posts de janvier 2018


Janvier

Mercredi 31 janvier

Il a trouvé… Pour ne pas vieillir seul, il chante, il psalmodie plus exactement, sans cesse. C’est une mélopée lancinante qui le berce, l’enveloppe, le précède dans les couloirs ou le suit, traverse la porte de sa chambre. Les vibrations sonores le protègent du monde, le font encore exister et respirer.
Un sourire permanent et léger flotte sur son visage. Il a trouvé sa petite musique de vie.

 

Pourquoi penser toujours, toujours penser. Aucun repos. Dormir, oui, mais les rêves…Ils sont si réels qu’au réveil nous les cherchons, le jour les oublie. Tout recommence.

 

Nous n’avons jamais la vie devant nous, elle est à la traîne, accrochée aux basques. Il faut la tirer, la  porter ; c’est elle qui finit en fauteuil roulant, pas nous, pas moi, moi j’ai tout mon temps ou plutôt je n’ai pas de temps, pas de passé, pas d’avenir, pas de vie. « Je » est éternel. C’est l’autre en soi qui meurt, c’est « Il ».

 

Redon.yeux-clos

Janvier

Mardi 30 janvier

Mon nom est Personne et mon entreprise de service à la personne bat de l’aile. Elle n’intéresse personne sauf moi, j’ai donc tenté de la nommer « A mon service » puis « A votre service comme Personne ». Mais cela faisait trop personnel, et les critiques ont fusé : « Il ne pense qu’à lui, il peut pas faire comme Monsieur tout le monde etc… »

Je me suis donc appelé monsieur Dupont comme tout le monde et mon entreprise, elle, fut fièrement nommée « Dupont : d’une personne à l’autre !» Là aussi, échec : « Pour qui se prend-il ?, ne peut-il se contenter d’une passerelle ? »

J’ai alors opté pour Dubois mais entreprise Dubois ça prêtait à confusion, et « Service à la personne Dubois » offrait peu de perspective de développement en milieu citadin.
De plus «Dubois fait un burn-out », personne n’y croyait, tout le monde rigolait.

Il me restait Martin, cela faisait sérieux, « Services Martin à la personne » rien à redire à l’affaire, la maison mère devenait presque prospère, elle faisait des petits. Je pouvais même m’offrir un burn-out serein. Et bien non, bientôt j’eus droit à des « Réveille Martin, du Martin au soir, il n’est pas du Martin… »

Il se nomme maintenant Błaszczykowski ou Llywodraeth Cymru et encore Azathoth Cthulhu, ce qui épuisent et dépriment ceux qui doivent l’appeler. Il ne cesse de changer de visages sous des masques différents, il porte tous les noms, prend toutes les formes, il est lui, il est elle, elle et lui sont insaisissables, son nom était et reste Personne.

 

 

James Ensor La mort et les masques

Janvier

Lundi 29 janvier

« Aucun peintre ne devrait commencer un tableau sans passer un lavis de noir. Parce que, dans la nature, toute chose est noire tant qu’elle n’est pas touchée par la lumière. »

Léonard de Vinci

 

La nuit blanche se levait lentement, l’autre nuit, celle des autres, était déjà bien avancée. Une nuit ordinaire faite pour dormir, même pas noire, les lumières de la ville ont effacé le noir, l’ont repoussé, anéanti. Trop nocturne, trop négative, la nuit n’est pas moderne, elle est l’archaïque par excellence. Le passé, la nuit des temps, n’intéressent plus personne.
Nous venons de ces ténèbres, elles terrorisaient nos ancêtres dans leur abri sous roche. Le feu les tenait à distance. Nous avons réussi à les tuer.

 

L’insomnie réveille-t-elle le souvenir de ces nuits préhistoriques? Ne pas dormir c’est refuser le noir mais c’est surtout ne pas s’abandonner aux rêves. Ne pas vouloir mourir à la veille, au jour, à l’activité. Maintenir ses pensées, ses obsessions, cultiver sa peine.
Fermer les yeux, c’est accepter un autre monde, un monde qui fascine les êtres humains depuis qu’ils rêvent.

 

Leonor Fini, voyage sans amarres.1986

 

Janvier

Samedi 27 janvier

Livre de la semaine

Sarinagara

Philippe Forest

Gallimard

Tsuyu no yo wa     monde de rosée

Tsuyu no yo nagara   c’est un monde de rosée

Sarinagara    et pourtant pourtant

Kobayashi Issa

« Tous les souvenirs enfin s’effacent. Et puis restent les rêves. Alors, comme ils sont seuls désormais, c’est à eux que l’on confie le souci de sa vie. »

 

Sarinagara

Janvier

Vendredi 26 janvier

L’obscurité est totale mais différente, plus légère, plus aérienne ; Taupier, appelons le ainsi, le sent, il le sait, il respire ce noir nouveau, ce noir d’espoir.
Taupier s’inquiétait mais une étincelle brillait en lui, une lueur frontale qui lui permettait de trouer la galerie devant lui et de forer un passage. Il devenait tunnelier, Taupier le tunnelier forait droit devant.

 

Brutalement l’adhérence ! Et la peur, l’épouvante, premier réflexe, fuir, marche arrière… mais ce contact là, sa main touchait quelque chose, ce quelque chose, il le connaissait, le reconnaissait. Oui, cela bougeait comme…une main, une autre main.

 

Une main qui ne se retirait pas, qui attrapait la sienne maintenant, bientôt rejointe par une autre et les deux mains agrippées à son bras le tiraient. Il cria puis perdit connaissance, un blanc immense venait de l’envahir. Il continue à marcher dans son sommeil, dans sa perte de conscience, mais il n’a plus d’effort à faire, il est porté, il n’a plus mal, il est mort sans doute. Ce noir, ce parcours, c’était cela, un chemin vers la fin.

 

Lucio-Fontana-Concetto-Spaziale-Attese-1963

 

 

Janvier

Jeudi 25 janvier

Il marcha ainsi levant tour à tour ses mains et ses genoux, dans un temps sans espace jusqu’à ce que sous ses doigts il sente une surface compacte, grumeleuse qu’il reconnut aussitôt, de la terre !
Terre ! pensa t-il, la fin du voyage après la traversée de l’océan noir.

 
Une fois ses quatre appuis amenés sur ce qui était bien un sol, il tenta de se mettre debout. Sa tête heurta violemment un plafond, de plus, ses bras touchaient maintenant des paroies lisses, c’était donc un tunnel, donc une direction, enfin un sens à cette absurdité sans lumière.

 

Il marche plus vite désormais, il quadrupède sur du solide, sa course a un but, du moins le croit-il. Qui dit tunnel dit sortie du tunnel, ses genoux lui font mal, il se souvient soudain qu’il est nu comme un ver de terre, il sourit, et aussitôt s’inquiète, pour la première fois, il envisage la possibilité d’une rencontre, d’un contact et frémit.

 

Tapiès

Janvier

Mercredi 24 janvier

« Cette année s’envole ma jeunesse. Je n’ai rien fait

Je disais: j’ai le temps, rien ne presse. Je n’ai rien fait

Reste rien de la caresse des instants. Pas un signe au ciel

défait. »

Jacques Bertin

 

Le spectacle est lassant, les chutes les plus courtes sont les meilleures, il va donc s’arrêter de tomber.
Un choc, non, un arrêt simple, sans bruit, sans douleur. Le sol enfin, ou ce qui en tenait lieu, car comment nommer ce magma huileux qui le retenait ?

 

Il se mit malgré tout à avancer, quelque chose le portait et en posant ses mains dans ce support gélatineux, ses genoux consentaient à suivre. Avancer ainsi à quatre pattes, mais sans le moindre repère, signifie aussi bien reculer ou faire du sur place. Mais son corps se mouvait et il s’en contentait.

 

John Virtue

Janvier

Mardi 23 janvier

« Si Zhongwen joue du luth, il y a avènement et perte. Si Zhongwen ne joue pas du luth, il n’y a ni avènement ni perte. »

Anonyme chinois

 

Il tomba. Le temps ne passait pas dans cette verticalité, le temps préfère l’horizontalité. Le début et la fin. Il tombait. c’est tout. c’est déjà ça. Il se passe quelque chose. L’histoire a une chute, dès le début. Au commencement, il tomba dans les ténèbres.
Que l’obscurité advienne. Fiat nox.
Laissons lui le temps de tomber.

 

Regardons le tomber. Nous n’y voyons rien, c’est vrai, pas plus que lui. Mais imaginons, tombe-t-il assis, comme dans un fauteuil, presque confortablement ? Tombe-t-il tête la première, comme un plongeur hydrocéphale ? Tombe-t-il les pieds devant comme un pendu retenu par un contre temps ?

 

la-chute Pierre Rouge-Pullon

Janvier

Lundi 22 janvier

« La parole, c’est la pensée, c’est aussi le social et, à partir du moment où on la détruit, où l’on envoie une boule de bowling dans le jeu de quilles des mots, on détruit le jeu social, les apparences, on casse cette comédie humaine : c’est le rôle de l’humour, qui est un peu l’arme des désespérés. »

Jean Fauque

 

Quand on veut noyer le poisson, on l’accuse de surmenage.

 

A son réveil, la chambre était noyée dans le noir, un noir étouffant, chaud et moite que rien ne venait contrarier. Un instant, il crût être aveugle et il chercha l’interrupteur de sa lampe de chevet.

Rien. Le vide, il balaya de son bras le coté droit de ce qui devait être son lit sans rien rencontrer d’autre que ce noir épais, palpable. Le même noir l’attendait quand il tenta de toucher le mur derrière lui, sa main ne rencontra rien. Tout autour de lui se dressait un néant opaque, ce n’était pas du vide mais une présence obscure, une couleur noire qui aurait coulé dans la nuit, se serait infiltré partout dans ce qui n’était plus une pièce mais le lieu du noir. Il avait du être pris dans une avalanche d’encre, emporté par ce liquide, d’où cette sensation tactile quant il battait l’air autour de lui. L’air, le mot était impropre, il y avait une résistance, une densité; il aurait pu repousser ces ténèbres. Il se leva et le sol se déroba ou plus exactement, il n’y avait pas de sol. Assis sur le bord du lit, il cherchait en vain un appui dans ce qu’il croyait être un plancher.

Il choisit de se laisser choir…

 

LaDestinee- Gao XINGJIAN

 

Janvier

Samedi 20 janvier

Livre de la semaine

La montagne de l’âme

Gao Xingjian

Editions de l’Aube

« Tu es monté dans un autobus long courrier. Et, depuis le matin, le vieux bus réformé pour la ville a cahoté douze heures d’affilée sur les routes de montagne, mal entretenues, pleine de bosses et de trous, avant d’arriver dans ce petit bourg du Sud. »

 

La montagne de l'âme

Janvier

Vendredi 19 janvier

« Faulkner disait que nous disposions tous d’un territoire pas plus grand qu’un timbre-poste, et que ce qui importe n’est pas sa superficie, mais la profondeur à laquelle on le creuse. »

Pierre Michon

 

Nous sommes constitués des autres. Comment se construire soi même quand nous portons tant de mondes en nous, tant de passé, tant de passagers clandestins, qui, à notre insu, nous dirigent et nous précipitent dans des aventures dont nous ne maîtrisons rien.

 

L’avenir n’est que du passé qui se renouvelle ou qui demande à passer vraiment, à revivre tant qu’il aura quelque chose à dire, quelque chose à révéler.

 

chaissac

Janvier

Jeudi 18 janvier

« Quand j’aurai cent dix ans, je tracerai une ligne et ce sera la vie. »

Hokusaï

 

A quoi rêvent les trains qui vont de gare en gare? 

Envient-ils les sillages blancs des paquebots géants?

Et délaissant leurs vieux rails rouillés pour des courses d’écume dans des océans enragés, ils se réveillent soudain dans des gares immenses aux verrières illuminées.

 

Enfin dégrisé, il retourne au blanc passé de ses cheveux et au noir lumineux de ses nuits.

 

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Janvier

Mercredi 17 janvier

« Je ne puis me nommer un initié. J’ai été un chercheur, et le suis encore, mais je ne cherche plus dans les astres et dans les livres. Je commence à entendre ce qui bruit dans mon propre sang. »

Hermann Hesse

 

Questions existentielles:

Peut-on parler de diarrhée mélancolique quand on se fait chier comme un rat mort?

En quoi un rat mort de dysenterie est ennuyeux?

Etait-il moins barbant vivant?

 

Le soir tombe et la lumière s’accroche encore à tout ce qui peut la retenir avant de sombrer, flaques d’eau argentées dans les champs, rails luisants, bitume humide… Puis la nuit encrera tout de son noir épais, protecteur et menaçant.

 

Emil Nolde

Janvier

Mardi 16 janvier

« Du corps par le corps avec le corps depuis le corps et jusqu’au corps. »

Antonin Artaud

 

« Maintes et maintes fois » dit-elle joliment. Qui parle encore de cette façon? « Plein de fois » ou « gavés de fois » dirait-on maintenant de façon indigeste. On peut penser que nous perdons quelque chose, que le phrasé, le rythme, la poésie ou le récit y laissent des plumes.

 

« Je dors les yeux éteints » dit Marie-France dans un assemblage infantile et psychotique, d’organique et de mécanique.

 

Dali le sommeil

 

 

Janvier

Lundi 15 janvier

« Prochains livres de Boris Cyrulnik que nous attendons avec impatience: Sauvé par le cancer, Les douze joies du deuil, Marche moi encore sur le pied, Ça va aller mieux, je suis mort. »

Eric Chevillard

 

Une combe est une vallée creusée au sommet et dans l’axe d’un pli anticlinal. Elle est dominée de chaque côté par des versants escarpés, les crêts.

 

J’empierre la combe depuis plus d’un demi-siècle . Elle est désormais pavée de pierres calcaires comme les lavognes du Larzac et, par endroits, comme l’enfer, de bonnes intentions.

 

Gustave_Doré_-_Torrent_de_montagne

 

 

Janvier

Samedi 13 janvier

Livre de la semaine

L’homme-dé

Luke Rhinehart

Editions de l’Olivier

« Au physique, je suis un homme grand et fort, avec de grosses mains de boucher, des cuisses comme des troncs, une mâchoire taillée dans le roc, et des lunettes massives aux verres épais. »

 

L'homme dé

 

 

Janvier

Vendredi 12 janvier

« Chaque rencontre nous disloque et nous recompose. »

Hugo von Hommennstahl

 

La rencontre nous disloque, nous sort de notre lieu, nous démembre, nous désarticule  à ne plus pouvoir parler comme avant, à parler en pièces, à parler à coté. Par quel mystère nous parvenons malgré tout à nous entendre, à nous comprendre, à partager un temps nos solitudes. Toujours le langage, toujours la parole, toujours le vide dans lequel nous nous retrouvons et nous recomposons.

 

La parole, EvelyneJ

Janvier

Jeudi 11 janvier

Hier, rien, page blanche, pas disponible pour l’écriture et je me surprends à penser aux quelques personnes qui viennent sur ce blog (à qui, au passage, je souhaite une bonne année!) Qu’ont elles pensées?

 

Il est malade. Il est mort. C’est une panne d’ordinateur. Comment je vais faire désormais sans lui. De toute façon, c’est nul. C’est un flemmard. Tiens, y’a rien…

 

Cest bien le blanc, aussi…

 

Olivier Merijon

Janvier

Mardi 9 janvier

« J’arrête. Cette fois, j’y suis bien résolu. J’arrête. Et cette fois, je sais que la volonté est là. Je sais que ce ne sont pas des paroles en l’air. Il y a de la fermeté en moi comme jamais. Je ne cèderai pas. Je ne serai pas faible. Pas cette fois. J’arrête. Il me reste à décider quoi; et J’ARRETE! »

Eric Chevillard

 

L’onglée me guette avec ma galette portée sans gants.

 

Ce manchot fait la manche au pôle nord, la banquise blanchit les rares pièces que des pingouins ivres de vent déposent dans sa main valide qu’un ours bipolaire en partance pour le sud lèche affectueusement.

 

Caillebotte Vue_de_toits_(Effet_de_neige)

Janvier

Lundi 8 janvier

Le vernissage ayant eu lieu il y a très longtemps, je distribue actuellement des cartons d’invitation pour le vieillisage de mon exposition sur cette terre.

 

Le virus de la grippe ne saurait m’identifier, j’ai mis un masque.

 

giovanni-batista-piazzetta-jeune-femme-tenant-masque

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