posts de février 2018


Février

Mercredi 28 février

« La terre est le berceau de l’humanité. Peut-on passer sa vie entière dans son berceau? »

Constantin Edouardovitch Tsiolkovski. Savant russe et pionnier de l’aventure spatiale.

 

J’arrive pas à aligner deux phrases; en voici déjà une.

 

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Georges Rouault, Le berceau

Février

Mardi 27 février

« Monsieur Hackett prit à gauche et vit, à quelque distance de là, dans le demi-jour déclinant, son banc. »

Samuel Beckett, Watt

 

Le livre imaginaire

 « Meurtres en Charentaises »

Georges Pinot

Editions Le Melon D’or

« L’aurore sur Montmoreau-Saint-Cybard rosit les rares rochers noirs sur lesquels s’ancre le château qui chaperonne le village encore endormi. De la grande bâtisse qui jouxte la pharmacie s’échappe un long cri. »

 

Mes désirs sont désordre.

 

Kirchner, homme assis sur un banc

Kirchner, Homme assis sur le banc d’un parc

Février

Lundi 26 février

Vous garderez mon souvenir comme un reste de neige aux branches

Quelque part dans une banlieue de ville de province le matin

J’emporterai ma part de l’aube et qu’ai-je fait d’autre jamais que vous tenir la main?

Jacques Bertin

 

« Neige », le roman de Maxime Fermine a fondu dans mes mains. Neige collante et lourde, gorgée de poésie japoniaises et de clichés fujimayesques. Le contraire d’un haïku.

 

C’est une très belle soirée que nous souhaite le journaliste télé. Moi qui me préparais à passer une simple bonne soirée, me voilà décontenancé et déjà un peu déçu par ce qui m’attends.

 

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L’aurore, Fragonard

Février

Samedi 24 février

Livre de la semaine

Maus

Art Spiegelman

Flammarion

« Pourquoi cette « simple » bande dessinée est-elle un très grand livre? parce qu’elle est à la fois récit issu de la mémoire et essai sur la mémoire. »

 

Maus

Février

Vendredi 23 février

« Le dimanche, on subit le temps et c’est comme si on retenait son souffle et essayait de voir comment serait l’au-delà. Les dimanches sont une maladie invisible, comme un mal intérieur, une maladie morale. »

Enrique Vila-Matas

 

« La vie est une histoire racontée par un idiot, pleine de bruit et de fureur et qui ne signifie rien. » Shakespeare, dramaturge.

« La vie est une échelle à poule, courte et couverte de merde. » Jean-Marc, factotum.

 

La quête de la sensation a remplacé celle du sens. La régression au corporel permet de faire l’économie de penser, mais à quel prix?

 

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Paul gauguin, « D’où venons nous? Que sommes nous? Où allons nous? »

Février

Jeudi 22 février

« C’est curieux comme tout change sans vous. »

Emmanuel Bove

 

Le kinésithérapeute installe ses 93 ans face au vélo de rééducation. Elle lui demande pourquoi, il lui répond: « D’aprés vous, ça sert à quoi un vélo? ». La réplique fuse: « A faire des AVC! »

 

Le livre imaginaire:

« La mite de Sisyphe »

Albert Lenné

Editions du Rocher

« Trou est toujours à recommencer. »

 

Sisyphe , Titien

Sisyphe, Titien

Février

Mercredi 21 février

« Penser, c’est harceler l’existant. »

Henri Lefebvre

 

瓶おるる
夜の氷の
ねざめかな

Basho 芭蕉

Gel nocturne

La cruche éclate

Et me réveille

 

L’abdominable homme déneige.

 

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Picasso, Nature morte

Février

Mardi 20 février

« Il n’y a pas d’étanchéité de soi à l’égard du sonore. Le son touche illico le corps comme si le corps devant le son se présentait plus que nu: dépourvu de peau. »

Pascal Quignard

 

Comment se représenter l’absence de représentation de personnes autistes confrontées à un vide, à un manque qui n’est même pas perçu comme tel. Le cri qui est parfois le leur est celui que l’on pousserait peut-être en tombant dans un abîme sans fond et sans bords.

 

Elle dit stoïque pour stupéfaite et obtempérer pour tempérer. Ce qui rend sa conversation un peu déroutante mais pas du tout ennuyeuse.

 

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Stéphanie L’heureux

 

Février

Lundi 19 février

« J’étais doué pourtant, long en avenirs, très plein d’étude, d’élans et ribambelles de vocations : moi aussi j’eus voulu faire successivement chemineau de golf, achalandeur, mangeur de sphère, germaticien, promeneur-mouliste, dogueur de chien, viveur de bien, groupeur de vrai, métrier blanc, tourneur en groupe, et-caetériste. « 

Valère Novarina

 

Les patineuses font de petits saluts de la main un peu ridicules et étroits après d’amples mouvements des bras et des envolées majestueuses comme si le retour sur terre les rétractait.

 

« Tu le savais pas? » questionne souvent Marie-France. Non pour s’étonner de notre ignorance mais pour nous entraîner dans son monde chaotique dans l’espoir que nous y mettions un peu d’ordre.

 

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Février

Samedi 17 février

Livre de la semaine

Les Effets psychologiques du vin

Edmondo De Amicis

L’ANABASE

« Cette altération progressive des sentiments et des idées, cette succession continue d’états différents de la conscience par lesquels on passe de la sérénité qui suit les premières gorgées à l’exaltation ardente des derniers toasts est en soi un événement psychologique si étrange et si fécond pour l’étude de la nature humaine qu’il ne sera jamais assez médité ni par le philosophe ni par l’artiste. »

 

Amicis

Février

Vendredi 16 février

Pour le moment, il ne se réveille pas. Il poursuit ses fantômes, il se vautre dans la chaleur des images que fabrique la nuit. Il y tient, il s’y accroche. C’est ce rêve là qu’il veut poursuivre, en connaître la fin. Il peut presque maintenant contrôler ce qui se passe, prolonger ce dialogue; il sait que cette phrase existe, il l’a prononcée mais pas là, pas dans cette pièce. Cette porte devrait s’ouvrir, quelque chose s’y oppose. Une forme sombre, sans visage, sans contour, sans paroles, se tient derrière. Il hurle, il sait que le son franchit ses lèvres, que son cri est hors de sa nuit. Le monde des images a fait effraction dans celui de la chambre.

Il est rejeté, expulsé du passé dans la pénombre familière. Le quotidien s’abat sur lui. C’est fini.

 

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Février

Jeudi 15 février

« Un psychotique, c’est quelqu’un qui croit dur comme fer que 2 et 2 font 5, et qui en est pleinement satisfait. Un névrosé, c’est quelqu’un qui sait pertinemment que 2 et 2 font 4, et ça le rend malade ! »

Pierre Desproges

 

Le monde de Marie-france, elle écrit:

« A-2 ans demie je ne marcher pas. Le criste il ma endormie. Il risque davoir une commette. Le trietement-est fort les gouttes sont fore. Il pleure-Marie-France je souffre. A la plage-jai vu un reqein. »

 

Encore une journée à côtoyer la psychose, à l’affronter, à l’apprivoiser, à l’écouter, à la refuser, à l’accepter, à la défier sans jamais la vaincre mais parfois la voir reculer en grondant, les crocs découverts, lâchant un instant sa proie qu’elle harcèlera à nouveau dès que nous aurons le dos tourné.

 

-munch

Février

Mercredi 14 février

« Il n’avait pas d’amis, puis il eut l’idée d’épiler ses chimpanzés. »

Eric Chevillard

 

Le ver de terre est un redoutable mangeur d’homme qui vit parmi les racines de pissenlit.

 

Ecrire c’est le choix du noir contre le blanc de la page.

 

 

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Alain Ghertman

Février

Mardi 13 février

« La volonté de la littérature, c’est toujours de triompher de la parole. On écrit parce qu’on ne sait pas parler. »

Philippe Muray

 

« Si vous n’avez pas composté, veuillez vous rapprocher auprés du contrôleur. » dit la voix féminine dans le TER. Il est vrai qu’il fait très froid ce matin.

 

Avoir plus d’un demi-siècle donne une patine, un certain lustre, quelque chose d’historique. On cherche le chiffon à poussières.

 

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février

Lundi 12 février

« Quand on ne travaillera plus le lendemain des jours de repos, la fatigue sera vaincue. »

Pierre Dac

 

Silhouette filante et sa comète de cheveux
Je fais un vœu
La nuit sera toujours claire
La rivière toujours fière
Le jour toujours enchanté

 

J’achète des jonquilles. J’en prends dix, autant faire un strike.

 

eve-of-the-deluge, John Martin

 

Février

Samedi 10 février

Livre de la semaine

Belle du seigneur

Albert Cohen

Gallimard

« Descendu de cheval, il allait le long des noisetiers et des églantiers, suivi des deux chevaux que le valet d’écurie tenait par les rênes, allait dans les craquements du silence, torse nu sous le soleil de midi, allait et souriait, étrange et princier, sûr d’une victoire. À deux reprises, hier et avant-hier, il avait été lâche et il n’avait pas osé. Aujourd’hui, en ce premier jour de mai, il oserait et elle l’aimerait. »

 

belle du seigneur

février

Vendredi 9 février

Un sourire sur son visage.

Le vert des prés barrés de haies sombres, les arbres nus seulement vêtus de boules de gui. Les chemins creux aux flaques lumineuses, les rigoles serpentant dans les combes. L’odeur de la terre gorgée d’eau, Le ciel gris et bas lourd de neige, les pointillés des taupinières brunes, les ruisseaux blancs lissant les pierres noires. l’ocre des chemins creux couverts de feuilles rousses et les clôtures aux piquets de châtaigniers décolorés par le temps.

Il est chez lui.

 

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février

Jeudi 8 février

« Si je perdais un jour (…) le goût des mots, je perdrais du même coup le peu d’inclination qui me reste pour ce qui m’entoure »

Jean-Luc Sarré

 

Je n’y suis pour rien
Je n’y suis pour personne
La vie passe et m’abandonne

 

Écrire c’est de toute façon broyer du noir sur une page blanche.

 

Vasarely

février

Mercredi 7 février

« Contrairement à la seiche, si je crache de l’encre, ce n’est pas pour protéger ma fuite mais pour assurer ma progression. »

Jean-Luc Sarré

 

La neige se refuse encore à l’arbre mort sur le côteau. Il l’espère pourtant sur ses branches noires.

 

Il essayait de retenir les jours entre ses doigts.

 

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février

Mardi 6 février

« Constamment confronté à moi-même je ne cesse d’avoir le dessous ; je ne me connaissais pas une telle vigueur. Il faut dire que je ne m’affronte que lorsque je suis au plus bas. »

Jean-Luc Sarré, Apostumes

 

Que serait Patati sans Patata ?

Ces inséparables se le demandent justement :
_Que serai-je sans toi Patata ? Imagine un Patati isolé, abandonné au détour d’une phrase. Nous lirions « et Patati… » ou seulement « Patati », perplexité du lecteur. Pourquoi ce Patati sans suite, ce Patati sans but dans la vie, ce Patati déprimé, sans patate, en quelque sorte.

_Et un Patata posé là, ce n’est guère mieux, ça n’a pas de sens. A moins d’imaginer que le personnage a perdu sa tante, mais il dirait « où est Tata ?» ou « Tata,où t’es ?» mais pas « Patata » comme ça brutalement. Ou alors, il ne veut pas qu’elle vienne, il s’écrie et ça s’écrit « pas Tata, surtout pasTata. Ça marche aussi avec toi, « Pas Tati »

_Certes, il serait question de parenté refusée si je te suis bien. Notre personnage n’aime guère ses tantes. « ni Tati, ni Tata » serait mieux formulé. Tu peux noter au passage qu’il n’y a pas d’équivalent pour « pas Tonton » ; « et pas tonton et pas mon oncle » ne fonctionne pas.
Nous pourrions peut-être créer un « et Patonton, et Patintin », qui sonne assez bien ma foi.
Bref, tout ça pour parler, pour écrire, pour de rire et pour de lire. Et Patati, et Patata…

 

Alexandre Louis Leloir, Jacob Wrestling with the Angel

 

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