posts de novembre 2017


novembre

Mercredi 22 novembre

« Et à quoi reconnait-on que l’on est amoureux? c’est très simple. on est amoureux quand on commence à agir contre son intérêt. » 

« L’amour en fuite. » François Truffaut

 

Le brouillard a un énorme avantage, il nous cache le monde. Seul, le premier plan nous apparaît et cette absence de profondeur simplifie toutes choses comme dans un tableau d’avant la découverte de la perspective.

 

Je me suis endormi. Je me réveille, toujours bercé par les cahots du train. Il fait sombre, je suis seul, le train poursuit sa course de machine. Un instant, je suis partout sur la planète allant vers une ville inconnue, je suis tous les voyageurs rentrant chez eux, guettant par la vitre des lumières familières et n’apercevant qu’un croissant de lune pâle sur le noir profond de la nuit.

 

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novembre

Lundi 20 novembre

« Il est grand temps de rallumer les étoiles. »

Guillaume Apollinaire

 

Je viens de quitter mon boulanger, j’ai décidé de publier la lettre de rupture:

Cher vieux croûton,

L’heure de la retraite n’a pas encore sonnée mais j’entends d’autres sons de cloche, oui, ailleurs l’herbe est plus verte et le pain moins pâlichon.
Je pars, je me tire, je me casse, je ne m’arrache pas car rien ne me retenais plus, aucune racine ne me nourrissait.
Plus de gagne-pain certes, mais ma mie prés de moi tous les jours et que de pains perdus en perspective !
Je ne vous salue pas, les départs gagnent à être rapides et déjà, votre silhouette barrée à mi-tronc s’estompe derrière votre comptoir.
Resteront des miettes de souvenir vite balayées par le vent de printemps courbant doucement le blé en herbe…

 

Elle a succombé à son charme. Alors qu’elle passait sous ses frondaisons comme chaque matin, ce bel arbre lui est tombé dessus.

 

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novembre

Samedi 18 novembre

Livre de la semaine

L’intranquille

Gérard Garouste

L’iconoclaste

« Quand Isabelle, la dame qui s’occupait de lui, m’a appelé en pleurs, je suis parti vers Bourg-la-Reine et la maison de meulière, 15, avenue de Bellevue. »

 

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novembre

Vendredi 17 novembre

« Je commence à douter de la justice de mon pays. »

Henri-Désiré Landru, lettre à Jean-Baptiste Botul, in « Landru précurseur du féminisme. »

Cité par Charles Dantzig (Encyclopédie capricieuse du tout et du rien)

 

On ne sait jamais rien d’autrui, ses pensées nous sont toujours fermées, ses regards ne reflètent pas son âme, son sourire flotte comme son attention à notre égard, vouloir déchiffrer ses gestes est pure chimère; restent ses paroles et leurs sens multiples pour poursuivre une découverte impossible.

 

Les branches alourdies par la pluie fouettent les vitres du train comme pour le faire aller plus vite. C’est sans effet sur ce tortillard.

 

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novembre

Jeudi 16 novembre

« Que je suis loin de qui je fus il y a quelques instants! »

Fernando Pessoa

 

Quelque chose manque et manquera toujours. La détresse, c’est le manque dans ce qu’il a de plus archaïque. C’est le (re) vécu d’un passé où « je » n’étais pas encore, où nous étions en attente d’être. C’est notre préhistoire, cette ère où n’existaient que le plein de la plénitude ou un vide impensable.

 

Bipèdes, curieuse façon de se déplacer sur ces deux appendices instables là où quatre pattes seraient bien plus adaptées. Ne nous plaignons pas, la station debout a libéré deux bras pour amortir nos chutes et renouer enfin avec la quadrupédie.

 

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novembre

Mercredi 15 novembre

Je le revois derrière son immense bureau. Petit, légèrement voûté, le regard fuyant, le verbe bas, le geste hésitant. Il travaillait dans l’assurance.

 

Je ne suis pas dans le sens de la marche. Je regarde vers ce qui disparaît, je ne sais rien de ce qui arrive. Mon dos ouvre un avenir aveugle.

 

L’automne est la saison terre à terre. Celle où la pluie, les feuilles, la glaise forment une boue odorante dans laquelle on s’enlise à chaque pas. C’est la saison de l’inhumation.

 

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novembre

Mardi 14 novembre

« Ma grand-tante Pulcella, 108 ans, ne va pas fort depuis quelques jours. Elle ne supporte plus son prénom. »

Eric Chevillard ( L’autofictif)

 

Ecrire c’est déposer, poser à terre tout ce qui est à taire, ce qui n’est pas oralisable.

 

Il y a souvent un chêne solitaire au beau milieu d’un champ, c’est sûrement ce beau milieu qui l’a incité à y croître. Au reste, on ne s’installe pas assez souvent au beau milieu d’une pièce. Il y a toujours une table qui nous en empêche.

 

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novembre

Lundi 13 novembre

« Affligé depuis toujours d’une vision un peu courte, je viens de faire l’acquisition d’un chien de myope-les chiens de myope se recrutent parmi les animaux désireux de devenir chiens d’aveugle mais qui ont échoué de justesse aux tests de sélection. Je lui demande peu de choses et n’ai recours à ses services que lorsque je me rends au cinéma voir un film en version originale (il me lit les sous-titres). »

Eric Chevillard 

 

Et toujours ces peupliers bien rangés, bien dressés, en ordre de bataille. Leurs troncs défilent derrière la vitre, des feuilles mortes jonchent le sol. quels combats ont eu lieu dans ces peupleraies immobiles?

 

Un temps de parapluie retourné. Je marche vers la gare accompagné d’un brumisateur permanent. Cette pluie fine ne donne jamais l’impression de tomber; elle vole et, de ce fait, se pose partout.

 

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novembre

Samedi 11 novembre

Livre de la semaine

Vie secrète

Pascal Quignard

Gallimard

« Les fleuves s’enfoncent perpétuellement dans la mer. Ma vie dans le silence. Tout âge est aspiré dans son passé comme la fumée dans la nuit. »

 

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novembre

Vendredi 10 novembre

« J’ai fait d’étranges réflexions, chère Muse, sur le coeur des hommes et sur celui des femmes. Décidément, ce n’est pas le même, on a beau dire. »

Gustave Flaubert à Louise Colet

 

Hier est un autre jour.

 

Nous avons cru vaincre l’obscurité et nos nuits ne sont plus noires. Mais ce noir perdu nous hante; nous savons encore qu’il y avait là, peut-être, une réponse à nos angoisses et un refuge où bercer nos chagrins.

 

Newman

 

 

novembre

Jeudi 9 novembre

« Imaginez Beethoven aveugle, quel merveilleux peintre il aurait fait! »

Eric Chevillard

 

Elle se mouche discrètement par petits souffles de nez rapides et allez savoir pourquoi, c’est charmant!

 

Mettre la rencontre, le désir, l’amour, en équations et algorithmes, c’est ce que proposent de pseudo-scientifiques à la télévision. L’être humain semble s’acharner à se débarasser de ce qui le rend humain et semble de plus en plus fasciné par un devenir robotisé où enfin tout sera prévisible et balisé.

 

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novembre

Mercredi 8 novembre

« Je suis venu de loin. J’ai souffert des maux effrayants et j’ignore ce que me réserve encore mon passé. »

Toukaram

 

L’autre devrait toujours rester une interrogation. C’est quand il devient une réponse que les difficultés commencent.

 

Le secret n’est plus que professionnel, la transparence morbide des réseaux sociaux l’a fait disparaître de nos vies. Peut-être reste-t-il quelques jardins où de rares amateurs le cultivent encore.

 

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novembre

Mardi 7 novembre

« Car quelle fin à ces solitudes où la vraie clarté ne fut jamais, ni l’aplomb, ni la simple assise, mais toujours ces choses penchées glissant dans un éboulement sans fin, sous un ciel sans mémoire de matin ni espoir de soir. »

Samuel Beckett

 

Les japonais désignent la femme aimée ainsi: « Mekake » qui signifie littéralement « Suspendue, accrochée aux yeux. » Me kakeru.

 

« Je m’appelle toujours madame Haulain? » demande madame Haulain. Oui, c’est toujours et encore vous, madame Haulain. La voilà rassurée quant à sa permanence et son identité certes, mais n’y a-t-il pas aussi de la lassitude dans cette question?

 

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novembre

Lundi 6 novembre

« Les hommes n’ayant pu guérir la mort, la misère, l’ignorance, se sont avisés pour se rendre heureux de n’y point penser. »

Pascal

 

Les nuits de novembre tombent sournoisement et enveloppent d’un noir glacial notre environnement familier. Nous sommes alors renvoyés aux peurs de notre enfance et à celles de l’aube de l’humanité avec cette terrifiante question: et si la lumière du soleil nous avait abandonnés? 

 

L’avion aurait dû se poser sur ces nuages si denses, si blancs, nous laisser là dans la ouate, rêver et dormir. Oublier l’atterrissage, le plancher vache, rester au-dessus du trop de réalité qui attend.

 

Magritte

 

novembre

Dimanche 5 novembre

Les pins parasols de Rome protègent aussi de la pluie. Leur vert persistant sur l’ocre des facades est une des images que je garderai du séjour.

 

Le selfie est devenu une véritable pathologie, une sorte de folie partagée. Les heures de voyage, d’attente n’ont plus qu’un seul but: déployer une perche et sourire éperdument à son image avec en fond, et de façon purement décorative, les plus belles oeuvres du génie humain.

 

Claude Lorrain -ruins-of-the-roman-forum

 

novembre

Mercredi 1er novembre

« L’amour est une folie de l’échange. »

Pascal Quignard

 

Picasso le peintre et son modèle

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