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Avril

Jeudi 19 avril

« La mort ne m’aura pas vivant. »

Jean Cocteau

 

Elles sont face à face sur leur fauteuil roulant à chaque bout des barres parallèles inoccupées, attendant le kinésithérapeute, comme deux presse-livres inutiles.

 

Homme tronc avec deux branches et monté sur roulettes, on dirait qu’il se transplante chaque fois qu’il se déplace en actionnant son fauteuil électrique.

 

 

OttoDix-la rue de prague

Otto Dix, la rue de Prague

Avril

Lundi 16 avril

« L’industrie actuelle formate et cérébralise énormément. On prévoit tout pour qu’il n’y ait pas de risque. Il y a aujourd’hui une esthétique sensible qui est très molle et divertissante. On veut avoir le divertissement. C’est très bien, j’aime bien rigoler, ce n’est pas le problème. Mais se divertir de quoi ? Quand on regarde les Grecs, il y avait à la fois des comédies et des tragédies. On a besoin du tragique, c’est évident. On a besoin d’affronter nos propres ombres, comme le font Sophocle ou Euripide. Il y a inceste, parricide, meurtre, mais aussi amour, vision divine, tout est là. Je veux travailler absolument avec ce matériel-là et ne pas considérer qu’il faut divertir, divertir, divertir. Mais quand je ferai une comédie, je ferai une comédie. C’est un genre tout à fait majeur. Mais je n’en suis pas encore là, c’est tout. »

Bruno Dumont

 

anselm_kiefer_aki_sous le plomb, une trace de soleil

Anselm Kiefer

Avril

Mardi 17 avril

« Adieu, Camille, retourne à ton couvent, et lorsqu’on te fera de ces récits hideux qui t’ont empoisonnée, réponds ce que je vais te dire : tous les hommes sont menteurs, inconstants, faux, bavards, hypocrites, orgueilleux et lâches, méprisables et sensuels ; toutes les femmes sont perfides, artificieuses, vaniteuses, curieuses et dépravées ; le monde n’est qu’un égout sans fond où les phoques les plus informes rampent et se tordent sur des montagnes de fange ; mais il y a au monde une chose sainte et sublime, c’est l’union de deux de ces êtres si imparfaits et si affreux. On est souvent trompé en amour, souvent blessé et souvent malheureux ; mais on aime, et quand on est sur le bord de sa tombe, on se retourne pour regarder en arrière ; et on se dit : “ J’ai souffert souvent, je me suis trompé quelquefois, mais j’ai aimé. C’est moi qui ai vécu, et non pas un être factice créé par mon orgueil et mon ennui. »

Alfred de Musset, On ne badine pas avec l’amour

 

Kiefer-Ropac

Anselm Kiefer

 

Avril

Samedi 14 avril

Livre de la semaine

Le zen dans l’art chevaleresque du tir à l’arc

E. Herrigel

Dervy

 » Dans cet admirable petit livre, M. Herrigel, philosophe allemand qui est venu au Japon et s’est adonné au tir à l’arc pour arriver à comprendre le Zen, donne de sa propre expérience un récit qui nous éclaire. Un des caractères qui nous frappent le plus dans l’exercice du tir à l’arc, et en fait de tous les arts tels qu’on les étudie au Japon, c’est qu’on n’en attend pas des jouissances uniquement esthétiques, mais qu’on y voit un moyen de former le mental, et même de le mettre en contact avec la réalité ultime. »

 

Herrigel

 

Avril

Vendredi 13 avril

Si vous avez un bâton, je vous en donnerai un

Si vous n’en avez pas, je vous le prendrai

Koan zen

 

les inondations laissent des éclats de rivière dans les champs, cadeaux brillants, mares éphémères que le soleil aspirera.

 

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Max Ernst, la mare aux grenouilles

Avril

Jeudi 12 avril

« Mon médecin a essayé de me fourguer un cancer du poumon alors que j’étais venu le consulter pour un simple rhume! Je ne me suis pas laissé avoir, mais n’est-il pas déplorable de voir cette mentalité de vendeur de canapés contaminer peu à peu l’ensemble de la société et jusqu’aux professions traditionnellement vouées au soulagement des douleurs, dans le respect de la personne humaine. »

Eric Chevillard

 

La question du jour:

« Quels sont les bénéfices de mixer croquettes et sachets fraîcheur pour votre chat? »

Promis, je vais y réfléchir…Et me procurer un chat.

 

 

Gainsborough

Avril

Mercredi 11 avril

« Né du trou. Bâti autour du trou. Je suis une organisation du vide. Ainsi mon oui est-il toujours creux de mon non. Ainsi puis-je me retourner comme un gant. Il doit y avoir une éternelle équivalence, où cependant la droite ne vaut pas la gauche. Plaie de la symétrie. Je te donne mon coeur contre ton foie. »

Bernard Noël

 

Les routes grises ne mènent nulle part, elles serpentent vainement dans le vert tendre des vignes, filent droit vers des villages aux murs blancs et se perdent au coeur de collines rondes qui les avalent brutalement.

 

Tu t’aperçois soudain qu’il n’y a plus rien à attendre et cette pensée te met inexplicablement en joie.

 

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David Hockney, Outpost Drive, Hollywood

Avril

Mardi 10 avril

« Il fut un temps où je croyais qu’il suffisait de fermer les yeux ou d’ouvrir les livres pour voir des jardins qui tiennent sur l’ongle du petit doigt, des amours qui font vraiment dériver les continents, des époques qui dansent avec des singes bleus sur l’épaule, des mondes suspendus en crinoline de rumeur. C’était le temps où j’étais prête à croire qu’un surgissement du merveilleux dépendait presque d’un caprice de la paupière. »

Annie Le Brun

 

Plus jamais tomber d’Amour
Ne tomber que de fatigue Oublier
Ne tomber que de vélo Cicatriser
Ne tomber que de sommeil Rêver

 

Bacon

Francis Bacon

Avril

Lundi 9 avril

« Je sens parfois, m’éveillant dans la nuit, des mains invisibles qui tissent ma destinée. »

Fernando Pessoa

 

Des nouvelles de la rivière, la pluie cesse peu à peu, elle retourne dans son lit pour des sommeils encore agités, attendant l’orage d’été qui la réveillera. Elle emportera alors le vieux pont qui la regarde passer, sûr de sa force et de ses piles de pierre. Elle rêve de ce jour  où elle arrachera ses arches pour un voyage de rage et rejoindra le fleuve tranquille.

 

Otto Dix

Otto Dix, portrait de l’avocat Hugo Simons

Avril

Samedi 7 avril

Livre de la semaine

Egon Schiele

Dessins et Aquarelles

Texte Jane Kallir

Introduction Ivan Vartanian

Hazan

On ne peut pas atteindre la chose elle-même – la véritable nature du modèle – en ôtant la surface , car tout ce que l’on a, c’est la surface. On ne peut donc aller au-delà de cette surface qu’en travaillant avec elle. En la manipulant – les gestes, le costume, l’expression – radicalement et correctement. Je pense que Schiele a compris cela d’une manière unique, profonde et originale. Au lieu d’essayer d’abandonner la tradition du portrait en représentation (ce qui, de toute façon, est sans doute impossible), il me semble qu’il l’a poussé à ses limites. Il a bousculé la forme en montant le son jusqu’au niveau du cri. On observe donc chez Schiele une sorte d’asymétrie constante, d’abord dans le sens de la « représentation » pure, le geste et le comportement stylisé recherché comme une fin en soi, étudié pour soi. Ces stylisations extrêmes sont conservées dans la forme mais désorientées, sorties de leur cadre familier et utilisées pour changer la nature de ce qu’est le portrait.

Richard Avedon

 

Egon Schiele

Avril

Vendredi 6 avril

La nuit promet d’être belle
Car voici qu’au fond du ciel
Apparaît la lune rousse
Saisi d’une sainte frousse
Tout le commun des mortels
Croit voir le diable à ses trousses
Valets volages et vulgaires
Ouvrez mon sarcophage
Et vous pages pervers
Courrez au cimetière
Prévenez de ma part
Mes amis nécrophages
Que ce soir nous sommes attendus dans les marécages

Jacques Higelin, Champagne

 

Avril

Jeudi 5 avril

« Sans solitude, sans épreuve du temps, sans passion du silence, sans excitation et rétention de tout le corps, sans titubation de la peur, sans errance dans quelque chose d’ombreux et d’invisible, sans mémoire de l’animalité, sans mélancolie, sans esseulement dans la mélancolie, il n’y a pas de joie. »

Pascal Quignard

 

Avril

Mercredi 4 avril

“Je n’ai jamais eu la chance de manquer un train auquel il soit arrivé un accident.”

Jules renard

 

Il est trés contrarié, il a du reporter son suicide. Aprés plusieurs heures couché sur la voie, il s’est rendu à l’évidence: pas un train.

 

Il avait espéré un service minimum. 

 

 

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John Everett Millais, Ophélie

Avril

Mardi 3 avril

De ma peau à mes os s’étend parfois une distance désertique.

Alors, l’écorché regarde son squelette et dit: qui est-ce?

Bernard Noël

 

L’espoir est l’avenir de ceux qui n’en ont pas.

 

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Jean-Marc Comby, Lapin écorché

Avril

Lundi 2 avril

« Ce monde en lui même n’est pas raisonnable, c’est tout ce qu’on peut en dire. Mais ce qui est absurde, c’est la confrontation de cet irrationnel et de ce désir éperdu de clarté dont l’appel résonne au plus profond de l’homme. »

Albert Camus

 

Il va se réveiller, ce qu’il vit ne peut être qu’une erreur, un malentendu. Quelqu’un va s’excuser, désolé, nous nous sommes trompés de scénario, il s’agit d’un quiproquo, d’une homonymie sans doute. Vous allez rire, ce n’était pas vous qui deviez vivre cela; vous serez dédommagé, des bons d’achat, un avoir, une année bonus, que sais je…Encore désolé pour le dérangement, une erreur stupide on vous dit, allons tout ça n’est pas si grave. Vous avez la vie derrière vous, que diable…

 

L’haltérophile a un poids énorme sur la conscience, il a beau bander ses muscles, impossible de le soulever. 

 

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Jean Fautrier; L’écorché

Mars…

Samedi 31 mars

Livre, scénario, film de la semaine

La Maman et la Putain

Jean Eustache

Petite bibliothèque des Cahiers du cinéma

« J’ai écrit ce scénario, disait Jean Eustache, car j’aimais une femme qui m’avait quitté. Je voulais qu’elle joue dans un film que j’avais écrit… J’ai écrit ce film pour elle et pour Jean-Pierre Léaud; s’ils avaient refusé de le jouer, je ne l’aurais pas écrit. Je pensais écrire le film en huit jours, je n’avais écrit que la première séquence, je ne connaissais pas encore la seconde ». Ce « texte de feu », comme dit Bernadette Lafont, est écrit à partir de la vie et de la passion, mais jamais Jean Eustache ne cède à la tentation d’imiter la vie de façon naturaliste. C’est bien d’écriture et de recréation littéraire du langage parlé qu’il s’agit ici: la beauté et la tenue de ce texte, de ces dialogues, le prouvent. Gageons que ce texte magnifique (en existe-t-il en littérature qui sonne aussi juste sur l’état de la langue et des sentiments des années soixante-dix ?), ce film-phare de toute une génération, suscitera sans relâche de nouveaux fervents.

 

 

La maman et la putain

Mars…

Vendredi 30 mars

« Mono no aware, disent les Japonais pour désigner la poignante mélancolie des choses, leur beauté éphémère et précieuse, sitôt éprouvée, sitôt perdue. Sentiment qui naît de la chute des feuilles en automne, d’un être aimé qui disparaît au détour d’un chemin, de ce qui a fait votre bonheur et qu’on est forcé  d’abandonner sans retour. »

Min Tran Huy

 

Lorsque j’étais enfant, les sauterelles volaient à chaque pas dans les champs, les grillons sortaient de leurs trous attirés par nos brins d’herbe, les hannetons nous frôlaient avec des airs d’hélicoptère.
Nous marchions dans la jungle, les insectes faisaient partie de notre vie. Ils ont quasiment disparu, personne ne semble s’en émouvoir.

 

Robert Marchand arrête le vélo. A 105 ans, il tournait encore sur un vélodrome. Le cycle pour échapper à la linéarité, à l’histoire et à la mort. Le vélo, c’est la machine à repasser le temps.

 

 

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Qi Baishi

Mars…

Jeudi 29 mars

« J’aurai passé mes jours à regarder le reflet de la vie sur la rivière de papier blanc. Ce n’est pas ce qu’on appelle vivre . C’est beaucoup mieux. »

Christian Bobin

 

 

Richter

Gerhard Richter, Page retournée

Mars…

Mercredi 28 mars

Il pleut toujours, la rivière tente de déborder mais ses rives la contiennent encore. Quelle goutte d’eau fait que soudain elle devient lac et noie tout ce qui la bordait hier encore? Est ce la colère de tout emporter ou la joie de se libérer qui la fait courir dans les prés?

 

Il regrette les battements du coeur des rails qui scandaient ses voyages. Désormais, c’est un interminable cardiogramme plat qui l’accompagne.

 

 

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Alfred Sisley, L’inondation à Port-Marly

Mars…

Mardi 27 mars

« Cet univers désormais sans maître ne lui paraît ni stérile, ni fertile. Chacun des grains de cette pierre, chaque éclat minéral de cette montagne pleine de nuit, à lui seul, forme un monde. La lutte elle-même vers les sommets suffit à remplir un cœur d’homme. Il faut imaginer Sisyphe heureux. »

Albert Camus

 

Il ne peut se détacher, les liens se sont reserrés depuis six mois. La corde enserre plus fort ses poignets douloureux. Parfois, il entend le bruit du dehors, le son d’une autre vie que celle de reclus et d’otage et il se dit qu’il est temps de fuir. Mais il aime ses liens qui entravent ses chevilles, étouffe ses pensées.Il attend cette voix qui le berce parfois. Un sourire traverse alors la nuit de sa cellule et des yeux noirs lèvent en lui des espaces infinis. Il n’a jamais été aussi libre.

 

Le temps arrange tout, dit-on; en effet, il suffit de regarder des ruines pour s’en convaincre.

 

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Franz von Stuck, Sisyphe

Mars…

Lundi 26 mars

« Le braille a cet avantage que l’on peut lire tout en regardant le paysage. »

Eric Chevillard

 

Il a les dents qui rayent le parquet ce qui le ralentit considérablement dans son ascension politique.

 

« J’aurai ta peau! » dit le criminel ou l’amoureux. Parfois, ils ne font qu’un.

 

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Caillebotte, Les Raboteurs de parquet

Mars…

Samedi 24 mars

Livre de la semaine

Le rêve mexicain

Le Clézio

Gallimard

« Au cours du mois de mars 1517 les ambassadeurs de Moctezuma, seigneur de Mexico-Tenochtitlan, accueillent le navire de Hernan Cortés en « mangeant la terre », selon le rituel de bienvenue réservé au dieu Quetzalcoatl, et cette rencontre initie l’une des plus terribles aventures du monde, qui s’achève par l’abolition de la civilisation indienne du Mexique, de sa pensée, de sa foi, de son art, de son savoir, de ses lois. »

 

Le rêve mexicain

 

Mars…

Vendredi 23 mars

« Soit le langage n’est qu’un processus de communication, et bien sûr en ce cas la transparence est possible, et bien sûr il faudrait améliorer encore ladite communication et espérer la fin de nos malentendus, et bien sûr une appréhension purement binaire des choses_ vrai ou faux, bien ou mal, etc._ serait possible et judicieux…Soit, au contraire, je reconnais que le langage implique une inadéquation radicale, une perte inéluctable, et je me trouve dés lors à devoir toujours laisser la place à ce qui échappe, à ce qui n’entre pas exactement dans les trous, à prendre en compte le réel. »

Jean-Pierre Lebrun

 

Des cris, des plaintes, des hurlements qui semblent répondre à des appels… J’avance dans la jungle, non, je parcours simplement les couloirs de l’EHPAD.

 

Crier pour les « déments », c’est se repérer et se rassurer sur leur existence, leur permanence, dans la confusion extrême qui est la leur. On peut parler d’écholocalisation.

 

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Douanier Rousseau, Le rêve

Mars…

Jeudi 22 mars

Rien…

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Ri.

Mars…

Mercredi 21 mars

« Chacun de nous est libre de croire ce qu’il veut, et mon point de vue est que l’explication la plus simple c’est qu’il n’y a pas de Dieu, personne n’a créé l’Univers et personne ne dirige notre destin. »

Stephen Hawking

 

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William Blake, Dieu comme un architecte

Mars…

Mardi 20 mars

« Les phrases des oiseaux sont très brèves, laissent peu de temps à la réponse, reprennent vite leurs sèches séquences et leurs brèves fréquences, pour les encranter dans le vide.

Ce sont des colliers de sons dont la durée fait quelques secondes.

Petites mélodies subites qui s’accrochent et se suspendent dans les vides que le désir laisse, qui attendent dans le vide au sein d’une attente où l’appel lui-même attend au point qu’il résonne. »

Pascal Quignard

 

Le printemps risque fort d’être silencieux. Le Muséum national d’histoire naturelle (MNHN) et le Centre national de la recherche scientifique (CNRS) annoncent, mardi 20 mars, les résultats principaux de deux réseaux de suivi des oiseaux sur le territoire français et évoquent un phénomène de « disparition massive », « proche de la catastrophe écologique ». « Les oiseaux des campagnes françaises disparaissent à une vitesse vertigineuse, précisent les deux institutions dans un communiqué commun. En moyenne, leurs populations se sont réduites d’un tiers en quinze ans. »

LE MONDE

 

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Georges Braque, l’oiseau noir et l’oiseau blanc

Mars…

Vendredi 16 mars

« Je suppose que nous échappons de temps en temps au raisonnable, et que c’est alors seulement que nous tombons parfois dans le vrai. »

 

« La banalisation de l’emprise médiatique la protège d’être perçue pour ce qu’elle est : une occupation totale de l’espace visuel qui a pour conséquence automatique l’occupation de l’espace mental. Quand on tient les yeux, on tient le lieu de la pensée en même temps que ceux de l’imaginaire et de l’expression. »

 

« Dans un monde où tout est conduit vers le non-sens de la marchandise, il ne reste que la poésie pour re-naturer l’ensemble des relations et des valeurs. Mais qu’il ne reste qu’elle à pouvoir le faire ne garantit pas qu’elle puisse le faire car son pouvoir n’agit que secondé par un effort. Le vieil effort d’attention qu’exigent toujours l’acte culture aussi bien que l’acte d’amour, et que débilite à présent le culte de la passivité. La chair a besoin de se refaire Verbe pour remonter vers la vitalité… »

Bernard Noël

 

joconde

Mars…

Jeudi 15 mars

« Parfois aussi, peut-être parce que tu auras côtoyé de trop prés les réalités étranges, tout t’échappera, tout se dérobera, et alors même l’exotisme et l’exil n’auront plus pour toi aucun sens. »

Antoine Volodine

 

Les jours passent et se succèdent totalement indifférents à ce que l’on pense d’eux. Il y aurait pourtant des choses à dire sur certains d’un ennui vertigineux, d’autres d’une neutralité d’eunuque, ceux là sont de vrais salauds mais celui-là a décidé de racheter tous les autres.

 

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Liu Xiaodong, Disobeying the rules

Mars…

Mardi 13 mars

« Tu es ici chez toi. rien ne t’appartient. Tu ne fais ici que mettre à jour tes vieux rêves. »

Volodine

 

Il voulait faire de la boxe pour en découdre. Les points de suture que l’infirmière lui ôte un à un lui donne douloureusement raison.

 

Le hasard ne se provoque pas, il se prépare.

 

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Bellows Georges, Rencontre de boxe chez Skarkey

Mars…

Lundi 12 mars

« Quand on écrit, faut-il tout écrire ? Quand on peint, faut-il tout peindre ? De grâce, laissez quelque chose à suppléer par mon imagination ! »

Denis Diderot

 

Il existe des simulateurs de vieillesse, ensembles de prothèses, lunettes et autres artifices, censés vous transformer en vieillard instantanément. Ce que l’on ignore, c’est que la plupart des personnes agées simule et dès que les soignants ont le dos tourné, ce n’est que cavalcades dans les couloirs et rires en cascade dans les escaliers.

 

Il a peint un éléphant en trompe l’oeil.

 

Pietro Longhi, 1785

Pietro Longhi, L’éléphant

Mars…

Samedi 10 mars

Livre de la semaine

Macau

Volodine

Editions du Seuil

« Cela me plaisait de devoir être tué en Chine, sur une jonque à l’ancrage, devant un photogénique vieillard, dans une atmosphère chinoise saturée de puanteurs, de fumée de poisson frit, de tabac, de pétrole, d’eau sale. Après tout, j’étais venu pour ça, pour en finir, pour être ailleurs et en finir. »

 

Macau Volodine

Mars…

Vendredi 9 mars

かたつぶり
そろそろ登れ
富士の山

katatsuburi
soro soro nobore
fuji no yama

l’escargot
avec peine escalade
le mont Fuji

Issa

 

escargot

Mars…

Jeudi 8 mars

« Ne se nourrissent plus. Ne s’épouillent plus. Ne grimpent plus aux arbres. L’avenir des chimpanzés inspire de vives inquiétudes. Passent leurs journées à tripoter leurs quatre portables. »

Eric Chevillard

 

Vu deux vélos blancs

Dévalant la route bleue

Soleil de printemps

 

Munch, Le soleil, 1909, 1916

Munch, le soleil

Mars…

Mercredi 7 mars

« Nous avons fait de la mort cette bouche d’ombre, cet abîme effrayant, alors qu’elle n’est que l’occasion offerte enfin, qui si longtemps nous aura fui, de combler notre retard de sommeil. »

Eric chevillard

 

« Fais comme tu sens, suis ton instinct, te prens pas la tête, just do it, venez comme vous êtes, c’est dans notre ADN… » Toujours la même injonction: rapprochez-vous de l’animal, il faut en finir avec l’humain; il est trop complexe.

 

Un seul hêtre vous manque… C’était l’arbre qui cachait la forêt.

 

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Piet Mondrian, l’arbre gris

Mars…

Mardi 6 mars

« Le respect est le fin mot d’une société où tout et n’importe quoi, en effet, est respectable, où chacun la ferme, où nous vivons dans une sorte de révérence universelle, de consensus béat, tout est bel et bon, et des goûts et des couleurs, pas la peine de discuter ; grâce à cela, les plus forts sont sûrs de gagner, et l’industrie de la sous-culture s’est débarrassée des gêneurs…

Il ne viendrait pas à l’idée des tenants du respect universel que respecter les gens, c’est les croire capables de s’ouvrir au débat, voire à l’humour et à l’ironie, sans se crisper sur «c’est mon choix, respectez-le ». Que ne pas les respecter, c’est précisément les considérer comme des braves imbéciles à qui on va faire avaler n’importe quoi, notamment une littérature formatée, insipide, bébête. Que le règne de la promotion universelle ne respecte qu’une chose, l’argent…

La tiédeur et la prudence sont rarement des signes d’amour. Notre époque préfère le respect à la passion. »

Pierre Jourde

 

Le livre imaginaire

« La laine ne dort jamais »

Dr Emile Dagnot

Editions du Rouergue

 Etude sur l’insomnie liée au comptage des brebis sur le plateau du Larzac au siècle dernier.

 

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Zurbaran, Agnus dei

Mars…

Lundi 5 mars 2018

« L’oeil ne se voit pas lui-même; il lui faut son reflet dans quelque autre chose. »

William Shakespeare

 

Jonquilles, violettes, giroflées mais aussi jonclinules, crinoflines, boutons des murets, brêles des marais, sauganières pleureuses et parfois, elles sont précoces, sixroses hépaterres; c’est bientôt le printemps.

 

Et chantent déjà le charpière messager, la riboudelle boudeuse, la coucouline des toits et les zizis bruyats.

 

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Zhu Da

Mars…

Samedi 3 mars 

Livre de la semaine

Apostumes

Jean-Luc Sarré

Le bruit du temps

« De cancre à cancer, il n’y avait qu’un pas, je l’avais depuis longtemps présagé. Ce pas franchi, il s’accompagne aujourd’hui d’un indécollable et fâcheux anagramme. De notules à nodules, encore un autre pas. Apostume (plus familier qu’apostème) est tout aussi charmant, avec son faux air d’apostille posthume. »

 

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Mars…

Vendredi 2 mars

« Si nous pouvions renoncer à notre condition corporelle et, purs êtres pensants venant par exemple d’une autre planète, saisir les choses de cette terre d’un regard neuf, rien ne frapperait plus peut-être notre attention que l’existence de deux sexes parmi les êtres humains qui, par ailleurs si semblables, accentuent pourtant leurs différences par les signes les plus extérieurs. »

Sigmund Freud

 

« Même si je ne pense plus, je suis » Itsuo Tsuda

L’arrêt de la pensée rationnelle n’empêche pas d’être, voire libère une autre forme d’être pour la philosophie orientale. Mais cette phrase pourrait s’appliquer aux personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer, aux psychotiques et autres « déments »; même si je ne pense plus ou pas comme vous, je suis.

 

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Egon Schiele, lovers

Mars…

Jeudi 1er mars

« Bargouzine était fréquemment victime de ce que la sagesse populaire appelle le décés. »

Volodine, Terminus radieux.

 

« Si vous souhaitez contester cet avis de paiement, vous devez former un recours administratif préalable obligatoire (RAPO) avant toute saisine de la juridiction compétente, à peine d’irrecevablité de cette saisine. »

Première phrase de « Forfait de post-stationnement », un roman de Urbis Park Services. Je vous laisse découvrir la suite.

 

Le choix de l’aube rose contre le bleu de la nuit.

 

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Cadillac, Salvador Dali

Février

Mercredi 28 février

« La terre est le berceau de l’humanité. Peut-on passer sa vie entière dans son berceau? »

Constantin Edouardovitch Tsiolkovski. Savant russe et pionnier de l’aventure spatiale.

 

J’arrive pas à aligner deux phrases; en voici déjà une.

 

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Georges Rouault, Le berceau

Février

Mardi 27 février

« Monsieur Hackett prit à gauche et vit, à quelque distance de là, dans le demi-jour déclinant, son banc. »

Samuel Beckett, Watt

 

Le livre imaginaire

 « Meurtres en Charentaises »

Georges Pinot

Editions Le Melon D’or

« L’aurore sur Montmoreau-Saint-Cybard rosit les rares rochers noirs sur lesquels s’ancre le château qui chaperonne le village encore endormi. De la grande bâtisse qui jouxte la pharmacie s’échappe un long cri. »

 

Mes désirs sont désordre.

 

Kirchner, homme assis sur un banc

Kirchner, Homme assis sur le banc d’un parc

Février

Lundi 26 février

Vous garderez mon souvenir comme un reste de neige aux branches

Quelque part dans une banlieue de ville de province le matin

J’emporterai ma part de l’aube et qu’ai-je fait d’autre jamais que vous tenir la main?

Jacques Bertin

 

« Neige », le roman de Maxime Fermine a fondu dans mes mains. Neige collante et lourde, gorgée de poésie japoniaises et de clichés fujimayesques. Le contraire d’un haïku.

 

C’est une très belle soirée que nous souhaite le journaliste télé. Moi qui me préparais à passer une simple bonne soirée, me voilà décontenancé et déjà un peu déçu par ce qui m’attends.

 

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L’aurore, Fragonard

Février

Samedi 24 février

Livre de la semaine

Maus

Art Spiegelman

Flammarion

« Pourquoi cette « simple » bande dessinée est-elle un très grand livre? parce qu’elle est à la fois récit issu de la mémoire et essai sur la mémoire. »

 

Maus

Février

Vendredi 23 février

« Le dimanche, on subit le temps et c’est comme si on retenait son souffle et essayait de voir comment serait l’au-delà. Les dimanches sont une maladie invisible, comme un mal intérieur, une maladie morale. »

Enrique Vila-Matas

 

« La vie est une histoire racontée par un idiot, pleine de bruit et de fureur et qui ne signifie rien. » Shakespeare, dramaturge.

« La vie est une échelle à poule, courte et couverte de merde. » Jean-Marc, factotum.

 

La quête de la sensation a remplacé celle du sens. La régression au corporel permet de faire l’économie de penser, mais à quel prix?

 

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Paul gauguin, « D’où venons nous? Que sommes nous? Où allons nous? »

Février

Jeudi 22 février

« C’est curieux comme tout change sans vous. »

Emmanuel Bove

 

Le kinésithérapeute installe ses 93 ans face au vélo de rééducation. Elle lui demande pourquoi, il lui répond: « D’aprés vous, ça sert à quoi un vélo? ». La réplique fuse: « A faire des AVC! »

 

Le livre imaginaire:

« La mite de Sisyphe »

Albert Lenné

Editions du Rocher

« Trou est toujours à recommencer. »

 

Sisyphe , Titien

Sisyphe, Titien

Février

Mercredi 21 février

« Penser, c’est harceler l’existant. »

Henri Lefebvre

 

瓶おるる
夜の氷の
ねざめかな

Basho 芭蕉

Gel nocturne

La cruche éclate

Et me réveille

 

L’abdominable homme déneige.

 

Picasso nature morte 1919

Picasso, Nature morte

Février

Mardi 20 février

« Il n’y a pas d’étanchéité de soi à l’égard du sonore. Le son touche illico le corps comme si le corps devant le son se présentait plus que nu: dépourvu de peau. »

Pascal Quignard

 

Comment se représenter l’absence de représentation de personnes autistes confrontées à un vide, à un manque qui n’est même pas perçu comme tel. Le cri qui est parfois le leur est celui que l’on pousserait peut-être en tombant dans un abîme sans fond et sans bords.

 

Elle dit stoïque pour stupéfaite et obtempérer pour tempérer. Ce qui rend sa conversation un peu déroutante mais pas du tout ennuyeuse.

 

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Stéphanie L’heureux

 

Février

Lundi 19 février

« J’étais doué pourtant, long en avenirs, très plein d’étude, d’élans et ribambelles de vocations : moi aussi j’eus voulu faire successivement chemineau de golf, achalandeur, mangeur de sphère, germaticien, promeneur-mouliste, dogueur de chien, viveur de bien, groupeur de vrai, métrier blanc, tourneur en groupe, et-caetériste. « 

Valère Novarina

 

Les patineuses font de petits saluts de la main un peu ridicules et étroits après d’amples mouvements des bras et des envolées majestueuses comme si le retour sur terre les rétractait.

 

« Tu le savais pas? » questionne souvent Marie-France. Non pour s’étonner de notre ignorance mais pour nous entraîner dans son monde chaotique dans l’espoir que nous y mettions un peu d’ordre.

 

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Février

Samedi 17 février

Livre de la semaine

Les Effets psychologiques du vin

Edmondo De Amicis

L’ANABASE

« Cette altération progressive des sentiments et des idées, cette succession continue d’états différents de la conscience par lesquels on passe de la sérénité qui suit les premières gorgées à l’exaltation ardente des derniers toasts est en soi un événement psychologique si étrange et si fécond pour l’étude de la nature humaine qu’il ne sera jamais assez médité ni par le philosophe ni par l’artiste. »

 

Amicis

Février

Vendredi 16 février

Pour le moment, il ne se réveille pas. Il poursuit ses fantômes, il se vautre dans la chaleur des images que fabrique la nuit. Il y tient, il s’y accroche. C’est ce rêve là qu’il veut poursuivre, en connaître la fin. Il peut presque maintenant contrôler ce qui se passe, prolonger ce dialogue; il sait que cette phrase existe, il l’a prononcée mais pas là, pas dans cette pièce. Cette porte devrait s’ouvrir, quelque chose s’y oppose. Une forme sombre, sans visage, sans contour, sans paroles, se tient derrière. Il hurle, il sait que le son franchit ses lèvres, que son cri est hors de sa nuit. Le monde des images a fait effraction dans celui de la chambre.

Il est rejeté, expulsé du passé dans la pénombre familière. Le quotidien s’abat sur lui. C’est fini.

 

Fuseli heinrich nightmare

Février

Jeudi 15 février

« Un psychotique, c’est quelqu’un qui croit dur comme fer que 2 et 2 font 5, et qui en est pleinement satisfait. Un névrosé, c’est quelqu’un qui sait pertinemment que 2 et 2 font 4, et ça le rend malade ! »

Pierre Desproges

 

Le monde de Marie-france, elle écrit:

« A-2 ans demie je ne marcher pas. Le criste il ma endormie. Il risque davoir une commette. Le trietement-est fort les gouttes sont fore. Il pleure-Marie-France je souffre. A la plage-jai vu un reqein. »

 

Encore une journée à côtoyer la psychose, à l’affronter, à l’apprivoiser, à l’écouter, à la refuser, à l’accepter, à la défier sans jamais la vaincre mais parfois la voir reculer en grondant, les crocs découverts, lâchant un instant sa proie qu’elle harcèlera à nouveau dès que nous aurons le dos tourné.

 

-munch

Février

Mercredi 14 février

« Il n’avait pas d’amis, puis il eut l’idée d’épiler ses chimpanzés. »

Eric Chevillard

 

Le ver de terre est un redoutable mangeur d’homme qui vit parmi les racines de pissenlit.

 

Ecrire c’est le choix du noir contre le blanc de la page.

 

 

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Alain Ghertman

Février

Mardi 13 février

« La volonté de la littérature, c’est toujours de triompher de la parole. On écrit parce qu’on ne sait pas parler. »

Philippe Muray

 

« Si vous n’avez pas composté, veuillez vous rapprocher auprés du contrôleur. » dit la voix féminine dans le TER. Il est vrai qu’il fait très froid ce matin.

 

Avoir plus d’un demi-siècle donne une patine, un certain lustre, quelque chose d’historique. On cherche le chiffon à poussières.

 

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février

Lundi 12 février

« Quand on ne travaillera plus le lendemain des jours de repos, la fatigue sera vaincue. »

Pierre Dac

 

Silhouette filante et sa comète de cheveux
Je fais un vœu
La nuit sera toujours claire
La rivière toujours fière
Le jour toujours enchanté

 

J’achète des jonquilles. J’en prends dix, autant faire un strike.

 

eve-of-the-deluge, John Martin

 

Février

Samedi 10 février

Livre de la semaine

Belle du seigneur

Albert Cohen

Gallimard

« Descendu de cheval, il allait le long des noisetiers et des églantiers, suivi des deux chevaux que le valet d’écurie tenait par les rênes, allait dans les craquements du silence, torse nu sous le soleil de midi, allait et souriait, étrange et princier, sûr d’une victoire. À deux reprises, hier et avant-hier, il avait été lâche et il n’avait pas osé. Aujourd’hui, en ce premier jour de mai, il oserait et elle l’aimerait. »

 

belle du seigneur

février

Vendredi 9 février

Un sourire sur son visage.

Le vert des prés barrés de haies sombres, les arbres nus seulement vêtus de boules de gui. Les chemins creux aux flaques lumineuses, les rigoles serpentant dans les combes. L’odeur de la terre gorgée d’eau, Le ciel gris et bas lourd de neige, les pointillés des taupinières brunes, les ruisseaux blancs lissant les pierres noires. l’ocre des chemins creux couverts de feuilles rousses et les clôtures aux piquets de châtaigniers décolorés par le temps.

Il est chez lui.

 

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février

Jeudi 8 février

« Si je perdais un jour (…) le goût des mots, je perdrais du même coup le peu d’inclination qui me reste pour ce qui m’entoure »

Jean-Luc Sarré

 

Je n’y suis pour rien
Je n’y suis pour personne
La vie passe et m’abandonne

 

Écrire c’est de toute façon broyer du noir sur une page blanche.

 

Vasarely

février

Mercredi 7 février

« Contrairement à la seiche, si je crache de l’encre, ce n’est pas pour protéger ma fuite mais pour assurer ma progression. »

Jean-Luc Sarré

 

La neige se refuse encore à l’arbre mort sur le côteau. Il l’espère pourtant sur ses branches noires.

 

Il essayait de retenir les jours entre ses doigts.

 

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février

Mardi 6 février

« Constamment confronté à moi-même je ne cesse d’avoir le dessous ; je ne me connaissais pas une telle vigueur. Il faut dire que je ne m’affronte que lorsque je suis au plus bas. »

Jean-Luc Sarré, Apostumes

 

Que serait Patati sans Patata ?

Ces inséparables se le demandent justement :
_Que serai-je sans toi Patata ? Imagine un Patati isolé, abandonné au détour d’une phrase. Nous lirions « et Patati… » ou seulement « Patati », perplexité du lecteur. Pourquoi ce Patati sans suite, ce Patati sans but dans la vie, ce Patati déprimé, sans patate, en quelque sorte.

_Et un Patata posé là, ce n’est guère mieux, ça n’a pas de sens. A moins d’imaginer que le personnage a perdu sa tante, mais il dirait « où est Tata ?» ou « Tata,où t’es ?» mais pas « Patata » comme ça brutalement. Ou alors, il ne veut pas qu’elle vienne, il s’écrie et ça s’écrit « pas Tata, surtout pasTata. Ça marche aussi avec toi, « Pas Tati »

_Certes, il serait question de parenté refusée si je te suis bien. Notre personnage n’aime guère ses tantes. « ni Tati, ni Tata » serait mieux formulé. Tu peux noter au passage qu’il n’y a pas d’équivalent pour « pas Tonton » ; « et pas tonton et pas mon oncle » ne fonctionne pas.
Nous pourrions peut-être créer un « et Patonton, et Patintin », qui sonne assez bien ma foi.
Bref, tout ça pour parler, pour écrire, pour de rire et pour de lire. Et Patati, et Patata…

 

Alexandre Louis Leloir, Jacob Wrestling with the Angel

 

Février

Lundi 5 février

« Ce que peut le Corps, personne jusqu’à présent ne l’a déterminé. »

Spinoza

 

Elle voulait voler un vélo véloce pour dévaler les routes blanches de montagnes lointaines, pour dévoiler les roues siamoises de sa bicyclette désirée, pour avaler des kilomètres d’asphalte sinueux et pédaler comme une petite reine des Pyrénées. 

Elle ne l’avait pas volé, se disait-elle.

 

Color cycle Allan Peters

février

Samedi 3 février

Livre de la semaine

Le Japon depuis la France, un rêve à l’ancre

Michel Butor

Hatier

Le japonais, parlant comme s’il déposait chaque idée en hiéroglyphes sur le papier: Il est écrit que les grandes vérités ne se communiquent que par le silence. Si vous voulez apprivoiser la nature, il ne faut pas faire de bruit. Comme une terre que l’eau pénètre. Si vous ne voulez pas écouter, vous ne pourrez pas entendre.

Paul claudel, Le Soulier de satin

 

michel butor

 

 

 

 

Février

Vendredi 2 février

« Le corps, ça devrait vous épater plus. »

Jacques Lacan

 

Se faire éditer. Il savait où aller, dans l’impasse habituelle où il avait essuyer tant de refus.
Ce jour là, ce n’était pas le vieux libraire aux relations tentaculaires dans le monde de l’édition et au flair redoutable, reniflant rapidement le manuscrit qui va cartonner, mais un rat de bibliothèque, un vrai rat gras et gris qui se tenait assis sur ses pattes arrières sur le capot d’un taxi mauve.
Il ne lisait pas les feuillets que lui tendait un petit homme voûté, effrayé et plein d’un espoir absurde, mais les grignotait avec gourmandise au fur et à mesure.
Curieusement, à coté de lui, s’empilaient d’autres tapuscrits auxquels il n’avait pas touché.
Le petit homme le regardait fasciné. Le rat rota de satisfaction et du taxi sortit une femme brune aux lunettes noires qui se dirigea droit vers le bonhomme lui tendant une main gantée légèrement hésitante.
« Félicitations, je publie votre livre, voyez vous depuis mon accident je ne fais confiance qu’à Grasset pour éditer de nouveaux romans, les yeux fermés, et ce n’est pas une image. »
Disant cela, elle caressait l’animal qui grimpa vivement sur son épaule.
Elle disparut dans le taxi qui sortit de l’impasse lentement, laissant le petit homme stupéfait.
Souris donc se disait-il, souris…

(D’aprés une idée de Pascal Perrat, blog « entre2lettres »)

 

klein

 

Février

Jeudi 1er février

«  Don Juan aima encore l’infirmière de l’unité des soins palliatifs, puis la thanatopractrice, puis les pleureuses, puis il reposa en paix.  »

Eric Chevillard

 

Le jour où je me suis flingué
Tu étais vraiment superbe
Le jour où je me suis noyé
Tu te prélassais dans l’herbe
Le jour où j’ai ressuscité
Tu sortais avec un serbe

 

Je me charge de mon avenir mais je ne peux me délester de mon passé. Le poids des ans n’est pas une image. C’est une réalité, une pesanteur. Et parfois aussi un ancrage, une présence voire un réconfort.

 

Ricketts, Charles S., 1866-1931; Don Juan in Hell

Janvier

Mercredi 31 janvier

Il a trouvé… Pour ne pas vieillir seul, il chante, il psalmodie plus exactement, sans cesse. C’est une mélopée lancinante qui le berce, l’enveloppe, le précède dans les couloirs ou le suit, traverse la porte de sa chambre. Les vibrations sonores le protègent du monde, le font encore exister et respirer.
Un sourire permanent et léger flotte sur son visage. Il a trouvé sa petite musique de vie.

 

Pourquoi penser toujours, toujours penser. Aucun repos. Dormir, oui, mais les rêves…Ils sont si réels qu’au réveil nous les cherchons, le jour les oublie. Tout recommence.

 

Nous n’avons jamais la vie devant nous, elle est à la traîne, accrochée aux basques. Il faut la tirer, la  porter ; c’est elle qui finit en fauteuil roulant, pas nous, pas moi, moi j’ai tout mon temps ou plutôt je n’ai pas de temps, pas de passé, pas d’avenir, pas de vie. « Je » est éternel. C’est l’autre en soi qui meurt, c’est « Il ».

 

Redon.yeux-clos

Janvier

Mardi 30 janvier

Mon nom est Personne et mon entreprise de service à la personne bat de l’aile. Elle n’intéresse personne sauf moi, j’ai donc tenté de la nommer « A mon service » puis « A votre service comme Personne ». Mais cela faisait trop personnel, et les critiques ont fusé : « Il ne pense qu’à lui, il peut pas faire comme Monsieur tout le monde etc… »

Je me suis donc appelé monsieur Dupont comme tout le monde et mon entreprise, elle, fut fièrement nommée « Dupont : d’une personne à l’autre !» Là aussi, échec : « Pour qui se prend-il ?, ne peut-il se contenter d’une passerelle ? »

J’ai alors opté pour Dubois mais entreprise Dubois ça prêtait à confusion, et « Service à la personne Dubois » offrait peu de perspective de développement en milieu citadin.
De plus «Dubois fait un burn-out », personne n’y croyait, tout le monde rigolait.

Il me restait Martin, cela faisait sérieux, « Services Martin à la personne » rien à redire à l’affaire, la maison mère devenait presque prospère, elle faisait des petits. Je pouvais même m’offrir un burn-out serein. Et bien non, bientôt j’eus droit à des « Réveille Martin, du Martin au soir, il n’est pas du Martin… »

Il se nomme maintenant Błaszczykowski ou Llywodraeth Cymru et encore Azathoth Cthulhu, ce qui épuisent et dépriment ceux qui doivent l’appeler. Il ne cesse de changer de visages sous des masques différents, il porte tous les noms, prend toutes les formes, il est lui, il est elle, elle et lui sont insaisissables, son nom était et reste Personne.

(D’aprés une proposition de Pascal Perrat, blog « entre2lettres »)

 

James Ensor La mort et les masques

Janvier

Lundi 29 janvier

« Aucun peintre ne devrait commencer un tableau sans passer un lavis de noir. Parce que, dans la nature, toute chose est noire tant qu’elle n’est pas touchée par la lumière. »

Léonard de Vinci

 

La nuit blanche se levait lentement, l’autre nuit, celle des autres, était déjà bien avancée. Une nuit ordinaire faite pour dormir, même pas noire, les lumières de la ville ont effacé le noir, l’ont repoussé, anéanti. Trop nocturne, trop négative, la nuit n’est pas moderne, elle est l’archaïque par excellence. Le passé, la nuit des temps, n’intéressent plus personne.
Nous venons de ces ténèbres, elles terrorisaient nos ancêtres dans leur abri sous roche. Le feu les tenait à distance. Nous avons réussi à les tuer.

 

L’insomnie réveille-t-elle le souvenir de ces nuits préhistoriques? Ne pas dormir c’est refuser le noir mais c’est surtout ne pas s’abandonner aux rêves. Ne pas vouloir mourir à la veille, au jour, à l’activité. Maintenir ses pensées, ses obsessions, cultiver sa peine.
Fermer les yeux, c’est accepter un autre monde, un monde qui fascine les êtres humains depuis qu’ils rêvent.

 

Leonor Fini, voyage sans amarres.1986

 

Janvier

Samedi 27 janvier

Livre de la semaine

Sarinagara

Philippe Forest

Gallimard

Tsuyu no yo wa     monde de rosée

Tsuyu no yo nagara   c’est un monde de rosée

Sarinagara    et pourtant pourtant

Kobayashi Issa

« Tous les souvenirs enfin s’effacent. Et puis restent les rêves. Alors, comme ils sont seuls désormais, c’est à eux que l’on confie le souci de sa vie. »

 

Sarinagara

Janvier

Vendredi 26 janvier

L’obscurité est totale mais différente, plus légère, plus aérienne ; Taupier, appelons le ainsi, le sent, il le sait, il respire ce noir nouveau, ce noir d’espoir.
Taupier s’inquiétait mais une étincelle brillait en lui, une lueur frontale qui lui permettait de trouer la galerie devant lui et de forer un passage. Il devenait tunnelier, Taupier le tunnelier forait droit devant.

 

Brutalement l’adhérence ! Et la peur, l’épouvante, premier réflexe, fuir, marche arrière… mais ce contact là, sa main touchait quelque chose, ce quelque chose, il le connaissait, le reconnaissait. Oui, cela bougeait comme…une main, une autre main.

 

Une main qui ne se retirait pas, qui attrapait la sienne maintenant, bientôt rejointe par une autre et les deux mains agrippées à son bras le tiraient. Il cria puis perdit connaissance, un blanc immense venait de l’envahir. Il continue à marcher dans son sommeil, dans sa perte de conscience, mais il n’a plus d’effort à faire, il est porté, il n’a plus mal, il est mort sans doute. Ce noir, ce parcours, c’était cela, un chemin vers la fin.

 

Lucio-Fontana-Concetto-Spaziale-Attese-1963

 

 

Janvier

Jeudi 25 janvier

Il marcha ainsi levant tour à tour ses mains et ses genoux, dans un temps sans espace jusqu’à ce que sous ses doigts il sente une surface compacte, grumeleuse qu’il reconnut aussitôt, de la terre !
Terre ! pensa t-il, la fin du voyage après la traversée de l’océan noir.

 
Une fois ses quatre appuis amenés sur ce qui était bien un sol, il tenta de se mettre debout. Sa tête heurta violemment un plafond, de plus, ses bras touchaient maintenant des paroies lisses, c’était donc un tunnel, donc une direction, enfin un sens à cette absurdité sans lumière.

 

Il marche plus vite désormais, il quadrupède sur du solide, sa course a un but, du moins le croit-il. Qui dit tunnel dit sortie du tunnel, ses genoux lui font mal, il se souvient soudain qu’il est nu comme un ver de terre, il sourit, et aussitôt s’inquiète, pour la première fois, il envisage la possibilité d’une rencontre, d’un contact et frémit.

 

Tapiès

Janvier

Mercredi 24 janvier

« Cette année s’envole ma jeunesse. Je n’ai rien fait

Je disais: j’ai le temps, rien ne presse. Je n’ai rien fait

Reste rien de la caresse des instants. Pas un signe au ciel

défait. »

Jacques Bertin

 

Le spectacle est lassant, les chutes les plus courtes sont les meilleures, il va donc s’arrêter de tomber.
Un choc, non, un arrêt simple, sans bruit, sans douleur. Le sol enfin, ou ce qui en tenait lieu, car comment nommer ce magma huileux qui le retenait ?

 

Il se mit malgré tout à avancer, quelque chose le portait et en posant ses mains dans ce support gélatineux, ses genoux consentaient à suivre. Avancer ainsi à quatre pattes, mais sans le moindre repère, signifie aussi bien reculer ou faire du sur place. Mais son corps se mouvait et il s’en contentait.

 

John Virtue

Janvier

Mardi 23 janvier

« Si Zhongwen joue du luth, il y a avènement et perte. Si Zhongwen ne joue pas du luth, il n’y a ni avènement ni perte. »

Anonyme chinois

 

Il tomba. Le temps ne passait pas dans cette verticalité, le temps préfère l’horizontalité. Le début et la fin. Il tombait. c’est tout. c’est déjà ça. Il se passe quelque chose. L’histoire a une chute, dès le début. Au commencement, il tomba dans les ténèbres.
Que l’obscurité advienne. Fiat nox.
Laissons lui le temps de tomber.

 

Regardons le tomber. Nous n’y voyons rien, c’est vrai, pas plus que lui. Mais imaginons, tombe-t-il assis, comme dans un fauteuil, presque confortablement ? Tombe-t-il tête la première, comme un plongeur hydrocéphale ? Tombe-t-il les pieds devant comme un pendu retenu par un contre temps ?

 

la-chute Pierre Rouge-Pullon

Janvier

Lundi 22 janvier

« La parole, c’est la pensée, c’est aussi le social et, à partir du moment où on la détruit, où l’on envoie une boule de bowling dans le jeu de quilles des mots, on détruit le jeu social, les apparences, on casse cette comédie humaine : c’est le rôle de l’humour, qui est un peu l’arme des désespérés. »

Jean Fauque

 

Quand on veut noyer le poisson, on l’accuse de surmenage.

 

A son réveil, la chambre était noyée dans le noir, un noir étouffant, chaud et moite que rien ne venait contrarier. Un instant, il crût être aveugle et il chercha l’interrupteur de sa lampe de chevet.

Rien. Le vide, il balaya de son bras le coté droit de ce qui devait être son lit sans rien rencontrer d’autre que ce noir épais, palpable. Le même noir l’attendait quand il tenta de toucher le mur derrière lui, sa main ne rencontra rien. Tout autour de lui se dressait un néant opaque, ce n’était pas du vide mais une présence obscure, une couleur noire qui aurait coulé dans la nuit, se serait infiltré partout dans ce qui n’était plus une pièce mais le lieu du noir. Il avait du être pris dans une avalanche d’encre, emporté par ce liquide, d’où cette sensation tactile quant il battait l’air autour de lui. L’air, le mot était impropre, il y avait une résistance, une densité; il aurait pu repousser ces ténèbres. Il se leva et le sol se déroba ou plus exactement, il n’y avait pas de sol. Assis sur le bord du lit, il cherchait en vain un appui dans ce qu’il croyait être un plancher.

Il choisit de se laisser choir…

 

LaDestinee- Gao XINGJIAN

 

Janvier

Samedi 20 janvier

Livre de la semaine

La montagne de l’âme

Gao Xingjian

Editions de l’Aube

« Tu es monté dans un autobus long courrier. Et, depuis le matin, le vieux bus réformé pour la ville a cahoté douze heures d’affilée sur les routes de montagne, mal entretenues, pleine de bosses et de trous, avant d’arriver dans ce petit bourg du Sud. »

 

La montagne de l'âme

Janvier

Vendredi 19 janvier

« Faulkner disait que nous disposions tous d’un territoire pas plus grand qu’un timbre-poste, et que ce qui importe n’est pas sa superficie, mais la profondeur à laquelle on le creuse. »

Pierre Michon

 

Nous sommes constitués des autres. Comment se construire soi même quand nous portons tant de mondes en nous, tant de passé, tant de passagers clandestins, qui, à notre insu, nous dirigent et nous précipitent dans des aventures dont nous ne maîtrisons rien.

 

L’avenir n’est que du passé qui se renouvelle ou qui demande à passer vraiment, à revivre tant qu’il aura quelque chose à dire, quelque chose à révéler.

 

chaissac

Janvier

Jeudi 18 janvier

« Quand j’aurai cent dix ans, je tracerai une ligne et ce sera la vie. »

Hokusaï

 

A quoi rêvent les trains qui vont de gare en gare? 

Envient-ils les sillages blancs des paquebots géants?

Et délaissant leurs vieux rails rouillés pour des courses d’écume dans des océans enragés, ils se réveillent soudain dans des gares immenses aux verrières illuminées.

 

Enfin dégrisé, il retourne au blanc passé de ses cheveux et au noir lumineux de ses nuits.

 

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Janvier

Mercredi 17 janvier

« Je ne puis me nommer un initié. J’ai été un chercheur, et le suis encore, mais je ne cherche plus dans les astres et dans les livres. Je commence à entendre ce qui bruit dans mon propre sang. »

Hermann Hesse

 

Questions existentielles:

Peut-on parler de diarrhée mélancolique quand on se fait chier comme un rat mort?

En quoi un rat mort de dysenterie est ennuyeux?

Etait-il moins barbant vivant?

 

Le soir tombe et la lumière s’accroche encore à tout ce qui peut la retenir avant de sombrer, flaques d’eau argentées dans les champs, rails luisants, bitume humide… Puis la nuit encrera tout de son noir épais, protecteur et menaçant.

 

Emil Nolde

Janvier

Mardi 16 janvier

« Du corps par le corps avec le corps depuis le corps et jusqu’au corps. »

Antonin Artaud

 

« Maintes et maintes fois » dit-elle joliment. Qui parle encore de cette façon? « Plein de fois » ou « gavés de fois » dirait-on maintenant de façon indigeste. On peut penser que nous perdons quelque chose, que le phrasé, le rythme, la poésie ou le récit y laissent des plumes.

 

« Je dors les yeux éteints » dit Marie-France dans un assemblage infantile et psychotique, d’organique et de mécanique.

 

Dali le sommeil

 

 

Janvier

Lundi 15 janvier

« Prochains livres de Boris Cyrulnik que nous attendons avec impatience: Sauvé par le cancer, Les douze joies du deuil, Marche moi encore sur le pied, Ça va aller mieux, je suis mort. »

Eric Chevillard

 

Une combe est une vallée creusée au sommet et dans l’axe d’un pli anticlinal. Elle est dominée de chaque côté par des versants escarpés, les crêts.

 

J’empierre la combe depuis soixante ans. Elle est désormais pavée de pierres calcaires comme les lavognes du Larzac et, par endroits, comme l’enfer, de bonnes intentions.

 

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Janvier

Samedi 13 janvier

Livre de la semaine

L’homme-dé

Luke Rhinehart

Editions de l’Olivier

« Au physique, je suis un homme grand et fort, avec de grosses mains de boucher, des cuisses comme des troncs, une mâchoire taillée dans le roc, et des lunettes massives aux verres épais. »

 

L'homme dé

 

 

Janvier

Vendredi 12 janvier

« Chaque rencontre nous disloque et nous recompose. »

Hugo von Hommennstahl

 

La rencontre nous disloque, nous sort de notre lieu, nous démembre, nous désarticule  à ne plus pouvoir parler comme avant, à parler en pièces, à parler à coté. Par quel mystère nous parvenons malgré tout à nous entendre, à nous comprendre, à partager un temps nos solitudes. Toujours le langage, toujours la parole, toujours le vide dans lequel nous nous retrouvons et nous recomposons.

 

La parole, EvelyneJ

Janvier

Jeudi 11 janvier

Hier, rien, page blanche, pas disponible pour l’écriture et je me surprends à penser aux quelques personnes qui viennent sur ce blog (à qui, au passage, je souhaite une bonne année!) Qu’ont elles pensées?

 

Il est malade. Il est mort. C’est une panne d’ordinateur. Comment je vais faire désormais sans lui. De toute façon, c’est nul. C’est un flemmard. Tiens, y’a rien…

 

Cest bien le blanc, aussi…

 

Olivier Merijon

Janvier

Mardi 9 janvier

« J’arrête. Cette fois, j’y suis bien résolu. J’arrête. Et cette fois, je sais que la volonté est là. Je sais que ce ne sont pas des paroles en l’air. Il y a de la fermeté en moi comme jamais. Je ne cèderai pas. Je ne serai pas faible. Pas cette fois. J’arrête. Il me reste à décider quoi; et J’ARRETE! »

Eric Chevillard

 

L’onglée me guette avec ma galette portée sans gants.

 

Ce manchot fait la manche au pôle nord, la banquise blanchit les rares pièces que des pingouins ivres de vent déposent dans sa main valide qu’un ours bipolaire en partance pour le sud lèche affectueusement.

 

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Janvier

Lundi 8 janvier

Le vernissage ayant eu lieu il y a soixante ans, je distribue actuellement des cartons d’invitation pour le vieillisage de mon exposition sur cette terre.

 

Le virus de la grippe ne saurait m’identifier, j’ai mis un masque.

 

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Janvier

Samedi 6 janvier

Livre de la semaine

L’autofictif ultraconfidentiel

Eric Chevillard

L’arbre vengeur

« Trois notes chaque jour, depuis dix ans, qu’il vente ou neige. Au lieu de sortir le cerf-volant ou la luge. qu’est-ce que cette assiduité maniaque, cette routine? »

 

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Janvier

Jeudi 4 janvier

On va enfin savoir ce que le sexa génère.

 

Janvier

Mercredi 3 janvier

Eau partout, le ciel se vide sur moi

Les yeux mouillés de pluie 

La bouche noyée le visage baignée 

Je pleure une eau étrangère

Je recrache des larmes qui ne sont pas les miennes

J’avance en apnée dans un liquide de début du monde

 

Il était garde-barrière de corail.

 

pluie-pares-brises, Karen Woods

Janvier

Mardi 2 janvier

« Mais vous savez bien que rien ici-bas ne peut prétendre à l’existence tant que ça n’a pas reçu de nom. »

Nathalie Sarraute

 

7381819_neant-expo-dsc-1245 bruno Robert 2011

Janvier

Lundi 1er janvier

J’avais envie d’écrire des vœux lumineux, mais l’obscurité de mes pensées était telle que je décidais d’aller y voir de plus prés. Il me suffisait de passer derrière les paupières et le cerveau m’attendait. Je commençais ma tournée par l’hypothalamus, le thalamus puis l’hypophyse, rien de particulier. Un détour par l’hippocampe ne m’apprit rien de plus. Après avoir ainsi enrichi mon orthographe, je finis par dénicher le coupable, le locus niger bien sûr, la substance noire de mes pensées, le coté obscur de mes forces.
Comment éclairer mon esprit et écrire un peu plus léger?
Il est vrai que toute obscurité appelle la lumière, que le jour attends la nuit pour rêver et que la nuit espère le jour pour exister.
Je débouchais enfin sur une substance blanche qui m’évoqua la neige de janvier. Mes pensées s’y reflétaient de façon éclatante et je sus que j’avais trouvé le locus albus de mon cerveau.
Mes vœux pouvaient trouver là matière à penser.
De toute façon, la nouvelle année n’en fera qu’à sa tête, lumineuse et sombre et tout recommencera à finir.

D’aprés une proposition de Pascal Perrat, blog »entre2lettres

 

décembre

Samedi 30 décembre

Livre de la semaine

Devant la parole

Valère Novarina

P.O.L.

« Voici que les hommes s’échangent maintenant les mots comme des idoles invisibles, ne s’en forgeant plus qu’une monnaie: nous finirons un jour muets à force de communiquer; nous deviendrons enfin égaux aux animaux, car les animaux n’ont jamais parlé mais toujours communiqué très-très bien. »

 

 

novarina

décembre

Vendredi 29 décembre

« Ce que tu ne sais pas, dis le. Ce que tu ne possèdes pas, donne le. Ce dont on ne peut parler, c’est cela qu’il faut dire. »

Valère Novarina

 

Je descends parfois en moi par un escalier fait d’os. Je pars du cerveau, du corps calleux plus exactement, puis dévale droit vers les vertèbres cervicales. Je longe mes côtes, un coup d’oeil sur le coeur qui bat dans sa cage, une glissade jusqu’aux lombaires et une halte bien méritée dans la fosse illiaque droite. Le fémur n’est qu’une formalité et la rotule, une roue de la fortune que je fais tourner négligemment. Une fois le tibia descendu en rappel, j’aime bien m’asseoir sur l’astragale avec vue sur les métatarses.

 

Encore un moment, et je remonte…

 

georges-rouault-squelette-clair-lune

décembre

Jeudi 28 décembre

«  La plus profonde des substances, la plus miroitante, la plus précieuse des étoffes, la très-vivante matière dont nous sommes tissés, ce n’est ni la lymphe, ni le plasma de nos cellules, ni les nerfs de nos muscles, ni les fibres, ni l’eau ou le sang de nos organes, mais le langage.

La langue : l’autre chair. Nous sommes tressés par son architecture invisible, mus par le croisement et le combat des mots ; nous sommes nourris de leurs intrigues, de leurs jeux, de leurs dérives, pris dans leurs drames. Nous, les Terriens — nous les « Adam », les bonshommes de terre — nous sommes formés de langues tout autant que de tendons, de muscles et d’os. Nous sommes étayés, pétris, bâtis de langues, structurés par elles — quotidiennement modelés par la très vive philologie — chaque jour creusés par la combinatoire imprévue, l’histoire mouvante, la disparition et l’apparition des mots. Enfants du résonnement et de la raisonnance. Nés des amours et de la lutte des mots. « 

Valère Novarina

 

La-parole-Bouguereau

décembre

Mercredi 27 décembre

« Grain de beauté, de folie 

Ou de pluie…

Grain d’orage – ou de serein -

Tristan Corbière

 

Cause toujours tu m’intéresse, tout ce qui cause m’intéresse. Tout ce qui communique m’ennuie.

 

Il a soixante balais et des poussières.

 

 

chop-suey-1929 Hopper

décembre

Mardi 26 décembre

« On écrit en ne sachant pas tout à fait de quoi on parle, mais en sachant qu’en le disant de cette façon là, ça vous émeut considérablement. Et que celui qui va le lire, puisqu’il est usager du même langage, va vibrer de la même façon sans savoir pourquoi non plus. »

Pierre Michon

 

Depuis le début du mois, je ne m’illusionne plus sur mon compte, c’est moi qu’on mangera à Noël. Si toutefois c’est noël car nous n’avons aucun repère temporel dans cette carcasse d’Airbus depuis le crash sur ce sommet enneigé des Andes. Nous avons consommé, comme il se doit, les cadavres des passagers morts dés l’impact, puis les blessés tués par le froid de ces montagnes. Nous ne sommes plus que trois et en forme, nourris pendant de longues semaines par nos camarades congelés ; un feu entretenu par tout ce qui était combustible dans l’avion nous a même permis de manger chaud.

D’après mes comptes nous devrions être en mars, mais à choisir autant servir de repas de Noël mème si je m’appelle Pascal et n’ai jamais aimé la dinde. De toute façon je ne fais pas le poids face aux deux yétis qui me cherchent ce matin. J’ai bien pensé à fuir mais j’ignore où nous avons échoué, et marcher des jours dans la neige comme Tintin ou Guillaumet je sais plus, c’est au-dessus de mes forces. Je les entends parler, ils approchent ; comme pour les trois précédents, des vivants eux aussi, ils font semblant de discuter de la météo, la même depuis trois mois…

J’ai trouvé ce carnet sous un fauteuil, je griffonne à la hâte ces quelques mots, je vois le nuage tiède de leur haleine, j’entends le cliquetis de la chaîne avec laquelle ils étranglent leurs victimes, encore ces quelques mots : joyeux Noël, bonne année et surtout la san

D’aprés une proposition de Pascal Perrat, blog « entre2lettres ».

 

Alighiero Boetti

décembre

Lundi 25 décembre

« L’adulte ne croit pas au père Noël, il vote. »

Pierre Desproges

 

Il haïssait les débuts, les commencements, les petits matins, mais aussi les entrées, les amuse-bouches, les apéritifs. Il arrivait régulièrement en retard à ses rendez- vous, n’allait au cinéma qu’au crépuscule et n’y entrait que si le film était déjà bien entamé. Il détestait les enfants jusqu’à leur adolescence et les japonais sous prétexte qu’ils venaient du pays du soleil levant. 

 

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décembre

Samedi 23 décembre 

Livre de la semaine

Le Vide et le Plein  Carnets du japon

Nicolas Bouvier

hoëbeke

« …Nous vivions alors dans un temple sévère et superbe que nous partagions avec un potier australien, quelques mille-pattes géants, une grande couleuvre centenaire et des araignées aux moeurs paisibles mais qui sortaient tout droit de la science-fiction. »

 

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décembre

Vendredi 22 Décembre

« La philosophie et la bière c’est la même chose, Consommées, elles modifient toutes les perceptions que nous avons du monde. »

Dominique-Joël Beaupré

 

ivresse-peinture-huile-sur-bois, Bolek Budzyn     2006

décembre

Jeudi 21 décembre

« Il se noie plus de gens dans les verres que dans les rivières. »

Georg Christoph Lichtenberg

 

 Henri Rivière

décembre

Mercredi 20 décembre

« Au fond, le seul courage qui nous est demandé est de faire face à l’étrange, au merveilleux, à l’inexplicable que nous rencontrons. »

Rainer Maria Rilke

 

Rédiger, c’est aussi digérer ce qui reste sur l’estomac et diriger ce qui fait fausse route et va encombrer des zones déjà chargées de tant de pesanteurs.

 

Le retour du même permet de croire à l’éternité.

 

Frédérique Cantais, l'étranger, 2015

 

décembre

Mardi 19 décembre

Pas un jour sans une ligne

 

Pas un jour sans une ligne

 

Pas un jour sans une ligne

 

Et voilà mes trois phrases quotidiennes.

 

Barnett Newman, Be I, 1949

 

décembre

Lundi 17 décembre

« Danser pour moi, c’est jouer avec l’air. »

Saburo Teshigawara

 

Nos constructions ressemblent parfois à des ruines. Il suffit d’un peu de brouillard, d’un contre jour et ce superbe bâtiment qui montent du sol devient les vestiges d’un palais démantelé par l’acharnement d’un temps impitoyable.

 

On ne sait jamais si on construit quelque chose ou si on travaille déjà à sa perte.

 

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décembre

Samedi 16 décembre

Livre de la semaine

Le roi vient quand il veut  Propos sur la littérature

Pierre Michon

Albin Michel

« Dans l’île de Jersey de septembre 1853 à décembre 1855, Victor Hugo interviewe un certain nombre de personnes remarquables: Shakespeare, Galilée, l’Océan, l’Ombre du Sépulcre, le Roman, Annibal, Léopoldine, Moïse, Chateaubriand, Jésus-Christ, la Mort. »

 

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décembre

Jeudi 14 décembre

« Une fois chaque chose, seulement une fois.

Une fois et jamais plus. Et nous aussi

une fois. Jamais plus.

Mais ceci, avoir éte une fois – même si ce ne fut qu’une fois -

Avoir été de cette terre, cela semble irrévocable. »

Rainer Maria Rilke

 

Ces jours où rien ne vient cicatriser nos peines. C’est pourtant le même jour qu’hier, le même que demain, il n’y a rien de plus et rien de moins. Vivement le retour aux rêves, aux illusions, au personnage fictif, au héros de roman, à l’acteur de cinéma.

 

Restent le langage, la parole, parler toujours, dire parfois mais parler encore. Parler comme ça vient, sutout ne pas communiquer, parler parce que c’est toi, parce que c’est moi, se griser de mots contre le silence des robots. Contre ce qu’ils ne feront jamais, Bavarder.

 

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décembre

Mercredi 13 décembre

« Le vrai amour, c’est la relation impréparée, innégociée. C’est la communication irrésistible entre deux individus qui se passe de toutes les médiations sociales et familiales quand elle n’y contrevient pas de façon provocante. »

Pascal Quignard

 

Traces, laisser une trace toujours. Depuis le crayon qui court sur le mur de la chambre d’enfant au dessin tremblant du vieillard à l’atelier artistique.

Sinon les pas dans la neige ou dans la boue.

Sinon les mains négatives sur les paroies des grottes.

Sinon le sang sur le sol ou le squelette au fond des tombeaux.

 

Les nuits soudaines de décembre, la pluie qui brille sous les lampadaires poussée par un vent mouillé. Les envies de lumière, de soleil aveuglant sur la neige, de paroles de printemps ou du bruit des vagues les soirs interminables de l’été.

 

Manos_de_Gargas_(Francia) mains négatives

décembre

Mardi 12 décembre

« Un moment, pour nous, cela pouvait représenter plusieurs minutes, ou quelques semaines, ou encore nettement plus. »

Lutz Bassmann

 

Noir? ce que j’écris

Oui comme la nuit

Blanc? ce que j’écris

Oui comme la neige

Et gris comme parfois la vie

Mais je ne suis pas ce que j’écris

Je relis les phrases d’un autre

 

Je déteste être malheureux, mais j’adore être triste. Cela vous donne l’air de penser.

 

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décembre

Lundi 11 décembre

Je ne suis amoureux de rien

Je traverse la vie comme la rue sans regarder

Tu es venue je ne t’ai jamais prise par la main

Nous savons que tout est mensonge nous avons

Des tâches d’encre dans les mains

A chaque fois le jour se lève nous suivons les rails

Il n’y a pas de traîne pas de voile de mariée même la brume dans les branches

Le jour n’en finit pas de se lever

Jacques Bertin

 

On s’est rencontré un samedi à la déchetterie. Elle m’a à peine jeté un regard, mais mon vernis a craquelé.

Je portais un vieux lapin posé en 2002 que j’avais retrouvé au grenier et j’hésitais entre le recyclage des amours perdus ou, juste à coté, le bac des rendez-vous manqués. Elle avait dans les mains un paquet de lettres d’amour usagés et les lançait une à une dans le container des souvenirs encombrants.

« A chaque jour suffit sa benne » lui dis-je bêtement. Elle daigna sourire : « J’ai un chagrin d’amour à balancer dans la poubelle des illusions trouvées mais il est trop lourd à porter, si vous… »

-«  Encore une rupture des années 90, un amour impossible jamais servi, deux malentendus en bon état, le tout à trier et je suis à vous… »

 

Jean-Michel Basquiat Notary 1963

décembre

Samedi 9 décembre

Livre de la semaine

L’altérité est dans la langue  Psychanalyse et écriture

Jean-Pierre Lebrun et Nicole Malinconi

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« Car le mot, qu’on le sache, est un être vivant. »

Victor Hugo

 

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décembre

Vendredi 8 décembre

« Les circonvolutions de la matière qui s’enflaient comme des entrailles, s’enroulaient les unes sur les autres comme des serpents musculeux, s’estompaient en un vague brouillard comme la spirale des nébuleuses sur des cartes astronomiques…Que se passait-il dans les renflements de ces grises circonvolutions? On savait tout des lointaines nébuleuses, mais sur elles on ne savait rien. »

Arthur Koestler

 

Echouer si prés du but. On ne peut échouer avant d’avoir commencé la traversée et quel meilleur endroit pour s’échouer que prés de ce que l’on convoite. Se noyer à deux brasses de la plage, c’est déjà sentir la douceur du sable et sa chaleur. Tant d’autres ont coulé en pleine mer.

 

Par la vitre je le vois, assis seul sur un banc entre Canal du Midi et Garonne, entre deux eaux. Aussitôt, je deviens lui et je regarde passer le train dans lequel une silhouette me regarde, assis seul sur un banc…

 

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décembre

Jeudi 7 décembre

Ça s’est produit quand? On ne me dit rien. Personne ne m’a averti, je m’en rends compte seulement maintenant mais ça a du commencer bien avant. Tout ce temps insouciant! Mais je me serai préparé, je sais pas moi, il existe peut-être des lieux où on s’entraîne , où l’on dit progressivement la vérité, comme à de grands malades. Bref, il paraît que je vieillis, que dis-je, je suis vieux et on me dit que ça va s’aggraver, que c’est incurable, que c’est normal, que c’est comme ça depuis toujours. Je l’apprends brutalement, on ne nous dit jamais rien…

 

Encore une fois, je me fais l’effet d’un dinosaure avec mon livre, tout le train n’est que visages bleutés par les écrans et oreillettes blanches. De plus, j’écris, ce qui s’apparente à de la provocation. On va sûrement me demander d’arrêter. Le bruit de mon Bic tapotant la page doit être assourdissant.

 

A vrai dire, j’ai mon smartphone à portée de main. Au moindre regard hostile, je peux le dégainer et faire semblant de textoter des deux pouces, ce que je suis incapable de faire en réalité.

 

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décembre

Mercredi 6 décembre

La transparence nous fera disparaître. Le regard se perd déjà face à certaines personnes constituées de vides superposés, soigneusement rangés. Une pensée squelettique les habite, leurs crânes est déserté et quelques mots résonnent encore dans leurs poitrines creuses comme un écho du temps où le langage les densifiait.

 

Au loin, deux petits vieux sur un banc. Je me rapproche, non, deux ados recroquevillés autour de leurs écrans. L’impression visuelle est la même.

 

Jean d’Ormesson, l’idole des jeunes, est mort.

 

Vuillard femmes assises sur bancs

décembre

Mardi 5 décembre

Fasciné par l’entière disponibilité corporelle, musculaire des animaux. Le chat, ce matin, patte suspendue dans l’air, un mouvement arrété, plein de tous les mouvements possibles dans toutes les directions avec un relâchement total parce que entièrement logé dans ce mouvement. Il n’est que corps. Aucune conscience de son attitude, aucune pensée ne parasitent la perfection du lancer de patte à venir.

 

Les tours jumelles de la centrale nucléaire vapotent leur fumée blanche, indifférentes à la crainte diffuse qu’elles inspirent.

 

Jean Cocteau

 

 

décembre

Lundi 4 décembre

J’ai dormi, combien de gares sont passées? Celle où j’arrive m’est inconnue. Le nom inscrit sur la facade est fait de signes illisibles. Sur le quai, une femme semble me dire quelque chose, peut-être dois-je descendre; mais le train se met à tanguer, entre le quai et mes pieds, plusieurs mètres d’une eau noirâtre. Je me prépare à sauter mais le bateau s’éloigne, la femme a disparu, à sa place, un enfant court vers moi, je n’entends pas ce qu’il crie mais  je vois sur ses lèvres se former deux mots « au secours », puis je me réveille en sursaut. Il ne neige plus.

 

Des chercheurs ont découvert l’un d’entre eux égaré depuis deux ans dans la salle des archives de leur institut.  » Je ne trouvais pas la sortie  » a-t-il déclaré à la presse. Il se nourrissait de vieux papiers et consacrait ses loisirs, assez nombreux, à classer les plus indigestes. 

 

De Chirico

décembre

Samedi 2 décembre

Livre de la semaine

Le livre de l’intranquillité

Fernando Pessoa

Christian Bourgois

« Je n’ai jamais rien fait que rêver. Cela, et cela seulement, a toujours été le sens de ma vie. Je n’ai jamais eu d’autre souci véritable que celui de ma vie intérieure. Les plus grands chagrins de mon existence se sont estompés dès lors que j’ai pu, ouvrant la fenêtre qui donne sur moi-même, m’oublier en contemplant son perpétuel mouvement.
Je n’ai jamais voulu être rien d’autre qu’un rêveur. Si l’on me parlait de vivre, j’écoutais à peine. J’ai toujours appartenu à ce qui n’est pas là où je me trouve, et à ce que je n’ai jamais pu être. Tout ce qui n’est pas moi – si vil que cela puisse être – a toujours eu de la poésie à mes yeux. Je n’ai jamais aimé que rien. Je n’ai jamais souhaité que ce que je ne pouvais pas même imaginer. Je n’ai jamais demandé à la vie que de m’effleurer, sans que je la sente passer. Je n’ai jamais rien demandé à l’amour que de rester un rêve lointain. »

 

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décembre

Vendredi 1er décembre

« Que tous les dieux me conservent, jusqu’à l’heure où disparaîtra mon aspect actuel, la notion claire, la notion solaire de la réalité extérieure, l’instinct de mon inimportance, le réconfort d’être si petit et de pouvoir penser à être heureux. »

Fernando Pessoa

 

Dormi, peut-être pour la dernière fois, dans l’appartement maintenant désert, où j’ai passé mon enfance. Plus que des fantômes autour de moi, mon père vient d’y passer sa dernière nuit sans le savoir, ma mère est morte voilà trois ans. Je me lève plusieurs fois pour regarder tomber la neige, la même que celle de mon enfance quand nous partions pour l’école. Les fantômes m’accompagnent dans toutes les pièces puis, lassés sans doute, finissent par me laisser dormir.

 

Je laisse la neige derrière moi avec regret, il ne me plaît pas qu’elle reste et que je parte. Encore quelques tâches claires que mes yeux cherchent au creux des chemins, un pan de colline blanc éclairé par le soleil et resté curieusement préservé, puis plus rien. La rouille des bois, le gris du bitume et le vert attendu des prés. Retour en plaine.

 

Utagawa-Hiroshige-Night-Snow-at-Kambara-1833

 

novembre

Jeudi 30 novembre

Winter is over

N’ai-je craqué que pour le bruit de tes pas dans la neige ?

N’ai-je fondu que pour le reflet du soleil sur ton visage ?

N’ai-je rien oublié dans le blanc de tes yeux bleus-glacier ?

 

Snow-Yayoi-Kusama

novembre

Mercredi 29 novembre

La neige s’annonce en moi par un froid interne, un frisson venu de mon squelette, de l’intérieur de mes os dont le blanc semble reconnaître celui qui se prépare à tomber du ciel.

 

Film au cinéma

Plus de cigarettes

Ecran de fumée

 

Les rails nous mènent immanquablement à destination comme la vie à la mort. Il n’y a pas d’aiguillage.

 

Claude_Monet_-_The_Magpie_

novembre

Mardi 28 novembre

Je suis né trois fois, car fervent jusqu’au bouddhiste, je crois à la réincarnation.

Après une mort très banale, un suicide par pendaison dans le grenier de mon grand-père avec une superbe paire de bretelles rouge qui me valut une fracture du crâne fatale, je me retrouvai cerf en octobre bramant « biche oh ma biche » dans une forêt de Sologne.

Hélas, les aboiements furieux des chiens, le son du cor au fond des bois, les redingotes rouges, la dague me rasant de trop prés, et mes dix cors se retrouvèrent accrochés au-dessus de la cheminée d’un descendant de Frank Alamo.

La deuxième fois, je fus chat fredonnant « à la mi-août, c’est tellement plus romantique » au milieu du mois de décembre et traversant l’autoroute A 75, pour aller retrouver une minette siamoise, réincarnation d’une jumelle japonaise morte d’une opération de l’appendicite assez proche d’un seppuku traditionnel. Je n’eus pas le temps de reconnaître la marque des pneus qui me transformèrent en descente de lit du pauvre devant un insert à bois Godin, à Chamalières, banlieue de Clermont-Ferrand.

La troisième me vit mante religieuse mâle, en prière et chantant « plus prés de toi mon dieu » dans le cloître de Moissac. Ma rencontre avec une femelle me fit perdre la tête tant l’amour peut être dévorant.

Actuellement, je suis en stand by dans une sorte de salle d’attente, un tunnel orange dans lequel une secrétaire au crâne rasé m’a laissé entendre que je ne gravirai pas l’échelle des espèces et que je pouvais espérer au mieux l’enveloppe diaphane d’un papillon monarque, le corps bleu d’une mouche à viande ( de quoi croire encore à la chair ) voire l’anatomie d’une puce de plancher. Connaissez-vous la vie amoureuse des puces de plancher ? ….:::!

 

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novembre

Lundi 27 novembre

Ombres chinoises des arbres sur le rose de l’aube, gelée blanche éclairant la nuit finissante, éclairs métalliques des flaques glacées dans les chemins creux… On peut préférer les matins d’hiver à la campagne aux pare-brises grattés fébrilement par des automobilistes endormis.

 

« Du coup », nouveau tic de langage à grand succés. Et, du coup, j’ai oublié de parler de la girafe, qui pour le coup et, bien que muette, sait de quoi elle cause.

 

Et du lapin, qui, du coup, a toujours mal à la nuque.

 

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novembre

Samedi 25 novembre

Livre de la semaine

Terminus radieux

Antoine Volodine

Seuil

« Le vent de nouveau s’approcha des herbes et il les caressa avec une puissance nonchalante, il les courba harmonieusement et il se coucha sur elles en ronflant, puis il les parcourut plusieurs fois, et, quand il en eut terminé avec elles, leurs odeurs se ravivèrent, d’armoises-savoureuses, d’armoises-blanches, d’absinthes. »

 

991713037

 

novembre

Vendredi 24 novembre

« Nous sommes tous nés pour le mal. »

Baudelaire

 

La jeunesse est fascinante parce qu’elle ne sait rien de ce qui va la détruire. Ce n’est pas qu’elle ne veuille pas le savoir mais elle ne peut se le représenter. Elle n’a pas accés au mot fin.

 

J’écris le plus souvent dans le train. Je suis sur des rails et de ce fait, mes mots n’ont plus qu’à les suivre.

 

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novembre

Jeudi 23 novembre

« S’il pouvait penser, le coeur s’arrêterait. »

Fernando Pessoa

 

Il laissait des mots partout sur son passage, griffonnées, lancés, tracés sur le sol ou appliqués à même les murs. On le suivait à la trace, on balayait derrière lui. Parfois, quelqu’un le rattrapait- Vous avez oublié ceci – Non, non, ceci n’est pas à moi, ceux-ci non plus, ce sont des mots perdus, des mots pour tout le monde, des mots tombés dans les oreilles et les yeux de ceux qui les aiment encore.

 

Présence, Absence, ces deux pôles rythment toute notre vie.

 

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novembre

Mercredi 22 novembre

« Et à quoi reconnait-on que l’on est amoureux? c’est très simple. on est amoureux quand on commence à agir contre son intérêt. » 

« L’amour en fuite. » François Truffaut

 

Le brouillard a un énorme avantage, il nous cache le monde. Seul, le premier plan nous apparaît et cette absence de profondeur simplifie toutes choses comme dans un tableau d’avant la découverte de la perspective.

 

Je me suis endormi. Je me réveille, toujours bercé par les cahots du train. Il fait sombre, je suis seul, le train poursuit sa course de machine. Un instant, je suis partout sur la planète allant vers une ville inconnue, je suis tous les voyageurs rentrant chez eux, guettant par la vitre des lumières familières et n’apercevant qu’un croissant de lune pâle sur le noir profond de la nuit.

 

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novembre

Mardi 21 novembre

« Ne demande jamais ton chemin à celui qui le connaît. Tu risquerais de ne pas t’égarer. »

Rabbi Nahman de Bratslav

 

Ma mère disait que nous étions des « gens des brouillards ». Le train traverse le bourg où elle vit le jour (malgré la brume) et une purée de pois qui dissimule presque entièrement la gare lui donne raison.

 

On dit que certains, dont je fais partie, tueraient père et mère pour un jeu de mots. C’est parce que ce sont eux qui nous en donnent le goût, leur mort ne fais qu’entériner ce plaisir du verbe. Ce qui reste d’eux, c’est le langage, ce sont leurs paroles et singulièrement, ces jeux avec les mots. Ces jeux m’ont appris très tôt que parler ne sert pas à communiquer mais à exister.

 

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novembre

Lundi 20 novembre

« Il est grand temps de rallumer les étoiles. »

Guillaume Apollinaire

 

Je viens de quitter mon boulanger, j’ai décidé de publier la lettre de rupture:

Cher vieux croûton,

L’heure de la retraite n’a pas encore sonnée mais j’entends d’autres sons de cloche, oui, ailleurs l’herbe est plus verte et le pain moins pâlichon.
Je pars, je me tire, je me casse, je ne m’arrache pas car rien ne me retenais plus, aucune racine ne me nourrissait.
Plus de gagne-pain certes, mais ma mie prés de moi tous les jours et que de pains perdus en perspective !
Je ne vous salue pas, les départs gagnent à être rapides et déjà, votre silhouette barrée à mi-tronc s’estompe derrière votre comptoir.
Resteront des miettes de souvenir vite balayées par le vent de printemps courbant doucement le blé en herbe…

 

Elle a succombé à son charme. Alors qu’elle passait sous ses frondaisons comme chaque matin, ce bel arbre lui est tombé dessus.

 

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novembre

Samedi 18 novembre

Livre de la semaine

L’intranquille

Gérard Garouste

L’iconoclaste

« Quand Isabelle, la dame qui s’occupait de lui, m’a appelé en pleurs, je suis parti vers Bourg-la-Reine et la maison de meulière, 15, avenue de Bellevue. »

 

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novembre

Vendredi 17 novembre

« Je commence à douter de la justice de mon pays. »

Henri-Désiré Landru, lettre à Jean-Baptiste Botul, in « Landru précurseur du féminisme. »

Cité par Charles Dantzig (Encyclopédie capricieuse du tout et du rien)

 

On ne sait jamais rien d’autrui, ses pensées nous sont toujours fermées, ses regards ne reflètent pas son âme, son sourire flotte comme son attention à notre égard, vouloir déchiffrer ses gestes est pure chimère; restent ses paroles et leurs sens multiples pour poursuivre une découverte impossible.

 

Les branches alourdies par la pluie fouettent les vitres du train comme pour le faire aller plus vite. C’est sans effet sur ce tortillard.

 

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novembre

Jeudi 16 novembre

« Que je suis loin de qui je fus il y a quelques instants! »

Fernando Pessoa

 

Quelque chose manque et manquera toujours. La détresse, c’est le manque dans ce qu’il a de plus archaïque. C’est le (re) vécu d’un passé où « je » n’étais pas encore, où nous étions en attente d’être. C’est notre préhistoire, cette ère où n’existaient que le plein de la plénitude ou un vide impensable.

 

Bipèdes, curieuse façon de se déplacer sur ces deux appendices instables là où quatre pattes seraient bien plus adaptées. Ne nous plaignons pas, la station debout a libéré deux bras pour amortir nos chutes et renouer enfin avec la quadrupédie.

 

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novembre

Mercredi 15 novembre

Je le revois derrière son immense bureau. Petit, légèrement voûté, le regard fuyant, le verbe bas, le geste hésitant. Il travaillait dans l’assurance.

 

Je ne suis pas dans le sens de la marche. Je regarde vers ce qui disparaît, je ne sais rien de ce qui arrive. Mon dos ouvre un avenir aveugle.

 

L’automne est la saison terre à terre. Celle où la pluie, les feuilles, la glaise forment une boue odorante dans laquelle on s’enlise à chaque pas. C’est la saison de l’inhumation.

 

Autumn Tree (painted silk)

novembre

Mardi 14 novembre

« Ma grand-tante Pulcella, 108 ans, ne va pas fort depuis quelques jours. Elle ne supporte plus son prénom. »

Eric Chevillard ( L’autofictif)

 

Ecrire c’est déposer, poser à terre tout ce qui est à taire, ce qui n’est pas oralisable.

 

Il y a souvent un chêne solitaire au beau milieu d’un champ, c’est sûrement ce beau milieu qui l’a incité à y croître. Au reste, on ne s’installe pas assez souvent au beau milieu d’une pièce. Il y a toujours une table qui nous en empêche.

 

Courbet

novembre

Lundi 13 novembre

« Affligé depuis toujours d’une vision un peu courte, je viens de faire l’acquisition d’un chien de myope-les chiens de myope se recrutent parmi les animaux désireux de devenir chiens d’aveugle mais qui ont échoué de justesse aux tests de sélection. Je lui demande peu de choses et n’ai recours à ses services que lorsque je me rends au cinéma voir un film en version originale (il me lit les sous-titres). »

Eric Chevillard 

 

Et toujours ces peupliers bien rangés, bien dressés, en ordre de bataille. Leurs troncs défilent derrière la vitre, des feuilles mortes jonchent le sol. quels combats ont eu lieu dans ces peupleraies immobiles?

 

Un temps de parapluie retourné. Je marche vers la gare accompagné d’un brumisateur permanent. Cette pluie fine ne donne jamais l’impression de tomber; elle vole et, de ce fait, se pose partout.

 

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novembre

Samedi 11 novembre

Livre de la semaine

Vie secrète

Pascal Quignard

Gallimard

« Les fleuves s’enfoncent perpétuellement dans la mer. Ma vie dans le silence. Tout âge est aspiré dans son passé comme la fumée dans la nuit. »

 

quignard

 

novembre

Vendredi 10 novembre

« J’ai fait d’étranges réflexions, chère Muse, sur le coeur des hommes et sur celui des femmes. Décidément, ce n’est pas le même, on a beau dire. »

Gustave Flaubert à Louise Colet

 

Hier est un autre jour.

 

Nous avons cru vaincre l’obscurité et nos nuits ne sont plus noires. Mais ce noir perdu nous hante; nous savons encore qu’il y avait là, peut-être, une réponse à nos angoisses et un refuge où bercer nos chagrins.

 

Newman

 

 

novembre

Jeudi 9 novembre

« Imaginez Beethoven aveugle, quel merveilleux peintre il aurait fait! »

Eric Chevillard

 

Elle se mouche discrètement par petits souffles de nez rapides et allez savoir pourquoi, c’est charmant!

 

Mettre la rencontre, le désir, l’amour, en équations et algorithmes, c’est ce que proposent de pseudo-scientifiques à la télévision. L’être humain semble s’acharner à se débarasser de ce qui le rend humain et semble de plus en plus fasciné par un devenir robotisé où enfin tout sera prévisible et balisé.

 

Roman-Opalka-Details

 

novembre

Mercredi 8 novembre

« Je suis venu de loin. J’ai souffert des maux effrayants et j’ignore ce que me réserve encore mon passé. »

Toukaram

 

L’autre devrait toujours rester une interrogation. C’est quand il devient une réponse que les difficultés commencent.

 

Le secret n’est plus que professionnel, la transparence morbide des réseaux sociaux l’a fait disparaître de nos vies. Peut-être reste-t-il quelques jardins où de rares amateurs le cultivent encore.

 

Japanese_Footbridge-Claude_Monet

novembre

Mardi 7 novembre

« Car quelle fin à ces solitudes où la vraie clarté ne fut jamais, ni l’aplomb, ni la simple assise, mais toujours ces choses penchées glissant dans un éboulement sans fin, sous un ciel sans mémoire de matin ni espoir de soir. »

Samuel Beckett

 

Les japonais désignent la femme aimée ainsi: « Mekake » qui signifie littéralement « Suspendue, accrochée aux yeux. » Me kakeru.

 

« Je m’appelle toujours madame Haulain? » demande madame Haulain. Oui, c’est toujours et encore vous, madame Haulain. La voilà rassurée quant à sa permanence et son identité certes, mais n’y a-t-il pas aussi de la lassitude dans cette question?

 

Utamaro fuku_onna

 

novembre

Lundi 6 novembre

« Les hommes n’ayant pu guérir la mort, la misère, l’ignorance, se sont avisés pour se rendre heureux de n’y point penser. »

Pascal

 

Les nuits de novembre tombent sournoisement et enveloppent d’un noir glacial notre environnement familier. Nous sommes alors renvoyés aux peurs de notre enfance et à celles de l’aube de l’humanité avec cette terrifiante question: et si la lumière du soleil nous avait abandonnés? 

 

L’avion aurait dû se poser sur ces nuages si denses, si blancs, nous laisser là dans la ouate, rêver et dormir. Oublier l’atterrissage, le plancher vache, rester au-dessus du trop de réalité qui attend.

 

Magritte

 

novembre

Dimanche 5 novembre

Les pins parasols de Rome protègent aussi de la pluie. Leur vert persistant sur l’ocre des facades est une des images que je garderai du séjour.

 

Le selfie est devenu une véritable pathologie, une sorte de folie partagée. Les heures de voyage, d’attente n’ont plus qu’un seul but: déployer une perche et sourire éperdument à son image avec en fond, et de façon purement décorative, les plus belles oeuvres du génie humain.

 

Claude Lorrain -ruins-of-the-roman-forum

 

novembre

Mercredi 1er novembre

« L’amour est une folie de l’échange. »

Pascal Quignard

 

Picasso le peintre et son modèle

octobre

Mardi 31 octobre

« Le train, l’automobile du pauvre. Il ne lui manque que de pouvoir aller partout. »

Jules renard

 

Demain, je fais mes bagages pour Rome et comme tous les chemins y mènent, je ne prends ni cartes, ni plans, ni boussole.

 

A peine le train parti, elle s’endort la bouche ouverte contre la fenêtre et se nourrit de tout le paysage qui défile.

 

Voyageuse Michel Gay

Octobre

Lundi 3o octobre

Vieillir c’est perdre chaque jour une illusion jusqu’à parvenir à ce qu’on appelle la sagesse mais qui n’est qu’une incapacité à espérer.

 

Il croit craquer sur la nouvelle recrue mais ce sont seulement ses vieux genoux qui protestent, ils ne sont pas d’accord pour lui courir après.

 

Van Gogh

 

octobre

Samedi 28 octobre

Livre de la semaine

plain-chant

pleine page

Jacques Bertin

Arléa-velen

Elle portait son visage comme dans les deux mains tendus l’eau des sources

Je connais le contour des hanches et le cheminement de l’étoffe

Venez le soir venez très tard

Dans cette cave où j’entends vos démarches comme un vin lent et je m’enivre

De vous attendre comme d’un vin noir d’une future année

Mon vieil ami tu ne peux savoir ma tristesse

Moi qui ne vis que des femmes et ne parle que pour elles

 

plain

 

 

octobre

Vendredi 27 octobre

Que mes chansons restent après moi pour mes amis

Comme au soir le dégel un peu de neige sur les branches

La nuit je ne sais rien de moi j’invente des lumières

Avec l’humilité d’une ortie oubliée derrière une maison

Je m’amuse à mettre des étincelles dans un bocal

Pour me convaincre que j’ai bien fait de vivre

Comme celui qu’on décorerait pour avoir inventé les couleurs

Jacques Bertin

 

Faire ce que l’on veut du temps, l’allonger, le raccourcir, le dilater ou le compresser au gré de ses désirs, voilà le bonheur! La malléabilité temporelle.

 

Hier est encore là avec ses souvenirs si prégnants, demain l’effacera ou l’embellira; faire ce que l’on veut de ses souvenirs, voilà la sagesse! 

 

giorgio-de-chirico-

octobre

Jeudi 26 octobre

« Etre bête, égoïste et avoir une bonne santé, voilà les trois conditions voulues pour être heureux. Mais si la première vous manque, tout est perdu. »

Gustave Flaubert

 

Imaginons un chirurgien téléphonant pendant qu’il opère un patient. C’est ce que fait pourtant la barbière qui rase ce client devant moi.

 

Quand ce fut mon tour, pourquoi ai-je pensé au tableau du Caravage « Judith et Holopherne »?

 

Caravaggio_Judith_Beheading_Holofernes

octobre

Mercredi 25 octobre

« Bientôt, se retirant dans un hideux royaume,

La femme aura Gomorrhe et l’homme aura Sodome

Et, se jetant de loin un regard irrité,

Les deux sexes mourront chacun de son côté. »

Alfred de Vigny

 

Tweet de Paulo Coelho: « Bonne semaine et souvenez-vous: moins vous répondez aux personnes négatives, et plus votre vie sera paisible. »

Affligeant de connerie? de mépris? d’ignorance? Plutôt soumission à une pensée positive béate et simplissime qui fait des ravages actuellement et dont Paulo est le chantre depuis longtemps. Si je suis ce subtil conseil, je ne vais pas travailler. Il es inutile d’écouter la souffrance de « personnes négatives ».

Un être humain n’est pas négatif ou positif Paulo, il a heureusement les deux pôles en lui et il fait ce qu’il peut avec ça.

Et enfin, pourquoi une vie devrait être paisible?

 

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octobre

Mardi 24 octobre

« Le talent c’est la confiance »

Peter Handke

 

Et la confiance, c’est l’enfance. C’est là qu’elle se construit, sinon restera l’audace, plus fragile, aléatoire, incertaine.

 

Le serpent à sonnette a souvent des troubles du sommeil. Il est, en effet, sans cesse réveillé en sursaut par sa propre queue.

 

Henri Rousseau.-la-charmeuse-de-serpents-1907-

octobre

Lundi 23 octobre

« Je sais nager juste assez pour me retenir de sauver les autres. »

Jules Renard

 

Et puis, la terre s’ébroua. Les singes s’aggripèrent aux arbres, les tigres plantèrent leurs griffes dans le sol du Bengale et les taupes restèrent dans les galeries. Tombèrent les hommes et les femmes, à part quelques alpinistes vissés à leurs paroies. Ainsi délestée, la planète fut sauvée.

 

L’attente loge au creux du ventre.

 

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octobre

Samedi 21 octobre

Livre de la semaine

Journal volubile

Enrique Vila-Matas

Christian Bourgois

« Je suis dans ma pièce habituelle, où il me semble que j’ai toujours été. »

 

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octobre

Vendredi 20 octobre

« L’individu est comme la vague qui se soulève à la surface de l’eau. Elle ne peut s’en séparer tout à fait. Et elle retombe très vite dans la masse solidaire qui l’engloutit. Elle retombe toujours dans le mouvement irrésistible de la marée qui la porte. Mais pourquoi ne pas se soulever encore et encore et encore? »

Pascal Quignard

 

Tout ce qui permet aujourd’hui de réintroduire le récit dans la vie des gens est intéressant. Raconte moi une histoire…mon histoire…ton histoire…

Il était une fois…

 

Les feuilles tombent en automne et au printemps remontent sur les arbres; c’était le raisonnement logique et poétique d’Elsa quand elle avait quatre ans.

 

Courbet (4)

 

octobre

Jeudi 19 octobre

« Ayant trouvé dans le temple des gens qui vendaient des boeufs, des moutons et des colombes, comme aussi des changeurs qui étaient assis à leur bureau, il fit un fouet avec des cordes et les chassa tous… jeta l’argent des changeurs et renversa leurs bureaux. »

Evangile de Saint Jean, II, 14-15

 

La musique est désormais totalitaire. La moindre note provoque aussitôt de façon pavlovienne divers mouvements parkinsonniens destinés à communiquer une sorte de joie obligatoire qui me glace.

 

Quand le fruit est mûr, il tombe, il devrait plutôt prendre son envol.

 

Cézanne Musee_Orsay

octobre

Mercredi 18 octobre

« La fonction du langage n’est pas d’informer mais d’évoquer. »

Jacques Lacan

 

Hier a-t-il vraiment existé? aprés tout, je n’ai que mes souvenirs et  j’ai pu tout imaginé; et demain qui n’arrive toujours pas…

 

Quelques lueurs à l’horizon, le jour qui vient? Non, une nuit blanche qui se lève.

 

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octobre

Mardi 17 octobre

« Il y a un but, mais pas de chemin; ce que nous nommons chemin est une hésitation.

Kafka

 

Il s’est pris la paume de discorde en pleine poire.

 

Elle est constellée de tâches de rousseur entre les seins, c’est sa voie lactée.

 

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octobre

Lundi 16 octobre

« Mourir tôt n’est pas mourir trop tôt mais obliger les autres à vivre trop tard. »

Jean-Edern Hallier

 

Tuer le temps n’est pas chose aisée. Il y faut une patience infinie; d’abord il s’agit de se renseigner sur ses habitudes, sur les heures où il passe, les endroits où il court; puis un soir, le suivre et au coin d’une rue sombre lui faire enfin son affaire. Ça m’a occupé six mois.

 

Le crime est parfait, personne ne s’est rendu compte de sa disparition. Il continue à manquer à tout le monde comme avant sa mort.

 

Cézanne, le meurtre

octobre

Samedi 14 octobre

Livre de la semaine

Eloge de l’ombre

Junichirô Tanizaki

Publications orientalistes de France

« Un amateur d’architecture qui, de nos jours veut se faire construire une demeure de pur style japonais, se prépare bien des déboires avec l’installation de l’électricité, du gaz et de l’eau, et n’eût-on soi même fait l’expérience de construire, il suffit d’entrer dans une salle de maison de rendez-vous, de restaurant ou d’auberge, pour se rendre compte des efforts qu’il aura fallu déployer pour intégrer harmonieusement ces dispositifs au style japonais. »

 

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octobre

Vendredi 13 octobre

« Toutes les passions entraient en moi et ne pouvaient en sortir, s’y trouvaient à l’étroit; elles s’enflammaient les unes des autres, comme par des miroirs concentriques. »

Gustave Flaubert

 

Le bonheur n’est plus dans le pré, il est à Auchan.

 

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octobre

Jeudi 12 octobre

«  La difficulté à accepter l’art contemporain est d’autant plus grande que celui-ci tend à opérer un déplacement de la valeur artistique, qui ne réside plus tant dans l’objet proposé que dans l’ensemble des médiations qu’il autorise entre l’artiste et le spectateur…

Ainsi, la valeur de « Fountain » ne réside pas dans la matérialité de l’urinoir, mais dans l’ensemble des discours, des actes, des objets, des images que continue de susciter l’initiative de Duchamp. »

Nathalie Heinich

 

La paserelle enjambe les voies ferrées sans aucune pudeur, on voit nettement en passant sous son tablier les deux culées sur lesquelles elle repose.

 

Il s’agit toujours de se dépasser, moi je veux bien mais si je me dépasse trop vite, je risque de me semer et comment ferai-je alors pour me trouver?

 

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octobre

Mercredi 11 octobre

Kono aki wa

Nan de toshiyoru

Kumo ni tori

 

En cet automne

Pourquoi dois-je vieillir?

Oiseau dans les nuages

 

Il existe quelque part en Gironde une côte appelée « petit Tourmalet ». La montagne a bel et bien accouché d’une souris.

 

Hockney (2)

 

octobre

Mardi 10 octobre

« Il y eut un temps, un long temps où les hommes et les femmes ne laissaient sur la terre que des excréments, du gaz carbonique, un peu d’eau, quelques images et l’empreinte de leurs pieds. »

Pascal Quignard

 

Cette mouche est peut-être un drone venu me filmer dit le paranoïaque au narcissique qui déjà se recoiffe et sourit à l’insecte.

 

Prendre le train est une curieuse expression car pour avoir couru hier, pendant dix minutes, pour ne pas rater le mien; j’ai la nette sensation que c’est bien lui qui m’a pris en charge, essouflé et les jambes coupées.

 

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octobre

Lundi 9 octobre

Je me suis dit: « Je vais aller y voir. Je vais aller voir ce que j’ignore. Mes lèvres vont trembler. Je vais souffrir. Pourquoi pas? »

Pascal Quignard

 

Quelqu’un a lançé un bâton dans les roues du petit vélo qui tournait dans sa tête. Il a chuté violemment alors qu’il dévalait l’hypothalamus. Depuis, il ne sort guère du lobe occipital et se déplace en trotinette.

 

Il est partagé, clivé, scindé…Son hémi-corps droit marche au pas sur le trottoir de granit et son coté gauche baguenaude au soleil dans les vignes d’automne.

 

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octobre

Samedi 7 octobre

Livre de la semaine

Mes amis

Emmanuel Bove

L’arbre vengeur

« Quand je m’éveille, ma bouche est ouverte. »

 

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octobre

Vendredi 6 octobre

« Traiter tous les hommes avec la même bienveillance et prodiguer indistinctement sa bonté peut tout aussi bien témoigner d’un profond mépris des hommes que d’un amour sincère à leur égard. »

Nietzche

 

Le jour se dressa brutalement devant lui et il sut alors qu’il devrait l’affronter jusqu’au soir.

 

« Je bâille » me dit-elle, je lui réponds: « bye, bye », ses 95 ans sourient et nous bâillons de concert.

 

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octobre

« La mélancolie se léve chaque matin une minute avant moi. Elle est comme quelqu’un qui me fait de l’ombre, debout entre le jour et moi. Je dois pour m’éveiller la repousser sans ménagement. »

Christian Bobin

 

Il tend la main de son bras valide. L’autre bras, coupé à hauteur du coude lui fait la manche pendante; quand le feu passe au vert, il l’agite en direction des conducteurs pour les maudire ou les remercier.

 

Le soleil essaie de me réchauffer sur mon banc de lecture, mais à chaque tentative un nuage gris ou blanc s’interpose. s’il ne réagit pas fermement, je vais devoir rentrer.

 

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octobre

Mercredi 4 octobre

« La vieillesse c’est perdre chaque jour un geste. »

Jean-Edern Hallier

 

« Pour les esprits vifs qui cherchent les portes cachées, ceux qui croient aux miracles seulement s’ils les ont vécus, qui repoussent les limites, etc… »

Extrait d’une publicité pour des lingettes! l’homme moderne est un héros dés qu’il consomme.

 

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Octobre

Mardi 3 octobre

« Il n’y a pas de rapport sexuel chez l’être parlant. » Lacan voulait dire par là que cette affaire ne peut pas s’écrire comme le rapport entre 3 et 4, ou comme une racine carrée. Un rapport, c’est une fonction  entre deux lettres de l’algèbre ou entre deux êtres privés de langage.

On ne peut pas écrire un rapport mathématique entre un homme et une femme…parce qu’ils sont empêtrés dans la parole et le langage, ils font avec le désir de l’autre, et ça complique tout.

Le discours néolibéral et techno-scientifique est la somme de tous les efforts pour faire mentir cette vérité difficile à avaler.

Yann Diener

 

Le courage de ne rien lâcher, se vantent-ils,

Et celui de renoncer?

La force de faire face, disent-ils,

Et celle de partir?

L’audace de positiver, clament-ils

Et celle d’assumer le négatif?

 

On court derrière moi, des pas rapides et secs… Je me retourne, c’est une feuille morte qui joue aux vivants.

 

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Octobre

Lundi 2 octobre

« Je ne sais pas où je vais mais je sais ce que je méprise. »

Annie Lebrun

 

Prolonger l’incertitude, c’est aussi le plaisir de tout imaginer. Lorsque l’on sait, l’évidence nous accable et il n’y a plus qu’à se plonger à nouveau dans le désaroi du non-savoir.

 

Le funambule est somnambule et toutes les nuits, il traverse un effrayant précipice sur le câble du téléphérique. Au matin, il reprend ses exercices, allant et venant sur la ligne blanche peinte sur le sol de son salon car il est sujet au vertige.

 

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septembre

Samedi 30 septembre

Livre de la semaine

Domme ou l’Essai d’Occupation

François Augiéras

Les cahiers Rouges Grasset

« Le sentier, au bord extrême des falaises, devient un étroit passage taillé dans la pierre. »

 

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septembre

Vendredi 29 septembre

« Pour la psychanalyse, le savoir est d’abord du coté du patient, et ça c’est insupportable pour les experts de tout poil. »

Hervé Bokobza

 

Marie-France nomme les petits doigts les musculaires.

 

On me dit que rien ne sert de courir et qu’à la fin elle se casse, que le mur est aveugle et les miroirs brisés mais l’aube, ce matin, a encore un goût d’éternité.

 

Etude des mains, Baccio

 

septembre

Jeudi 28 septembre

« Voilà la grande erreur de toujours: s’imaginer que les êtres pensent ce qu’ils disent. »

Jacques Lacan

 

Cet oiseau ne sait plus que twitter, son gazouillis habituel était bien trop long pour être écouté.

 

Regarder le temps passé est une façon de le contrôler. Je pourrai le verbaliser pour excés de vitesse mais je me sens magnanime aujourd’hui.

 

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septembre

Mardi 27 septembre

« Ce n’est pas dans l’objet que réside le sens des choses, mais dans la démarche. »

Antoine de Saint-Exupéry

 

L’étang prés de la maison de retraite a fini par ressembler aux pensionnaires. Même attente sans objet, même silence et des rides viennent parfois trembler à sa surface.

 

Echarpe de brume n’évite pas le rhume.

 

Goya les vieilles ou le temps 1808 lille

septembre

Mardi 26 septembre

« Il faut imaginer Sisyphe heureux » la phrase de Camus fait écho à celle de Beckett: 

« L’espoir qui est la disposition infernale par excellence, contrairement à ce qu’on a pu croire jusqu’à nos jours. Tandis que se voir récidiver sans fin, cela vous remplit d’aise. »

 

Les idées exceptionnellement claires ce matin, tout lui semble évident, facile. La journée s’annonce légère et sans obstacles.

Seul, le brouillard épais à travers les vitres de la voiture l’inquiète, il ne sait pas où il est ni où il va.

 

Les casques qui désormais les coiffent sont des morceaux de coquille restés collés sur leurs oreilles.

A peine sortis de l’oeuf, ils se protègent encore du monde.

 

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septembre

Lundi 25 septembre

« On ne risque pas de saisir quoi que ce soit tant que la main laissera échapper ses doigts comme ça! »

Eric Chevillard

 

Charnelle chamelle charme chameau chenu.

 

Il était une fois

Les contes devenus comptes

Fin du récit

 

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septembre

Samedi 23 septembre

livre de la semaine

Black Village

Lutz Bassmann

Edition Verdier

 

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septembre

Vendredi 22 septembre

« Ce n’est pas dans la jouissance que consiste le bonheur, c’est dans le désir, c’est à briser les freins qu’on oppose à ce désir. »

Sade

 

Figure de poupe: tête de cul.

 

Ce qu’on croyait à jamais enfoui, éteint, assoupi, volcan d’Auvergne ou ce qui semblait immobile, inerte, glaciers millénaires ou banquises polaires se met parfois à bouger, à vibrer et on est partagé entre la crainte et l’espoir…

 

Friedrich Caspar David la mer de glaceCeC

septembre

Jeudi 21 septembre

« L’art est le terme sous lequel nous désignons une activité mentale dont l’exercice permet à l’espèce humaine d’affronter sa mortalité afin de tirer de cet affrontement même un surcroît de vie et de durée. »

Bernard Noël

 

« La normalité est une prison mentale. » dit-il.

Phrase un peu creuse et vaine face à la réalité de la folie. Je connais nombre de personnes psychotiques qui donnerait beaucoup pour cette normalité.

C’est plutôt la mornalité qui est à fuir.

 

Le vélo a ceci de formidable qu’il associe la ligne et le cercle. C’est en tournant en rond que l’on avance et c’est bien nous le moteur de cette révolution: le retour du même dans la progression.

 

fernand Léger, les loisirs, 1948,

 

septembre

Mercredi 20 septembre

Furu ike ya

Kawazu tobikomu

Mizu no oto

Matsuo Bashô

 

Le vieil étang

Une grenouille plonge

Bruit de l’eau

 

On a vidé le vieil étang, aucune trace de la grenouille de Bashô.

L’eau restera silencieuse.

 

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septembre

Mardi 19 septembre

« La danse, c’est se lever vraiment,

Le début, le commencement, l’attaque, la rétraction, le repliement des jarrets suivi de l’intensité surgissante…

C’est le plaisir même qui se prépare, cette tension, cette fermeté…

C’est le sentiment inouï que procurent tous les arts, et aussi l’amour, que l’arrivée arrive. C’est la beauté; ça y est; ça y est presque; c’est ça; on est enfin dans le commencement. »

Pascal Quignard

 

Ce qui finit par user puis tuer l’être humain, ce n’est pas seulement la maladie; c’est la répétition, le retour du même, le pareil, le semblable, tout ce qui donne ce regard vide, fatigué, déjà loin, de tant de vieux.

La mort reste le seul grand évènement, la seule nouveauté qui leur donne le courage de vivre.

 

Téléphoner dans le train, voilà sa raison d’être. A peine assise, elle verse dans le malheureux portable un flot d’informations urgentes ponctué de hennissements inquiétants.

Toute la rame songe à la défenestrer mais les trains sont désormais étanches et aucune ouverture ne peut s’y pratiquer tant qu’il roule.

Ne reste que l’espoir d’une fausse route entre deux hoquets de rire ou celui d’un déraillement.

 

Matisser-la-danse-moscou

 

septembre

Lundi 18 septembre

« Il y a un but mais pas de chemin; ce que nous nommons chemin est une hésitation. »

Shakespeare

 

Un dimanche gris et pluvieux est un bonheur pour les dépressifs, il leur permet de mieux se désespérer le lundi matin.

 

Bercé par les hoquets du train, il s’endormit et son livre se referma sur ses doigts. A son réveil, il vit qu’ils avaient poursuivi la lecture et réécrit la fin.

 

Constable, Etude de paysage de mer, Londres, 1824, 1828

 

septembre

Samedi 16 septembre

Livre de la semaine:

Défense de Prosper Brouillon

Eric Chevillard

Les éditions NOIR sur BLANC

Jubilatoire!

 

Chevillard

septembre

Vendredi 15 septembre

« Pour le week-end, nous avons voulu faire les châteaux de la Loire. Malheureusement, ils étaient déjà faits. »

Francis Blanche

 

Avec ses deux bras levés, coudes légèrement pliés, les mains cherchant à se joindre sans y parvenir; elle ressemble à une mante religieuse qui aurait perdu la foi.

 

La peur, dénominateur commun à tous les êtres humains, peut-être même ce qui nous caractérise, nous façonne, nous détermine depuis notre apparition sur terre. Homo sapiens est surtout Homo timere.

 

Munch, Scream 1893

 

septembre

Jeudi 14 septembre

« Toujours l’avenir est bon, la situation est positive, le groupe est innocent en gros, les enfants sont gentils à peu près, la paix ne va pas tarder à venir alors qu’elle n’a jamais été présente une heure. »

Pascal Quignard

 

Deux fois plus de kangourous que d’habitants en Australie, ils ont beau les lancer le plus loin possible, ils reviennent toujours.

 

Quelle chance pour les cinéphiles! Il y a de plus en plus de cinéma d’arrêt-décés diffusant des films remarquablement bien pensés pour ne plus penser.

 

Edward Hopper, Newyork-movie

 

septembre

Mercredi 13 septembre

« Ceux qui aiment marcher en rang sur une musique: ce ne peut être que par erreur qu’ils ont reçu un cerveau, une moëlle épinière leur suffirait amplement. »

Albert Einstein

 

Pas de suite dans les idées, il avait beau longer studieusement ses axones, franchir souplement ses synapses, toujours une idée fixe l’arrêtait, le temps de parlementer et il oubliait…Il pensait en pointillés.

 

Publicité pour un club de fitness (car la rentrée doit désormais s’accompagner de mouvements robotisés exécutés en cadence et en sueur):

« Cher miroir, prépare toi à une belle surprise!

Gros bisous…

Moi. »

 

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septembre

Mardi 12 septembre

« Le néant des géants m’importune; moi j’admire, ébloui, la grandeur des petits. »

Victor Hugo

 

Panne de stylo

Le Bic ad hoc est occis

Page déserte

 

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septembre

Lundi 11 septembre

« D’abord il n’y a rien, puis un rien profond, puis une profondeur bleue. »

Gaston Bachelard

 

J’ai raclé les fonds de tiroir, retourné mes poches, plus une ligne, pas un mot, quelques syllabes rouillées incapables de se lier. Il va bien falloir s’y résoudre, je n’ai rien à écrire.

 

 

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Septembre

Vendredi 8 septembre

« Exagération volontaire de défauts physiques

Pollution nocturne

Aménagement de taupinières sans autorisation des taupes

Position foetale puis fausse couche… »

Lutz Bassmann

 

Nous savions que le ciel était vide depuis la mort de dieu, nous apprenons que les oiseaux disparaissent. Quand nous aurons décroché la lune, ne resteront que des nuages aux formes étranges. Sous un soleil blanc, nous tapoterons nos derniers SOS.

 

Le cyclone n’a pas fermé l’oeil de la nuit.

 

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Septembre

Jeudi 7 septembre

« Indifférence à l’arrivée de l’aube et à la proximité de la mer

Absence de pouls avec récidive

Interprétation tendancieuse du mode d’emploi des sèches-cheveux

Emission de gaz à effet de serre en présence d’autorités médicales… »

Lutz Bassmann

 

Je me souviens du christ en bois polychrome sans bras et sans croix cloué au mur de l’église de Blesle.

 

Ecrire c’est aligner des chiures de mouche constipée

 

Crivelli Carlo

 

Septembre

Mercredi 6 septembre

« Aide à la fabrication de chaises roulantes défectueuses

Danse lascive avec des kolkoziennes de petite taille

Abandon de membres postérieurs sur la voie publique

Introduction de sobriquets dans une nomenclature zoologique officielle… »

Lutz Bassmann

 

« Haut le choeur! » cria-t-il et ils vomirent tous de concert.

 

Ces deux gamins ne cessent de renifler et tendent leur nez morveux à leur mère respective qui essorent leurs museaux. Ils sont de mèche, il n’y a aucun doute.

 

Mary Cassat portrait de fillette Bordeaux

 

Septembre

Mardi 5 septembre

« Atteinte au moral des grands plantigrades

Apprentissage passif de jiu-jitsu

Utilisation de sacs de couchages pendant un discours officiel

Postures nocturnes indécentes… »

Lutz Bassmann (Volodine)

 

Son regard à remonter le temps me fixe du haut de ses 98 ans.

 

Empierrer, cimenter, bitumer, goudronner, asphalter. Encore et toujours recouvrir la planète d’une immense croûte grise semble être le but de l’être humain depuis qu’il a inventé la roue.

 

 

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Septembre

Lundi 4 septembre

Liste de chefs d’inculpation:

« Achat de meringues en vue d’un enrichissement personnel

Dépose de cadavres devant une sortie de secours

Acclimatation forcée de pachydermes

Lavage de cerveaux avec produits interdits… »

Lutz Bassmann

 

Ne pas confondre opération des végétations et épilation au laser.

 

La peau sur les os, et voilà le squelette prêt à affronter la pluie.

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Septembre

Vendredi 1er septembre

« La politique c’est la curée, au grand soleil, de la fortune des citoyens, des pauvres, des besogneux, par des hommes ayant mission de la protéger. »

Jules Delahaye

 

Dans cette exposition, il s’agit surtout de passer entre les croûtes.

 

La terre est une toupie lancée par un dieu désoeuvré et infantile.

 

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Août…

Jeudi 31 août

« Couvrez de tissus, d’étoffe, de soie, de luxe, de tatouages, de bijoux, les corps, la nudité aïeule simiesque surgit au détour d’un crevé ou d’un pli. »

Pascal Quignard

 

La gare ressemble à une maquette de chemin de fer avec ses maisons bourgeoises bien rangées, ses arbres de plastique et ses passagers immobiles sur le quai. Je regarde par la vitre et aperçoit la main géante de l’enfant qui va saisir le wagon vétuste pour le remplacer par un TGV.

 

Dans le cimetière de Frontenay, une tombe porte le nom de Page Blanche? Est-elle restée vierge toute sa vie?

 

Van Ruisdael Jacob Isaaksz le cimetiere juif

Août…

Mercredi 30 août

« Je dis souvent- mais c’est un appel plutôt qu’une affirmation- que pour lutter contre la transparence généralisée, et totalitaire, que les médias installent sous la forme du consensus, il ne nous reste que l’opacité du poème. Pourquoi? Parce que l’obscur est inconsommable! »

Bernard Noël

 

« Signalez tout colis ou objet qui vous semble abandonné ». Et cet homme debout dans l’allée les bras pendants, un peu hagard, trop couvert, le regard vide, qui s’assoit brusquement et se relève aussitôt, on en fait quoi?

 

Poser un lapin

Développement du râble

Manger un civet

 

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Août…

Mardi 29 août

« On entendra ici, par « progrés de l’ignorance » moins la disparition de connaissances indispensables au sens où elle est habituellement déplorée (et assez souvent à juste titre) que le déclin régulier de l’intelligence critique, c’est à dire de cette aptitude fondamentale de l’homme à comprendre à la fois dans quel monde il est amené à vivre et à partir de quelles conditions la révolte contre ce monde est une nécessité morale. »

Jean-Claude Michéa

 

La maladie d’Alzheimer, c’est ce qui reste quand on a tout oublié.

 

Depuis l’arrivée des smartphones et autres tablettes, le paysage défile désormais seul, les vaches regardent toujours les trains mais plus personne ne regarde les vaches.

 

Eugène Boudin

Août…

Lundi 28 août

« Mais si aprés la mort, nous ne devons plus exister, pourquoi vois-je, la plupart des nuits, chaque tombe s’ouvrir, et leurs habitants, soulever doucement les couvercles de plomb, pour aller respirer l’air frais.

Lautréamont

 

Retrouvé le geste de faire exploser les balsamines, une légère pression entre le pouce et l’index, la gousse éclate en libérant quatre ou cinq graines noires. Sensation suffisamment agréable pour la renouveler, déception de mal juger et d’appuyer en vain sur le sac qui paraissait prêt à lâcher son contenu.

 

Les clones sont déjà là, le débat éthique n’a plus lieu d’être. Il suffit de regarder autour de soi, ils passent dans les rues: mêmes démarches, mêmes vêtements, même coiffure. Ils parlent: même accent, même vocabulaire, mêmes gestes. Ils mangent? même menu. vont-ils au cinéma? même film bien sûr tout en écoutant la même musique.

Et les mêmes slogans publicitaires leur diront qu’ils sont uniques…

 

Baselitz bons_amis

Août…

Dimanche 27 aôut

« La rentrée littéraire est ainsi définitivement passée en 2002 du registre bon enfant à celui d’une pesante farce à répétition, seulement comparable au beaujolais nouveau quant au mercantilisme et à la médiocrité du produit. »

Eric Naulleau

 

Août…

Mardi 1er août

“Les vacances datent de la plus haute antiquité. Elles se composent régulièrement de pluies fines coupées d’orages plus importants.”

Alexandre Vialatte

Juillet

Lundi 31 juillet

« Mais dés qu’il ne fut plus fou, il devint bête. Il y a des maux dont il ne faut pas chercher à guérir parce qu’ils nous protègent seuls contre de plus graves. »

Marcel Proust

 

La fascination pour les écrans est totale, on peut parier que sur nos lits de mort, nous passerons nos derniers SMS et prendrons nos derniers selfies avec les infirmières.

 

Et puis, à flanc de colline, ces routes qui hésitent à redevenir chemin, leur bitume percé d’une saignée verte.

 

Hockney 2009

 

Juillet

Vendredi 28 juillet

« Quand le citoyen-écologiste prétend poser la question la plus dérangeante en demandant: Quel monde allons nous laisser à nos enfants?, il évite de poser cette autre question, réellement inquiétante: A quels enfants allons nous laisser le monde? »

Jean-Claude Michéa

 

Certaines personnes sont sidérées par les possibilités de leur téléphone, elles le contemplent comme un primitif devait contempler ses dieux.

 

L’être humain est un être pour la pesanteur. C’est elle qui l’ancre au sol, qui l’oblige à s’en arracher, à se verticaliser et qui finit par le mettre en terre.

 

Chagall the-promenade-1918

Juillet

Jeudi 27 juillet

Il passa la main dans ses cheveux et ne les trouva pas, ni le crâne lisse qui aurait pu les remplacer; ce fut un contact inconnu, un peu humide et spongieux, son cerveau était à nu, ses pensées les plus secrètes désormais visibles par tous. Aussitôt, il se couvrit la tête de ses mains mais on pouvait voir entre ses doigts s’échapper des images intimes, des phrases très personnelles sous forme de longs phylactères.

 

Puis ses souvenirs s’enfuirent, d’abord les plus récents, ensuite ceux de sa jeunesse et même ses premiers mots furent effacés. 

 

Soudain sous ses mains une enveloppe rigide commença à recouvrir sa nudité corticale (la dure-mère), puis une coquille osseuse se mit à croître. tout recommençait.

 

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Juillet

Mercredi 26 juillet

« L’utopie vaut mieux que la science des morts-vivants, car elle maintient battante l’ouverture. »

Bernard Noêl

 

La fille de la boulangère joue encore à la marchande malgré ses trente ans environ, et le visage de sa mère commence à apparaître en surimpression sur le sien de façon troublante. Trop tard pour sortir du rôle.

 

Petit plaisir de motricité fine, écarter les lames du store avec le majeur et l’index.

 

Henri Matisse

 

juillet

Mardi 25 juillet

« Nos tristesses sont des aubes nouvelles où l’inconnu nous visite. »

Rainer Maria Rilke

 

Mdr…R.I.P.

 

Hall de la gare

Les bagages à surveiller

C’est la consigne

 

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juillet

Lundi 24 juillet

« C’est moi! », connaît-on le nombre de personnes qui se font ouvrir une porte en disant cette simple phrase à l’interphone?

 

Et le nombre de celles qui s’entendent répondre: « Qui moi? »

 

En deux phrases, c’est toute une problématique identitaire qui se déploie.

 

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Juillet

Jeudi 20 juillet

Que font les tournesols la nuit? Inclinent-ils leurs lourdes têtes devant la lune? Ou bien leur propre lumière leur fait-elle oublier les ténèbres?

 

Elle se remaquille en face de moi et, allez savoir pourquoi, elle préfère utiliser un miroir plutôt que mon regard. 

 

Les faits se sont penchés sur son berceau et sont têtus, ce nid douillet va se renverser, il n’a pas été monté correctement.

 

Berthe Morisot Le berceau

Juillet

Mercredi 19 juillet

« Tout travail fait avec plaisir est de l’art, et pareil travail met au monde une liberté qui brise hiérarchie, compétition et pouvoir, c’est à dire la trinité de la société libérale. »

Bernard Noël

 

Quelle mouche a piqué ce moustique, il ronfle du matin au soir.

 

Encore un vélo attaché à un poteau qui meurt dans la nuit enroulé au pied de son amarrage, les roues en l’air.

 

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Juillet

Mardi 18 juillet

Les publicités ne nous épargnent rien de la vie intérieure de nos contemporains. Vie riche en guerres intestinales, en fuites, débâcles et autres mictions trop possibles. Il est vrai que la panse et ses dépendances sont plus à la mode que la pensée.

 

Seuls les vieux TER aux vitres ouvrables, avec leurs manivelles hors d’âge, permettent de sentir l’odeur de moisi frais des tunnels les jours de canicule.

 

Elle avait inscrit son numéro de portable sur le front de cet inconnu et s’était enfuie dans la nuit. Il restait là, seul, sans miroir, tête nue sous la pluie qui commençait à tomber drue. lorsque les gouttes coulèrent sur ses joues, il y passa la main: c’était de l’encre violette.

 

Hiroshige Le pont Ohashi et Atake

Juillet

Lundi 17 juillet

C’est au pied du platane qu’on voit la camionnette compressée du maçon pressé.

 

Longiligne, c’est le mot qui vient à l’esprit quand on la regarde. Squelettique est celui qui convient quand on la touche.

 

Le percnoptère tournait juste au-dessus de lui, il l’avait reconnu à son plumage blanc et à ses rémiges noires, impossible de le confondre avec le gypaète barbu à l’envergure plus grande, aux ailes étroites et anguleuses. Il sourit, ce serait donc un vautour qui assisterait à son dernier vol. la voile du parapente frissonnait derrière lui, prête à enfler. Le percnoptère siffla; bien calé dans sa sellette, il s’élança…

 

Gustave_Moreau oedipe et le sphinx

Juillet

Vendredi 14 juillet

Il a beau ouvrir la bouche, écarquiller les yeux, dilater ses narines et autres orifices, il ne parvient pas à s’échapper de lui même.

 

Seule sa pensée s’évade parfois et reste longuement dehors. Il a de plus en plus de mal à la rappeler bien que lui ménageant un espace douillet entre ses deux hémisphères cérébraux.

 

Il sait qu’un jour elle le quittera pour voler de ses propres ailes et il errera dans son for intérieur déserté où les courants d’air feront trembler ses dernières neurones.

 

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Juillet

Jeudi 13 juillet

Il s’est fait monter un cou de jeune pour éviter le coup de vieux mais sa vieille tête blanche et branlante rend l’opération peu convaincante.

 

Comme nous ne le regardons plus, tant il est vrai que les choses n’existent que par l’œil que nous posons dessus, le paysage qui défilait et berçait nos heures ferroviaires s’efface peu à peu. Les vaches retournent à leurs ruminations, les villages se meurent autour de leurs clochers et les banlieues n’en finissent pas de graffer leur béton. Le monde est désormais réduit aux écrans si bien nommés qu’il nous sera bientôt caché à jamais.

 

Personne ne pense à créer des bars à poux et pourtant tout le monde y gagnerait dans un épouillage très favorable au renforcement des liens sociaux.

 

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Juillet

Mercredi 12 juillet

Le charme de ce lieu opère mais sans anesthésie et on se rend vite compte que c’est en fait un sale endroit.

 

Ce ventriloque surdoué parle aussi du nez et seules ses oreilles bougent.

 

Il a pris ses jambes à son cou, les a malencontreusement croisées et s’est étranglé dans sa fuite.

 

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Juillet

Mardi 11 juillet

« Le corps est une plaie et la mort, sa cicatrice »

ARNO

 

Démêlez les chevaux et vous toucherez le tiercé dans l’ordre. 

 

On n’est jamais si bien selfie que par soi-même.

 

Francis-Bacon-Self-Portrait-8

 

 

Juillet

Lundi 10 juillet

« Nous sommes des poissons sur le sable-sauf que nous le sommes sans douleur par ignorance de la mer, ou de l’espace infini. »

Bernard Noël

 

Nous y voilà enfin! le muscle a remplacé la pensée, un gros biceps bande désormais à la place du cerveau.

 

Pendant que la montagne accouchait d’une souris, de la taupinière sortait un éléphant.

 

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Juillet

Vendredi 7 juillet

« Il est profondément injuste qu’un homme puisse naître et mourir sans qu’on ait parlé de lui. »

Roland Barthes

 

Avec l’âge, le monde finit par s’effriter, se brouiller, se flouter, fatigué de nous apparaître toujours le même. Ce n’est pas que nous voyons moins bien, c’est le décor qui se fane.

 

Les montres sont de plus en plus grosses, énormes, on dirait des assiettes posées sur les poignets avec les aiguilles comme couverts. Mais personne à servir, non, c’est de la monstration, de la vitrine d’horloger: voyez, j’ai toutes les minutes à moi, le temps doit passer par moi, je suis le maître des heures, d’ailleurs, je leur ai mis les bracelets.

 

 

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Juillet

Jeudi 6 juillet

« Qu’est-ce que la vie dans le corps, sinon le perpétuel suintement d’une chose obscure dont la perception terrifie…La mort qui s’avance sous le couvert de notre vie. »

Bernard Noêl

 

Ce vieux Robert est tombé, chute de vélo, il ne portait pas de casque mais un bob défraîchi sur lequel était inscrit: « Cochonou un p’tit bout de chez nous ». Sur le bitume, sont restés quelques lambeaux de peau.

 

Nos passions et loisirs tiennent surtout à des rencontres, à un hasard, puis on appartient à un milieu, à une tribu avec ses rites, son langage et on finit par se persuader que c’est nous qui avons choisi. Ainsi, je pratique l’aïkido, mais si le dojo avait été fermé le jour de mon inscription, je passerai mes week-ends à la chasse aux papillons ou dans les concours de labour.

 

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Juillet

Mercredi 5 juillet

Méfiez-vous de l’eau qui dort même profondément, de l’eau stagnante des marais recouverts de lentilles vertes, de l’eau qui pétille de malice, de l’eau perdue des puits abandonnés, de l’eau glacée qui mord les mollets, de l’eau de vie qui brûle la gorge et de l’eau que les noyés recrachent sur les plages de l’été.

 

Je m’inquiète de la déforestation des aisselles et des pubis féminins. C’est tout un écosystème qui disparaît. Peut-être que l’injonction à ne plus porter de fourrure animale a été mal comprise.

 

Qui sait si dans ces niches écologiques nous n’aurions pas trouvé refuge une fois la planète totalement épilée.

 

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Juillet

Mardi 4 juillet

Peut-être n’avons nous pas assez protesté. Tout le monde est concerné et à ce jour aucune manifestation d’envergure, aucune pétition, pas de révolte contre ce qui ressemble à une résignation voire à une capitulation devant le vieillissement pourtant flagrant et aggravé d’année en année de l’immense majorité de nos concitoyens.

 

Je suis le seul à lire dans ce train et j’en ressens une certaine culpabilité mais mes glissements de doigts et autres tapotements rapides du pouce sur les pages ne trompent personne.

 

Qui veut voyager loin vole un bœuf.

 

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Juillet

Lundi 3 juillet

Il a peint un « autoportrait au selfie » qu’il ne cesse de contempler.

 

Ce grand myope pense avoir tué un éléphant, en réalité, il s’agit d’un énorme papillon dont les larges ailes grises ont dû le tromper.

 

De plus, les papillons possèdent également une trompe. leur barrissement, bien que moins effrayant, n’en est pas moins audible certains soirs d’été si on a sous la main une oreille d’éléphant.

 

 

Salvador-Dali

Juillet

Dimanche 2 juillet

« Dés qu’on pense, on devient androgyne. »

Annie Le Brun

 

C’est l’effet boule de gomme, tout s’efface derrière nous.

 

Qui ne tente rien n’attente à rien.

 

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Juillet

Samedi 1er juillet

« Les larmes du monde sont immuables. pour chacun qui se met à pleurer; quelque part un autre s’arrête. Il en va de même du rire. Ne disons pas du mal de notre époque, elle n’est pas plus malheureuse que les précédentes. N’en disons pas de bien non plus. N’en parlons pas. »

Samuel Beckett

 

Pour mettre tout à plat, par exemple ce que j’ai sur l’estomac, il suffirait d’un renvoi et je saurai enfin ce que je ne digère pas. Cependant, n’en faisons pas tout un plat.

 

Le sikhisme est une religion monothéiste alors que le cyclisme demande de croire en deux roues, au moins.

 

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Juin…

Vendredi 30 juin

« Ecrire c’est abandonner le monde, par peur; ne pas écrire, c’est s’y abandonner, par paresse. »

ARNO ( blog: « les restes du banquet »)

 

Echange de regards, celui-là contre celui-ci…que je possède en double, me dit cette jolie femme atteinte d’un magnifique strabisme.

 

« On va voir ce qu’il a dans le ventre », il vit le chirurgien saisir son bistouri et, dans le couloir, l’anesthésiste qui arrivait en courant…

 

Rembrandt

 

Juin…

Jeudi 29 juin

« La philosophie offre à l’homme un asile dans lequel aucune tyrannie ne peut entrer, la caverne de l’intimité, le labyrinthe de la poitrine: ce qui rend les tyrans furieux. »

Nietzche

 

On devrait pouvoir tourner la tête à 360 degrés et ainsi surveiller ses arrières, se regarder marcher, être sur ses propres talons et avancer confiant vers un avenir d’autant moins inquiétant qu’on ne le verrait que par intermittence.

 

La nuit n’est plus sombre, elle est apprivoisée, éclairée, elle a perdu tout mystère. On ne peut plus s’y fondre, se réfugier dans ce noir qui faisait disparaître nos pieds, le bout de notre nez jusqu’à douter de notre existence. Seuls nos rires nerveux nous rassuraient et la lueur des feux d’une voiture lointaine devenait le phare qui nous évitait de sombrer dans cette encre envoûtante.

 

 

Soulages triptyque

Juin…

Mercredi 28 juin

« Dans nos sociétés dites démocratiques, nous ne sommes pas en principe censurés, privés de parole, mais sensurés – privés de sens. »

Bernard Noël 

 

Il percevait les mouvements légers de ses neurones se connectant, déversant de l’une à l’autre leurs neurotransmetteurs chimiques. Toute sa pensée en action pour tenter de répondre à une des questions centrales de l’existence: où avait-il posé ses clés?

 

Le sandwich a ceci de particulier qu’il rejette aussitôt son contenu dans les doigts dés que l’on mord dedans.

 

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Juin…

« L’écriture est la représentation invisible de la pensée. La peinture en est la représentation visible. »

Magritte

 

Quel est ce chant? s’interroge Dumitru à son réveil. Il hésite longuement entre l’hourlu des Carpates, la vinzelle à bracelet et la coucouline des toits, à moins que… la riboudelle boudeuse peut-être. Finalement, il opte pour le grostarin cassecouilles.

 

Le port du chignon donne à cette jeune femme un air hautain rapidement démenti par son mètre cinquante-cinq.

 

Magritte la géante

Juin…

Lundi 26 juin

« Très précisément, chaque mot désigne l’inconnu. Ce que tu ne sais pas, dis le. Ce que tu ne possède pas, donne-le. Ce dont on ne peut parler, c’est cela qu’il faut dire. »

Valère Novarina

 

Par une troublante coïncidence, la largeur de la paume des mains correspond exactement à la taille des téléphones portables. Ainsi, la greffe à venir sera grandement facilitée.

 

Le rire n’est jamais sûr.

 

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Juin…

Dimanche 25 juin

« Le dimanche, on subit le temps et c’est comme si on retenait son souffle et essayait de voir comment sera l’au-delà. Les dimanches sont une maladie invisible, comme un mal intérieur, une maladie morale. »

Enrique Vila-matas

 

Je me souviens de l’odeur du foin coupé et des étables aux mouches innombrables, du contact rêche du maïs sur nos bras nus, des chaumes blessant nos pieds mal chaussés, du poids des bottes de paille piquées sur les fourches à deux dents et des meuglements lourds des vaches à la traite.

 

Les doigts de pied en éventail, facile, mais quelle souplesse pour l’agiter devant le visage.

 

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Juin…

Samedi 24 juin

« Vieillards nus qui tenez à la vie, ne vous attardez pas près des corbeilles à papier. »

Eric Chevillard

 

Moitié homme, moitié bobo: Bioman, Bioman…

 

Je me souviens des éclats métalliques des goujons sur la pierre enjambant le ruisseau, du vert lumineux des près mouillés par les rigoles, des nuits d’un noir disparu parfois griffées d’une étoile filante et du silence brûlant des après-midi d’été.

 

Goya les vieilles ou le temps 1808 lille

Juin…

Vendredi 23 juin

« Efforcez-vous d’aimer vos questions elles-mêmes, chacune comme une pièce qui vous serait fermée, comme un livre écrit dans une langue étrangère…Ne vivez pour l’instant que vos questions. Peut-être en les vivant, finirez vous par entrer insensiblement dans les réponses. »

Rainer Maria Rilke

 

Elle savait admirablement cuisiner le dromadaire à la sauce béchamel. Il était le roi du chameau sauce madère. Ils étaient prêts pour la traversée du désert.

 

Ne comptez pas sur moi pour économisez l’eau. Après moi le déluge.

 

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Juin…

Jeudi 22 juin

« Ever tried. Ever failed. No matter. Try again. Fail again. Fail better. »

Samuel Beckett

 

Il danse, léger, presque aérien, avec l’infirmière. Dès que la musique cesse, il reprend sa marche chaotique, heurtée, en lutte permanente avec le sol.

 

On lui reproche sa sensibilité à pot de fleurs.

 

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Juin…

Mercredi 21 juin

« Voilà la grande erreur de toujours: s’imaginer que les êtres pensent ce qu’ils disent. »

Jacques lacan

 

Notre contrôleur a tendance à bien dé-ta-cher les syllabes quand il annonce les gares, ce qui le met parfaitement en harmonie avec les cahots du train.

 

La veillée d’armes se transforma en sommeil de plomb. Au matin, il était léger comme une plume et le souffle de l’ennemi l’éparpilla.

 

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Juin…

Mardi 20 juin

« L’Autofictif » blog d’Eric Chevillard. Apport quotidien indispensable à l’organisme.

 

Les platanes au-dessus de la mare ont chaud et ôtent leur écorce qui tombe au sol dénudant leurs branches blanches.

On voit bien qu’ils hésitent à piquer une tête.

 

Vigilance orange, pourquoi ne pas la presser et ainsi lutter contre la canicule.

 

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Juin…

Lundi 19 juin

« L’art est dans la tentative et cette façon de comprendre ce-qui-est-en-dehors-de-nous en utilisant uniquement ce qui se trouve en nous est l’une des tâches émotionnelles et intellectuelles les plus ardues à laquelle on puisse s’atteler. »

Dora Rester

 

La voix pré-enregistrée dans le TER flambant neuf, sans accent, sans faute de syntaxe, sans hésitation. Aucune chance de se tromper, nous sommes condamnés à arriver à destination.

 

Retour dans le vieux TER et j’entends: » Une majoration forfaitaire sera t ’appliquée. »

Enfin, une voix humaine!

 

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Juin…

Dimanche 18 juin

« N’a de convictions que celui qui n’a rien approfondi. »

Cioran

 

La phrase magique pour faire accepter n’importe quelle manifestation plus ou moins débile ou faire taire une critique: « C’est festif! » Ah! Excusez-moi, dans ce cas, alors, oui…

 

Encore un dimanche qui tombe la veille d’un lundi. 

 

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Juin…

Samedi 17 juin

« Tu aurais du savoir que ton corps va jusqu’où vont tes yeux. »

Bernard Noël

 

Marie-Paule se rue sur les bonbons au chocolat. « Mais c’est le troisième!  » lui dis-je.

« Non! c’est le dernier! » me répond-elle.

 

Tchaïkovski a composé « Casse-noisette » les noix dans le dé.

 

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Juin…

Jeudi 15 juin

« Seuls les dessins des cavernes semblent bons pour durer toujours. »

Gaston Chaissac

 

« Des pays imbéciles où jamais il ne pleut

Où l’on ne sait rien du tonnerre. »

Georges Brassens

C’est ce que deviennent nos paysages intérieurs asséchés par l’idéologie du positif.

 

Ces petits gâteaux se nomment « puits d’amour », la vérité en sort nue et diabétique.

 

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Juin…

« Le monde est une illusion, une scène de théâtre où nous avons tous des phrases à dire et un rôle à jouer. Certains acteurs, reconnaissant qu’ils sont dans une oeuvre, continueront malgré tout de jouer; d’autres, scandalisés de découvrir qu’ils participent à une mascarade, essaieront de quitter aussi bien la scène que l’oeuvre. Ils se trompent parce qu’il n’y a rien en dehors du théâtre, aucune vie alternative ne nous attend…Et la seule chose que l’on puisse faire, c’est de continuer à jouer son rôle, mais peut-être avec une nouvelle conscience comique. »

Enrique Vila-Matas

 

Faire un puzzle n’est jamais qu’une vaine tentative de donner une forme à ce qui chaque jour nous échappe, nous fuit, nous abandonne.

 

Pruneau du matin éloigne le médecin

Pruneau du soir abat le désespoir

 

Julio-le-Parc, modulation-68-hommage-a-fernand-leger-1974

 

 

Juin…

« L’amour des mots est donc en quelque façon nécessaire à la jouissance des choses. »

Francis Ponge

 

Il fait beau et chaud, rien d’intéressant. C’est la contrepèterie belge. On peut tourner la phrase dans tous les sens, elle ne donnera rien. Tout comme ce ciel sans nuage ne raconte rien que bleu, bleu, bleu…

 

Retiens moi ou je fais ton bonheur.

 

klein 1

Juin…

Lundi 12 juin

« Enfin seul sans s. »

Jules Renard

 

Il arbore la coiffure actuelle avec ce bosquet de cheveux posé sur un crâne soigneusement rasé. C’est la tonsure du moine inversé, elle signifiait le renoncement au monde, celle-ci est plutôt une soumission grégaire au « faircomtoulmonde ».

 

La gare aux lapins, j’en ai compté une dizaine ce matin dans cette curieuse immobilité qui n’est que de la fuite contenue.

 

Titien La Vierge au Lapin

Juin…

Dimanche 11 juin

« Serre moi étouffe moi

Empêche-moi de mourir

Cache que je ne m’aime pas 

Comble le vide sois le vide »

Jacques Sojcher

 

Je me souviens, j’avais 6 ou 7 ans, d’une statue de Saint Georges terrassant un dragon qui serpentait à ses pieds. Moi, accroupi à coté, je tentais de dompter mes lacets. Chacun ses défis.

 

« Etre las » a quelque chose « d’être là » avec une vague envie d’être ailleurs aussitôt démentie par la certitude que là-bas sera comme ici.

 

wassily-kandinsky-st-georges-dragon

Juin…

« Les mots sont restés pendant des millénaires dans la bouche et ils ne sont passés que très récemment dans la main. »

Bernard Noël

 

Nous sommes tous des acteurs et le soleil n’est qu’une immense poursuite qui ne nous abandonne que la nuit quand nous regagnons les coulisses.

 

Il me faudrait un gain de cran pour utiliser ce gant de crin.

 

Edward Hopper people-in-the-sun

Juin…

Vendredi 9 juin

« c’est un être d’une affectivité intense et instable…un être jouisseur, ivre, extatique, violent, aimant, un être envahi par l’imaginaire, un être qui secrète le mythe et la magie, un être possédé par les esprits et les dieux, un être qui se nourrit d’illusions et de chimères, un être subjectif dont les rapports avec le monde objectif sont toujours incertains, un être soumis à l’erreur, à l’errance, un être qui produit du désordre…

Nous sommes contraints de voir qu’homo sapiens est homo démens. »

Edgar Morin

 

Elle a 93 ans et serre mon index dans sa main exactement comme le ferait un nouveau né. Je crois comprendre qu’elle refuse de me lâcher me prenant probablement pour quelqu’un d’autre. Peu importe, je suis en effet quelqu’un d’autre.

 

J’aimerai bien rompre la chaîne du froid dans ce TER climatisé mais il semblerait que mon bien-être ferroviaire doive s’accompagner d’une pneumonie.

 

tondals-vision

 

Juin…

Jeudi 8 juin

Je me souviens des couleuvres écrasées sur les routes brûlantes de l’été.

 

Des mares, des étangs tout au long du trajet. On pourrait ricocher de flaque en flaque plutôt que de glisser sur des rails surchauffés.

 

Le paratonnerre a toutes les raisons de croire au coup de foudre.

 

De staël 1953 Agrigente

Juin…

Mercredi 7 juin

« Je me souviens encore du jour où, ayant entendu des bruits bizarres venir d’une pièce fermée, j’ai ouvert la porte et suis tombé sur deux génies de la littérature polonaise agenouillés face à face, frappant le sol avec leur tête, puis, après un retentissant un, deux, trois, les lever de façon foudroyante et faire les grimaces les plus terribles que j’eusse jamais vues. Des grimaces effrénées qui ne cessaient pas avant la destruction totale de l’ennemi. »

Jan Kott

 

Quand le chat n’est pas là, l’oiseau fait son nid.

 

L’escargot n’est jamais qu’une limace qui a réussi.

 

EmileNolde-MaskStillLifeIII_(74x78CM)(1911)

 

Juin…

Mardi 6 juin

« Nous ne tenons les uns aux autres que par la parole. »

Montaigne

 

Après tout, il suffit de mettre des mots dans un certain ordre et on obtient une phrase. Le problème c’est la phrase obtenue et les mots choisis et le certain ordre…

 

Ces bûcherons cognent sur des arbres avec des raquettes de tennis. A chaque coup, il en tombe une balle jaune citron.

 

Claude_Monet_-_The_Japanese_Footbridge

Juin…

Lundi 5 juin

« On ne comprend rien à la civilisation moderne si on n’admet pas d’abord qu’elle est une conspiration contre toute espèce de vie intérieure. »

Bernanos

 

Il ne parvient plus à toucher ses orteils sans pouvoir déterminer si ce sont ses bras qui sont trop courts ou si son amputation récente des deux pieds a une incidence sur ce manque surprenant de souplesse.

 

C’était à Soyaux, faubourg d’Angoulême, dans le jardin d’Emile Achard.

 

Magritte le-modele-rouge

 

Juin…

Dimanche 4 juin

« Un homme qui lit, ou qui pense, ou qui calcule, appartient à l’espèce et non au sexe; dans ses meilleurs moments il échappe même à l’humain. »

Marguerite Yourcenar

 

Lire demande un effort qui parfois n’est pas disponible, alors le livre glisse des mains ou les paupières tombent. Toutes ces phrases deviennent un mur infranchissable où l’on cherche en vain une porte d’accès. Les mots se refusent à livrer leur sens, il n’y a plus qu’à battre en retraite, accompagné par le clap de fin du livre qui se referme.

 

Ils pensent enfermer l’océan entre quatre murs et glissent dessus. Ça ne fait pas de vagues, il suffit de nommer la chose « indoor » et de noyer le tout dans la musique. 

Je propose de programmer le prochain Vendée Globe « indoor ». Dehors, c’est trop réel.

 

Victor Hugo

Juin…

Samedi 3 juin

« La santé est un état précaire qui ne laisse présager rien de bon. »

Jules Romains

 

Il n’y a plus que les vieux qui lisent sur les bancs publics, et pourtant, tourner une page demande plus d’effort que glisser du doigt sur la vitre d’un smartphone.

 

Aloïs Alzheimer et James Parkinson sont dans un bateau, Parkinson tombe à l’eau, qui reste à bord?…Qui?…

 

ghirlandaio

 

Juin…

Vendredi 2 juin

« Je donnerai une partie de ma vie pour savoir quelle était la pression barométrique moyenne au Paradis »

Lichtenberg

 

Souvent, le silence, celui de l’attente, du désert, de la campagne autour mais aussi la plainte, les cris. Silence, on tombe.

La chute, pas seulement celle des corps mais aussi celle des paupières, des dos, des peaux transparentes. Celle, manquante, de la phrase jamais terminée parce que le mot manque.

L’oubli, le mot qui fait défaut, puis la phrase et des pans entiers du langage s’écroulent sans fracas. Restent les ruines du discours et, au milieu, préservés, l’humour, la fulgurance d’une réplique, un sursaut, un sourire, les dernières preuves de leur passage sur terre.

 

Ce monde n’est qu’amour bien sûr, et ce geste des mains et des doigts réunis pour former un cœur improbable, surgit à tout propos: un but marqué, une chansonnette poussée, un passage télévisé, un selfie raté ou un infarctus déclaré…

 

Edouard Pignon-ouvrier-mort-1936

Juin…

Jeudi 1er juin

« La vie de chacun d’entre nous n’est pas une tentative d’aimer. Elle est l’unique essai. »

Pascal Quignard

 

L’écriture comme la peinture ou la photographie, c’est la même lutte contre le temps, contre ce qui disparaît, ce qui meurt, la même tentative d’arrêt sur image. C’est aussi la même vieille obsession de la trace, de la chasse, du passage, de l’empreinte creusée dans le sol, des herbes couchés, des poils laissés aux écorces des chênes, des excréments lâchés sur les drailles des causses.

 

« Sortir de sa zone de confort », expression à la mode qui doit signifier s’extirper de son canapé.

 

Richter, blanc, 2006

 

 

Mai…

Mercredi 31 mai

« Parler n’est pas communiquer. Parler n’est pas s’échanger et troquer -des idées, des objets-, parler n’est pas s’exprimer, désigner, tendre une tête bavarde vers les choses, doubler le monde d’un écho, d’une ombre parlée; parler c’est d’abord ouvrir la bouche et attaquer le monde avec, savoir mordre. »

Valère Novarina

 

La campagne, le vert partout, les chemins blancs, les collines solitaires, les maisons basses. Puis des petits bois, des arbres répartis au hasard, le ciel peint par dessus, tout est d’une grande banalité, parfaitement en place. tout allège et cicatrise le regard.

 

Sensation soudaine d’être frôlé, d’une présence à mes cotés, je me retourne, rien. Mon ange gardien a du laisser traîner ses ailes.

 

thewoundedangelhugo simberg

Mai…

Mardi 30 mai

« Homo festivus est en effet cet individu très spécial qui exige les roses sans épines, le génie sans la cruauté, le soleil sans les coups de soleil, le marxisme sans dogmatisme, les tigres sans les griffes et la vie sans la mort. »

Philippe Muray

 

Il y a belle lurette que ce beau lérot râblé râle à l’heure du lever.

 

Mon coiffeur est très rébarbatif et c’est bien ce que je lui demande.

 

Hodler Ferdinand autoportrait

Mai…

Lundi 29 mai

Tchouang Tseu rêva qu’il était papillon, voletant, heureux de son sort, ne sachant pas qu’il était Tchouang Tseu. Il se réveilla soudain et s’aperçut qu’il était Tchouang Tseu.

Il ne savait plus s’il était Tchouang Tseu qui venait de rêver qu’il était papillon ou s’il était un papillon qui rêvait qu’il était Tchouang tseu.

 

Roland-Garros à l’EHPAD. Des balles de tennis, une fois percées, sont fixées aux pieds des déambulateurs pour leur éviter de grincer sur le sol. Les couloirs sont ainsi parcourus de balles jaunes silencieuses poussées par René Lacoste et Suzanne Lenglen.

 

Dans mon enfance, on ne disait pas ôter un vêtement mais le quitter, on s’en séparait en effet. C’est ce que ma mère disait en écorchant un lapin, « on quitte le tricot au lapin »; ce qui me rassurait à moitié devant cette chair rose mise à nue, ce déshabillage radical et mortuaire.

 

soutine boeuf ecorché

Mai…

Dimanche 28 mai

« La nuit n’est peut-être que la paupière du jour. »

Omar Khayyâm

 

Tic de langage énervant: « Carrément! »

« Tu vas bien? »- « Carrément! »

Alors que « Rondement! » conviendrait bien mieux.

 

« Ça me parle! », expression récurrente très agaçante et assez étonnante si l’on songe que la dernière personne à l’avoir employée, à juste titre, est Jeanne d’Arc.

 

Rothko, Untitled, Black on gray, Guggenheim, 1970

Mai…

Samedi 27 mai

« Aucun des gestes de Monsieur Knott ne pouvait passer pour caractéristique sinon peut-être celui qui consistait en l’obturation simultanée des cavités de la face, les pouces dans la bouche, les index dans les oreilles, les auriculaires dans les narines, les annulaires dans les yeux et les majeurs, aptes en temps de crise à activer la cérébration, posés contre les tempes. »

Samuel Beckett

 

Un moustique ronfle à mon oreille et me réveille, je le secoue gentiment et ce matin, je le trouve démantelé sur le traversin. Il a du faire un cauchemar.

 

La montée de l’intégrisme touche toutes les religions. Les jusqu’au bouddhistes ne sont pas en reste et veulent rendre la réincarnation obligatoire.

 

Francis Bacon , portrait Lucian Freud

Mai…

Vendredi 26 mai

« Comment ne pas être frappé par la simultanéité de cette entreprise de ratissage de la forêt mentale avec l’anéantissement de certaines forêts d’Amérique du Sud sous le prétexte d’y faire passer des autoroutes?

Et comment douter qu’à la rupture des grands équilibres biologiques qui s’en est suivie ne correspond pas une rupture comparable des grands équilibres sensibles dans lesquels notre pensée trouvait encore à se nourrir? »

Annie Lebrun

 

Fermer les yeux n’est pas se couper du monde mais en découvrir un autre, celui qui est derrière les paupières, celui des images mentales et des rêves. Le monde perdu de l’intériorité.

 

La bergeronnette grise se souvient qu’elle était un dinosaure, c’est pour cela qu’elle persiste à marcher une patte devant l’autre, imaginant qu’elle fait trembler les allées du parc bordelais.

 

The Poringland Oak c.1818-20 by John Crome 1768-1821

 

Mai…

Jeudi 25 mai

Coccinelle

Une petite tortue qui tout d’un coup s’envole

Cochon 

Tout est beau, il faut parler du cochon comme d’une fleur

Chat

L’idéal du calme est un chat assis

Tweets de Jules Renard

 

Dominique

Un chien errant, qui montre parfois des crocs usés par les échecs

Eric

Un grizzli mégalomane et doucement tyrannique

Laure

Un suricate confus aux rires tragiques

 

Prêcher dans le désert. Il y a toujours la possibilité qu’un fennec dresse l’oreille.

 

Van Dongen the-corn-poppy-1919

 

Mai…

Mercredi 24 mai

« Vivre est un exercice qui chaque jour rature l’habitude. »

Bernard Noël

 

Le train file dans la brume au milieu des vignes grillées par le gel. Je sais où il va, je sais où je descends mais je préférerais l’ignorer ce matin et foncer, immobile, sans objet, puis me réveiller en gare inconnue dans un tableau de Delvaux. 

 

Il se prend tellement au sérieux que lorsqu’il rit il croit que c’est quelqu’un d’autre.

 

Lotto lorenzo Portrait de jeune homme à la lampe 1508

 

Mai…

Mardi 23 mai

« La liberté est un mot qui refuse de se taire. »

 

Asli Erdogan

 

Je parle avec madame C. atteinte de la maladie d’Alzheimer. Est-ce une discussion? Pas vraiment, un entretien? encore moins, un échange? à peine. Et pourtant, nous communiquons.

Je n’aime pas le terme de communication non verbale, la communication est toujours verbale chez l’être humain. Nous nageons dans le Verbe toute notre vie, nous sommes parlés avant que d’être et cités après notre mort. Un regard, un geste, un sourire, c’est de la parole, en tout cas de la pensée qui va avec. C’est du sous-entendu, du qui en dit long, du qui évoque ou équivoque.

Madame C. et moi, nous bavardons.

 

Le sommeil nous emporte loin tout de même et pour des voyages ahurissants. Nous sommes bien naïfs de nous abandonner ainsi tous les soirs persuadés que le matin nous trouvera semblables et à la même place.

 

Dali the-persistence-of-memory

 

Mai…

Lundi 22 mai

« La célébrité, la gloire, l’admiration de tous…bah…notre vanité n’en peut déjà plus quand la boule s’arrête sur le cochonnet. »

Eric Chevillard

 

Toujours cette fascination pour le beau temps, le bleu de carte postale, le ciel d’azur uniforme, comme aux ordres, sans personnalité. Un ciel vide, infantile avec son soleil jaune. 

Alors que ce matin, c’est Turner qui l’a peint et c’est autre chose, vraiment autre chose.

 

Il n’a pu résister longtemps, peut-être la nuit dernière, une nuit sans lune. Le voilà qui s’approche des rails, son énorme clé à molette à la main, il l’a repéré, c’est le plus faible, il a l’habitude. Il affirme son étreinte et desserre, le malheureux n’oppose qu’une faible résistance. 

Pas un cri, pas un témoin, le troisième écrou est emporté dans la nuit…

 

PaulDelvaux 1

Mai…

Dimanche 21 mai

« L’aube! Le soleil! La lumière! Ha! Les lents jours d’azur pour sa tête, ses flancs, et les petits sentiers pour ses pieds, toute cette clarté à tâter et à prendre. »

Samuel Beckett

 

Tous les amputés nous renvoient à la question de la complétude, de la perte et du statut de notre corps. Si je peux perdre mes quatre membres et être encore moi, qu’en est-il de ces morceaux? Que deviennent-ils une fois séparés du corps? Des abattis à numéroter avant leur dispersion ou une avant-garde du cadavre à venir?

Et pourtant, une simple rotule retrouvée dans une tombe évoque aussitôt l’être humain complet à qui elle appartenait.

 

Le jour montait vers lui si vite qu’il fut bientôt plongé dans la lumière de midi. le temps de gagner l’océan et l’orage creva, le laissant seul sur la jetée, avec dans la bouche une langue iodée et amère.

 

portrait d elizabeth Powis montrant amputation de sa jambe , Leonard

 

Mai…

Samedi 20 mai

« L’homme doit être laissé comme incompréhensible. »

Pascal Quignard

 

Les mots viennent rarement tout seuls, il faut parfois aller les chercher dans des lieux sombres et reculés puis les réveiller, les apprêter et les fixer rapidement sur la page. Ils se débattent alors et tentent de s’enfuir, une seule solution: les achever d’un trait de plume.

 

Je veux que mes cendres soient dispersées au-dessus d’un volcan, peléen de préférence mais un strombolien fera très bien l’affaire. Je tiens à rester incognito.

 

Schiele Egon (2)

Mai…

Vendredi 19 mai

« Poète est celui qui se sert des mots moins pour dévoiler leur sens immédiat que pour les contraindre à livrer ce que cache leur silence. » 

Arthur Adamov

 

Passer entre les doutes est nécessaire pour affronter la pluie de « Mais…

 

Une feuille de platane large et verte tombe à mes pieds. Elle ne passera pas l’été et sa chute précoce produit une accélération du temps soudaine qui me laisse vaguement inquiet.

 

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Mai…

Jeudi 18 mai

Le mai le joli mai en barque sur le Rhin

Des dames regardaient du haut de la montagne

Vous êtes si jolies mais la barque s’éloigne

Qui donc a fait pleurer les saules riverains

Guillaume Apollinaire

 

Brume ce matin sur les zones humides du libournais. Envie de se glisser dans leurs écharpes et d’y passer la matinée jusqu’à me dissiper.

 

L’urne funéraire a rendu son verdict, c’est l’abstention qui a gagné.

 

JamesTissot jeune fille dans une barque

Mai…

Mercredi 17 mai

« Les balbuzards et les mouettes disent que l’océan qui rompt enfin la digue qu’il bat et qui enfin se répand dans les rues est heureux. »

Pascal Quignard

 

La gare est situé dans le virage très relevé de la ligne TGV. Le TER qui s’y arrête penche donc fortement sur le flanc et semble offrir ses dessous bogies aux passagers qui se pressent pour l’escalader comme des porcelets cherchant une tétine libre sur le corps immense de leur mère truie.

 

Elles dorment et leurs jambes tournent sur des vélos orthopédiques. Ce n’est plus leur volonté qui les fait pédaler, de toute façon elles n’avancent pas, elles n’avancent plus depuis longtemps. Cyclistes dérisoires, petites reines du sur place, elles attendent patiemment la ligne d’arri

 

Féfé le cycliste

Mai…

Mardi 16 mai

« Bref, j’avais plus rien, j’avais plus de note, j’avais plus de mot j’avais plus que bref pour raconter la fuite de la partie de vie qui m’était toute partie. »

Valère Novarina

 

Nous étions des créatures célestes en puissance ou vouées aux enfers, mais promises à un avenir. Nous voilà condamnés à disparaître de la façon la plus définitive qui soit, laissant au mieux une traînée de bave bientôt sèche comme témoin de notre reptation sur terre.

 

S’il te plaît, récite moi un mouton, j’ai pas sommeil.

 

Hans_Hartung-Art_-_774_

Mai…

Lundi 15 mai

Un nouvel écrou a disparu ( si toutefois du nouveau peut ne plus être là ), ôté de la voie ferrée à Montmoreau et toujours aucun indice. C’est pas que je les compte mais j’attends le train et mon regard se porte forcément sur les traverses et les rails.

 

J’avais pensé à un maniaque, collectionneur d’écrous. Il y a sûrement un nom très compliqué, comme pour les porte-clés, pour désigner les collectionneurs d’écrous.

Un psychopathe qui les déroberait la nuit entre deux passages de TGV, et les emporterait pour les visser de force sur des boulons non consentants.

 

Ou alors, un cheminot. LE petit cheminot, qui les sème ensuite pour retrouver sa voie.

 

Hopper maison au bord de la voie ferré

Mai…

Dimanche 14 mai

« Mais il y a déjà si longtemps que je compte sur l’avenir. »

Emmanuel Bove

 

La clitorindienne fait flèche de tout doigt.

 

Elle marche entre deux barres parallèles cassée en deux, les mains à hauteur des épaules. Quatre mètres à l’aller, quatre mètres au retour. Lui, guère plus droit, la suit à l’aller, la précède au retour. C’est leur voyage de bosses trois fois par semaine sous l’œil attendri de la kinésithérapeute.

 

1924 Otto Dix (German artist, 1891-1969) Foundry Worker Franz  otto Dix 1862-1942 and Seamstress Louise Amann Dix 1864-1953 - The Artist's Parents 1924

 

Mai…

Samedi 13 mai

« Une poitrine pour y pleurer, mais une poitrine immense, sans forme, dessinant un espace aussi vaste qu’une nuit d’été, et pourtant toute proche, chaude, féminine, auprés de quelque foyer… Pouvoir y pleurer des choses impensables, des échecs dont je ne connais pas bien la nature, des tendresses pour des choses inexistantes, et de grands frissons d’anxiété devant je ne sais quel avenir. »

Fernando Pessoa

 

Blanc: examen blanc, balle à blanc, mariage blanc, manteau blanc, page blanche. Le blanc n’a rien d’innocent. Il peut noircir à tout moment.

Le blanc est la couleur de l’attente.

 

Le vent froid de la nuit le réveilla, la fenêtre ouverte laissa entrer une ombre terrifiante qui lui ressemblait. Quand elle fut sur lui, il hurla et elle devint le visage de sa mère qui se penchait sur lui, enfant.

 

campin 1435

Mai…

Vendredi 12 mai

« Il ne s’agit pas de savoir si je parle de moi de façon conforme à ce que je suis, mais si quand je parle, je suis le même que celui dont je parle. » Freud Sigmund

 

Il est dos au mur et devant lui s’ouvre un précipice. Rien d’extraordinaire. Comme tout le monde, il ne peut faire machine arrière et il ne sait rien de son avenir.

 

La tortue arrive juste au moment où la salade parvient à maturité.

 

PZ 401-013-1485

Mai…

Jeudi 11 mai 

« Deux jours à peine après avoir été inventé, le pain était déjà rassis. »

Eric Chevillard

 

Elles sont trois autour de la table ronde. Trois, la tête penchée ou plutôt abandonnée, pendue au bout de leur cou. Elles somnolent. trois visages également ridés, également vieux. trois têtes du même blanc, les trois grâces en hiver. Trio hors d’âge, elles semblent s’entraîner pour le grand sommeil qui les attend.

 

Il existe du foie gras végétal! Probablement issu de plantes grasses.

 

Lucas_Cranach_d.Ä._-_Drei_Grazien,_1531_(Musée_du_Louvre)

 

Mai…

Mercredi 10 mai

Je vois dépasser du siège situé devant moi des cheveux vermillons et aperçoit un béret rouge posé sur une grande valise. Grande frustration de ne pas voir la propriétaire de ces deux attributs. Peut-être un coup d’œil tout à l’heure en descendant du train.

 

J’imagine la cinquantaine brûlant ses dernières cartouches, faisant feu de tout bois; dernier incendie cherchant pompier pyromane, coucher de soleil pathétique voire feux de détresse, qui sait?

 

Pas du tout, c’est plutôt un chaperon rouge bien en chair, paré pour les faims de loup.

 

Emil Nolde femme 1912

Mai…

Mardi 9 mai

L’océan mange la côte, attaque les digues, ronge les maisons. Il nous a longtemps léché les pieds, maintenant, la submersion nous guette avec vue sous la mer.

 

Nous croisons plusieurs fois les mêmes personnes dans cette petite station balnéaire à l’unique rue commerçante. Impression de les connaître déjà, après tout, nous nous baignons dans la même eau et nous partageons le même bac à sable.

 

Sur la plage, plus on se rapproche de l’eau, plus le sable durcit. Il a donc toujours été destiné à faire du béton.

 

Nocturne: Blue and Silver - Chelsea 1871 by James Abbott McNeill Whistler 1834-1903

Mai…

Lundi 8 mai

 

« Il me semblait que tout langage est un écart de langage. »

 

Samuel Beckett

 

Le silence est devenu l’ennemi à abattre à tout prix. Acharnement contre ce qui permet nos bruits intérieurs, nos sons intimes, nos voix de tête, contre notre pensée.

 

Qui vole un œuf espère une autruche.

 

Mondrian Ocean 1915

 

Mai…

Samedi 6 mai 

« La molle-guillote, la malveinée, l’ashrang, la captive-petite-gloire, la benaise-des-saules. 

La demoiselle-en-fuite, la mascaratte, la belle-de-quatre-heures, la pituitaine, la douce-lieuse ou jeanne-de-minuit. »

Antoine Volodine

 

Gustave Flaubert. Eric Chevillard. Pascal Quignard. Samuel Beckett. Antoine Volodine. Pierre Michon. Albert Camus. Marcel Proust. James Ellroy. Miguel de Cervantès…

 

Tomber est une chose lorsque le sol ramène à la réalité de la maladresse, de la vieillesse ou de la malchance. Mais tomber dans du rien, dans un gouffre sans fond où nul hématome ne laissera de traces est une expérience tout autre. Seul le regard porte le souvenir de ces chutes infernales.

 

XIR3675

Mai…

Vendredi 5 mai

Il broyait le noir de la nuit pour habiller ses pensées du matin.

 

Le bleu du ciel ne lui évoquait qu’un gigantesque hématome à peine adouci par le coton des nuages.

 

Il projetait sur le mur blanc d’en face sa grande ombre si lasse qu’elle envisageait, elle aussi, de le quitter.

 

Franz Kline franz formes blanches 1955 MOMA

Mai…

Jeudi 4 mai

« On monte le crâne au grenier des réformés et on le laisse à la poussière des toits, à la rosée de l’aube. »

Pascal Quignard

 

Wim Wenders. Hong Sang-soo. Abbas Kiarostami. Nuri Bilge Ceylan. John Cassavetes. Jean Eustache. Pedro Almodovar. Federico Fellini. Akira Kurosawa. Jia Zangke…

 

La nuit ne tombe pas, ne vient pas. c’est le jour qui se retire. Le noir s’installe dans le vide né du retrait de la lumière. C’est elle qui nous abandonne à l’obscurité et à nos fantômes. Elle encore qui, au matin, nous arrache à nos voyages nocturnes.

 

EdwardHopper-SuninanEmptyRoom_Private(1963)

Mai…

Mercredi 3 mai

« L’humanité est devenue assez étrangère à elle même pour réussir à vivre sa propre destruction comme une jouissance esthétique de premier ordre. »

Walter Benjamin

 

Giorgione. Giotto di Bondone. Lucio Fontana. Jean Siméon Chardin. Mark Rothko. Giorgio Morandi. Jean-Baptiste Camille Corot. Joseph Mallord William Turner. Antoine Watteau. Pierre Bonnard…

 

Ce soir là, il ouvrit son livre de chevet, y plongea, le referma de l’intérieur en rabattant la première de couverture, s’installa entre les deux dernières lignes et s’endormit.

 

Max Ernst la ville entière 1935

Mai…

Mardi 2 mai

« L’humain s’attaque toujours à ce qu’il a de plus précieux, à savoir sa capacité de penser. »

Bernard Golse

 

Pascal: une détresse immense, un regard à la fois vide et plein de sa grande colère; une souffrance brute qui le rend parfois inapprochable. Et soudain, un sourire improbable illumine son visage: « Le samedi soir, moi, je mets radio Nostalgie et je danse seul… comme un fou. »

 

Fermer les yeux puis les tourner vers l’intérieur

Là se trouve l’écran de la pensée et des rêves

Appuyer sur le bouton play

Plus qu’à regarder et à s’endormir

 

Gustave Doré L'énigme 1871 Orsay

Mai..

Lundi 1er mai

« Les mots vous lâchent, il est des moments où même eux vous lâchent. »

Samuel Beckett

 

La coxo-fémorale vous dis-je. C’est là que ça joue moins bien, que la hanche grince. La fausse note me guette jusque dans la fosse iliaque.

 

Tout dans l’apparence, la gestuelle codée, la logorrhée. Pour les trouver, les rencontrer, il faut s’armer d’une machette puis se frayer un chemin dans cette jungle de superficialité. Parfois on tombe sur une clairière et un sujet enfin.

 

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