posts de novembre 2017


novembre

Jeudi 30 novembre

Winter is over

N’ai-je craqué que pour le bruit de tes pas dans la neige ?

N’ai-je fondu que pour le reflet du soleil sur ton visage ?

N’ai-je rien oublié dans le blanc de tes yeux bleus-glacier ?

 

Snow-Yayoi-Kusama

novembre

Mercredi 29 novembre

La neige s’annonce en moi par un froid interne, un frisson venu de mon squelette, de l’intérieur de mes os dont le blanc semble reconnaître celui qui se prépare à tomber du ciel.

 

Film au cinéma

Plus de cigarettes

Ecran de fumée

 

Les rails nous mènent immanquablement à destination comme la vie à la mort. Il n’y a pas d’aiguillage.

 

Claude_Monet_-_The_Magpie_

novembre

Mardi 28 novembre

Je suis né trois fois, car fervent jusqu’au bouddhiste, je crois à la réincarnation.

Après une mort très banale, un suicide par pendaison dans le grenier de mon grand-père avec une superbe paire de bretelles rouge qui me valut une fracture du crâne fatale, je me retrouvai cerf en octobre bramant « biche oh ma biche » dans une forêt de Sologne.

Hélas, les aboiements furieux des chiens, le son du cor au fond des bois, les redingotes rouges, la dague me rasant de trop prés, et mes dix cors se retrouvèrent accrochés au-dessus de la cheminée d’un descendant de Frank Alamo.

La deuxième fois, je fus chat fredonnant « à la mi-août, c’est tellement plus romantique » au milieu du mois de décembre et traversant l’autoroute A 75, pour aller retrouver une minette siamoise, réincarnation d’une jumelle japonaise morte d’une opération de l’appendicite assez proche d’un seppuku traditionnel. Je n’eus pas le temps de reconnaître la marque des pneus qui me transformèrent en descente de lit du pauvre devant un insert à bois Godin, à Chamalières, banlieue de Clermont-Ferrand.

La troisième me vit mante religieuse mâle, en prière et chantant « plus prés de toi mon dieu » dans le cloître de Moissac. Ma rencontre avec une femelle me fit perdre la tête tant l’amour peut être dévorant.

Actuellement, je suis en stand by dans une sorte de salle d’attente, un tunnel orange dans lequel une secrétaire au crâne rasé m’a laissé entendre que je ne gravirai pas l’échelle des espèces et que je pouvais espérer au mieux l’enveloppe diaphane d’un papillon monarque, le corps bleu d’une mouche à viande ( de quoi croire encore à la chair ) voire l’anatomie d’une puce de plancher. Connaissez-vous la vie amoureuse des puces de plancher ? ….:::!

 

Hunt_in_the_forest_by_paolo_uccello

 

novembre

Lundi 27 novembre

Ombres chinoises des arbres sur le rose de l’aube, gelée blanche éclairant la nuit finissante, éclairs métalliques des flaques glacées dans les chemins creux… On peut préférer les matins d’hiver à la campagne aux pare-brises grattés fébrilement par des automobilistes endormis.

 

« Du coup », nouveau tic de langage à grand succés. Et, du coup, j’ai oublié de parler de la girafe, qui pour le coup et, bien que muette, sait de quoi elle cause.

 

Et du lapin, qui, du coup, a toujours mal à la nuque.

 

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novembre

Samedi 25 novembre

Livre de la semaine

Terminus radieux

Antoine Volodine

Seuil

« Le vent de nouveau s’approcha des herbes et il les caressa avec une puissance nonchalante, il les courba harmonieusement et il se coucha sur elles en ronflant, puis il les parcourut plusieurs fois, et, quand il en eut terminé avec elles, leurs odeurs se ravivèrent, d’armoises-savoureuses, d’armoises-blanches, d’absinthes. »

 

991713037

 

novembre

Vendredi 24 novembre

« Nous sommes tous nés pour le mal. »

Baudelaire

 

La jeunesse est fascinante parce qu’elle ne sait rien de ce qui va la détruire. Ce n’est pas qu’elle ne veuille pas le savoir mais elle ne peut se le représenter. Elle n’a pas accés au mot fin.

 

J’écris le plus souvent dans le train. Je suis sur des rails et de ce fait, mes mots n’ont plus qu’à les suivre.

 

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novembre

Jeudi 23 novembre

« S’il pouvait penser, le coeur s’arrêterait. »

Fernando Pessoa

 

Il laissait des mots partout sur son passage, griffonnées, lancés, tracés sur le sol ou appliqués à même les murs. On le suivait à la trace, on balayait derrière lui. Parfois, quelqu’un le rattrapait- Vous avez oublié ceci – Non, non, ceci n’est pas à moi, ceux-ci non plus, ce sont des mots perdus, des mots pour tout le monde, des mots tombés dans les oreilles et les yeux de ceux qui les aiment encore.

 

Présence, Absence, ces deux pôles rythment toute notre vie.

 

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novembre

Mercredi 22 novembre

« Et à quoi reconnait-on que l’on est amoureux? c’est très simple. on est amoureux quand on commence à agir contre son intérêt. » 

« L’amour en fuite. » François Truffaut

 

Le brouillard a un énorme avantage, il nous cache le monde. Seul, le premier plan nous apparaît et cette absence de profondeur simplifie toutes choses comme dans un tableau d’avant la découverte de la perspective.

 

Je me suis endormi. Je me réveille, toujours bercé par les cahots du train. Il fait sombre, je suis seul, le train poursuit sa course de machine. Un instant, je suis partout sur la planète allant vers une ville inconnue, je suis tous les voyageurs rentrant chez eux, guettant par la vitre des lumières familières et n’apercevant qu’un croissant de lune pâle sur le noir profond de la nuit.

 

john virtue

novembre

Mardi 21 novembre

« Ne demande jamais ton chemin à celui qui le connaît. Tu risquerais de ne pas t’égarer. »

Rabbi Nahman de Bratslav

 

Ma mère disait que nous étions des « gens des brouillards ». Le train traverse le bourg où elle vit le jour (malgré la brume) et une purée de pois qui dissimule presque entièrement la gare lui donne raison.

 

On dit que certains, dont je fais partie, tueraient père et mère pour un jeu de mots. C’est parce que ce sont eux qui nous en donnent le goût, leur mort ne fais qu’entériner ce plaisir du verbe. Ce qui reste d’eux, c’est le langage, ce sont leurs paroles et singulièrement, ces jeux avec les mots. Ces jeux m’ont appris très tôt que parler ne sert pas à communiquer mais à exister.

 

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novembre

Lundi 20 novembre

« Il est grand temps de rallumer les étoiles. »

Guillaume Apollinaire

 

Je viens de quitter mon boulanger, j’ai décidé de publier la lettre de rupture:

Cher vieux croûton,

L’heure de la retraite n’a pas encore sonnée mais j’entends d’autres sons de cloche, oui, ailleurs l’herbe est plus verte et le pain moins pâlichon.
Je pars, je me tire, je me casse, je ne m’arrache pas car rien ne me retenais plus, aucune racine ne me nourrissait.
Plus de gagne-pain certes, mais ma mie prés de moi tous les jours et que de pains perdus en perspective !
Je ne vous salue pas, les départs gagnent à être rapides et déjà, votre silhouette barrée à mi-tronc s’estompe derrière votre comptoir.
Resteront des miettes de souvenir vite balayées par le vent de printemps courbant doucement le blé en herbe…

 

Elle a succombé à son charme. Alors qu’elle passait sous ses frondaisons comme chaque matin, ce bel arbre lui est tombé dessus.

 

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novembre

Samedi 18 novembre

Livre de la semaine

L’intranquille

Gérard Garouste

L’iconoclaste

« Quand Isabelle, la dame qui s’occupait de lui, m’a appelé en pleurs, je suis parti vers Bourg-la-Reine et la maison de meulière, 15, avenue de Bellevue. »

 

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novembre

Vendredi 17 novembre

« Je commence à douter de la justice de mon pays. »

Henri-Désiré Landru, lettre à Jean-Baptiste Botul, in « Landru précurseur du féminisme. »

Cité par Charles Dantzig (Encyclopédie capricieuse du tout et du rien)

 

On ne sait jamais rien d’autrui, ses pensées nous sont toujours fermées, ses regards ne reflètent pas son âme, son sourire flotte comme son attention à notre égard, vouloir déchiffrer ses gestes est pure chimère; restent ses paroles et leurs sens multiples pour poursuivre une découverte impossible.

 

Les branches alourdies par la pluie fouettent les vitres du train comme pour le faire aller plus vite. C’est sans effet sur ce tortillard.

 

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novembre

Jeudi 16 novembre

« Que je suis loin de qui je fus il y a quelques instants! »

Fernando Pessoa

 

Quelque chose manque et manquera toujours. La détresse, c’est le manque dans ce qu’il a de plus archaïque. C’est le (re) vécu d’un passé où « je » n’étais pas encore, où nous étions en attente d’être. C’est notre préhistoire, cette ère où n’existaient que le plein de la plénitude ou un vide impensable.

 

Bipèdes, curieuse façon de se déplacer sur ces deux appendices instables là où quatre pattes seraient bien plus adaptées. Ne nous plaignons pas, la station debout a libéré deux bras pour amortir nos chutes et renouer enfin avec la quadrupédie.

 

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novembre

Mercredi 15 novembre

Je le revois derrière son immense bureau. Petit, légèrement voûté, le regard fuyant, le verbe bas, le geste hésitant. Il travaillait dans l’assurance.

 

Je ne suis pas dans le sens de la marche. Je regarde vers ce qui disparaît, je ne sais rien de ce qui arrive. Mon dos ouvre un avenir aveugle.

 

L’automne est la saison terre à terre. Celle où la pluie, les feuilles, la glaise forment une boue odorante dans laquelle on s’enlise à chaque pas. C’est la saison de l’inhumation.

 

Autumn Tree (painted silk)

novembre

Mardi 14 novembre

« Ma grand-tante Pulcella, 108 ans, ne va pas fort depuis quelques jours. Elle ne supporte plus son prénom. »

Eric Chevillard ( L’autofictif)

 

Ecrire c’est déposer, poser à terre tout ce qui est à taire, ce qui n’est pas oralisable.

 

Il y a souvent un chêne solitaire au beau milieu d’un champ, c’est sûrement ce beau milieu qui l’a incité à y croître. Au reste, on ne s’installe pas assez souvent au beau milieu d’une pièce. Il y a toujours une table qui nous en empêche.

 

Courbet

novembre

Lundi 13 novembre

« Affligé depuis toujours d’une vision un peu courte, je viens de faire l’acquisition d’un chien de myope-les chiens de myope se recrutent parmi les animaux désireux de devenir chiens d’aveugle mais qui ont échoué de justesse aux tests de sélection. Je lui demande peu de choses et n’ai recours à ses services que lorsque je me rends au cinéma voir un film en version originale (il me lit les sous-titres). »

Eric Chevillard 

 

Et toujours ces peupliers bien rangés, bien dressés, en ordre de bataille. Leurs troncs défilent derrière la vitre, des feuilles mortes jonchent le sol. quels combats ont eu lieu dans ces peupleraies immobiles?

 

Un temps de parapluie retourné. Je marche vers la gare accompagné d’un brumisateur permanent. Cette pluie fine ne donne jamais l’impression de tomber; elle vole et, de ce fait, se pose partout.

 

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novembre

Samedi 11 novembre

Livre de la semaine

Vie secrète

Pascal Quignard

Gallimard

« Les fleuves s’enfoncent perpétuellement dans la mer. Ma vie dans le silence. Tout âge est aspiré dans son passé comme la fumée dans la nuit. »

 

quignard

 

novembre

Vendredi 10 novembre

« J’ai fait d’étranges réflexions, chère Muse, sur le coeur des hommes et sur celui des femmes. Décidément, ce n’est pas le même, on a beau dire. »

Gustave Flaubert à Louise Colet

 

Hier est un autre jour.

 

Nous avons cru vaincre l’obscurité et nos nuits ne sont plus noires. Mais ce noir perdu nous hante; nous savons encore qu’il y avait là, peut-être, une réponse à nos angoisses et un refuge où bercer nos chagrins.

 

Newman

 

 

novembre

Jeudi 9 novembre

« Imaginez Beethoven aveugle, quel merveilleux peintre il aurait fait! »

Eric Chevillard

 

Elle se mouche discrètement par petits souffles de nez rapides et allez savoir pourquoi, c’est charmant!

 

Mettre la rencontre, le désir, l’amour, en équations et algorithmes, c’est ce que proposent de pseudo-scientifiques à la télévision. L’être humain semble s’acharner à se débarasser de ce qui le rend humain et semble de plus en plus fasciné par un devenir robotisé où enfin tout sera prévisible et balisé.

 

Roman-Opalka-Details

 

novembre

Mercredi 8 novembre

« Je suis venu de loin. J’ai souffert des maux effrayants et j’ignore ce que me réserve encore mon passé. »

Toukaram

 

L’autre devrait toujours rester une interrogation. C’est quand il devient une réponse que les difficultés commencent.

 

Le secret n’est plus que professionnel, la transparence morbide des réseaux sociaux l’a fait disparaître de nos vies. Peut-être reste-t-il quelques jardins où de rares amateurs le cultivent encore.

 

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