Maria Rilke

 

Mdr…R.I.P.

 

Hall de la gare

Les bagages à surveiller

C’est la consigne

 

gare-montparnasse-the-melancholy-of-departure-by-giorgio-de-chirico-1914

 

juillet

Lundi 24 juillet

« C’est moi! », connaît-on le nombre de personnes qui se font ouvrir une porte en disant cette simple phrase à l’interphone?

 

Et le nombre de celles qui s’entendent répondre: « Qui moi? »

 

En deux phrases, c’est toute une problématique identitaire qui se déploie.

 

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Juillet

Jeudi 20 juillet

Que font les tournesols la nuit? Inclinent-ils leurs lourdes têtes devant la lune? Ou bien leur propre lumière leur fait-elle oublier les ténèbres?

 

Elle se remaquille en face de moi et, allez savoir pourquoi, elle préfère utiliser un miroir plutôt que mon regard. 

 

Les faits se sont penchés sur son berceau et sont têtus, ce nid douillet va se renverser, il n’a pas été monté correctement.

 

Berthe Morisot Le berceau

Juillet

Mercredi 19 juillet

« Tout travail fait avec plaisir est de l’art, et pareil travail met au monde une liberté qui brise hiérarchie, compétition et pouvoir, c’est à dire la trinité de la société libérale. »

Bernard Noël

 

Quelle mouche a piqué ce moustique, il ronfle du matin au soir.

 

Encore un vélo attaché à un poteau qui meurt dans la nuit enroulé au pied de son amarrage, les roues en l’air.

 

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Juillet

Mardi 18 juillet

Les publicités ne nous épargnent rien de la vie intérieure de nos contemporains. Vie riche en guerres intestinales, en fuites, débâcles et autres mictions trop possibles. Il est vrai que la panse et ses dépendances sont plus à la mode que la pensée.

 

Seuls les vieux TER aux vitres ouvrables, avec leurs manivelles hors d’âge, permettent de sentir l’odeur de moisi frais des tunnels les jours de canicule.

 

Elle avait inscrit son numéro de portable sur le front de cet inconnu et s’était enfuie dans la nuit. Il restait là, seul, sans miroir, tête nue sous la pluie qui commençait à tomber drue. lorsque les gouttes coulèrent sur ses joues, il y passa la main: c’était de l’encre violette.

 

Hiroshige Le pont Ohashi et Atake

Juillet

Lundi 17 juillet

C’est au pied du platane qu’on voit la camionnette compressée du maçon pressé.

 

Longiligne, c’est le mot qui vient à l’esprit quand on la regarde. Squelettique est celui qui convient quand on la touche.

 

Le percnoptère tournait juste au-dessus de lui, il l’avait reconnu à son plumage blanc et à ses rémiges noires, impossible de le confondre avec le gypaète barbu à l’envergure plus grande, aux ailes étroites et anguleuses. Il sourit, ce serait donc un vautour qui assisterait à son dernier vol. la voile du parapente frissonnait derrière lui, prête à enfler. Le percnoptère siffla; bien calé dans sa sellette, il s’élança…

 

Gustave_Moreau oedipe et le sphinx

Juillet

Vendredi 14 juillet

Il a beau ouvrir la bouche, écarquiller les yeux, dilater ses narines et autres orifices, il ne parvient pas à s’échapper de lui même.

 

Seule sa pensée s’évade parfois et reste longuement dehors. Il a de plus en plus de mal à la rappeler bien que lui ménageant un espace douillet entre ses deux hémisphères cérébraux.

 

Il sait qu’un jour elle le quittera pour voler de ses propres ailes et il errera dans son for intérieur déserté où les courants d’air feront trembler ses dernières neurones.

 

Courbet_-_Le_Désespéré

Juillet

Jeudi 13 juillet

Il s’est fait monter un cou de jeune pour éviter le coup de vieux mais sa vieille tête blanche et branlante rend l’opération peu convaincante.

 

Comme nous ne le regardons plus, tant il est vrai que les choses n’existent que par l’œil que nous posons dessus, le paysage qui défilait et berçait nos heures ferroviaires s’efface peu à peu. Les vaches retournent à leurs ruminations, les villages se meurent autour de leurs clochers et les banlieues n’en finissent pas de graffer leur béton. Le monde est désormais réduit aux écrans si bien nommés qu’il nous sera bientôt caché à jamais.

 

Personne ne pense à créer des bars à poux et pourtant tout le monde y gagnerait dans un épouillage très favorable au renforcement des liens sociaux.

 

Anselm Kiefer_A_Tierra-de-los-dos-rios-Zweistromland_1995

Juillet

Mercredi 12 juillet

Le charme de ce lieu opère mais sans anesthésie et on se rend vite compte que c’est en fait un sale endroit.

 

Ce ventriloque surdoué parle aussi du nez et seules ses oreilles bougent.

 

Il a pris ses jambes à son cou, les a malencontreusement croisées et s’est étranglé dans sa fuite.

 

Garouste-2

Juillet

Mardi 11 juillet

« Le corps est une plaie et la mort, sa cicatrice »

ARNO

 

Démêlez les chevaux et vous toucherez le tiercé dans l’ordre. 

 

On n’est jamais si bien selfie que par soi-même.

 

Francis-Bacon-Self-Portrait-8

 

 

Juillet

Lundi 10 juillet

« Nous sommes des poissons sur le sable-sauf que nous le sommes sans douleur par ignorance de la mer, ou de l’espace infini. »

Bernard Noël

 

Nous y voilà enfin! le muscle a remplacé la pensée, un gros biceps bande désormais à la place du cerveau.

 

Pendant que la montagne accouchait d’une souris, de la taupinière sortait un éléphant.

 

Friedrich_Wanderer_above_the_sea_of_fog

 

 

Juillet

Vendredi 7 juillet

« Il est profondément injuste qu’un homme puisse naître et mourir sans qu’on ait parlé de lui. »

Roland Barthes

 

Avec l’âge, le monde finit par s’effriter, se brouiller, se flouter, fatigué de nous apparaître toujours le même. Ce n’est pas que nous voyons moins bien, c’est le décor qui se fane.

 

Les montres sont de plus en plus grosses, énormes, on dirait des assiettes posées sur les poignets avec les aiguilles comme couverts. Mais personne à servir, non, c’est de la monstration, de la vitrine d’horloger: voyez, j’ai toutes les minutes à moi, le temps doit passer par moi, je suis le maître des heures, d’ailleurs, je leur ai mis les bracelets.

 

 

Gasiorowski Gérard Ida 1983 fr

Juillet

Jeudi 6 juillet

« Qu’est-ce que la vie dans le corps, sinon le perpétuel suintement d’une chose obscure dont la perception terrifie…La mort qui s’avance sous le couvert de notre vie. »

Bernard Noêl

 

Ce vieux Robert est tombé, chute de vélo, il ne portait pas de casque mais un bob défraîchi sur lequel était inscrit: « Cochonou un p’tit bout de chez nous ». Sur le bitume, sont restés quelques lambeaux de peau.

 

Nos passions et loisirs tiennent surtout à des rencontres, à un hasard, puis on appartient à un milieu, à une tribu avec ses rites, son langage et on finit par se persuader que c’est nous qui avons choisi. Ainsi, je pratique l’aïkido, mais si le dojo avait été fermé le jour de mon inscription, je passerai mes week-ends à la chasse aux papillons ou dans les concours de labour.

 

Musée_d'Orsay_-_Rosa_Bonheur_-_Labourage_nivernais_-_001

 

Juillet

Mercredi 5 juillet

Méfiez-vous de l’eau qui dort même profondément, de l’eau stagnante des marais recouverts de lentilles vertes, de l’eau qui pétille de malice, de l’eau perdue des puits abandonnés, de l’eau glacée qui mord les mollets, de l’eau de vie qui brûle la gorge et de l’eau que les noyés recrachent sur les plages de l’été.

 

Je m’inquiète de la déforestation des aisselles et des pubis féminins. C’est tout un écosystème qui disparaît. Peut-être que l’injonction à ne plus porter de fourrure animale a été mal comprise.

 

Qui sait si dans ces niches écologiques nous n’aurions pas trouvé refuge une fois la planète totalement épilée.

 

Courbet (2)

Juillet

Mardi 4 juillet

Peut-être n’avons nous pas assez protesté. Tout le monde est concerné et à ce jour aucune manifestation d’envergure, aucune pétition, pas de révolte contre ce qui ressemble à une résignation voire à une capitulation devant le vieillissement pourtant flagrant et aggravé d’année en année de l’immense majorité de nos concitoyens.

 

Je suis le seul à lire dans ce train et j’en ressens une certaine culpabilité mais mes glissements de doigts et autres tapotements rapides du pouce sur les pages ne trompent personne.

 

Qui veut voyager loin vole un bœuf.

 

auguste-renoir.-claude-monet-le-liseur-1872-

 

Juillet

Lundi 3 juillet

Il a peint un « autoportrait au selfie » qu’il ne cesse de contempler.

 

Ce grand myope pense avoir tué un éléphant, en réalité, il s’agit d’un énorme papillon dont les larges ailes grises ont dû le tromper.

 

De plus, les papillons possèdent également une trompe. leur barrissement, bien que moins effrayant, n’en est pas moins audible certains soirs d’été si on a sous la main une oreille d’éléphant.

 

 

Salvador-Dali

Juillet

Dimanche 2 juillet

« Dés qu’on pense, on devient androgyne. »

Annie Le Brun

 

C’est l’effet boule de gomme, tout s’efface derrière nous.

 

Qui ne tente rien n’attente à rien.

 

Jawlensky,_Alexej_-_Portrait_of_the_Dancer_Aleksandr_Sakharov_-_Google_Art_Project

 

Juillet

Samedi 1er juillet

« Les larmes du monde sont immuables. pour chacun qui se met à pleurer; quelque part un autre s’arrête. Il en va de même du rire. Ne disons pas du mal de notre époque, elle n’est pas plus malheureuse que les précédentes. N’en disons pas de bien non plus. N’en parlons pas. »

Samuel Beckett

 

Pour mettre tout à plat, par exemple ce que j’ai sur l’estomac, il suffirait d’un renvoi et je saurai enfin ce que je ne digère pas. Cependant, n’en faisons pas tout un plat.

 

Le sikhisme est une religion monothéiste alors que le cyclisme demande de croire en deux roues, au moins.

 

Goncharova 1913,_The_Cyclist,_oil_on_canvas,_78_x_105_cm,_The_Russian_Museum,_St.Petersburg

Juin…

Vendredi 30 juin

« Ecrire c’est abandonner le monde, par peur; ne pas écrire, c’est s’y abandonner, par paresse. »

ARNO ( blog: « les restes du banquet »)

 

Echange de regards, celui-là contre celui-ci…que je possède en double, me dit cette jolie femme atteinte d’un magnifique strabisme.

 

« On va voir ce qu’il a dans le ventre », il vit le chirurgien saisir son bistouri et, dans le couloir, l’anesthésiste qui arrivait en courant…

 

Rembrandt

 

Juin…

Jeudi 29 juin

« La philosophie offre à l’homme un asile dans lequel aucune tyrannie ne peut entrer, la caverne de l’intimité, le labyrinthe de la poitrine: ce qui rend les tyrans furieux. »

Nietzche

 

On devrait pouvoir tourner la tête à 360 degrés et ainsi surveiller ses arrières, se regarder marcher, être sur ses propres talons et avancer confiant vers un avenir d’autant moins inquiétant qu’on ne le verrait que par intermittence.

 

La nuit n’est plus sombre, elle est apprivoisée, éclairée, elle a perdu tout mystère. On ne peut plus s’y fondre, se réfugier dans ce noir qui faisait disparaître nos pieds, le bout de notre nez jusqu’à douter de notre existence. Seuls nos rires nerveux nous rassuraient et la lueur des feux d’une voiture lointaine devenait le phare qui nous évitait de sombrer dans cette encre envoûtante.

 

 

Soulages triptyque

Juin…

Mercredi 28 juin

« Dans nos sociétés dites démocratiques, nous ne sommes pas e