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septembre

Samedi 23 septembre

livre de la semaine

Black Village

Lutz Bassmann

Edition Verdier

 

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septembre

Vendredi 22 septembre

« Ce n’est pas dans la jouissance que consiste le bonheur, c’est dans le désir, c’est à briser les freins qu’on oppose à ce désir. »

Sade

 

Figure de poupe: tête de cul.

 

Ce qu’on croyait à jamais enfoui, éteint, assoupi, volcan d’Auvergne ou ce qui semblait immobile, inerte, glaciers millénaires ou banquises polaires se met parfois à bouger, à vibrer et on est partagé entre la crainte et l’espoir…

 

Friedrich Caspar David la mer de glaceCeC

septembre

Jeudi 21 septembre

« L’art est le terme sous lequel nous désignons une activité mentale dont l’exercice permet à l’espèce humaine d’affronter sa mortalité afin de tirer de cet affrontement même un surcroît de vie et de durée. »

Bernard Noël

 

« La normalité est une prison mentale. » dit-il.

Phrase un peu creuse et vaine face à la réalité de la folie. Je connais nombre de personnes psychotiques qui donnerait beaucoup pour cette normalité.

C’est plutôt la mornalité qui est à fuir.

 

Le vélo a ceci de formidable qu’il associe la ligne et le cercle. C’est en tournant en rond que l’on avance et c’est bien nous le moteur de cette révolution: le retour du même dans la progression.

 

fernand Léger, les loisirs, 1948,

 

septembre

Mercredi 20 septembre

Furu ike ya

Kawazu tobikomu

Mizu no oto

Matsuo Bashô

 

Le vieil étang

Une grenouille plonge

Bruit de l’eau

 

On a vidé le vieil étang, aucune trace de la grenouille de Bashô.

L’eau restera silencieuse.

 

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septembre

Mardi 19 septembre

« La danse, c’est se lever vraiment,

Le début, le commencement, l’attaque, la rétraction, le repliement des jarrets suivi de l’intensité surgissante…

C’est le plaisir même qui se prépare, cette tension, cette fermeté…

C’est le sentiment inouï que procurent tous les arts, et aussi l’amour, que l’arrivée arrive. C’est la beauté; ça y est; ça y est presque; c’est ça; on est enfin dans le commencement. »

Pascal Quignard

 

Ce qui finit par user puis tuer l’être humain, ce n’est pas seulement la maladie; c’est la répétition, le retour du même, le pareil, le semblable, tout ce qui donne ce regard vide, fatigué, déjà loin, de tant de vieux.

La mort reste le seul grand évènement, la seule nouveauté qui leur donne le courage de vivre.

 

Téléphoner dans le train, voilà sa raison d’être. A peine assise, elle verse dans le malheureux portable un flot d’informations urgentes ponctué de hennissements inquiétants.

Toute la rame songe à la défenestrer mais les trains sont désormais étanches et aucune ouverture ne peut s’y pratiquer tant qu’il roule.

Ne reste que l’espoir d’une fausse route entre deux hoquets de rire ou celui d’un déraillement.

 

Matisser-la-danse-moscou

 

septembre

Lundi 18 septembre

« Il y a un but mais pas de chemin; ce que nous nommons chemin est une hésitation. »

Shakespeare

 

Un dimanche gris et pluvieux est un bonheur pour les dépressifs, il leur permet de mieux se désespérer le lundi matin.

 

Bercé par les hoquets du train, il s’endormit et son livre se referma sur ses doigts. A son réveil, il vit qu’ils avaient poursuivi la lecture et réécrit la fin.

 

Constable, Etude de paysage de mer, Londres, 1824, 1828

 

septembre

Samedi 16 septembre

Livre de la semaine:

Défense de Prosper Brouillon

Eric Chevillard

Les éditions NOIR sur BLANC

Jubilatoire!

 

Chevillard

septembre

Vendredi 15 septembre

« Pour le week-end, nous avons voulu faire les châteaux de la Loire. Malheureusement, ils étaient déjà faits. »

Francis Blanche

 

Avec ses deux bras levés, coudes légèrement pliés, les mains cherchant à se joindre sans y parvenir; elle ressemble à une mante religieuse qui aurait perdu la foi.

 

La peur, dénominateur commun à tous les êtres humains, peut-être même ce qui nous caractérise, nous façonne, nous détermine depuis notre apparition sur terre. Homo sapiens est surtout Homo timere.

 

Munch, Scream 1893

 

septembre

Jeudi 14 septembre

« Toujours l’avenir est bon, la situation est positive, le groupe est innocent en gros, les enfants sont gentils à peu près, la paix ne va pas tarder à venir alors qu’elle n’a jamais été présente une heure. »

Pascal Quignard

 

Deux fois plus de kangourous que d’habitants en Australie, ils ont beau les lancer le plus loin possible, ils reviennent toujours.

 

Quelle chance pour les cinéphiles! Il y a de plus en plus de cinéma d’arrêt-décés diffusant des films remarquablement bien pensés pour ne plus penser.

 

Edward Hopper, Newyork-movie

 

septembre

Mercredi 13 septembre

« Ceux qui aiment marcher en rang sur une musique: ce ne peut être que par erreur qu’ils ont reçu un cerveau, une moëlle épinière leur suffirait amplement. »

Albert Einstein

 

Pas de suite dans les idées, il avait beau longer studieusement ses axones, franchir souplement ses synapses, toujours une idée fixe l’arrêtait, le temps de parlementer et il oubliait…Il pensait en pointillés.

 

Publicité pour un club de fitness (car la rentrée doit désormais s’accompagner de mouvements robotisés exécutés en cadence et en sueur):

« Cher miroir, prépare toi à une belle surprise!

Gros bisous…

Moi. »

 

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septembre

Mardi 12 septembre

« Le néant des géants m’importune; moi j’admire, ébloui, la grandeur des petits. »

Victor Hugo

 

Panne de stylo

Le Bic ad hoc est occis

Page déserte

 

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septembre

Lundi 11 septembre

« D’abord il n’y a rien, puis un rien profond, puis une profondeur bleue. »

Gaston Bachelard

 

J’ai raclé les fonds de tiroir, retourné mes poches, plus une ligne, pas un mot, quelques syllabes rouillées incapables de se lier. Il va bien falloir s’y résoudre, je n’ai rien à écrire.

 

 

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Septembre

Vendredi 8 septembre

« Exagération volontaire de défauts physiques

Pollution nocturne

Aménagement de taupinières sans autorisation des taupes

Position foetale puis fausse couche… »

Lutz Bassmann

 

Nous savions que le ciel était vide depuis la mort de dieu, nous apprenons que les oiseaux disparaissent. Quand nous aurons décroché la lune, ne resteront que des nuages aux formes étranges. Sous un soleil blanc, nous tapoterons nos derniers SOS.

 

Le cyclone n’a pas fermé l’oeil de la nuit.

 

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Septembre

Jeudi 7 septembre

« Indifférence à l’arrivée de l’aube et à la proximité de la mer

Absence de pouls avec récidive

Interprétation tendancieuse du mode d’emploi des sèches-cheveux

Emission de gaz à effet de serre en présence d’autorités médicales… »

Lutz Bassmann

 

Je me souviens du christ en bois polychrome sans bras et sans croix cloué au mur de l’église de Blesle.

 

Ecrire c’est aligner des chiures de mouche constipée

 

Crivelli Carlo

 

Septembre

Mercredi 6 septembre

« Aide à la fabrication de chaises roulantes défectueuses

Danse lascive avec des kolkoziennes de petite taille

Abandon de membres postérieurs sur la voie publique

Introduction de sobriquets dans une nomenclature zoologique officielle… »

Lutz Bassmann

 

« Haut le choeur! » cria-t-il et ils vomirent tous de concert.

 

Ces deux gamins ne cessent de renifler et tendent leur nez morveux à leur mère respective qui essorent leurs museaux. Ils sont de mèche, il n’y a aucun doute.

 

Mary Cassat portrait de fillette Bordeaux

 

Septembre

Mardi 5 septembre

« Atteinte au moral des grands plantigrades

Apprentissage passif de jiu-jitsu

Utilisation de sacs de couchages pendant un discours officiel

Postures nocturnes indécentes… »

Lutz Bassmann (Volodine)

 

Son regard à remonter le temps me fixe du haut de ses 98 ans.

 

Empierrer, cimenter, bitumer, goudronner, asphalter. Encore et toujours recouvrir la planète d’une immense croûte grise semble être le but de l’être humain depuis qu’il a inventé la roue.

 

 

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Septembre

Lundi 4 septembre

Liste de chefs d’inculpation:

« Achat de meringues en vue d’un enrichissement personnel

Dépose de cadavres devant une sortie de secours

Acclimatation forcée de pachydermes

Lavage de cerveaux avec produits interdits… »

Lutz Bassmann

 

Ne pas confondre opération des végétations et épilation au laser.

 

La peau sur les os, et voilà le squelette prêt à affronter la pluie.

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Septembre

Vendredi 1er septembre

« La politique c’est la curée, au grand soleil, de la fortune des citoyens, des pauvres, des besogneux, par des hommes ayant mission de la protéger. »

Jules Delahaye

 

Dans cette exposition, il s’agit surtout de passer entre les croûtes.

 

La terre est une toupie lancée par un dieu désoeuvré et infantile.

 

chardin-enfant-toton

Août…

Jeudi 31 août

« Couvrez de tissus, d’étoffe, de soie, de luxe, de tatouages, de bijoux, les corps, la nudité aïeule simiesque surgit au détour d’un crevé ou d’un pli. »

Pascal Quignard

 

La gare ressemble à une maquette de chemin de fer avec ses maisons bourgeoises bien rangées, ses arbres de plastique et ses passagers immobiles sur le quai. Je regarde par la vitre et aperçoit la main géante de l’enfant qui va saisir le wagon vétuste pour le remplacer par un TGV.

 

Dans le cimetière de Frontenay, une tombe porte le nom de Page Blanche? Est-elle restée vierge toute sa vie?

 

Van Ruisdael Jacob Isaaksz le cimetiere juif

Août…

Mercredi 30 août

« Je dis souvent- mais c’est un appel plutôt qu’une affirmation- que pour lutter contre la transparence généralisée, et totalitaire, que les médias installent sous la forme du consensus, il ne nous reste que l’opacité du poème. Pourquoi? Parce que l’obscur est inconsommable! »

Bernard Noël

 

« Signalez tout colis ou objet qui vous semble abandonné ». Et cet homme debout dans l’allée les bras pendants, un peu hagard, trop couvert, le regard vide, qui s’assoit brusquement et se relève aussitôt, on en fait quoi?

 

Poser un lapin

Développement du râble

Manger un civet

 

albrecht.durer..jeune.lievre.-1502-

 

Août…

Mardi 29 août

« On entendra ici, par « progrés de l’ignorance » moins la disparition de connaissances indispensables au sens où elle est habituellement déplorée (et assez souvent à juste titre) que le déclin régulier de l’intelligence critique, c’est à dire de cette aptitude fondamentale de l’homme à comprendre à la fois dans quel monde il est amené à vivre et à partir de quelles conditions la révolte contre ce monde est une nécessité morale. »

Jean-Claude Michéa

 

La maladie d’Alzheimer, c’est ce qui reste quand on a tout oublié.

 

Depuis l’arrivée des smartphones et autres tablettes, le paysage défile désormais seul, les vaches regardent toujours les trains mais plus personne ne regarde les vaches.

 

Eugène Boudin

Août…

Lundi 28 août

« Mais si aprés la mort, nous ne devons plus exister, pourquoi vois-je, la plupart des nuits, chaque tombe s’ouvrir, et leurs habitants, soulever doucement les couvercles de plomb, pour aller respirer l’air frais.

Lautréamont

 

Retrouvé le geste de faire exploser les balsamines, une légère pression entre le pouce et l’index, la gousse éclate en libérant quatre ou cinq graines noires. Sensation suffisamment agréable pour la renouveler, déception de mal juger et d’appuyer en vain sur le sac qui paraissait prêt à lâcher son contenu.

 

Les clones sont déjà là, le débat éthique n’a plus lieu d’être. Il suffit de regarder autour de soi, ils passent dans les rues: mêmes démarches, mêmes vêtements, même coiffure. Ils parlent: même accent, même vocabulaire, mêmes gestes. Ils mangent? même menu. vont-ils au cinéma? même film bien sûr tout en écoutant la même musique.

Et les mêmes slogans publicitaires leur diront qu’ils sont uniques…

 

Baselitz bons_amis

Août…

Dimanche 27 aôut

« La rentrée littéraire est ainsi définitivement passée en 2002 du registre bon enfant à celui d’une pesante farce à répétition, seulement comparable au beaujolais nouveau quant au mercantilisme et à la médiocrité du produit. »

Eric Naulleau

 

Août…

Mardi 1er août

“Les vacances datent de la plus haute antiquité. Elles se composent régulièrement de pluies fines coupées d’orages plus importants.”

Alexandre Vialatte

Juillet

Lundi 31 juillet

« Mais dés qu’il ne fut plus fou, il devint bête. Il y a des maux dont il ne faut pas chercher à guérir parce qu’ils nous protègent seuls contre de plus graves. »

Marcel Proust

 

La fascination pour les écrans est totale, on peut parier que sur nos lits de mort, nous passerons nos derniers SMS et prendrons nos derniers selfies avec les infirmières.

 

Et puis, à flanc de colline, ces routes qui hésitent à redevenir chemin, leur bitume percé d’une saignée verte.

 

Hockney 2009

 

Juillet

Vendredi 28 juillet

« Quand le citoyen-écologiste prétend poser la question la plus dérangeante en demandant: Quel monde allons nous laisser à nos enfants?, il évite de poser cette autre question, réellement inquiétante: A quels enfants allons nous laisser le monde? »

Jean-Claude Michéa

 

Certaines personnes sont sidérées par les possibilités de leur téléphone, elles le contemplent comme un primitif devait contempler ses dieux.

 

L’être humain est un être pour la pesanteur. C’est elle qui l’ancre au sol, qui l’oblige à s’en arracher, à se verticaliser et qui finit par le mettre en terre.

 

Chagall the-promenade-1918

Juillet

Jeudi 27 juillet

Il passa la main dans ses cheveux et ne les trouva pas, ni le crâne lisse qui aurait pu les remplacer; ce fut un contact inconnu, un peu humide et spongieux, son cerveau était à nu, ses pensées les plus secrètes désormais visibles par tous. Aussitôt, il se couvrit la tête de ses mains mais on pouvait voir entre ses doigts s’échapper des images intimes, des phrases très personnelles sous forme de longs phylactères.

 

Puis ses souvenirs s’enfuirent, d’abord les plus récents, ensuite ceux de sa jeunesse et même ses premiers mots furent effacés. 

 

Soudain sous ses mains une enveloppe rigide commença à recouvrir sa nudité corticale (la dure-mère), puis une coquille osseuse se mit à croître. tout recommençait.

 

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Juillet

Mercredi 26 juillet

« L’utopie vaut mieux que la science des morts-vivants, car elle maintient battante l’ouverture. »

Bernard Noêl

 

La fille de la boulangère joue encore à la marchande malgré ses trente ans environ, et le visage de sa mère commence à apparaître en surimpression sur le sien de façon troublante. Trop tard pour sortir du rôle.

 

Petit plaisir de motricité fine, écarter les lames du store avec le majeur et l’index.

 

Henri Matisse

 

juillet

Mardi 25 juillet

« Nos tristesses sont des aubes nouvelles où l’inconnu nous visite. »

Rainer Maria Rilke

 

Mdr…R.I.P.

 

Hall de la gare

Les bagages à surveiller

C’est la consigne

 

gare-montparnasse-the-melancholy-of-departure-by-giorgio-de-chirico-1914

 

juillet

Lundi 24 juillet

« C’est moi! », connaît-on le nombre de personnes qui se font ouvrir une porte en disant cette simple phrase à l’interphone?

 

Et le nombre de celles qui s’entendent répondre: « Qui moi? »

 

En deux phrases, c’est toute une problématique identitaire qui se déploie.

 

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Juillet

Jeudi 20 juillet

Que font les tournesols la nuit? Inclinent-ils leurs lourdes têtes devant la lune? Ou bien leur propre lumière leur fait-elle oublier les ténèbres?

 

Elle se remaquille en face de moi et, allez savoir pourquoi, elle préfère utiliser un miroir plutôt que mon regard. 

 

Les faits se sont penchés sur son berceau et sont têtus, ce nid douillet va se renverser, il n’a pas été monté correctement.

 

Berthe Morisot Le berceau

Juillet

Mercredi 19 juillet

« Tout travail fait avec plaisir est de l’art, et pareil travail met au monde une liberté qui brise hiérarchie, compétition et pouvoir, c’est à dire la trinité de la société libérale. »

Bernard Noël

 

Quelle mouche a piqué ce moustique, il ronfle du matin au soir.

 

Encore un vélo attaché à un poteau qui meurt dans la nuit enroulé au pied de son amarrage, les roues en l’air.

 

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Juillet

Mardi 18 juillet

Les publicités ne nous épargnent rien de la vie intérieure de nos contemporains. Vie riche en guerres intestinales, en fuites, débâcles et autres mictions trop possibles. Il est vrai que la panse et ses dépendances sont plus à la mode que la pensée.

 

Seuls les vieux TER aux vitres ouvrables, avec leurs manivelles hors d’âge, permettent de sentir l’odeur de moisi frais des tunnels les jours de canicule.

 

Elle avait inscrit son numéro de portable sur le front de cet inconnu et s’était enfuie dans la nuit. Il restait là, seul, sans miroir, tête nue sous la pluie qui commençait à tomber drue. lorsque les gouttes coulèrent sur ses joues, il y passa la main: c’était de l’encre violette.

 

Hiroshige Le pont Ohashi et Atake

Juillet

Lundi 17 juillet

C’est au pied du platane qu’on voit la camionnette compressée du maçon pressé.

 

Longiligne, c’est le mot qui vient à l’esprit quand on la regarde. Squelettique est celui qui convient quand on la touche.

 

Le percnoptère tournait juste au-dessus de lui, il l’avait reconnu à son plumage blanc et à ses rémiges noires, impossible de le confondre avec le gypaète barbu à l’envergure plus grande, aux ailes étroites et anguleuses. Il sourit, ce serait donc un vautour qui assisterait à son dernier vol. la voile du parapente frissonnait derrière lui, prête à enfler. Le percnoptère siffla; bien calé dans sa sellette, il s’élança…

 

Gustave_Moreau oedipe et le sphinx

Juillet

Vendredi 14 juillet

Il a beau ouvrir la bouche, écarquiller les yeux, dilater ses narines et autres orifices, il ne parvient pas à s’échapper de lui même.

 

Seule sa pensée s’évade parfois et reste longuement dehors. Il a de plus en plus de mal à la rappeler bien que lui ménageant un espace douillet entre ses deux hémisphères cérébraux.

 

Il sait qu’un jour elle le quittera pour voler de ses propres ailes et il errera dans son for intérieur déserté où les courants d’air feront trembler ses dernières neurones.

 

Courbet_-_Le_Désespéré

Juillet

Jeudi 13 juillet

Il s’est fait monter un cou de jeune pour éviter le coup de vieux mais sa vieille tête blanche et branlante rend l’opération peu convaincante.

 

Comme nous ne le regardons plus, tant il est vrai que les choses n’existent que par l’œil que nous posons dessus, le paysage qui défilait et berçait nos heures ferroviaires s’efface peu à peu. Les vaches retournent à leurs ruminations, les villages se meurent autour de leurs clochers et les banlieues n’en finissent pas de graffer leur béton. Le monde est désormais réduit aux écrans si bien nommés qu’il nous sera bientôt caché à jamais.

 

Personne ne pense à créer des bars à poux et pourtant tout le monde y gagnerait dans un épouillage très favorable au renforcement des liens sociaux.

 

Anselm Kiefer_A_Tierra-de-los-dos-rios-Zweistromland_1995

Juillet

Mercredi 12 juillet

Le charme de ce lieu opère mais sans anesthésie et on se rend vite compte que c’est en fait un sale endroit.

 

Ce ventriloque surdoué parle aussi du nez et seules ses oreilles bougent.

 

Il a pris ses jambes à son cou, les a malencontreusement croisées et s’est étranglé dans sa fuite.

 

Garouste-2

Juillet

Mardi 11 juillet

« Le corps est une plaie et la mort, sa cicatrice »

ARNO

 

Démêlez les chevaux et vous toucherez le tiercé dans l’ordre. 

 

On n’est jamais si bien selfie que par soi-même.

 

Francis-Bacon-Self-Portrait-8

 

 

Juillet

Lundi 10 juillet

« Nous sommes des poissons sur le sable-sauf que nous le sommes sans douleur par ignorance de la mer, ou de l’espace infini. »

Bernard Noël

 

Nous y voilà enfin! le muscle a remplacé la pensée, un gros biceps bande désormais à la place du cerveau.

 

Pendant que la montagne accouchait d’une souris, de la taupinière sortait un éléphant.

 

Friedrich_Wanderer_above_the_sea_of_fog

 

 

Juillet

Vendredi 7 juillet

« Il est profondément injuste qu’un homme puisse naître et mourir sans qu’on ait parlé de lui. »

Roland Barthes

 

Avec l’âge, le monde finit par s’effriter, se brouiller, se flouter, fatigué de nous apparaître toujours le même. Ce n’est pas que nous voyons moins bien, c’est le décor qui se fane.

 

Les montres sont de plus en plus grosses, énormes, on dirait des assiettes posées sur les poignets avec les aiguilles comme couverts. Mais personne à servir, non, c’est de la monstration, de la vitrine d’horloger: voyez, j’ai toutes les minutes à moi, le temps doit passer par moi, je suis le maître des heures, d’ailleurs, je leur ai mis les bracelets.

 

 

Gasiorowski Gérard Ida 1983 fr

Juillet

Jeudi 6 juillet

« Qu’est-ce que la vie dans le corps, sinon le perpétuel suintement d’une chose obscure dont la perception terrifie…La mort qui s’avance sous le couvert de notre vie. »

Bernard Noêl

 

Ce vieux Robert est tombé, chute de vélo, il ne portait pas de casque mais un bob défraîchi sur lequel était inscrit: « Cochonou un p’tit bout de chez nous ». Sur le bitume, sont restés quelques lambeaux de peau.

 

Nos passions et loisirs tiennent surtout à des rencontres, à un hasard, puis on appartient à un milieu, à une tribu avec ses rites, son langage et on finit par se persuader que c’est nous qui avons choisi. Ainsi, je pratique l’aïkido, mais si le dojo avait été fermé le jour de mon inscription, je passerai mes week-ends à la chasse aux papillons ou dans les concours de labour.

 

Musée_d'Orsay_-_Rosa_Bonheur_-_Labourage_nivernais_-_001

 

Juillet

Mercredi 5 juillet

Méfiez-vous de l’eau qui dort même profondément, de l’eau stagnante des marais recouverts de lentilles vertes, de l’eau qui pétille de malice, de l’eau perdue des puits abandonnés, de l’eau glacée qui mord les mollets, de l’eau de vie qui brûle la gorge et de l’eau que les noyés recrachent sur les plages de l’été.

 

Je m’inquiète de la déforestation des aisselles et des pubis féminins. C’est tout un écosystème qui disparaît. Peut-être que l’injonction à ne plus porter de fourrure animale a été mal comprise.

 

Qui sait si dans ces niches écologiques nous n’aurions pas trouvé refuge une fois la planète totalement épilée.

 

Courbet (2)

Juillet

Mardi 4 juillet

Peut-être n’avons nous pas assez protesté. Tout le monde est concerné et à ce jour aucune manifestation d’envergure, aucune pétition, pas de révolte contre ce qui ressemble à une résignation voire à une capitulation devant le vieillissement pourtant flagrant et aggravé d’année en année de l’immense majorité de nos concitoyens.

 

Je suis le seul à lire dans ce train et j’en ressens une certaine culpabilité mais mes glissements de doigts et autres tapotements rapides du pouce sur les pages ne trompent personne.

 

Qui veut voyager loin vole un bœuf.

 

auguste-renoir.-claude-monet-le-liseur-1872-

 

Juillet

Lundi 3 juillet

Il a peint un « autoportrait au selfie » qu’il ne cesse de contempler.

 

Ce grand myope pense avoir tué un éléphant, en réalité, il s’agit d’un énorme papillon dont les larges ailes grises ont dû le tromper.

 

De plus, les papillons possèdent également une trompe. leur barrissement, bien que moins effrayant, n’en est pas moins audible certains soirs d’été si on a sous la main une oreille d’éléphant.

 

 

Salvador-Dali

Juillet

Dimanche 2 juillet

« Dés qu’on pense, on devient androgyne. »

Annie Le Brun

 

C’est l’effet boule de gomme, tout s’efface derrière nous.

 

Qui ne tente rien n’attente à rien.

 

Jawlensky,_Alexej_-_Portrait_of_the_Dancer_Aleksandr_Sakharov_-_Google_Art_Project

 

Juillet

Samedi 1er juillet

« Les larmes du monde sont immuables. pour chacun qui se met à pleurer; quelque part un autre s’arrête. Il en va de même du rire. Ne disons pas du mal de notre époque, elle n’est pas plus malheureuse que les précédentes. N’en disons pas de bien non plus. N’en parlons pas. »

Samuel Beckett

 

Pour mettre tout à plat, par exemple ce que j’ai sur l’estomac, il suffirait d’un renvoi et je saurai enfin ce que je ne digère pas. Cependant, n’en faisons pas tout un plat.

 

Le sikhisme est une religion monothéiste alors que le cyclisme demande de croire en deux roues, au moins.

 

Goncharova 1913,_The_Cyclist,_oil_on_canvas,_78_x_105_cm,_The_Russian_Museum,_St.Petersburg

Juin…

Vendredi 30 juin

« Ecrire c’est abandonner le monde, par peur; ne pas écrire, c’est s’y abandonner, par paresse. »

ARNO ( blog: « les restes du banquet »)

 

Echange de regards, celui-là contre celui-ci…que je possède en double, me dit cette jolie femme atteinte d’un magnifique strabisme.

 

« On va voir ce qu’il a dans le ventre », il vit le chirurgien saisir son bistouri et, dans le couloir, l’anesthésiste qui arrivait en courant…

 

Rembrandt

 

Juin…

Jeudi 29 juin

« La philosophie offre à l’homme un asile dans lequel aucune tyrannie ne peut entrer, la caverne de l’intimité, le labyrinthe de la poitrine: ce qui rend les tyrans furieux. »

Nietzche

 

On devrait pouvoir tourner la tête à 360 degrés et ainsi surveiller ses arrières, se regarder marcher, être sur ses propres talons et avancer confiant vers un avenir d’autant moins inquiétant qu’on ne le verrait que par intermittence.

 

La nuit n’est plus sombre, elle est apprivoisée, éclairée, elle a perdu tout mystère. On ne peut plus s’y fondre, se réfugier dans ce noir qui faisait disparaître nos pieds, le bout de notre nez jusqu’à douter de notre existence. Seuls nos rires nerveux nous rassuraient et la lueur des feux d’une voiture lointaine devenait le phare qui nous évitait de sombrer dans cette encre envoûtante.

 

 

Soulages triptyque

Juin…

Mercredi 28 juin

« Dans nos sociétés dites démocratiques, nous ne sommes pas en principe censurés, privés de parole, mais sensurés – privés de sens. »

Bernard Noël 

 

Il percevait les mouvements légers de ses neurones se connectant, déversant de l’une à l’autre leurs neurotransmetteurs chimiques. Toute sa pensée en action pour tenter de répondre à une des questions centrales de l’existence: où avait-il posé ses clés?

 

Le sandwich a ceci de particulier qu’il rejette aussitôt son contenu dans les doigts dés que l’on mord dedans.

 

mothe printemps orangerie 30-av - 1

Juin…

« L’écriture est la représentation invisible de la pensée. La peinture en est la représentation visible. »

Magritte

 

Quel est ce chant? s’interroge Dumitru à son réveil. Il hésite longuement entre l’hourlu des Carpates, la vinzelle à bracelet et la coucouline des toits, à moins que… la riboudelle boudeuse peut-être. Finalement, il opte pour le grostarin cassecouilles.

 

Le port du chignon donne à cette jeune femme un air hautain rapidement démenti par son mètre cinquante-cinq.

 

Magritte la géante

Juin…

Lundi 26 juin

« Très précisément, chaque mot désigne l’inconnu. Ce que tu ne sais pas, dis le. Ce que tu ne possède pas, donne-le. Ce dont on ne peut parler, c’est cela qu’il faut dire. »

Valère Novarina

 

Par une troublante coïncidence, la largeur de la paume des mains correspond exactement à la taille des téléphones portables. Ainsi, la greffe à venir sera grandement facilitée.

 

Le rire n’est jamais sûr.

 

Gerstl autoportrait riant 1907

Juin…

Dimanche 25 juin

« Le dimanche, on subit le temps et c’est comme si on retenait son souffle et essayait de voir comment sera l’au-delà. Les dimanches sont une maladie invisible, comme un mal intérieur, une maladie morale. »

Enrique Vila-matas

 

Je me souviens de l’odeur du foin coupé et des étables aux mouches innombrables, du contact rêche du maïs sur nos bras nus, des chaumes blessant nos pieds mal chaussés, du poids des bottes de paille piquées sur les fourches à deux dents et des meuglements lourds des vaches à la traite.

 

Les doigts de pied en éventail, facile, mais quelle souplesse pour l’agiter devant le visage.

 

Paulus_Potter_-_De_Stier

Juin…

Samedi 24 juin

« Vieillards nus qui tenez à la vie, ne vous attardez pas près des corbeilles à papier. »

Eric Chevillard

 

Moitié homme, moitié bobo: Bioman, Bioman…

 

Je me souviens des éclats métalliques des goujons sur la pierre enjambant le ruisseau, du vert lumineux des près mouillés par les rigoles, des nuits d’un noir disparu parfois griffées d’une étoile filante et du silence brûlant des après-midi d’été.

 

Goya les vieilles ou le temps 1808 lille

Juin…

Vendredi 23 juin

« Efforcez-vous d’aimer vos questions elles-mêmes, chacune comme une pièce qui vous serait fermée, comme un livre écrit dans une langue étrangère…Ne vivez pour l’instant que vos questions. Peut-être en les vivant, finirez vous par entrer insensiblement dans les réponses. »

Rainer Maria Rilke

 

Elle savait admirablement cuisiner le dromadaire à la sauce béchamel. Il était le roi du chameau sauce madère. Ils étaient prêts pour la traversée du désert.

 

Ne comptez pas sur moi pour économisez l’eau. Après moi le déluge.

 

Poussin-les-quatre-saisons, l-hiver-1660-64

Juin…

Jeudi 22 juin

« Ever tried. Ever failed. No matter. Try again. Fail again. Fail better. »

Samuel Beckett

 

Il danse, léger, presque aérien, avec l’infirmière. Dès que la musique cesse, il reprend sa marche chaotique, heurtée, en lutte permanente avec le sol.

 

On lui reproche sa sensibilité à pot de fleurs.

 

le caravage Canestra_di_frutta1596

 

Juin…

Mercredi 21 juin

« Voilà la grande erreur de toujours: s’imaginer que les êtres pensent ce qu’ils disent. »

Jacques lacan

 

Notre contrôleur a tendance à bien dé-ta-cher les syllabes quand il annonce les gares, ce qui le met parfaitement en harmonie avec les cahots du train.

 

La veillée d’armes se transforma en sommeil de plomb. Au matin, il était léger comme une plume et le souffle de l’ennemi l’éparpilla.

 

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Juin…

Mardi 20 juin

« L’Autofictif » blog d’Eric Chevillard. Apport quotidien indispensable à l’organisme.

 

Les platanes au-dessus de la mare ont chaud et ôtent leur écorce qui tombe au sol dénudant leurs branches blanches.

On voit bien qu’ils hésitent à piquer une tête.

 

Vigilance orange, pourquoi ne pas la presser et ainsi lutter contre la canicule.

 

 Cabanel Alexandre1863_The_Birth_of_Venus

Juin…

Lundi 19 juin

« L’art est dans la tentative et cette façon de comprendre ce-qui-est-en-dehors-de-nous en utilisant uniquement ce qui se trouve en nous est l’une des tâches émotionnelles et intellectuelles les plus ardues à laquelle on puisse s’atteler. »

Dora Rester

 

La voix pré-enregistrée dans le TER flambant neuf, sans accent, sans faute de syntaxe, sans hésitation. Aucune chance de se tromper, nous sommes condamnés à arriver à destination.

 

Retour dans le vieux TER et j’entends: » Une majoration forfaitaire sera t ’appliquée. »

Enfin, une voix humaine!

 

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Juin…

Dimanche 18 juin

« N’a de convictions que celui qui n’a rien approfondi. »

Cioran

 

La phrase magique pour faire accepter n’importe quelle manifestation plus ou moins débile ou faire taire une critique: « C’est festif! » Ah! Excusez-moi, dans ce cas, alors, oui…

 

Encore un dimanche qui tombe la veille d’un lundi. 

 

Goya_Dog

Juin…

Samedi 17 juin

« Tu aurais du savoir que ton corps va jusqu’où vont tes yeux. »

Bernard Noël

 

Marie-Paule se rue sur les bonbons au chocolat. « Mais c’est le troisième!  » lui dis-je.

« Non! c’est le dernier! » me répond-elle.

 

Tchaïkovski a composé « Casse-noisette » les noix dans le dé.

 

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Juin…

Jeudi 15 juin

« Seuls les dessins des cavernes semblent bons pour durer toujours. »

Gaston Chaissac

 

« Des pays imbéciles où jamais il ne pleut

Où l’on ne sait rien du tonnerre. »

Georges Brassens

C’est ce que deviennent nos paysages intérieurs asséchés par l’idéologie du positif.

 

Ces petits gâteaux se nomment « puits d’amour », la vérité en sort nue et diabétique.

 

gaston-chaissac-13

Juin…

« Le monde est une illusion, une scène de théâtre où nous avons tous des phrases à dire et un rôle à jouer. Certains acteurs, reconnaissant qu’ils sont dans une oeuvre, continueront malgré tout de jouer; d’autres, scandalisés de découvrir qu’ils participent à une mascarade, essaieront de quitter aussi bien la scène que l’oeuvre. Ils se trompent parce qu’il n’y a rien en dehors du théâtre, aucune vie alternative ne nous attend…Et la seule chose que l’on puisse faire, c’est de continuer à jouer son rôle, mais peut-être avec une nouvelle conscience comique. »

Enrique Vila-Matas

 

Faire un puzzle n’est jamais qu’une vaine tentative de donner une forme à ce qui chaque jour nous échappe, nous fuit, nous abandonne.

 

Pruneau du matin éloigne le médecin

Pruneau du soir abat le désespoir

 

Julio-le-Parc, modulation-68-hommage-a-fernand-leger-1974

 

 

Juin…

« L’amour des mots est donc en quelque façon nécessaire à la jouissance des choses. »

Francis Ponge

 

Il fait beau et chaud, rien d’intéressant. C’est la contrepèterie belge. On peut tourner la phrase dans tous les sens, elle ne donnera rien. Tout comme ce ciel sans nuage ne raconte rien que bleu, bleu, bleu…

 

Retiens moi ou je fais ton bonheur.

 

klein 1

Juin…

Lundi 12 juin

« Enfin seul sans s. »

Jules Renard

 

Il arbore la coiffure actuelle avec ce bosquet de cheveux posé sur un crâne soigneusement rasé. C’est la tonsure du moine inversé, elle signifiait le renoncement au monde, celle-ci est plutôt une soumission grégaire au « faircomtoulmonde ».

 

La gare aux lapins, j’en ai compté une dizaine ce matin dans cette curieuse immobilité qui n’est que de la fuite contenue.

 

Titien La Vierge au Lapin

Juin…

Dimanche 11 juin

« Serre moi étouffe moi

Empêche-moi de mourir

Cache que je ne m’aime pas 

Comble le vide sois le vide »

Jacques Sojcher

 

Je me souviens, j’avais 6 ou 7 ans, d’une statue de Saint Georges terrassant un dragon qui serpentait à ses pieds. Moi, accroupi à coté, je tentais de dompter mes lacets. Chacun ses défis.

 

« Etre las » a quelque chose « d’être là » avec une vague envie d’être ailleurs aussitôt démentie par la certitude que là-bas sera comme ici.

 

wassily-kandinsky-st-georges-dragon

Juin…

« Les mots sont restés pendant des millénaires dans la bouche et ils ne sont passés que très récemment dans la main. »

Bernard Noël

 

Nous sommes tous des acteurs et le soleil n’est qu’une immense poursuite qui ne nous abandonne que la nuit quand nous regagnons les coulisses.

 

Il me faudrait un gain de cran pour utiliser ce gant de crin.

 

Edward Hopper people-in-the-sun

Juin…

Vendredi 9 juin

« c’est un être d’une affectivité intense et instable…un être jouisseur, ivre, extatique, violent, aimant, un être envahi par l’imaginaire, un être qui secrète le mythe et la magie, un être possédé par les esprits et les dieux, un être qui se nourrit d’illusions et de chimères, un être subjectif dont les rapports avec le monde objectif sont toujours incertains, un être soumis à l’erreur, à l’errance, un être qui produit du désordre…

Nous sommes contraints de voir qu’homo sapiens est homo démens. »

Edgar Morin

 

Elle a 93 ans et serre mon index dans sa main exactement comme le ferait un nouveau né. Je crois comprendre qu’elle refuse de me lâcher me prenant probablement pour quelqu’un d’autre. Peu importe, je suis en effet quelqu’un d’autre.

 

J’aimerai bien rompre la chaîne du froid dans ce TER climatisé mais il semblerait que mon bien-être ferroviaire doive s’accompagner d’une pneumonie.

 

tondals-vision

 

Juin…

Jeudi 8 juin

Je me souviens des couleuvres écrasées sur les routes brûlantes de l’été.

 

Des mares, des étangs tout au long du trajet. On pourrait ricocher de flaque en flaque plutôt que de glisser sur des rails surchauffés.

 

Le paratonnerre a toutes les raisons de croire au coup de foudre.

 

De staël 1953 Agrigente

Juin…

Mercredi 7 juin

« Je me souviens encore du jour où, ayant entendu des bruits bizarres venir d’une pièce fermée, j’ai ouvert la porte et suis tombé sur deux génies de la littérature polonaise agenouillés face à face, frappant le sol avec leur tête, puis, après un retentissant un, deux, trois, les lever de façon foudroyante et faire les grimaces les plus terribles que j’eusse jamais vues. Des grimaces effrénées qui ne cessaient pas avant la destruction totale de l’ennemi. »

Jan Kott

 

Quand le chat n’est pas là, l’oiseau fait son nid.

 

L’escargot n’est jamais qu’une limace qui a réussi.

 

EmileNolde-MaskStillLifeIII_(74x78CM)(1911)

 

Juin…

Mardi 6 juin

« Nous ne tenons les uns aux autres que par la parole. »

Montaigne

 

Après tout, il suffit de mettre des mots dans un certain ordre et on obtient une phrase. Le problème c’est la phrase obtenue et les mots choisis et le certain ordre…

 

Ces bûcherons cognent sur des arbres avec des raquettes de tennis. A chaque coup, il en tombe une balle jaune citron.

 

Claude_Monet_-_The_Japanese_Footbridge

Juin…

Lundi 5 juin

« On ne comprend rien à la civilisation moderne si on n’admet pas d’abord qu’elle est une conspiration contre toute espèce de vie intérieure. »

Bernanos

 

Il ne parvient plus à toucher ses orteils sans pouvoir déterminer si ce sont ses bras qui sont trop courts ou si son amputation récente des deux pieds a une incidence sur ce manque surprenant de souplesse.

 

C’était à Soyaux, faubourg d’Angoulême, dans le jardin d’Emile Achard.

 

Magritte le-modele-rouge

 

Juin…

Dimanche 4 juin

« Un homme qui lit, ou qui pense, ou qui calcule, appartient à l’espèce et non au sexe; dans ses meilleurs moments il échappe même à l’humain. »

Marguerite Yourcenar

 

Lire demande un effort qui parfois n’est pas disponible, alors le livre glisse des mains ou les paupières tombent. Toutes ces phrases deviennent un mur infranchissable où l’on cherche en vain une porte d’accès. Les mots se refusent à livrer leur sens, il n’y a plus qu’à battre en retraite, accompagné par le clap de fin du livre qui se referme.

 

Ils pensent enfermer l’océan entre quatre murs et glissent dessus. Ça ne fait pas de vagues, il suffit de nommer la chose « indoor » et de noyer le tout dans la musique. 

Je propose de programmer le prochain Vendée Globe « indoor ». Dehors, c’est trop réel.

 

Victor Hugo

Juin…

Samedi 3 juin

« La santé est un état précaire qui ne laisse présager rien de bon. »

Jules Romains

 

Il n’y a plus que les vieux qui lisent sur les bancs publics, et pourtant, tourner une page demande plus d’effort que glisser du doigt sur la vitre d’un smartphone.

 

Aloïs Alzheimer et James Parkinson sont dans un bateau, Parkinson tombe à l’eau, qui reste à bord?…Qui?…

 

ghirlandaio

 

Juin…

Vendredi 2 juin

« Je donnerai une partie de ma vie pour savoir quelle était la pression barométrique moyenne au Paradis »

Lichtenberg

 

Souvent, le silence, celui de l’attente, du désert, de la campagne autour mais aussi la plainte, les cris. Silence, on tombe.

La chute, pas seulement celle des corps mais aussi celle des paupières, des dos, des peaux transparentes. Celle, manquante, de la phrase jamais terminée parce que le mot manque.

L’oubli, le mot qui fait défaut, puis la phrase et des pans entiers du langage s’écroulent sans fracas. Restent les ruines du discours et, au milieu, préservés, l’humour, la fulgurance d’une réplique, un sursaut, un sourire, les dernières preuves de leur passage sur terre.

 

Ce monde n’est qu’amour bien sûr, et ce geste des mains et des doigts réunis pour former un cœur improbable, surgit à tout propos: un but marqué, une chansonnette poussée, un passage télévisé, un selfie raté ou un infarctus déclaré…

 

Edouard Pignon-ouvrier-mort-1936

Juin…

Jeudi 1er juin

« La vie de chacun d’entre nous n’est pas une tentative d’aimer. Elle est l’unique essai. »

Pascal Quignard

 

L’écriture comme la peinture ou la photographie, c’est la même lutte contre le temps, contre ce qui disparaît, ce qui meurt, la même tentative d’arrêt sur image. C’est aussi la même vieille obsession de la trace, de la chasse, du passage, de l’empreinte creusée dans le sol, des herbes couchés, des poils laissés aux écorces des chênes, des excréments lâchés sur les drailles des causses.

 

« Sortir de sa zone de confort », expression à la mode qui doit signifier s’extirper de son canapé.

 

Richter, blanc, 2006

 

 

Mai…

Mercredi 31 mai

« Parler n’est pas communiquer. Parler n’est pas s’échanger et troquer -des idées, des objets-, parler n’est pas s’exprimer, désigner, tendre une tête bavarde vers les choses, doubler le monde d’un écho, d’une ombre parlée; parler c’est d’abord ouvrir la bouche et attaquer le monde avec, savoir mordre. »

Valère Novarina

 

La campagne, le vert partout, les chemins blancs, les collines solitaires, les maisons basses. Puis des petits bois, des arbres répartis au hasard, le ciel peint par dessus, tout est d’une grande banalité, parfaitement en place. tout allège et cicatrise le regard.

 

Sensation soudaine d’être frôlé, d’une présence à mes cotés, je me retourne, rien. Mon ange gardien a du laisser traîner ses ailes.

 

thewoundedangelhugo simberg

Mai…

Mardi 30 mai

« Homo festivus est en effet cet individu très spécial qui exige les roses sans épines, le génie sans la cruauté, le soleil sans les coups de soleil, le marxisme sans dogmatisme, les tigres sans les griffes et la vie sans la mort. »

Philippe Muray

 

Il y a belle lurette que ce beau lérot râblé râle à l’heure du lever.

 

Mon coiffeur est très rébarbatif et c’est bien ce que je lui demande.

 

Hodler Ferdinand autoportrait

Mai…

Lundi 29 mai

Tchouang Tseu rêva qu’il était papillon, voletant, heureux de son sort, ne sachant pas qu’il était Tchouang Tseu. Il se réveilla soudain et s’aperçut qu’il était Tchouang Tseu.

Il ne savait plus s’il était Tchouang Tseu qui venait de rêver qu’il était papillon ou s’il était un papillon qui rêvait qu’il était Tchouang tseu.

 

Roland-Garros à l’EHPAD. Des balles de tennis, une fois percées, sont fixées aux pieds des déambulateurs pour leur éviter de grincer sur le sol. Les couloirs sont ainsi parcourus de balles jaunes silencieuses poussées par René Lacoste et Suzanne Lenglen.

 

Dans mon enfance, on ne disait pas ôter un vêtement mais le quitter, on s’en séparait en effet. C’est ce que ma mère disait en écorchant un lapin, « on quitte le tricot au lapin »; ce qui me rassurait à moitié devant cette chair rose mise à nue, ce déshabillage radical et mortuaire.

 

soutine boeuf ecorché

Mai…

Dimanche 28 mai

« La nuit n’est peut-être que la paupière du jour. »

Omar Khayyâm

 

Tic de langage énervant: « Carrément! »

« Tu vas bien? »- « Carrément! »

Alors que « Rondement! » conviendrait bien mieux.

 

« Ça me parle! », expression récurrente très agaçante et assez étonnante si l’on songe que la dernière personne à l’avoir employée, à juste titre, est Jeanne d’Arc.

 

Rothko, Untitled, Black on gray, Guggenheim, 1970

Mai…

Samedi 27 mai

« Aucun des gestes de Monsieur Knott ne pouvait passer pour caractéristique sinon peut-être celui qui consistait en l’obturation simultanée des cavités de la face, les pouces dans la bouche, les index dans les oreilles, les auriculaires dans les narines, les annulaires dans les yeux et les majeurs, aptes en temps de crise à activer la cérébration, posés contre les tempes. »

Samuel Beckett

 

C’est une très belle soirée que nous souhaite le présentateur télé, moi qui me préparais à passer une simple bonne soirée, je suis décontenancé et déjà un peu déçu par ce qui m’attend.

 

La montée de l’intégrisme touche toutes les religions. Les jusqu’au bouddhistes ne sont pas en reste et veulent rendre la réincarnation obligatoire.

 

Francis Bacon , portrait Lucian Freud

Mai…

Vendredi 26 mai

« Comment ne pas être frappé par la simultanéité de cette entreprise de ratissage de la forêt mentale avec l’anéantissement de certaines forêts d’Amérique du Sud sous le prétexte d’y faire passer des autoroutes?

Et comment douter qu’à la rupture des grands équilibres biologiques qui s’en est suivie ne correspond pas une rupture comparable des grands équilibres sensibles dans lesquels notre pensée trouvait encore à se nourrir? »

Annie Lebrun

 

Fermer les yeux n’est pas se couper du monde mais en découvrir un autre, celui qui est derrière les paupières, celui des images mentales et des rêves. Le monde perdu de l’intériorité.

 

La bergeronnette grise se souvient qu’elle était un dinosaure, c’est pour cela qu’elle persiste à marcher une patte devant l’autre, imaginant qu’elle fait trembler les allées du parc bordelais.

 

The Poringland Oak c.1818-20 by John Crome 1768-1821

 

Mai…

Jeudi 25 mai

Coccinelle

Une petite tortue qui tout d’un coup s’envole

Cochon 

Tout est beau, il faut parler du cochon comme d’une fleur

Chat

L’idéal du calme est un chat assis

Tweets de Jules Renard

 

Dominique

Un chien errant, qui montre parfois des crocs usés par les échecs

Eric

Un grizzli mégalomane et doucement tyrannique

Laure

Un suricate confus aux rires tragiques

 

Prêcher dans le désert. Il y a toujours la possibilité qu’un fennec dresse l’oreille.

 

Van Dongen the-corn-poppy-1919

 

Mai…

Mercredi 24 mai

« Vivre est un exercice qui chaque jour rature l’habitude. »

Bernard Noël

 

Le train file dans la brume au milieu des vignes grillées par le gel. Je sais où il va, je sais où je descends mais je préférerais l’ignorer ce matin et foncer, immobile, sans objet, puis me réveiller en gare inconnue dans un tableau de Delvaux. 

 

Il se prend tellement au sérieux que lorsqu’il rit il croit que c’est quelqu’un d’autre.

 

Lotto lorenzo Portrait de jeune homme à la lampe 1508

 

Mai…

Mardi 23 mai

« Quand le soleil de la culture est bas sur l’horizon, même les nains projettent de grandes ombres. »

Karl Krauss

 

Je parle avec madame C. atteinte de la maladie d’Alzheimer. Est-ce une discussion? Pas vraiment, un entretien? encore moins, un échange? à peine. Et pourtant, nous communiquons.

Je n’aime pas le terme de communication non verbale, la communication est toujours verbale chez l’être humain. Nous nageons dans le Verbe toute notre vie, nous sommes parlés avant que d’être et cités après notre mort. Un regard, un geste, un sourire, c’est de la parole, en tout cas de la pensée qui va avec. C’est du sous-entendu, du qui en dit long, du qui évoque ou équivoque.

Madame C. et moi, nous bavardons.

 

Le sommeil nous emporte loin tout de même et pour des voyages ahurissants. Nous sommes bien naïfs de nous abandonner ainsi tous les soirs persuadés que le matin nous trouvera semblables et à la même place.

 

Dali the-persistence-of-memory

 

Mai…

Lundi 22 mai

« La célébrité, la gloire, l’admiration de tous…bah…notre vanité n’en peut déjà plus quand la boule s’arrête sur le cochonnet. »

Eric Chevillard

 

Toujours cette fascination pour le beau temps, le bleu de carte postale, le ciel d’azur uniforme, comme aux ordres, sans personnalité. Un ciel vide, infantile avec son soleil jaune. 

Alors que ce matin, c’est Turner qui l’a peint et c’est autre chose, vraiment autre chose.

 

Il n’a pu résister longtemps, peut-être la nuit dernière, une nuit sans lune. Le voilà qui s’approche des rails, son énorme clé à molette à la main, il l’a repéré, c’est le plus faible, il a l’habitude. Il affirme son étreinte et desserre, le malheureux n’oppose qu’une faible résistance. 

Pas un cri, pas un témoin, le troisième écrou est emporté dans la nuit…

 

PaulDelvaux 1

Mai…

Dimanche 21 mai

« L’aube! Le soleil! La lumière! Ha! Les lents jours d’azur pour sa tête, ses flancs, et les petits sentiers pour ses pieds, toute cette clarté à tâter et à prendre. »

Samuel Beckett

 

Tous les amputés nous renvoient à la question de la complétude, de la perte et du statut de notre corps. Si je peux perdre mes quatre membres et être encore moi, qu’en est-il de ces morceaux? Que deviennent-ils une fois séparés du corps? Des abattis à numéroter avant leur dispersion ou une avant-garde du cadavre à venir?

Et pourtant, une simple rotule retrouvée dans une tombe évoque aussitôt l’être humain complet à qui elle appartenait.

 

Plus nous vieillissons, plus le printemps étonne et exaspère avec cette manie de toujours tout recommencer, lui.

 

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Mai…

Samedi 20 mai

Les mots viennent rarement tout seuls, il faut parfois aller les chercher dans des lieux sombres et reculés puis les réveiller, les apprêter et les fixer rapidement sur la page. Ils se débattent alors et tentent de s’enfuir, une seule solution: les achever d’un trait de plume.

 

Je veux que mes cendres soient dispersées au-dessus d’un volcan, peléen de préférence mais un strombolien fera très bien l’affaire. Je tiens à rester incognito.

 

La solitude présente l’avantage de nécessiter un minimum de personnes pour en jouir.

 

Schiele Egon (2)

Mai…

Vendredi 19 mai

« Poète est celui qui se sert des mots moins pour dévoiler leur sens immédiat que pour les contraindre à livrer ce que cache leur silence. » 

Arthur Adamov

 

Passer entre les doutes est nécessaire pour affronter la pluie de « Mais…

 

Une feuille de platane large et verte tombe à mes pieds. Elle ne passera pas l’été et sa chute précoce produit une accélération du temps soudaine qui me laisse vaguement inquiet.

 

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Mai…

Jeudi 18 mai

Le mai le joli mai en barque sur le Rhin

Des dames regardaient du haut de la montagne

Vous êtes si jolies mais la barque s’éloigne

Qui donc a fait pleurer les saules riverains

Guillaume Apollinaire

 

Brume ce matin sur les zones humides du libournais. Envie de se glisser dans leurs écharpes et d’y passer la matinée jusqu’à me dissiper.

 

L’urne funéraire a rendu son verdict, c’est l’abstention qui a gagné.

 

Claude Monet_dejeunersurlherbe

Mai…

Mercredi 17 mai

« Les balbuzards et les mouettes disent que l’océan qui rompt enfin la digue qu’il bat et qui enfin se répand dans les rues est heureux. »

Pascal Quignard

 

Après le combat, il porte les traces de sa victoire dans chaque membre et il ne sait si la fatigue qui l’envahit est un adversaire de plus ou la compagne de la journée à venir.

 

Des « vies minuscules » se prolongent à chaque étage de l’EHPAD. Des vies à garder en vie jusqu’à leur fin. Des vies à écouter. Le récit encore et toujours. Seul, l’être humain se raconte.

 

Mantegna

Mai…

Mardi 16 mai

« Bref, j’avais plus rien, j’avais plus de note, j’avais plus de mot j’avais plus que bref pour raconter la fuite de la partie de vie qui m’était toute partie. »

Valère Novarina

 

« Nos vies sont désormais tangentes à l’absence de Dieu, elles expérimentent le drame de la créature déchue en individu. »

Pierre Michon

Nous étions des créatures célestes en puissance ou vouées aux enfers, promises à un avenir. Nous voilà condamnés à disparaître de la façon la plus définitive qui soit, laissant au mieux une traînée de bave bientôt sèche comme témoin de notre reptation sur terre.

 

S’il te plaît, récite moi un mouton, j’ai pas sommeil.

 

Hans_Hartung-Art_-_774_

Mai…

Lundi 15 mai

Un nouvel écrou a disparu ( si toutefois du nouveau peut ne plus être là ), ôté de la voie ferrée à Montmoreau et toujours aucun indice. C’est pas que je les compte mais j’attends le train et mon regard se porte forcément sur les traverses et les rails.

Je vais pas jusqu’à y coller mon oreille, pas encore.

 

J’avais pensé à un maniaque, collectionneur d’écrous. Il y a sûrement un nom très compliqué, comme pour les porte-clés, pour désigner les collectionneurs d’écrous.

Un psychopathe qui les déroberait la nuit entre deux passages de TGV, et les emporterait pour les visser de force sur des boulons non consentants.

 

Ou alors, un cheminot. LE petit cheminot, qui les sème ensuite pour retrouver sa voie.

 

Yue Minjun

Mai…

Dimanche 14 mai

« Mais il y a déjà si longtemps que je compte sur l’avenir. »

Emmanuel Bove

 

C’est dans la combe verte que j’empierre ce chemin plein d’ornières qui ne mène nulle part sinon à moi.

 

Cette femme muette au râble appétissant est invitée au mariage de la carpe et du lapin.

 

Giorgione La tempête 1508

 

Mai…

Samedi 13 mai

« Agir, c’est connaître le repos. »

Fernando Pessoa

 

Blanc: examen blanc, balle à blanc, mariage blanc, manteau blanc, page blanche. Le blanc n’a rien d’innocent. Il peut noircir à tout moment.

Le blanc est la couleur de l’attente.

 

Le vent froid de la nuit le réveilla, la fenêtre ouverte laissa entrer une ombre terrifiante qui lui ressemblait. Quand elle fut sur lui, il hurla et elle devint le visage de sa mère qui se penchait sur lui, enfant.

 

campin 1435

Mai…

Vendredi 12 mai

« Il ne s’agit pas de savoir si je parle de moi de façon conforme à ce que je suis, mais si quand je parle, je suis le même que celui dont je parle. » Freud Sigmund

Quand on écrit, on perçoit bien cet écart. Je relis les phrases d’un autre.

 

Il est dos au mur et devant lui s’ouvre un précipice. Rien d’extraordinaire. Comme tout le monde, il ne peut faire machine arrière et il ne sait rien de son avenir.

 

La tortue arrive juste au moment où la salade parvient à maturité.

 

PZ 401-013-1485

Mai…

Jeudi 11 mai 

« S’en aller, s’en aller, parole de vivant! »

Saint John Perse

 

Mon père peut refaire dix fois les mêmes choses, oubliant aussitôt les avoir faites. Et idem, le lendemain. C’est un temps arrêté dans le même espace, une vie dans une faille spatio-temporelle à domicile, dans un trou noir domestique.

 

L’inspiration ne me souffle rien. Je suis en apnée, attendant de remonter à la surface où m’attend un ours blanc qui, d’un coup de patte, m’étendra sur la page blanche.

 

Fattori giovanni Les sentinelles 1871

Mai…

Mercredi 10 mai

Je vois dépasser du siège situé devant moi des cheveux vermillons et aperçoit un béret rouge posé sur une grande valise. Grande frustration de ne pas voir la propriétaire de ces deux attributs. Peut-être un coup d’œil tout à l’heure en descendant du train.

 

J’imagine la cinquantaine brûlant ses dernières cartouches, faisant feu de tout bois; dernier incendie cherchant pompier pyromane, coucher de soleil pathétique voire feux de détresse, qui sait?

 

Pas du tout, c’est plutôt un chaperon rouge bien en chair, paré pour les faims de loup.

 

Emil Nolde femme 1912

Mai…

Mardi 9 mai

L’océan mange la côte, attaque les digues, ronge les maisons. Il nous a longtemps léché les pieds, maintenant, la submersion nous guette avec vue sous la mer.

 

Nous croisons plusieurs fois les mêmes personnes dans cette petite station balnéaire à l’unique rue commerçante. Impression de les connaître déjà, après tout, nous nous baignons dans la même eau et nous partageons le même bac à sable.

 

Sur la plage, plus on se rapproche de l’eau, plus le sable durcit. Il a donc toujours été destiné à faire du béton.

 

Nocturne: Blue and Silver - Chelsea 1871 by James Abbott McNeill Whistler 1834-1903

Mai…

Lundi 8 mai

Assesseur perdu, il veille sur les urnes.

 

l’autre ne va pas de soi. Il ne s’agit pas de prôner seulement la diversité, mais aussi et surtout l’altérité, ce qui est autrement plus complexe et plus exigeant comme programme.

 

Le silence est devenu l’ennemi à abattre à tout prix. Acharnement contre ce qui permet nos bruits intérieurs, nos sons intimes, nos voix de tête, contre notre pensée.

 

De Staël Paysage_Mediterraneen_1954

Mai…

Samedi 6 mai 

« La molle-guillote, la malveinée, l’ashrang, la captive-petite-gloire, la benaise-des-saules. 

La demoiselle-en-fuite, la mascaratte, la belle-de-quatre-heures, la pituitaine, la douce-lieuse ou jeanne-de-minuit. »

Antoine Volodine

 

Gustave Flaubert. Eric Chevillard. Pascal Quignard. Samuel Beckett. Antoine Volodine. Pierre Michon. Albert Camus. Marcel Proust. James Ellroy. Miguel de Cervantès…

 

On peut se noyer dans le bleu du ciel. Je le sais, j’ai essayé et bien, on y respire très bien. On peut même s’y trouver heureux.

 

A12478.jpg

 

 

Mai…

Vendredi 5 mai

Il broyait le noir de la nuit pour habiller ses pensées du matin.

 

Le bleu du ciel ne lui évoquait qu’un gigantesque hématome à peine adouci par le coton des nuages.

 

Il projetait sur le mur blanc d’en face sa grande ombre si lasse qu’elle envisageait, elle aussi, de le quitter.

 

Franz Kline franz formes blanches 1955 MOMA

Mai…

Jeudi 4 mai

« On monte le crâne au grenier des réformés et on le laisse à la poussière des toits, à la rosée de l’aube. »

Pascal Quignard

 

Wim Wenders. Hong Sang-soo. Abbas Kiarostami. Nuri Bilge Ceylan. John Cassavetes. Jean Eustache. Pedro Almodovar. Federico Fellini. Akira Kurosawa. Jia Zangke…

 

La nuit ne tombe pas, ne vient pas. c’est le jour qui se retire. Le noir s’installe dans le vide né du retrait de la lumière. C’est elle qui nous abandonne à l’obscurité et à nos fantômes. Elle encore qui, au matin, nous arrache à nos voyages nocturnes.

 

EdwardHopper-SuninanEmptyRoom_Private(1963)

Mai…

Mercredi 3 mai

« L’humanité est devenue assez étrangère à elle même pour réussir à vivre sa propre destruction comme une jouissance esthétique de premier ordre. »

Walter Benjamin

 

Giorgione. Giotto di Bondone. Lucio Fontana. Jean Siméon Chardin. Mark Rothko. Giorgio Morandi. Jean-Baptiste Camille Corot. Joseph Mallord William Turner. Antoine Watteau. Pierre Bonnard…

 

Ce soir là, il ouvrit son livre de chevet, y plongea, le referma de l’intérieur en rabattant la première de couverture, s’installa entre les deux dernières lignes et s’endormit.

 

Max Ernst la ville entière 1935

Mai…

Mardi 2 mai

« L’humain s’attaque toujours à ce qu’il a de plus précieux, à savoir sa capacité de penser. »

Bernard Golse

 

Pascal: une détresse immense, un regard à la fois vide et plein de sa grande colère; une souffrance brute qui le rend parfois inapprochable. Et soudain, un sourire improbable illumine son visage: « Le samedi soir, moi, je mets radio Nostalgie et je danse seul… comme un fou. »

 

Fermer les yeux puis les tourner vers l’intérieur

Là se trouve l’écran de la pensée et des rêves

Appuyer sur le bouton play

Plus qu’à regarder et à s’endormir

 

Gustave Doré L'énigme 1871 Orsay

Mai..

Lundi 1er mai

« Les mots vous lâchent, il est des moments où même eux vous lâchent. »

Samuel Beckett

 

La coxo-fémorale vous dis-je. C’est là que ça joue moins bien, que la hanche grince. La fausse note me guette jusque dans la fosse iliaque.

 

Tout dans l’apparence, la gestuelle codée, la logorrhée. Pour les trouver, les rencontrer, il faut s’armer d’une machette puis se frayer un chemin dans cette jungle de superficialité. Parfois on tombe sur une clairière et un sujet enfin.

 

lucio-fontana_k0298.1239337616

 

Avril

Dimanche 30 avril

« La liberté est un mot qui refuse de se taire. »

Asli Erdogan

 

Le jour montait vers lui si vite qu’il fut bientôt plongé dans la lumière de midi. le temps de gagner l’océan et l’orage creva, le laissant seul sur la jetée, avec dans la bouche une langue iodée et amère.

 

Un moustique ronfle à mon oreille et me réveille, je le secoue gentiment et ce matin, je le trouve démantelé sur le traversin. Il a du faire un cauchemar.

 

Altdorfer_Florian-Martyre 1516 offices

 

 

Avril

Samedi 29 avril

« Deux jours à peine après avoir été inventé, le pain était déjà rassis. »

Eric Chevillard

 

L’ascenseur ou l’escalier? La prise de poids menant à l’infarctus ou la chute conduisant au fauteuil roulant?

 

D’où vient l’inquiétude qui me saisit lorsque je ne retrouve pas un mot. C’est moins la crainte de perdre la mémoire que de laisser la chose sans nom, innommée et donc menaçante.

 

Andre Masson-Nudewomanlyingface

Avril

Vendredi 28 avril

« Le ciel au-dessus du port avait la couleur d’une télé allumée sur une chaîne hors-service. »

William Gibson

 

Le sommeil le frappa en plein front au moment où il s’y attendait le moins. Quand il reprit ses esprits, la lumière de l’aube filtrait à travers ses paupières. Il avait tout oublié de l’agression de la veille.

 

Je n’en crois pas mes pieds, pense le funambule en tombant dans le vide.

 

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Avril

Jeudi 27 avril

« L’homme doit être laissé comme incompréhensible. »

Pascal Quignard

 

Elles dorment et leurs jambes tournent sur des vélos orthopédiques. Ce n’est plus leur volonté qui les fait pédaler, de toute façon elles n’avancent pas, elles n’avancent plus depuis longtemps. Cyclistes dérisoires, petites reines du sur place, elles attendent patiemment la ligne d’arrivée.

 

Le sifflement ne cessait pas, le feu éclata devant lui, il sut de suite que sa vie recommençait…

 

Fantin Latour Still_Life_Cup_of_Champagne

Avril

Mercredi 26 avril

Inscrire dans le corps, sur la peau, une phrase définitive est un acte de plus en plus courant. Il s’apparente à une épitaphe.

 

Les voitures deviennent d’infernales boîtes musicales. Envie de les retourner pour voir si le rap qui s’en échappe se transforme en un MEUH long et apaisant.

 

« Ce soir la mort pose son mufle chaud sur mon épaule comme une bonne compagne pas trop dérangeante pour le moment. »

Jacques Bertin

 

Motherwell elegy to the spanish republic 1961

Avril

Mardi 25 avril

« Il me semblait que tout langage est un écart de langage. »

Samuel Beckett

 

Attention! Travaux d’écritures

Jets de mots possibles

Blessures narcissiques à redouter

 

Le ciel est « mélanchonesque » aujourd’hui, il refuse de prendre parti. La sécheresse menace mais il n’arrosera pas, il se contente de faire barrage au soleil.

 

Giotto_-_Scrovegni_-_-36-_-_Lamentation_(The_Mourning_of_Christ)

Avril

Lundi 24 avril

Elles sont trois autour de la table ronde. Trois, la tête penchée ou plutôt abandonnée, pendue au bout de leur cou. Elles somnolent. trois visages également ridés, également vieux. trois têtes du même blanc, les trois grâces en hiver. Trio hors d’âge, elles semblent s’entraîner pour le grand sommeil qui les attend.

 

« Ecrire c’est essayer de savoir ce qu’on écrirait si on écrivait. » Nathalie Sarraute

 

Comme je la félicite pour son bon équilibre et son esprit toujours vif malgré ses 97 ans, elle me rétorque: « Mais je veux mourir quand même! »

 

Edgar Degas miss-la-la-at-the-cirque-fernando-1879

Avril

Dimanche 23 avril

Se singulariser à tout prix, vouloir exister différent des autres. Chacun y travaille avec acharnement et finit donc par ressembler à tout le monde.

 

Ecrire laisse une trace certes, il semblerait que les écrits restent. Mais dans un monde qui délaisse la lecture, je crains que ces traces, faute d’être relevées, interprétées puis suivies, ne deviennent lettres mortes.

 

Journée de vote, la cour de l’école, le préau, les marronniers. Je cherchais presque l’instituteur devant la classe et pour un peu, j’aurai vérifiė la présence des billes dans ma poche.

 

Chardin, Nature morte au gobelet d'argent, Louvre, 1760

Avril

Samedi 22 avril

Elle marche entre deux barres parallèles cassée en deux, les mains à hauteur des épaules. Quatre mètres à l’aller, quatre mètres au retour. Lui, guère plus droit, la suit à l’aller, la précède au retour. C’est leur voyage de bosses trois fois par semaine sous l’œil attendri de la kinésithérapeute.


La clitorindienne fait flèche de tout doigt.

 

Il existe du foie gras végétal! Probablement issu de plantes grasses.

 

c2ae-cy-twombly

 

 

Avril

Vendredi 21 avril

Elle ne cesse de marcher, ici, on dit déambuler comme tintinnabuler parce qu’il y a quelque chose qui cloche dans cette errance inquiète. Un souffle d’air la ferait tomber et pourtant elle va et vient sans repos, déplaçant les chaises sur son chemin, avec des pas si petits qu’à la regarder le temps s’arrête.

 

Un poisson a été filmé en train de marcher au fond du pacifique. on ne peut plus faire preuve d’un peu de fantaisie sans être épié par une caméra de surveillance.

 

La gare est situé dans le virage très relevé de la ligne TGV. Le TER qui s’y arrête penche donc fortement sur le flanc et semble offrir ses dessous bogies aux passagers qui se pressent pour l’escalader comme des porcelets cherchant une tétine libre sur le corps immense de leur mère truie.

 

les-2-arbres-Patricr Giorda

 

 

Avril

Jeudi 20 avril

Il y a ceux qui gouvernent le monde et ceux qui sont le monde, dit Fernando Pessoa. Dimanche, les seconds vont rappeler leur existence aux premiers.

 

Le voisin reprend ses travaux. Castor bruyant tape, perce, visse, scie et décapsule ses bières avec ses deux grosses incisives.

 

Le sommeil attend patiemment que je finisse d’écrire. Je sens chez lui une pointe d’ironie, il est vrai que les rêves qu’il prépare sont autrement plus attirants que mes pauvres phrases.

 

Canaletto, Perspective avec portique, Venise Academia, 1765

 

Avril

Mercredi 19 avril

Les tablettes numériques pour la visite de Lascaux 4 sont nommées « compagnons de visite ». J’appelle désormais mon smartphone « chéri ».

 

Le membre fantôme fait parfois des apparitions au moignon de Dumitru qui a alors la nostalgie des hauts les mains et des bas les pattes.

 

La fumée noire

Son ombre sur le mur blanc

Aucune trace

 

 

Morandi, Nature morte, 1956

Avril

Mardi 18 avril

Pas un jour sans une ligne

Pas un jour sans une ligne

Pas un jour sans une ligne

Et voilà mes trois phrases quotidiennes.

 

Lève la tête, t’auras l’air d’un astronome.

 

Tomber est une chose lorsque le sol ramène à la réalité de la maladresse, de la vieillesse ou de la malchance. Mais tomber dans du rien, dans un gouffre sans fond où nul hématome ne laissera de traces est une expérience tout autre. Seul le regard porte le souvenir de ces chutes infernales.

 

Gerard traquandi

Avril

Lundi 17 avril

Dans le vieil étang

Une grenouille saute

Cuisses à dorer

 

Le bandeau de certains livres est peut-être là pour se le poser sur les yeux.

 

Dumitru Constantinescu est désormais le bras droit d’un manchot empereur. Il vient de demander la réquisition de l’Antarctique pour l’accueil d’ours blancs bipolaires réfugiés climatiques du nord; les phoques moines persécutés par des orques tueuses pourront aussi y trouver asile.

 

femme_aux_bras_rouges_2010

Avril

Dimanche 16 avril

La pensée se retourne sur elle même, cherchant dans le cerveau son lieu d’origine, en vain.

 

Il y a pourtant des jours sombres et des nuits claires, les lumières qui aveuglent et les obscurités qui éveillent. Puis ces aubes qui font regretter le sommeil et ces crépuscules qui donnent envie de renaître.

 

l’homme augmenté signifie l’homme allant vers le robot et donc débarrassé de tout ce qui le rendait humain, oripeaux d’un autre âge. 

 

Pierre Albasser 1

 

 

 

Avril

Samedi 15 avril

Il court après son âge trop avancé et tombe au moment de le rejoindre. Il peut enfin mourir.

 

Respecter les consignes: en cas d’incendie au foyer, merci de ne pas brûler les étapes menant à l’évacuation.

 

Pourquoi ne peut-on être plus que ce que l’on est? ou si peu, ou si peu de temps. Et on retourne vite chez soi, dans son petit moi douillet. A la niche! le conquérant, le rêveur, l’inventeur d’un nouveau monde se cogne à nouveau aux murs de son clapier.

 

paysage Olivier de Sagazan

Avril

Vendredi 14 avril

On devrait pouvoir communiquer aujourd’hui en France avec deux expressions: « c’est cool! » et « c’est chaud! ». Un vocabulaire de robinet mitigeur.

 

Les oiseaux qui ne volent pas ne savent rien de la caresse des nuages.

 

Qui vole un œuf espère une autruche.

 

Mondrian Ocean 1915

Avril

Jeudi 13 avril

Bas les masques! les lunettes noires, les fausses dents, le crâne luisant, la voix contrefaite et cette canne ridicule. Je t’ai reconnu, tu es mon avenir.

 

Que peut-on mettre dans un trou de mémoire? Peut-être des souvenirs encombrants.

 

Le temps n’a pas de prise sur moi, je m’enduis d’huile d’olive.

 

Domenico-Gnoli-Chemisette-Verte-1967

Avril

Mercredi 12 avril

Le tigre mangeur d’homme bientôt rayé de la carte. On ne le trouvera plus au menu.

 

Il dit avoir un caractère bien trempé mais on ne sait pas dans quoi.

 

La cigogne ce matin

Sa silhouette sombre

Sur l’aube rose et bleu layettes

 

Henri Matisse, jeu de boules, Ermitage, 1908

 

 

Avril

Mardi 11 avril

Il ne se passe pas une semaine sans qu’un tabou ne tombe de son tabouret.

 

On n’imagine pas le général De Gaulle lancer un appel le 1er avril.

 

A Angoulème, Eugénie fit la connaissance d’un antipodiste roumain manchot de la main droite qui jonglait avec des bandes dessinées. C’est ainsi que Eugénie et Dumitru Constantinescu quittèrent la Charente pour les Carpates main droite de l’une dans la main gauche de l’autre et marchant d’un pas assuré pour l’un et d’un pas sautillant pour l’autre.

 

Hodler Ferdinand, la nuit, Orsay, 1889, 1890

Avril

Lundi 10 avril

Six avions dans le ciel rose. Trois flèches blanches lancées face à trois autres flèches blanches. Aucune n’atteint sa cible.

 

Eugénie avait perdu sa jambe sur la voie ferrée à hauteur du genoux et de la gare de Montmoreau en Charente. Un TER dernière génération la lui avait sectionnée alors qu’elle bronzait insouciante sur les rails en faisant le grand écart.

 

Cet incident n’avait pas détourné Eugénie de sa vocation, elle serait fil-de-fériste. Une fois sur pied, elle se rendit à Angoulème. Pas rancunière, elle monta dans le même TER qui l’avait brutalement séparé de la possibilité de courir le 100 mètres haies. Clopin-clopant, car Eugénie fumait de temps à autre, elle arriva à l’école du cirque.

 

Corot, Souvenir de Mortefontaine, Louvre, 1864

 

Avril

Dimanche 9 avril

Un blog! Quelle blague!

 

« Eugénie était unijambiste et funambule dans les Carpates. Danseuse de corde sur sa jambe valide, elle agitait son ombrelle et son moignon au-dessus d’un public clairsemé et admiratif. » Début du roman roumain: « L’Eugénie d’écart pattes », Editions La Noce Fera Tout.

 

Il ne faut jamais remettre aux lendemains qui chantent ce que tu peux crier le jour même.

Avril

Samedi 8 avril

Des haltères

Mises en bière

Le poids des ans

 

C’est le printemps, les Primaflés fleurissent butinées par les Gerbillons. Les Doulinettes vrombolent au-dessus des Zinshias et le Carpati des talus fait dejà son nid. Au loin, le Kacou des chênes caroncule, signe de beau temps. D’ailleurs, les stradiculimbus du matin qui nous inquiétaient tant ont fait place aux altocombulus. Demain, nous pourrons sans crainte, comme tous les ans, pêcher le Charlut.

 

Ça devait finir comme Ça.  

 

Avril

Vendredi 7 avril

Ils montent dans le train, tous appareillés des mêmes fils blancs qui pendent de leurs oreilles, auréolés du même grésillement, l’air absent; reliés par ce cordon au ventre d’une musique utérine. Ils tètent parfois un soda, les yeux rivés sur leur hochet bleuté, nourrissons éternels à jamais orphelins du maternel.

 

Quand le chas n’est pas là, le chameau ne sait où passer.

 

« Un jour, dans un wagon, en regardant le voyageur assis en face de moi, j’eus la révélation que tout homme en vaut un autre. »

Jean Genet, « Ce qui est resté d’un Rembrandt déchiré en petits carrés bien réguliers et foutu aux chiottes. »

Les éditions du chemin de fer.

 

Avril

Jeudi 6 avril

« Je ne veux pas savoir quelle ombre gèle au pied des chênes quand la lune est pensive. »

Bernard Noël

 

C’est au pied du mur qu’on voit le réfugié.

 

Il a soixante balais et des poussières.                                                                                 

Avril

Mercredi 5 avril

Raymond tente d’attraper le ballon mais ses bras sont deux baguettes et le ballon rebondit, lui échappe. Raymond rit, un rire profond, joyeux et d’un autre monde. Le monde de Raymond est inaccessible, parcouru de tremblements, de quelques mots, on y marche de travers, y mange sans dents, des cauchemars traversent les nuits et parfois, comme aujourd’hui, un ballon jaune réchauffe l’après-midi.

 

Les jours allongent, alors j’ai pris un raccourci pour être à l’heure.

 

Les banalités nous sauvent de la rencontre avec l’autre.

Avril

Mardi 4 avril

Le dinosaure dort, roulé en boule sur le tapis du salon. Encombrant certes, mais que faire? C’est sûrement le dernier de sa lignée, je ne peux m’en débarrasser à la légère.

 

« Vous voyagerez à bord de pas n’importe quel bateau » dit la publicité. J’espère avec pas n’importe quel capitaine qui ne sera pas que beau.

 

J’ai longuement observé un ver de terre. Ça rampe magnifiquement un ver de terre. Il s’agit de mouvements péristaltiques. Ça rampe beaucoup mieux qu’un verre d’eau qui roulerait plutôt. Et qui perdrait son eau alors que le ver de terre contient de la terre et n’a pas de pied, contrairement à la plupart des verres d’eau appelés verres à pied, même si ce sont parfois des verres de vin qui peuvent prédire l’avenir ou qui provoquent des accès de vérité, c’est selon. 

Bref, la prochaine fois, j’observerai une minute de silence…

Ça se traîne une minute de silence…

Comme un ver de terre.

 

 

Avril

Lundi 3 avril

« Sur la souffrance, ils ne se trompaient jamais Les Vieux Maîtres: comme ils comprenaient bien Sa place dans la vie humaine, et qu’elle se produit Pendant que quelqu’un d’autre est en train de manger ou d’ouvrir une fenêtre ou de passer avec indifférence. »

W.H.Auden

 

J’amène le dinosaure au parc. Il fait une sacré impression sur les promeneurs avec sa laisse toute neuve.

 

Je m’aperçois soudain que j’ai perdu un être chair.

 

Avril

Dimanche 2 avril

« Je crois que le temps est venu de vivre un peu plus attentivement »

 

Je me réveille et le dinosaure est toujours là. Penser à lui acheter une laisse, de toute façon, il ne me quittera pas. J’espère seulement qu’il s’agit d’un herbivore.

 

Le ciel bleu a un coté désespérant. pour peu que ce jour là, on ne partage pas ce bleu béat, ce beau temps de vacancier en short; il peut devenir insupportable.

Avril

Samedi 1er avril 2017

« Au début était le verbe. Qui devint incompréhensible. » 

Ennio Flaianio

 

« Quand il se réveilla, le dinosaure était toujours là. »

Augusto Monterroso

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