posts de juillet 2018


Juillet

Jeudi 19 juillet

« L’art de conter est en train de se perdre. Il est de plus en plus rare de rencontrer des gens qui sachent raconter  une histoire. Et s’il advient qu’en société quelqu’un réclame une histoire, une gêne de plus en plus manifeste se fait sentir dans l’assistance. C’est comme si nous avions été privés d’une faculté qui nous semblait inaliénable, la plus assurée entre toutes: la faculté d’échanger des expériences.

L’une des raisons de ce phénomène saute aux yeux: le cours de l’expérience a chuté. Et il semble bien qu’il continue à sombrer indéfiniment. »

Walter Benjamin

 

Le vent tourne violemment les pages de mon carnet mais n’y inscrit rien. Son souffle laisse la page blanche. Je n’ai plus qu’à prendre le relais.

 

On lit en lui comme dans un livre ouvert mais sur la table des matières, ce qui rend l’interprétation de son sourire difficile.

 

 

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Juan Gris, Le livre

Juillet

Mercredi 18 juillet

« Être malheureux est certes à la portée du premier venu. Mais se rendre malheureux, faire soi-même son propre malheur sont des techniques qu’il faut apprendre. »

Paul Watzlawick

 

Le train suit paradoxalement un chemin de traverses qui le mène tout droit à destination.

 

 

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Fernand Léger, The Railway Crossing

Juillet

Mardi 17 juillet

« En ce monde, il n’y a que deux tragédies. La première est de ne pas obtenir ce que l’on veut, et la seconde est de l’obtenir. La dernière est de beaucoup la pire, la dernière est une vraie tragédie. »

Oscar Wilde

 

Les photos sur les paquets de cigarettes sont de plus en plus réalistes et horribles et, de ce fait, ratent complètement leur but. Il est impossible de se projeter dans un univers aussi dramatique en fumant tranquillement une « clope » associée à la pause et au plaisir de la discussion.

 

 

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Otto Dix, Portrait de la journaliste Sylvia von Harden

Juillet

Lundi 16 juillet

« Voici bientôt quatre longues semaines que les gens normaux, j’entends les gens issus de la norme, avec deux bras et deux jambes pour signifier qu’ils existent, subissent à longueur d’antenne les dégradantes contorsions manchotes des hordes encaleçonnées sudoripares qui se disputent sur le gazon l’honneur minuscule d’être champions de la balle au pied. Voilà bien la différence entre le singe et le footballeur. Le premier a trop de mains ou pas assez de pieds pour s’abaisser à jouer au football. »

Pierre Desproges

 

J’ai beau regarder, ce matin rien n’a changé. Tout est à la place habituelle, les nuages dans le ciel, les feuilles sur les arbres, le train en gare et la boulangère derrière son comptoir. La vie continue, implacable et indifférente.

 

Aujourd’hui, je suis champion du monde et pour la deuxième fois. Mais le fait d’en croiser des centaines d’autres gâche un peu mon plaisir.

 

 

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De staël, Les Grands footballeurs

Juillet

Samedi 14 juillet

Livre de la semaine

La nuit sexuelle

Pascal Quignard

Flammarion

« Quand on sonde le fond de son coeur dans le silence de la nuit on a honte de l’indigence des images que nous nous sommes formées sur la joie. Je n’étais pas là la nuit où j’ai été conçu. Une image manque dans l’âme. On appelle cette image qui manque ‘l’ origine’. Nous cherchons cette image inexistante derrière tout ce qu’on voit.

Je cherche à faire un pas de plus vers la source de l’effroi que les hommes ressentent quand ils songent à ce qu’ils furent avant que leur corps projette une ombre dans ce monde. Si derrière la fascination, il y a l’image qui manque, derrière l’image qui manque, il y a encore quelque chose : la nuit. »

C’est en ces termes que l’auteur invite à poursuivre la réflexion singulière qu’il avait initiée avec ses premiers écrits. En s’appuyant sur des sources iconographiques variées (Bosch, Dürer, Raphaël, Titien, Rembrand, Rubens…) il pose, dans le présent opus, la question des origines et s’affronte sans détour à la difficulté de dire l’indicible, comme de représenter l’irreprésentable.

 

 

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Juillet

Vendredi 13 juillet

« Que cela plaise ou non à certains, même les plus « intelligents » ou les mieux entraînés des chimpanzés ne connaissent pas et ne connaîtront jamais ni langage articulé, ni pensée réflexive, ni culture au sens anthropologique, ni arts, ni sciences, ni systême politique construit. »

Jean-Pierre Digard

 

Le corps du futur ressemblera à un mannequin de cire, à un produit de consommation, à un support de marques diverses et de tatouages décoratifs dénués de toute signification. Un corps d’androïde, objet de toutes les attentions, encore sexué sans doute mais de la façon la moins libre possible, selon des normes précises liées à des critères de compatibilité et de performance. Encore un effort, nous y sommes presque.

 

Les roues de son vélo sont pudiquement voilées, pas ses cuisse brunes qui les font tourner vigoureusement.

 

 

The Monkey as Painter / Chardin / 1740

Chardin, Le singe peintre

Juillet

Jeudi 12 juillet

« Ce qui distingue la poésie de la parole machinale, c’est que la poésie justement nous réveille, nous secoue en plein milieu du mot. »

Ossip Mandelstam

 

Elle retrouve son lit défait, ses rives en pointillés, puis, canalisée, domptée, apprivoisée, elle se contente de suivre son cours. Elle redevient studieuse, sérieuse, suivant sagement les méandres doux et calmes. C’est là qu’est sa place, que le regard s’apaise en la voyant courir sans hâte entre les arbres protecteurs. Elle sait que le fleuve l’attend, qu’elle se jettera sereinement dans ses bras liquides.

 

 

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Sisley, Saint-Mammès le matin

Juillet

Mercredi 11 juillet

« Il y a un autre monde mais il est dans celui-ci. »

Ignaz Paul Vital Troxler

 

Le ciel est son allié et tout baigne dans un bleu gris mouvant et trouble. C’est son oeuvre, sa force et son destin que de s’échapper régulièrement de ses berges, de confondre la terre et l’eau. Encore quelques jours et elle se retire lentement, à regret, elle aimait bien ses excés de tendresse, de curiosité, de présence. Elle se rétracte, renonce, fatiguée de régner sur le sol, de jouer au lac immobile, de cracher ses souhaits…

 

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Klee, Après l’inondation

Juillet

Mardi 10 juillet

« L’oeil existe à l’état sauvage. »

André Breton

 

La rivière est partout, elle suit toutes les pentes, coule dans le moindre creux, inonde la combe solitaire, recouvre la route arrogante, noie le chemin creux nappe d’un miroir aveuglant le pré aux chevaux, lèche les marches des maisons riveraines, console les saules pleureurs d’un baiser mouillé. Il lui faut tout le paysage, c’est une invasion aqueuse, une crue totalitaire et pacifique…

 

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Corot, Inondation dans une saulaie

Juillet

Lundi 9 juillet

« La laideur n’est pas neutre; elle agit sur l’homme et détériore sa sensibilité, au point qu’il ne ressent même pas sa dégradation, ce qui le prépare à descendre encore d’un cran. »

William Morris

 

Elle a fait trop de trapèze
Ses épaules en ont plein le dos
Et sa nuque n’en fait qu’à sa tête

 

Rondeur des mollets pleins
Moiteur des creux poplités
Douceur des cuisses rondes
Et les épaules nues de l’été

 

 

Edgar Degas, Devant le miroir 1889

Degas, Devant le miroir

Juillet

Samedi 7 juillet

Livre de la semaine

L’animalisme est un anti-humanisme

Jean-Pierre Digard

CNRS EDITIONS

Depuis plusieurs années, les animaux sont devenus un sujet sensible. Documentaires, tribunes, pétitions émaillent l’actualité, dénonçant des actes de maltraitance ou appelant à des mesures en faveur des animaux, et prenant à témoin l’opinion publique. Le droit lui-même s’est fait l’écho de ces préoccupations avec l’introduction des animaux dans le Code civil en 2015.

C’est ce phénomène social, cette nouvelle sensibilité que scrute cet ouvrage, à sa façon aussi engagé que les tenants de la « cause animale ». Spécialiste de la domestication animale, Jean-Pierre Digard nuance, contextualise, passe de la longue durée historique à l’examen des revendications présentes, et balaye bien des idées reçues. De quels animaux parle-t-on ? Que connaissent les urbains de la vie animale ? L’utilisation d’animaux par l’homme n’a-t-elle pas avant tout été un élément déterminant du processus de civilisation? Et quelles seraient les conséquences d’une « libération animale » ?

S’il critique et dénonce les dérives des mouvements animaliste, antispéciste et véganien, cet ouvrage n’en reste pas à une telle prise de position. Plus profondément, c’est le rapport des animalistes à leur propre humanité, et leur façon de diaboliser l’homme, qui sont rigoureusement mis en question.

 

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Juillet

Vendredi 6 juillet

« La tentation la plus nocive que connaissent les hommes n’est pas le mal. Ni l’argent. Ni le plaisir stupéfiant et les extases diverses qu’il entraîne. Ni le pouvoir et toutes les perversions qu’il engage. Ni la sublimation et tous les sentiments imaginaires qu’elle fait lever. c’est la mort. »

Pascal Quignard

 

Les routes ne sont jamais que des rivières figées sur lesquelles glissent des barques à roues, des bateaux pneumatiques et des pédalos rayonnants. Elles se jettent les unes dans les autres sans un bruit, irriguant la campagne et fondant leur bitume au soleil de juillet.

 

Les autres sont étranges; ils font des choix curieux, prennent des décisions absurdes, se contredisent sans cesse… C’est cette étrangeté qui nous rassemble, nous rapproche. Chercher dans l’autre ce qui le fait avancer, quel est son moteur et en quoi le mien est différent ou semblable est peut-être notre seule raison d’être.

 

 

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Hopper, Wellfleet Road

Juillet

Jeudi 5 juillet

蚊の声す 
忍冬の花 
散る毎に

ka no kowasu
suikazura no hana
chiru gotoni

la rumeur des moustiques
chaque fois que tombe
une fleur de chèvrefeuille

Buson

 

Pourquoi le corps disparaît peu à peu et nous impose sa déchéance, ses rides, sa chute jusqu’à la transparence et la disparition? Ne pourrait-on pas en finir autrement, le même processus mais en une seule journée. Vieillir en 24 heures, en accéléré, dans une sorte d’acmée sénile, une folle journée où l’on rirait de toutes ses dents le matin et toutes gencives dehors le soir.

 

J’ai pu me loger dans un espace minuscule entre le siège 82 et le local à bagages. J’ai une carte de réduction de 50%.

 

 

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Yue Minjun, L’ombre du fou rire

Juillet

Mercredi 4 juillet

« Une monstrueuse aberration fait croire aux hommes que le langage est né pour faciliter leurs relations mutuelles. »

Michel Leiris

 

« Il faut que je me trouve une personne phare, poteau, arbre contre le vent, une sécurité humaine » dit-elle joliment au téléphone et à toute la rame car elle parle fort distinctement.

 

J’ai étiqueté mon bagage ainsi: « Ceci est une valise inoffensive appartenant à un citoyen au-dessus de tout soupçon » et l’ai abandonné le temps de faire quelques emplettes. Je n’en ai retrouvé que quelques morceaux dispersés dans le hall de l’aéroport. 

 

 

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Hopper, Lighthouse Hill

Juillet

Mardi 3 juillet

« Pas de plaisir d’écrire si, sachant d’avance ce que l’on a à dire et n’ayant pas à inventer la manière de le dire, on procède à coup sûr. »

Michel Leiris

 

La nouvelle unité de mesure est le terrain de football, c’est l’aune à laquelle tout s’évalue désormais. Je considère donc que l’étendue de ma perplexité face à l’engouement pour la coupe du monde est équivalent à deux terrains de foot, environ…

 

Un vélo dans un parc à huîtres n’a rien de déplacé, c’est aussi un bivalve.

 

 

Pieter Claesz, Nature morte aux huitres

Pieter Claesz, Nature morte aux huîtres

Juillet

Lundi 2 juillet

Je voudrais

Une fête étrange et très calme

Avec des musiciens silencieux et doux

Ce serait

Par un soir d’automne un dimanche

Un manège très lent, une fine musique

Jacques Bertin

 

Vu du train, le même paysage d’été, les rails brillants, le ciel blanc de chaleur, les fleurs des gares, les villages immobiles et contre la vitre, devant moi, une épaule dorée barrée d’une bretelle noire.

 

Le train glisse entre les fougères comme j’erre entre les fous.

 

 

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Léger Fernand, Trois musiciens

Juin…

Samedi 30 juin

Livre de la semaine

Sur l’image qui manque à nos jours

Pascal Quignard

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« La jeune fille ne tient pas son amant entre ses bras. Dans sa main droite elle tient un fragment de braise éteinte. Dans sa main gauche, dans l’obscurité de la nuit, elle avance une lampe à huile qui fume. Soudain elle lève la flamme au-dessus de ses yeux en sorte de projeter l’ambre de ce qu’elle voit derrière ce qu’elle voit. Elle ne caresse ni ne presse contre elle le volume de son corps. Elle délimite soigneusement, avec son charbon, le contour de cette répercussion obscure sur la surface de la paroi. Elle ne jouit pas de lui ; elle ne profite pas de sa présence ; elle n’est même plus avec lui ; elle le voit absent ; elle le regrette ; elle désire cet homme ; elle le rêve. »

 

 

arton946

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