posts de juin 2018


Juin…

Mardi 26 juin

« Le problème n’est plus d’amener les gens à s’exprimer mais de fournir des petits moments de solitude et de silence dans lesquels ils peuvent trouver quelque chose à dire. Les forces d’oppression n’empêchent pas les gens de s’exprimer, elles les forcent au contraire à s’exprimer. Quel soulagement que de n’avoir rien à dire, le droit de ne rien dire, parce que seulement à ce moment il devient possible de saisir cette chose rare et toujours plus rare : ce qui vaut la peine d’être dit. »

Gilles Deleuze

 

Elle monte dans le train et surprise, vu son âge, pas de portable, ou peu voyant, mais un livre qu’elle ouvre rapidement. Je jette un oeil sur la couverture, Marc Levy: Elle etLui. Finalement, c’est bien les téléphones et pratiques. Elle et Lui peuvent appeler Toi et Moi

 

Il rentre toujours dans ses barboteuses, il a conservé sa taille de manneken pis.

 

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Van der Weyden, Marie-Madeleine lisant

Juin…

Lundi 25 juin

« Qu’il s’agisse des êtres ou de ce qu’ils produisent, on n’aime vraiment que ce qui n’en finit pas de se clore sur sa propre énigme. Et si la dernière page d’un livre ne se referme pas sur un monde inaccessible, quel est donc ce livre ? […] l’écriture devient parfois cette façon unique d’arracher au temps un lambeau d’éternité, ce qui est d’ailleurs plus l’apanage de la passion que de ce qu’on appelle l’art ou la littérature.» 

Annie Le Brun

 

Les fauteuils vides tendaient leurs bras morts à des fantômes silencieux qui venaient s’y asseoir avec une lenteur exaspérante et théatrale.

 

La musique, alors, s’élevait; des cordes uniquement, qui vous attachaient l’âme le temps de l’exécution.

 

 

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Derain, Harlequin et Pierrot

Juin…

Samedi 23 juin

Livre de la semaine

Ce qui n’a pas de prix

Annie Le Brun

Stock

C’est la guerre, une guerre qui se déroule sur tous les fronts et qui s’intensifie depuis qu’elle est désormais menée contre tout ce dont il paraissait impossible d’extraire de la valeur. S’ensuit un nouvel enlaidissement du monde. Car, avant même le rêve ou la passion, le premier ennemi aura été la beauté vive, celle dont chacun a connu les pouvoirs d’éblouissement et qui, pas plus que l’éclair, ne se laisse assujettir.
Y aura considérablement aidé la collusion de la finance et d’un certain art contemporain, à l’origine d’une entreprise de neutralisation visant à installer une domination sans réplique. Et comme, dans le même temps, la marchandisation de tout recours à une esthétisation généralisée pour camoufler le fonctionnement catastrophique  d’un monde allant à sa perte, il est évident que beauté et laideur constituent un enjeu politique.
Jusqu’à quand consentirons-nous à ne pas voir combien la violence de l’argent travaille à liquider notre nuit sensible, pour nous faire oublier l’essentiel, la quête éperdue de ce qui n’a pas de prix ?

 

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Juin…

Mardi 19 juin

« Une monstrueuse aberration fait croire aux hommes que le langage est né pour faciliter leurs relations mutuelles. » 

Michel Leiris

 

De toute façon, tout cela l’indiffère, il s’en balance. D’ailleurs, il a déjà enroulé la corde de chanvre autour de la poutre maîtresse de la grange.

 

Il la désire très fort et pense à lui faire sa « Bande-annonce ».

 

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Rouault, le Pendu

Juin…

Lundi 18 juin

« On reconnait volontiers qu’il y a du danger dans les exercices physiques extrêmes, mais la pensée aussi est un exercice extrême et raréfié. Dès qu’on pense, on affronte nécessairement une ligne où se jouent la vie et la mort, la raison et la folie, et cette ligne vous entraîne. On ne peut penser que sur cette ligne de sorcière, étant dit qu’on n’est pas forcément perdant, qu’on n’est pas forcément condamné à la folie ou à la mort. »

Gilles Deleuze

 

Ils rentrent à vide et sortent du bricotruc avec des bouts de bois, une porte, des tuiles, de la peinture, des serrures, trois vis… on dirait des hirondelles pédestres. C’est le syndrome de la nidification.

 

Le sot lui roula la pelle du 18 juin, elle apporta le râteau; ils finirent leur château de sable en Espagne.

 

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Fragonard, jeune fille délivrant un oiseau de sa cage

Juin…

Samedi 16 juin

Livre de la semaine

Profitons de l’ornithorynque

Alexandre Vialatte

Julliard

Comme tous les gens qui ont gardé des vues d’enfants, qui n’ont jamais complètement mûri leur vision des choses du monde au point de la rendre « adulte », Alexandre Vialatte entretient un humour que j’appellerai naturel, et qui provient, toute espièglerie mise à part, d’un décalage constant face au sérieux qui devrait être. Il s’agit d’une écriture en porte à faux pour ce qui est du regard des « grandes personnes », engoncées qu’elles sont dans les mots importants – les mots de la politique, du commerce et de l’industrie. Du reste, je crois que l’humour est d’essence enfantine – en ce qu’il se distingue du « trait d’esprit » cher à nos aïeux et aux représentants-placiers, et destiné à faire étinceler son auteur…Vialatte possède cette incongruité de l’image inaccessible, la ténacité d’un môme inassouvi ; son décalage n’est pas du surréalisme mais tout le contraire : une observation vigilante du réel, à l’œil nu, c’est-à-dire libérée du pesant des habitudes. C’est là ce qui le rend si récupérable aujourd’hui par les jeunes générations – et pour combien de temps ?

 

Vialatte

Juin…

Vendredi 15 juin

« Ecrire n’a rien à voir avec signifier, mais avec arpenter, cartographier, même des contrées à venir. »

Gilles Deleuze

 

Une erreur! dés le départ, à l’origine, un vice de fabrication. C’est ça, un gène de travers, pas vraiment cassé, non, juste faussé, inadapté ou pas à sa place, qui aura tout le temps du jeu, un bruit dans la mécanique, un doute sur la fiabilité de la construction. L’obsolescence programmée est notre destin.

 

On sait toujours ce que l’avenir nous réserve, il n’y a aucune surprise. Ce ne sera que du passé recyclé.

 

 

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Stanley Cursiter, Rain on Princess Street

 

Juin…

Jeudi 15 juin

« Les gens n’ont de charme que par leur folie. Voilà ce qui est difficile à comprendre. Le vrai charme des gens c’est le côté où ils perdent un peu les pédales, c’est le côté où ils ne savent plus très bien où ils en sont. Ça ne veut pas dire qu’ils s’écroulent au contraire, ce sont des gens qui ne s’écroulent pas. Mais, si tu ne saisis pas la petite racine ou le petit grain de folie chez quelqu’un, tu peux pas l’aimer. On est tous un peu déments, et j’ai peur, ou je suis bien content, que le point de démence de quelqu’un ce soit la source même de son charme. »

Gilles Deleuze

 

Une girafe traverse la nuit tous feux éteints. Seul un gyrophare aphone posé sur sa tête troue l’obscurité de la savane.

 

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Dali, La Girafe en feu

Juin…

Mercredi 13 juin

« Avec le naturel des saisons qui reviennent, chaque matin des enfants se glissent entre leurs rêves. La réalité qui les attend, ils savent encore la replier comme un mouchoir. Rien ne leur est moins lointain que le ciel dans les flaques d’eau. Alors, pourquoi n’y aurait-il plus d’adolescents assez sauvages pour refuser d’instinct le sinistre avenir qu’on leur prépare ? Pourquoi n’y aurait-il plus assez de jeunes gens assez passionnés pour déserter les perspectives balisées qu’on veut leur faire prendre pour la vie ? Pourquoi n’y aurait-il plus d’êtres assez déterminés pour s’opposer par tous les moyens au système de crétinisation dans lequel l’époque puise sa force consensuelle ? »

Annie Le Brun

 

Elle se débattait dans une odeur épouvantable, tentant d’échapper au lien qui entourait son cou. Lorqu’il parvint à enrouler plusieurs fois le fil autour du sac, il fit un noeud rapide et jeta la poubelle rebelle dans un container.

 

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Daumier, La révolte

Juin…

Mardi 12 juin

Ts’ui Pên a dû dire un jour: « je me retire pour écrire un livre. » Et un autre:  » Je me retire pour construire un labyrinthe. » Tout le monde imagina qu’il y avait deux ouvrages. Personne ne pensa que le livre et le labyrinthe était un seul objet.

J.L. Borges

 

L’écrit, cette chose étrange qu’est la pensée d’un autre mis en mots.

 

L’écrit dit : lis moi si tu le désires, mais si tu me lis, je te lie.
Notre lien ira de pensée à pensée, mon encre sèchera dans tes yeux.

 

 

Maître des Cassoni Campana, Thésée et le Minotaure, entre 1510 et 1520[32]

Maître des Cassoni Campana, Thésée et le Minotaure

Juin…

Lundi 11 juin

Tu ne viens plus boire
Dans mes mains
Que pour mémoire

Je peux marcher seul
Si je veux
Je ne m’appuie sur toi
Que pour trouver le charme des autrefois

Il y a deux chaises et sur le mur
Une photo où nous sommes tous deux
Malgré tout ne t’éloigne pas

Jacques Bertin

 

J’ai trouvé un trèfle à deux feuilles, j’ai donc fait un demi-vœu qui ne s’est réalisé qu’à moitié…

 

Il attend la hache inspirée qui le libérera des liens qui l’étouffent peu à peu.

 

 

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Matisse, Le Bonheur de vivre

Juin…

Samedi 9 juin

Livre de la semaine

Aménagements successifs d’un jardin, à C., en Bourgogne

suivi de

Argumentation de Linès-Fellow

Jean-Marc Aubert

L’Arbre Vengeur

Collection « L’arbuste véhément »

Deux romans aussi courts que décapants réunis sous la même couverture. La première histoire qu’on nous raconte avec une précision de botaniste sinon d’entomologiste est celle d’un homme qui est en quête du jardin absolu, celui qui peut résister à tous les assauts, même s’il faut pour cela finir par tout bétonner…
Le deuxième roman est la justification d’un médecin anglais emprisonné qui tente d’expliquer pourquoi il a suggéré à un patient, cul de jatte obsessionnel, de courir un marathon. Le souci avec les maniaques est qu’ils vont au bout des défis qu’ils se lancent, et que malgré le goudron, le sable et les intempéries, notre sportif inattendu ne va pas renoncer pendant des heures, des jours et des semaines, l’auteur ne nous épargnant rien des horribles détails de cette folle course…

 

Aubert

juin…

Vendredi 8 juin

« Ernest Cavinet défrisait les caniches à coups de pelle. Son commerce a été fermé sur décision de justice. On ne dira jamais assez à quel point l’obligation de résultat est source d’angoisse dans notre profession, a déclaré le porte-parole du syndicat des toiletteurs qui a apporté son soutien à Canivet et déposé un préavis de grève qui pourrait durablement paralyser le pays. »

Eric Chevillard

 

Fonds de court

L’arbitre du haut de sa chaise était le seul à voir arriver la tempête de sable qui recouvre toujours le court d’un ocre rouge du plus bel effet.

Les bûcherons feraient d’excellents tennismen s’ils ne coupaient pas autant de balles.

 

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Hodler, Le bûcheron

Juin…

Jeudi 7 juin

« J’ai cru que c’était une abeille, alléguait hier devant le tribunal madame veuve Montségur poursuivie pour avoir écrasé un tigre avec une tapette à mouches. Le ministère public a eu beau jeu de réfuter les justifications navrantes de l’accusée en lui rappelant opportunément que les abeilles ne sont pas des mouches. »

Eric Chevillard

 

Certains croient au grand contrôleur qui vérifie le billet quand arrive le terminus, là où tout le monde descend. Moi je m’en fous, j’ai une carte senior+.

 

Fond de court

Sous la jupe de cette joueuse, on pouvait voir deux balles neuves qui lui permirent de gagner le double mixte à elle seule.

 

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Dali, Rêve causé par le vol d’une abeille autour d’une pomme grenade une seconde avant l’éveil

Juin…

Mercredi 6 juin

« Je sais, voilà longtemps qu’il ne s’agit plus de s’interroger sur notre peu de réalité ou sur la vitesse grandissante à laquelle la vie s’en va rejoindre les rails du désespoir. Non, tout se passe comme si la partie avait été jouée pour ne laisser à chacun que le souvenir de ses rendez-vous manqués et de ses amours impossibles. »

Annie Le Brun

 

Le saviez-vous? Roland Garros est aussi un lieu réputé pour prévenir le torticolis.

 

Fond de court

Ils ont baché trop vite et recouvert les deux joueuses qui poursuivent leur match mais leurs cris sont plus étouffés.

 

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Khnopff, Memories

Juin…

Mardi 5 juin

« Voilà déjà longtemps Novalis affirmait : « Le corps est l’organe nécessaire du monde. » Et n’est-ce pas, faute de l’être aujourd’hui, qu’il est en train de devenir la plus encombrante des prothèses ? « 

Annie Le Brun

 

Ce matin, la rivière chocolatée par les pluies charrie quelques végétaux arrachés aux berges. il pleut, le vert des branches se pose doucement sur le café au lait des bords…Plus qu’à se laisser porter ou se noyer un instant dans ce petit déjeuner sans herbes.

 

Fond de court

Il faut dénoncer fermement les conditions d’élevage en batterie des balles de tennis jaunes poussins.

 

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Manet, Le Déjeuner sur l’herbe

Juin…

Lundi 4 juin

« Mes cernes n’ont pas fini de s’agrandir : c’est avec les yeux que je dévore le noir du monde. »

Annie Le Brun

 

Il s’attendait au pire mais le pire n’est jamais sûr et quand le pire est né, il a traversé la frontière, il a franchi les limites de son connu et a découvert un au-delà de lui même.

 

Fond de court:

Au cinquième set, il a changé de tactique. Il a remonté le filet. Son adversaire s’y débattait, pris dans les mailles. Jeu, set et match.

 

 

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Parmigianino, SanRocco (détail)

 

Juin…

Samedi 2 juin

Livre de la semaine

Le nom sur le bout de la langue

Pascal Quignard

Flammarion

« Quand j’ai lu Le Nom sur le bout de la langue, je m’y suis crue. Être sans cesse à la recherche de quelque chose d’impalpable et de perdu. Retenir indéfiniment les mots et les oublier sans cesse. Se sentir nue et fragile. Affronter une immense vague de peur qui vient se briser sur moi et dans le même temps m’enrouler autour. C’est avec ces questions que je rentre dans les histoires de Pascal Quignard. Je veux être au plus près du dénuement et du silence. Partir de presque rien ; un tabouret, mon violoncelle et la lumière.

Je joue du violoncelle, je joue la comédie, je joue tout court, je suis heureuse, j’ai raccroché les wagons. Mon violoncelle m’entraîne dans un autre monde auquel je n’ai pas accès avec des mots. »

Marie Vialle

 

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Juin…

Vendredi 1er juin

Le bandeau de l’époque sur les yeux, nous ne savons dessiner que les carcasses de maisons.

Au fond de l’aube, les racines du cœur.

L’épuisement
Le silence
La légèreté

La lumière emmêlée
La cellophane du matin s’enroule sur elle-même
Les bribes des mots se rétractent dans les touffes d’herbe
Le sentier conduit vers l’enfance des ombres.

Annie Le Brun

 

Parler, tenter, essayer toujours de cerner un peu de sens, ça tiendra quelque temps. Ça ne sert à rien mais que faire d’autre? C’est ce rien qu’il faut interroger en vain, ce rien qui fait lien entre nos vides, entre nos pensées.

 

Pas d’autre issue que tenter de penser ce qui ne peut l’être et le donner en pâture aux autres penseurs.

 

Hockney

David Hockney, Landscape Tunnel 2

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