posts de mars 2018


Mars…

Samedi 31 mars

Livre, scénario, film de la semaine

La Maman et la Putain

Jean Eustache

Petite bibliothèque des Cahiers du cinéma

« J’ai écrit ce scénario, disait Jean Eustache, car j’aimais une femme qui m’avait quitté. Je voulais qu’elle joue dans un film que j’avais écrit… J’ai écrit ce film pour elle et pour Jean-Pierre Léaud; s’ils avaient refusé de le jouer, je ne l’aurais pas écrit. Je pensais écrire le film en huit jours, je n’avais écrit que la première séquence, je ne connaissais pas encore la seconde ». Ce « texte de feu », comme dit Bernadette Lafont, est écrit à partir de la vie et de la passion, mais jamais Jean Eustache ne cède à la tentation d’imiter la vie de façon naturaliste. C’est bien d’écriture et de recréation littéraire du langage parlé qu’il s’agit ici: la beauté et la tenue de ce texte, de ces dialogues, le prouvent. Gageons que ce texte magnifique (en existe-t-il en littérature qui sonne aussi juste sur l’état de la langue et des sentiments des années soixante-dix ?), ce film-phare de toute une génération, suscitera sans relâche de nouveaux fervents.

 

 

La maman et la putain

Mars…

Vendredi 30 mars

« Mono no aware, disent les Japonais pour désigner la poignante mélancolie des choses, leur beauté éphémère et précieuse, sitôt éprouvée, sitôt perdue. Sentiment qui naît de la chute des feuilles en automne, d’un être aimé qui disparaît au détour d’un chemin, de ce qui a fait votre bonheur et qu’on est forcé  d’abandonner sans retour. »

Min Tran Huy

 

Lorsque j’étais enfant, les sauterelles volaient à chaque pas dans les champs, les grillons sortaient de leurs trous attirés par nos brins d’herbe, les hannetons nous frôlaient avec des airs d’hélicoptère.
Nous marchions dans la jungle, les insectes faisaient partie de notre vie. Ils ont quasiment disparu, personne ne semble s’en émouvoir.

 

Robert Marchand arrête le vélo. A 105 ans, il tournait encore sur un vélodrome. Le cycle pour échapper à la linéarité, à l’histoire et à la mort. Le vélo, c’est la machine à repasser le temps.

 

 

qi Baishi

Qi Baishi

Mars…

Jeudi 29 mars

« J’aurai passé mes jours à regarder le reflet de la vie sur la rivière de papier blanc. Ce n’est pas ce qu’on appelle vivre . C’est beaucoup mieux. »

Christian Bobin

 

 

Richter

Gerhard Richter, Page retournée

Mars…

Mercredi 28 mars

Il pleut toujours, la rivière tente de déborder mais ses rives la contiennent encore. Quelle goutte d’eau fait que soudain elle devient lac et noie tout ce qui la bordait hier encore? Est ce la colère de tout emporter ou la joie de se libérer qui la fait courir dans les prés?

 

Il regrette les battements du coeur des rails qui scandaient ses voyages. Désormais, c’est un interminable cardiogramme plat qui l’accompagne.

 

 

-Alfred_Sisley, inondation à Port Marly

Alfred Sisley, L’inondation à Port-Marly

Mars…

Mardi 27 mars

« Cet univers désormais sans maître ne lui paraît ni stérile, ni fertile. Chacun des grains de cette pierre, chaque éclat minéral de cette montagne pleine de nuit, à lui seul, forme un monde. La lutte elle-même vers les sommets suffit à remplir un cœur d’homme. Il faut imaginer Sisyphe heureux. »

Albert Camus

 

Il ne peut se détacher, les liens se sont reserrés depuis six mois. La corde enserre plus fort ses poignets douloureux. Parfois, il entend le bruit du dehors, le son d’une autre vie que celle de reclus et d’otage et il se dit qu’il est temps de fuir. Mais il aime ses liens qui entravent ses chevilles, étouffe ses pensées.Il attend cette voix qui le berce parfois. Un sourire traverse alors la nuit de sa cellule et des yeux noirs lèvent en lui des espaces infinis. Il n’a jamais été aussi libre.

 

Le temps arrange tout, dit-on; en effet, il suffit de regarder des ruines pour s’en convaincre.

 

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Franz von Stuck, Sisyphe

Mars…

Lundi 26 mars

« Le braille a cet avantage que l’on peut lire tout en regardant le paysage. »

Eric Chevillard

 

Il a les dents qui rayent le parquet ce qui le ralentit considérablement dans son ascension politique.

 

« J’aurai ta peau! » dit le criminel ou l’amoureux. Parfois, ils ne font qu’un.

 

Caillebotte_-_The_Floor_Planers

Caillebotte, Les Raboteurs de parquet

Mars…

Samedi 24 mars

Livre de la semaine

Le rêve mexicain

Le Clézio

Gallimard

« Au cours du mois de mars 1517 les ambassadeurs de Moctezuma, seigneur de Mexico-Tenochtitlan, accueillent le navire de Hernan Cortés en « mangeant la terre », selon le rituel de bienvenue réservé au dieu Quetzalcoatl, et cette rencontre initie l’une des plus terribles aventures du monde, qui s’achève par l’abolition de la civilisation indienne du Mexique, de sa pensée, de sa foi, de son art, de son savoir, de ses lois. »

 

Le rêve mexicain

 

Mars…

Vendredi 23 mars

« Soit le langage n’est qu’un processus de communication, et bien sûr en ce cas la transparence est possible, et bien sûr il faudrait améliorer encore ladite communication et espérer la fin de nos malentendus, et bien sûr une appréhension purement binaire des choses_ vrai ou faux, bien ou mal, etc._ serait possible et judicieux…Soit, au contraire, je reconnais que le langage implique une inadéquation radicale, une perte inéluctable, et je me trouve dés lors à devoir toujours laisser la place à ce qui échappe, à ce qui n’entre pas exactement dans les trous, à prendre en compte le réel. »

Jean-Pierre Lebrun

 

Des cris, des plaintes, des hurlements qui semblent répondre à des appels… J’avance dans la jungle, non, je parcours simplement les couloirs de l’EHPAD.

 

Crier pour les « déments », c’est se repérer et se rassurer sur leur existence, leur permanence, dans la confusion extrême qui est la leur. On peut parler d’écholocalisation.

 

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Douanier Rousseau, Le rêve

Mars…

Jeudi 22 mars

Rien…

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Ri.

Mars…

Mercredi 21 mars

« Chacun de nous est libre de croire ce qu’il veut, et mon point de vue est que l’explication la plus simple c’est qu’il n’y a pas de Dieu, personne n’a créé l’Univers et personne ne dirige notre destin. »

Stephen Hawking

 

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William Blake, Dieu comme un architecte

Mars…

Mardi 20 mars

« Les phrases des oiseaux sont très brèves, laissent peu de temps à la réponse, reprennent vite leurs sèches séquences et leurs brèves fréquences, pour les encranter dans le vide.

Ce sont des colliers de sons dont la durée fait quelques secondes.

Petites mélodies subites qui s’accrochent et se suspendent dans les vides que le désir laisse, qui attendent dans le vide au sein d’une attente où l’appel lui-même attend au point qu’il résonne. »

Pascal Quignard

 

Le printemps risque fort d’être silencieux. Le Muséum national d’histoire naturelle (MNHN) et le Centre national de la recherche scientifique (CNRS) annoncent, mardi 20 mars, les résultats principaux de deux réseaux de suivi des oiseaux sur le territoire français et évoquent un phénomène de « disparition massive », « proche de la catastrophe écologique ». « Les oiseaux des campagnes françaises disparaissent à une vitesse vertigineuse, précisent les deux institutions dans un communiqué commun. En moyenne, leurs populations se sont réduites d’un tiers en quinze ans. »

LE MONDE

 

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Georges Braque, l’oiseau noir et l’oiseau blanc

Mars…

Vendredi 16 mars

« Je suppose que nous échappons de temps en temps au raisonnable, et que c’est alors seulement que nous tombons parfois dans le vrai. »

 

« La banalisation de l’emprise médiatique la protège d’être perçue pour ce qu’elle est : une occupation totale de l’espace visuel qui a pour conséquence automatique l’occupation de l’espace mental. Quand on tient les yeux, on tient le lieu de la pensée en même temps que ceux de l’imaginaire et de l’expression. »

 

« Dans un monde où tout est conduit vers le non-sens de la marchandise, il ne reste que la poésie pour re-naturer l’ensemble des relations et des valeurs. Mais qu’il ne reste qu’elle à pouvoir le faire ne garantit pas qu’elle puisse le faire car son pouvoir n’agit que secondé par un effort. Le vieil effort d’attention qu’exigent toujours l’acte culture aussi bien que l’acte d’amour, et que débilite à présent le culte de la passivité. La chair a besoin de se refaire Verbe pour remonter vers la vitalité… »

Bernard Noël

 

joconde

Mars…

Jeudi 15 mars

« Parfois aussi, peut-être parce que tu auras côtoyé de trop prés les réalités étranges, tout t’échappera, tout se dérobera, et alors même l’exotisme et l’exil n’auront plus pour toi aucun sens. »

Antoine Volodine

 

Les jours passent et se succèdent totalement indifférents à ce que l’on pense d’eux. Il y aurait pourtant des choses à dire sur certains d’un ennui vertigineux ou d’une neutralité d’eunuque, d’autres sont de vrais salauds mais celui-là a décidé de racheter tous les autres.

 

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Liu Xiaodong, Disobeying the rules

Mars…

Mardi 13 mars

« Tu es ici chez toi. rien ne t’appartient. Tu ne fais ici que mettre à jour tes vieux rêves. »

Volodine

 

Il voulait faire de la boxe pour en découdre. Les points de suture que l’infirmière lui ôte un à un lui donne douloureusement raison.

 

Le hasard ne se provoque pas, il se prépare.

 

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Bellows Georges, Rencontre de boxe chez Skarkey

Mars…

Lundi 12 mars

« Quand on écrit, faut-il tout écrire ? Quand on peint, faut-il tout peindre ? De grâce, laissez quelque chose à suppléer par mon imagination ! »

Denis Diderot

 

Il existe des simulateurs de vieillesse, ensembles de prothèses, lunettes et autres artifices, censés vous transformer en vieillard instantanément. Ce que l’on ignore, c’est que la plupart des personnes agées simule et dès que les soignants ont le dos tourné, ce n’est que cavalcades dans les couloirs et rires en cascade dans les escaliers.

 

Il a peint un éléphant en trompe l’oeil.

 

Pietro Longhi, 1785

Pietro Longhi, L’éléphant

Mars…

Samedi 10 mars

Livre de la semaine

Macau

Volodine

Editions du Seuil

« Cela me plaisait de devoir être tué en Chine, sur une jonque à l’ancrage, devant un photogénique vieillard, dans une atmosphère chinoise saturée de puanteurs, de fumée de poisson frit, de tabac, de pétrole, d’eau sale. Après tout, j’étais venu pour ça, pour en finir, pour être ailleurs et en finir. »

 

Macau Volodine

Mars…

Vendredi 9 mars

かたつぶり
そろそろ登れ
富士の山

katatsuburi
soro soro nobore
fuji no yama

l’escargot
avec peine escalade
le mont Fuji

Issa

 

escargot

Mars…

Jeudi 8 mars

« Ne se nourrissent plus. Ne s’épouillent plus. Ne grimpent plus aux arbres. L’avenir des chimpanzés inspire de vives inquiétudes. Passent leurs journées à tripoter leurs quatre portables. »

Eric Chevillard

 

Vu deux vélos blancs

Dévalant la route bleue

Soleil de printemps

 

Munch, Le soleil, 1909, 1916

Munch, le soleil

Mars…

Mercredi 7 mars

« Nous avons fait de la mort cette bouche d’ombre, cet abîme effrayant, alors qu’elle n’est que l’occasion offerte enfin, qui si longtemps nous aura fui, de combler notre retard de sommeil. »

Eric chevillard

 

« Fais comme tu sens, suis ton instinct, te prens pas la tête, just do it, venez comme vous êtes, c’est dans notre ADN… » Toujours la même injonction: rapprochez-vous de l’animal, il faut en finir avec l’humain; il est trop complexe.

 

Un seul hêtre vous manque… C’était l’arbre qui cachait la forêt.

 

Piet_Mondrian,_1911,_Gray_Tree

Piet Mondrian, l’arbre gris

Mars…

Mardi 6 mars

« Le respect est le fin mot d’une société où tout et n’importe quoi, en effet, est respectable, où chacun la ferme, où nous vivons dans une sorte de révérence universelle, de consensus béat, tout est bel et bon, et des goûts et des couleurs, pas la peine de discuter ; grâce à cela, les plus forts sont sûrs de gagner, et l’industrie de la sous-culture s’est débarrassée des gêneurs…

Il ne viendrait pas à l’idée des tenants du respect universel que respecter les gens, c’est les croire capables de s’ouvrir au débat, voire à l’humour et à l’ironie, sans se crisper sur «c’est mon choix, respectez-le ». Que ne pas les respecter, c’est précisément les considérer comme des braves imbéciles à qui on va faire avaler n’importe quoi, notamment une littérature formatée, insipide, bébête. Que le règne de la promotion universelle ne respecte qu’une chose, l’argent…

La tiédeur et la prudence sont rarement des signes d’amour. Notre époque préfère le respect à la passion. »

Pierre Jourde

 

Le livre imaginaire

« La laine ne dort jamais »

Dr Emile Dagnot

Editions du Rouergue

 Etude sur l’insomnie liée au comptage des brebis sur le plateau du Larzac au siècle dernier.

 

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Zurbaran, Agnus dei

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