posts de décembre 2017


décembre

Samedi 30 décembre

Livre de la semaine

Devant la parole

Valère Novarina

P.O.L.

« Voici que les hommes s’échangent maintenant les mots comme des idoles invisibles, ne s’en forgeant plus qu’une monnaie: nous finirons un jour muets à force de communiquer; nous deviendrons enfin égaux aux animaux, car les animaux n’ont jamais parlé mais toujours communiqué très-très bien. »

 

 

novarina

décembre

Vendredi 29 décembre

« Ce que tu ne sais pas, dis le. Ce que tu ne possèdes pas, donne le. Ce dont on ne peut parler, c’est cela qu’il faut dire. »

Valère Novarina

 

Je descends parfois en moi par un escalier fait d’os. Je pars du cerveau, du corps calleux plus exactement, puis dévale droit vers les vertèbres cervicales. Je longe mes côtes, un coup d’oeil sur le coeur qui bat dans sa cage, une glissade jusqu’aux lombaires et une halte bien méritée dans la fosse illiaque droite. Le fémur n’est qu’une formalité et la rotule, une roue de la fortune que je fais tourner négligemment. Une fois le tibia descendu en rappel, j’aime bien m’asseoir sur l’astragale avec vue sur les métatarses.

 

Encore un moment, et je remonte…

 

georges-rouault-squelette-clair-lune

décembre

Jeudi 28 décembre

«  La plus profonde des substances, la plus miroitante, la plus précieuse des étoffes, la très-vivante matière dont nous sommes tissés, ce n’est ni la lymphe, ni le plasma de nos cellules, ni les nerfs de nos muscles, ni les fibres, ni l’eau ou le sang de nos organes, mais le langage.

La langue : l’autre chair. Nous sommes tressés par son architecture invisible, mus par le croisement et le combat des mots ; nous sommes nourris de leurs intrigues, de leurs jeux, de leurs dérives, pris dans leurs drames. Nous, les Terriens — nous les « Adam », les bonshommes de terre — nous sommes formés de langues tout autant que de tendons, de muscles et d’os. Nous sommes étayés, pétris, bâtis de langues, structurés par elles — quotidiennement modelés par la très vive philologie — chaque jour creusés par la combinatoire imprévue, l’histoire mouvante, la disparition et l’apparition des mots. Enfants du résonnement et de la raisonnance. Nés des amours et de la lutte des mots. « 

Valère Novarina

 

La-parole-Bouguereau

décembre

Mercredi 27 décembre

« Grain de beauté, de folie 

Ou de pluie…

Grain d’orage – ou de serein -

Tristan Corbière

 

Cause toujours tu m’intéresse, tout ce qui cause m’intéresse. Tout ce qui communique m’ennuie.

 

Il a soixante balais et des poussières.

 

 

chop-suey-1929 Hopper

décembre

Mardi 26 décembre

« On écrit en ne sachant pas tout à fait de quoi on parle, mais en sachant qu’en le disant de cette façon là, ça vous émeut considérablement. Et que celui qui va le lire, puisqu’il est usager du même langage, va vibrer de la même façon sans savoir pourquoi non plus. »

Pierre Michon

 

Depuis le début du mois, je ne m’illusionne plus sur mon compte, c’est moi qu’on mangera à Noël. Si toutefois c’est noël car nous n’avons aucun repère temporel dans cette carcasse d’Airbus depuis le crash sur ce sommet enneigé des Andes. Nous avons consommé, comme il se doit, les cadavres des passagers morts dés l’impact, puis les blessés tués par le froid de ces montagnes. Nous ne sommes plus que trois et en forme, nourris pendant de longues semaines par nos camarades congelés ; un feu entretenu par tout ce qui était combustible dans l’avion nous a même permis de manger chaud.

D’après mes comptes nous devrions être en mars, mais à choisir autant servir de repas de Noël mème si je m’appelle Pascal et n’ai jamais aimé la dinde. De toute façon je ne fais pas le poids face aux deux yétis qui me cherchent ce matin. J’ai bien pensé à fuir mais j’ignore où nous avons échoué, et marcher des jours dans la neige comme Tintin ou Guillaumet je sais plus, c’est au-dessus de mes forces. Je les entends parler, ils approchent ; comme pour les trois précédents, des vivants eux aussi, ils font semblant de discuter de la météo, la même depuis trois mois…

J’ai trouvé ce carnet sous un fauteuil, je griffonne à la hâte ces quelques mots, je vois le nuage tiède de leur haleine, j’entends le cliquetis de la chaîne avec laquelle ils étranglent leurs victimes, encore ces quelques mots : joyeux Noël, bonne année et surtout la san

 

 

Alighiero Boetti

décembre

Lundi 25 décembre

« L’adulte ne croit pas au père Noël, il vote. »

Pierre Desproges

 

Il haïssait les débuts, les commencements, les petits matins, mais aussi les entrées, les amuse-bouches, les apéritifs. Il arrivait régulièrement en retard à ses rendez- vous, n’allait au cinéma qu’au crépuscule et n’y entrait que si le film était déjà bien entamé. Il détestait les enfants jusqu’à leur adolescence et les japonais sous prétexte qu’ils venaient du pays du soleil levant. 

 

santa-claus-in-classical-painting-9

 

 

décembre

Samedi 23 décembre 

Livre de la semaine

Le Vide et le Plein  Carnets du japon

Nicolas Bouvier

hoëbeke

« …Nous vivions alors dans un temple sévère et superbe que nous partagions avec un potier australien, quelques mille-pattes géants, une grande couleuvre centenaire et des araignées aux moeurs paisibles mais qui sortaient tout droit de la science-fiction. »

 

Bouvier-vide-et-plein

 

décembre

Vendredi 22 Décembre

« La philosophie et la bière c’est la même chose, Consommées, elles modifient toutes les perceptions que nous avons du monde. »

Dominique-Joël Beaupré

 

ivresse-peinture-huile-sur-bois, Bolek Budzyn     2006

décembre

Jeudi 21 décembre

« Il se noie plus de gens dans les verres que dans les rivières. »

Georg Christoph Lichtenberg

 

 Henri Rivière

décembre

Mercredi 20 décembre

« Au fond, le seul courage qui nous est demandé est de faire face à l’étrange, au merveilleux, à l’inexplicable que nous rencontrons. »

Rainer Maria Rilke

 

Rédiger, c’est aussi digérer ce qui reste sur l’estomac et diriger ce qui fait fausse route et va encombrer des zones déjà chargées de tant de pesanteurs.

 

Le retour du même permet de croire à l’éternité.

 

Frédérique Cantais, l'étranger, 2015

 

décembre

Mardi 19 décembre

Pas un jour sans une ligne

 

Pas un jour sans une ligne

 

Pas un jour sans une ligne

 

Et voilà mes trois phrases quotidiennes.

 

Barnett Newman, Be I, 1949

 

décembre

Lundi 17 décembre

« Danser pour moi, c’est jouer avec l’air. »

Saburo Teshigawara

 

Nos constructions ressemblent parfois à des ruines. Il suffit d’un peu de brouillard, d’un contre jour et ce superbe bâtiment qui montent du sol devient les vestiges d’un palais démantelé par l’acharnement d’un temps impitoyable.

 

On ne sait jamais si on construit quelque chose ou si on travaille déjà à sa perte.

 

derain-the-dance-1906

 

 

décembre

Samedi 16 décembre

Livre de la semaine

Le roi vient quand il veut  Propos sur la littérature

Pierre Michon

Albin Michel

« Dans l’île de Jersey de septembre 1853 à décembre 1855, Victor Hugo interviewe un certain nombre de personnes remarquables: Shakespeare, Galilée, l’Océan, l’Ombre du Sépulcre, le Roman, Annibal, Léopoldine, Moïse, Chateaubriand, Jésus-Christ, la Mort. »

 

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décembre

Jeudi 14 décembre

« Une fois chaque chose, seulement une fois.

Une fois et jamais plus. Et nous aussi

une fois. Jamais plus.

Mais ceci, avoir éte une fois – même si ce ne fut qu’une fois -

Avoir été de cette terre, cela semble irrévocable. »

Rainer Maria Rilke

 

Ces jours où rien ne vient cicatriser nos peines. C’est pourtant le même jour qu’hier, le même que demain, il n’y a rien de plus et rien de moins. Vivement le retour aux rêves, aux illusions, au personnage fictif, au héros de roman, à l’acteur de cinéma.

 

Restent le langage, la parole, parler toujours, dire parfois mais parler encore. Parler comme ça vient, sutout ne pas communiquer, parler parce que c’est toi, parce que c’est moi, se griser de mots contre le silence des robots. Contre ce qu’ils ne feront jamais, Bavarder.

 

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décembre

Mercredi 13 décembre

« Le vrai amour, c’est la relation impréparée, innégociée. C’est la communication irrésistible entre deux individus qui se passe de toutes les médiations sociales et familiales quand elle n’y contrevient pas de façon provocante. »

Pascal Quignard

 

Traces, laisser une trace toujours. Depuis le crayon qui court sur le mur de la chambre d’enfant au dessin tremblant du vieillard à l’atelier artistique.

Sinon les pas dans la neige ou dans la boue.

Sinon les mains négatives sur les paroies des grottes.

Sinon le sang sur le sol ou le squelette au fond des tombeaux.

 

Les nuits soudaines de décembre, la pluie qui brille sous les lampadaires poussée par un vent mouillé. Les envies de lumière, de soleil aveuglant sur la neige, de paroles de printemps ou du bruit des vagues les soirs interminables de l’été.

 

Manos_de_Gargas_(Francia) mains négatives

décembre

Mardi 12 décembre

« Un moment, pour nous, cela pouvait représenter plusieurs minutes, ou quelques semaines, ou encore nettement plus. »

Lutz Bassmann

 

Noir? ce que j’écris

Oui comme la nuit

Blanc? ce que j’écris

Oui comme la neige

Et gris comme parfois la vie

Mais je ne suis pas ce que j’écris

Je relis les phrases d’un autre

 

Je déteste être malheureux, mais j’adore être triste. Cela vous donne l’air de penser.

 

_DESPUJOLS jean la pensée 1929

décembre

Lundi 11 décembre

Je ne suis amoureux de rien

Je traverse la vie comme la rue sans regarder

Tu es venue je ne t’ai jamais prise par la main

Nous savons que tout est mensonge nous avons

Des tâches d’encre dans les mains

A chaque fois le jour se lève nous suivons les rails

Il n’y a pas de traîne pas de voile de mariée même la brume dans les branches

Le jour n’en finit pas de se lever

Jacques Bertin

 

On s’est rencontré un samedi à la déchetterie. Elle m’a à peine jeté un regard, mais mon vernis a craquelé.

Je portais un vieux lapin posé en 2002 que j’avais retrouvé au grenier et j’hésitais entre le recyclage des amours perdus ou, juste à coté, le bac des rendez-vous manqués. Elle avait dans les mains un paquet de lettres d’amour usagés et les lançait une à une dans le container des souvenirs encombrants.

« A chaque jour suffit sa benne » lui dis-je bêtement. Elle daigna sourire : « J’ai un chagrin d’amour à balancer dans la poubelle des illusions trouvées mais il est trop lourd à porter, si vous… »

-«  Encore une rupture des années 90, un amour impossible jamais servi, deux malentendus en bon état, le tout à trier et je suis à vous… »

 

Jean-Michel Basquiat Notary 1963

décembre

Samedi 9 décembre

Livre de la semaine

L’altérité est dans la langue  Psychanalyse et écriture

Jean-Pierre Lebrun et Nicole Malinconi

érés

« Car le mot, qu’on le sache, est un être vivant. »

Victor Hugo

 

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décembre

Vendredi 8 décembre

« Les circonvolutions de la matière qui s’enflaient comme des entrailles, s’enroulaient les unes sur les autres comme des serpents musculeux, s’estompaient en un vague brouillard comme la spirale des nébuleuses sur des cartes astronomiques…Que se passait-il dans les renflements de ces grises circonvolutions? On savait tout des lointaines nébuleuses, mais sur elles on ne savait rien. »

Arthur Koestler

 

Echouer si prés du but. On ne peut échouer avant d’avoir commencé la traversée et quel meilleur endroit pour s’échouer que prés de ce que l’on convoite. Se noyer à deux brasses de la plage, c’est déjà sentir la douceur du sable et sa chaleur. Tant d’autres ont coulé en pleine mer.

 

Par la vitre je le vois, assis seul sur un banc entre Canal du Midi et Garonne, entre deux eaux. Aussitôt, je deviens lui et je regarde passer le train dans lequel une silhouette me regarde, assis seul sur un banc…

 

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décembre

Jeudi 7 décembre

Ça s’est produit quand? On ne me dit rien. Personne ne m’a averti, je m’en rends compte seulement maintenant mais ça a du commencer bien avant. Tout ce temps insouciant! Mais je me serai préparé, je sais pas moi, il existe peut-être des lieux où on s’entraîne , où l’on dit progressivement la vérité, comme à de grands malades. Bref, il paraît que je vieillis, que dis-je, je suis vieux et on me dit que ça va s’aggraver, que c’est incurable, que c’est normal, que c’est comme ça depuis toujours. Je l’apprends brutalement, on ne nous dit jamais rien…

 

Encore une fois, je me fais l’effet d’un dinosaure avec mon livre, tout le train n’est que visages bleutés par les écrans et oreillettes blanches. De plus, j’écris, ce qui s’apparente à de la provocation. On va sûrement me demander d’arrêter. Le bruit de mon Bic tapotant la page doit être assourdissant.

 

A vrai dire, j’ai mon smartphone à portée de main. Au moindre regard hostile, je peux le dégainer et faire semblant de textoter des deux pouces, ce que je suis incapable de faire en réalité.

 

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