posts de avril 2018


Avril

Lundi 30 avril

Dans la campagne une forme de joie m’a frolé comme une aile

J’ai regardé de l’autre côté du pont dans l’île, dans la plaine

Il pleuvait du côté de Saint-Georges, l’orage

Passait au loin. Je cherchais cet oiseau

C’était hier peut-être dans un bar une fille très belle

Ou bien c’était un souvenir vieux de dix ans, une aile

Comme dans cette plaine immense cet oiseau

Jacques Bertin

 

On peut pas griffonner avec un clavier azerty, j’aimerai pourtant être illisible parfois, ne pas pouvoir me relire.

 

Je ne sais pas qu’est ce qui m’a trouvé en toi?

 

Giorgione La tempête 1508

Giorgione, La tempête

Avril

Samedi 28 avril

Livre de la semaine

Giorgio Morandi 

les jours et les heures

Bruno Smolarz

arléa

Comment parler de Giorgio Morandi dont la vie est à l’image de la peinture: discrète, intime et presque silencieuse, presque évanescente, toute en promesse et en retenue?

Bruno Smorlarz parie sur le temps, les jours et les heures, les inflexions douces de la lumière et des saisons. Il est à l’écoute de ceux qui ont approché le peintre dans la vie ou dans la passion de la peinture. On retrouve Braque et de Staël, les ors de Giotto ou les nuits de Leopardi, l’infini fiévreux de Pascal, mais aussi la courbe d’une colline prés de Bologne et le chant des rossignols.

Ce livre est une lente méditation, fidélité à ce qu’on a aimé, qui résiste au temps et s’y déploie.

 

Giorgio-Morandi

Avril

Vendredi 27 avril

« Soyez vous-même, tous les autres sont déja pris. »

Oscar Wilde

 

« Comment ne pas perdre la tête… » la chanson passe en boucle dans l’EHPAD, à l’étage où pour la plupart des résidents, la question ne se pose plus…

 

Respicere: regarder en arrière, derrière soi. Ce qui demande un minimum d’antériorité, je respecte ce qui était avant moi. Respect: mot vide de sens désormais, tout est devenu respectable, mot confondu avec c’est mon choix, je fais ce que je veux donc respecte moi. 

 

karel-appel-portrait-de-sir-herbert-read

Karel Appel, Portrait de Sir Herbert Read

Avril

Jeudi 26 avril

« La pandiculation, l’être humain, le sommeil, la bonne bouffe et la fornication datent tous de la plus haute antiquité. »

Alexandre Vialatte

 

Ecrire c’est placer des mots les uns à la suite des autres, c’est pourtant pas compliqué. C’est pas les mots qui manquent, il y en a plein les dictionnaires, plein les livres, plein les cerveaux, plein les bouches; suffit d’aller les chercher. Le problème c’est le choix et l’ordre dans lequel on les aligne.

 

Par exemple, le regard de ce poisson roux me transperça jusqu’aux os, ça ne marche pas. Le regard de ce mérou me mit mal à l’aise, c’est mieux et la vue de cet alevin m’émut, c’est correct mais je préfère le poisson roux.

 

 

Arcimboldo

Arcimboldo, Portrait aux poissons et aux coquillages

Avril

Mercredi 26 avril

« L’homme n’est que poussière, c’est dire l’importance du plumeau. »

Alexandre Vialatte

 

Le choix de l’aube rose contre le bleu de la nuit.

 

 

Monet-givre

Monet, Le givre

Avril

Mardi 24 avril

« Lorsque la sage-femme m’a tendu les ciseaux afin que je coupe le cordon ombilical de ma fille, j’ai sorti de ma poche le discours inaugural que j’avais préparé pour l’occasion, douze feuillets serrés, un superbe morceau de prose, certainement ce que j’ai écrit de meilleur : on ne m’a pas laissé finir! »

Eric Chevillard

 

Aïkido: hanmi andachi waza, gyakuamni katate dori, ikkyo, omote. Vous le feriez avec ou sans tenkan?

 

Il confond toujours les pingouins et les manchots; or les pingouins n’ont pas deux bras.

 

manchots-au-coeur-de-la-tortue- marc legris

Marc Legris, Manchots au coeur de la tortue

Avril

Lundi 23 avril

« Il s’émerveillait de s’apercevoir que les chats avaient la peau percée de deux trous, justement à la place des yeux. »

Lichtenberg

 

Sa route pourrait se poursuivre tout droit aprés tout, passer du gris bitume au jaune colza puis au vert fluo du blé en herbe et se terminer contre le fond bleu du ciel: ligne droite de printemps.

 

 

Miro bleu

Miro, bleu III

Avril

Samedi 21 avril

Livre de la semaine

Vivre sans la douleur?

Nicolas danziger

Odile Jacob

Une femme est envahie par le sentiment étrange que sa jambe douloureuse ne fait plus partie de son corps ; un patient victime d’un trauma crânien devient subitement indifférent aux pires douleurs ; tel autre, à la suite d’un deuil, se met pour la première fois à souffrir de ses dents dévitalisées. En quoi le fait d’avoir mal modifie-t-il la perception que nous avons de notre corps ? Comment l’affect douloureux est-il élaboré par notre cerveau ? De quelle façon la signification symbolique d’une lésion peut-elle déterminer la sensation qui en résulte ? Est-il possible de vivre sans souffrir ? Un voyage scientifique et humain pour mieux comprendre l’énigme de la douleur.

Nicolas Danziger est neurologue et chercheur à l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière, à Paris, où il s’occupe de patients souffrant de douleurs chroniques, dans le cadre d’une consultation spécialisée. Ses travaux lui ont valu récemment le prix Prosper-Veil de l’Académie nationale de médecine.

 

Vivre-sans-la-douleur

Avril

Vendredi 20 avril

Caminante, son tus huellas [Toi qui marches, ce sont tes traces]
el camino y nada más; [qui font le chemin, rien d'autre ;]
caminante, no hay camino, [toi qui marches, il n'existe pas de chemin,]
se hace camino al andar. [le chemin se fait en marchant.]

Antonio Machado

 

Le dalaï-lama tweete: « Nous savons que chacun doit mourir, mais l’important c’est de donner du sens à nos vies. » C’est à se demander si la réincarnation ne favorise pas la production de banalités, une sorte d’affaiblissement de la pensée par répétition.

 

Le turc est fort, ce qui rend le kurde distant.

 

photo-20-10-2015-11-44-08

Henri Michaux, Peinture à l’encre de Chine (détail)

Avril

Jeudi 19 avril

« La mort ne m’aura pas vivant. »

Jean Cocteau

 

Elles sont face à face sur leur fauteuil roulant à chaque bout des barres parallèles inoccupées, attendant le kinésithérapeute, comme deux presse-livres inutiles.

 

Homme tronc avec deux branches et monté sur roulettes, on dirait qu’il se transplante chaque fois qu’il se déplace en actionnant son fauteuil électrique.

 

 

OttoDix-la rue de prague

Otto Dix, la rue de Prague

Avril

Lundi 16 avril

« L’industrie actuelle formate et cérébralise énormément. On prévoit tout pour qu’il n’y ait pas de risque. Il y a aujourd’hui une esthétique sensible qui est très molle et divertissante. On veut avoir le divertissement. C’est très bien, j’aime bien rigoler, ce n’est pas le problème. Mais se divertir de quoi ? Quand on regarde les Grecs, il y avait à la fois des comédies et des tragédies. On a besoin du tragique, c’est évident. On a besoin d’affronter nos propres ombres, comme le font Sophocle ou Euripide. Il y a inceste, parricide, meurtre, mais aussi amour, vision divine, tout est là. Je veux travailler absolument avec ce matériel-là et ne pas considérer qu’il faut divertir, divertir, divertir. Mais quand je ferai une comédie, je ferai une comédie. C’est un genre tout à fait majeur. Mais je n’en suis pas encore là, c’est tout. »

Bruno Dumont

 

anselm_kiefer_aki_sous le plomb, une trace de soleil

Anselm Kiefer

Avril

Mardi 17 avril

« Adieu, Camille, retourne à ton couvent, et lorsqu’on te fera de ces récits hideux qui t’ont empoisonnée, réponds ce que je vais te dire : tous les hommes sont menteurs, inconstants, faux, bavards, hypocrites, orgueilleux et lâches, méprisables et sensuels ; toutes les femmes sont perfides, artificieuses, vaniteuses, curieuses et dépravées ; le monde n’est qu’un égout sans fond où les phoques les plus informes rampent et se tordent sur des montagnes de fange ; mais il y a au monde une chose sainte et sublime, c’est l’union de deux de ces êtres si imparfaits et si affreux. On est souvent trompé en amour, souvent blessé et souvent malheureux ; mais on aime, et quand on est sur le bord de sa tombe, on se retourne pour regarder en arrière ; et on se dit : “ J’ai souffert souvent, je me suis trompé quelquefois, mais j’ai aimé. C’est moi qui ai vécu, et non pas un être factice créé par mon orgueil et mon ennui. »

Alfred de Musset, On ne badine pas avec l’amour

 

Kiefer-Ropac

Anselm Kiefer

Avril

Samedi 14 avril

Livre de la semaine

Le zen dans l’art chevaleresque du tir à l’arc

E. Herrigel

Dervy

« Dans cet admirable petit livre, M. Herrigel, philosophe allemand qui est venu au Japon et s’est adonné au tir à l’arc pour arriver à comprendre le Zen, donne de sa propre expérience un récit qui nous éclaire. Un des caractères qui nous frappent le plus dans l’exercice du tir à l’arc, et en fait de tous les arts tels qu’on les étudie au Japon, c’est qu’on n’en attend pas des jouissances uniquement esthétiques, mais qu’on y voit un moyen de former le mental, et même de le mettre en contact avec la réalité ultime. »

 

Herrigel

 

Avril

Vendredi 13 avril

Si vous avez un bâton, je vous en donnerai un

Si vous n’en avez pas, je vous le prendrai

Koan zen

 

les inondations laissent des éclats de rivière dans les champs, cadeaux brillants, mares éphémères que le soleil aspirera.

 

max-ernst-la-mare-aux-grenouilles

Max Ernst, la mare aux grenouilles

Avril

Jeudi 12 avril

« Mon médecin a essayé de me fourguer un cancer du poumon alors que j’étais venu le consulter pour un simple rhume! Je ne me suis pas laissé avoir, mais n’est-il pas déplorable de voir cette mentalité de vendeur de canapés contaminer peu à peu l’ensemble de la société et jusqu’aux professions traditionnellement vouées au soulagement des douleurs, dans le respect de la personne humaine. »

Eric Chevillard

 

La question du jour:

« Quels sont les bénéfices de mixer croquettes et sachets fraîcheur pour votre chat? »

Promis, je vais y réfléchir…Et me procurer un chat.

 

 

Gainsborough

Gainsborough, Etudes de chats

Avril

Mercredi 11 avril

« Né du trou. Bâti autour du trou. Je suis une organisation du vide. Ainsi mon oui est-il toujours creux de mon non. Ainsi puis-je me retourner comme un gant. Il doit y avoir une éternelle équivalence, où cependant la droite ne vaut pas la gauche. Plaie de la symétrie. Je te donne mon coeur contre ton foie. »

Bernard Noël

 

Les routes grises ne mènent nulle part, elles serpentent vainement dans le vert tendre des vignes, filent droit vers des villages aux murs blancs et se perdent au coeur de collines rondes qui les avalent brutalement.

 

Tu t’aperçois soudain qu’il n’y a plus rien à attendre et cette pensée te met inexplicablement en joie.

 

hockney-01

David Hockney, Outpost Drive, Hollywood

Avril

Mardi 10 avril

« Il fut un temps où je croyais qu’il suffisait de fermer les yeux ou d’ouvrir les livres pour voir des jardins qui tiennent sur l’ongle du petit doigt, des amours qui font vraiment dériver les continents, des époques qui dansent avec des singes bleus sur l’épaule, des mondes suspendus en crinoline de rumeur. C’était le temps où j’étais prête à croire qu’un surgissement du merveilleux dépendait presque d’un caprice de la paupière. »

Annie Le Brun

 

Plus jamais tomber d’Amour
Ne tomber que de fatigue Oublier
Ne tomber que de vélo Cicatriser
Ne tomber que de sommeil Rêver

 

Bacon

Francis Bacon

Avril

Lundi 9 avril

« Je sens parfois, m’éveillant dans la nuit, des mains invisibles qui tissent ma destinée. »

Fernando Pessoa

 

Des nouvelles de la rivière, la pluie cesse peu à peu, elle retourne dans son lit pour des sommeils encore agités, attendant l’orage d’été qui la réveillera. Elle emportera alors le vieux pont qui la regarde passer, sûr de sa force et de ses piles de pierre. Elle rêve de ce jour  où elle arrachera ses arches pour un voyage de rage et rejoindra le fleuve tranquille.

 

Otto Dix

Otto Dix, portrait de l’avocat Hugo Simons

Avril

Samedi 7 avril

Livre de la semaine

Egon Schiele

Dessins et Aquarelles

Texte Jane Kallir

Introduction Ivan Vartanian

Hazan

On ne peut pas atteindre la chose elle-même – la véritable nature du modèle – en ôtant la surface , car tout ce que l’on a, c’est la surface. On ne peut donc aller au-delà de cette surface qu’en travaillant avec elle. En la manipulant – les gestes, le costume, l’expression – radicalement et correctement. Je pense que Schiele a compris cela d’une manière unique, profonde et originale. Au lieu d’essayer d’abandonner la tradition du portrait en représentation (ce qui, de toute façon, est sans doute impossible), il me semble qu’il l’a poussé à ses limites. Il a bousculé la forme en montant le son jusqu’au niveau du cri. On observe donc chez Schiele une sorte d’asymétrie constante, d’abord dans le sens de la « représentation » pure, le geste et le comportement stylisé recherché comme une fin en soi, étudié pour soi. Ces stylisations extrêmes sont conservées dans la forme mais désorientées, sorties de leur cadre familier et utilisées pour changer la nature de ce qu’est le portrait.

Richard Avedon

 

Egon Schiele

Avril

Vendredi 6 avril

La nuit promet d’être belle
Car voici qu’au fond du ciel
Apparaît la lune rousse
Saisi d’une sainte frousse
Tout le commun des mortels
Croit voir le diable à ses trousses
Valets volages et vulgaires
Ouvrez mon sarcophage
Et vous pages pervers
Courrez au cimetière
Prévenez de ma part
Mes amis nécrophages
Que ce soir nous sommes attendus dans les marécages

Jacques Higelin, Champagne

 

12

Learohardleana |
1jour1chapitre |
CULTIVOR |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | Kasnoiz
| Le sourire du marionnettiste
| Fantaysie