posts de mai 2017


Mai…

Mercredi 31 mai

« Parler n’est pas communiquer. Parler n’est pas s’échanger et troquer -des idées, des objets-, parler n’est pas s’exprimer, désigner, tendre une tête bavarde vers les choses, doubler le monde d’un écho, d’une ombre parlée; parler c’est d’abord ouvrir la bouche et attaquer le monde avec, savoir mordre. »

Valère Novarina

 

La campagne, le vert partout, les chemins blancs, les collines solitaires, les maisons basses. Puis des petits bois, des arbres répartis au hasard, le ciel peint par dessus, tout est d’une grande banalité, parfaitement en place. tout allège et cicatrise le regard.

 

Sensation soudaine d’être frôlé, d’une présence à mes cotés, je me retourne, rien. Mon ange gardien a du laisser traîner ses ailes.

 

thewoundedangelhugo simberg

Mai…

Mardi 30 mai

« Homo festivus est en effet cet individu très spécial qui exige les roses sans épines, le génie sans la cruauté, le soleil sans les coups de soleil, le marxisme sans dogmatisme, les tigres sans les griffes et la vie sans la mort. »

Philippe Muray

 

Il y a belle lurette que ce beau lérot râblé râle à l’heure du lever.

 

Mon coiffeur est très rébarbatif et c’est bien ce que je lui demande.

 

Hodler Ferdinand autoportrait

Mai…

Lundi 29 mai

Tchouang Tseu rêva qu’il était papillon, voletant, heureux de son sort, ne sachant pas qu’il était Tchouang Tseu. Il se réveilla soudain et s’aperçut qu’il était Tchouang Tseu.

Il ne savait plus s’il était Tchouang Tseu qui venait de rêver qu’il était papillon ou s’il était un papillon qui rêvait qu’il était Tchouang tseu.

 

Roland-Garros à l’EHPAD. Des balles de tennis, une fois percées, sont fixées aux pieds des déambulateurs pour leur éviter de grincer sur le sol. Les couloirs sont ainsi parcourus de balles jaunes silencieuses poussées par René Lacoste et Suzanne Lenglen.

 

Dans mon enfance, on ne disait pas ôter un vêtement mais le quitter, on s’en séparait en effet. C’est ce que ma mère disait en écorchant un lapin, « on quitte le tricot au lapin »; ce qui me rassurait à moitié devant cette chair rose mise à nue, ce déshabillage radical et mortuaire.

 

soutine boeuf ecorché

Mai…

Dimanche 28 mai

« La nuit n’est peut-être que la paupière du jour. »

Omar Khayyâm

 

Tic de langage énervant: « Carrément! »

« Tu vas bien? »- « Carrément! »

Alors que « Rondement! » conviendrait bien mieux.

 

« Ça me parle! », expression récurrente très agaçante et assez étonnante si l’on songe que la dernière personne à l’avoir employée, à juste titre, est Jeanne d’Arc.

 

Rothko, Untitled, Black on gray, Guggenheim, 1970

Mai…

Samedi 27 mai

« Aucun des gestes de Monsieur Knott ne pouvait passer pour caractéristique sinon peut-être celui qui consistait en l’obturation simultanée des cavités de la face, les pouces dans la bouche, les index dans les oreilles, les auriculaires dans les narines, les annulaires dans les yeux et les majeurs, aptes en temps de crise à activer la cérébration, posés contre les tempes. »

Samuel Beckett

 

C’est une très belle soirée que nous souhaite le présentateur télé, moi qui me préparais à passer une simple bonne soirée, je suis décontenancé et déjà un peu déçu par ce qui m’attend.

 

La montée de l’intégrisme touche toutes les religions. Les jusqu’au bouddhistes ne sont pas en reste et veulent rendre la réincarnation obligatoire.

 

Francis Bacon , portrait Lucian Freud

Mai…

Vendredi 26 mai

« Comment ne pas être frappé par la simultanéité de cette entreprise de ratissage de la forêt mentale avec l’anéantissement de certaines forêts d’Amérique du Sud sous le prétexte d’y faire passer des autoroutes?

Et comment douter qu’à la rupture des grands équilibres biologiques qui s’en est suivie ne correspond pas une rupture comparable des grands équilibres sensibles dans lesquels notre pensée trouvait encore à se nourrir? »

Annie Lebrun

 

Fermer les yeux n’est pas se couper du monde mais en découvrir un autre, celui qui est derrière les paupières, celui des images mentales et des rêves. Le monde perdu de l’intériorité.

 

La bergeronnette grise se souvient qu’elle était un dinosaure, c’est pour cela qu’elle persiste à marcher une patte devant l’autre, imaginant qu’elle fait trembler les allées du parc bordelais.

 

The Poringland Oak c.1818-20 by John Crome 1768-1821

 

Mai…

Jeudi 25 mai

Coccinelle

Une petite tortue qui tout d’un coup s’envole

Cochon 

Tout est beau, il faut parler du cochon comme d’une fleur

Chat

L’idéal du calme est un chat assis

Tweets de Jules Renard

 

Dominique

Un chien errant, qui montre parfois des crocs usés par les échecs

Eric

Un grizzli mégalomane et doucement tyrannique

Laure

Un suricate confus aux rires tragiques

 

Prêcher dans le désert. Il y a toujours la possibilité qu’un fennec dresse l’oreille.

 

Van Dongen the-corn-poppy-1919

 

Mai…

Mercredi 24 mai

« Vivre est un exercice qui chaque jour rature l’habitude. »

Bernard Noël

 

Le train file dans la brume au milieu des vignes grillées par le gel. Je sais où il va, je sais où je descends mais je préférerais l’ignorer ce matin et foncer, immobile, sans objet, puis me réveiller en gare inconnue dans un tableau de Delvaux. 

 

Il se prend tellement au sérieux que lorsqu’il rit il croit que c’est quelqu’un d’autre.

 

Lotto lorenzo Portrait de jeune homme à la lampe 1508

 

Mai…

Mardi 23 mai

« Quand le soleil de la culture est bas sur l’horizon, même les nains projettent de grandes ombres. »

Karl Krauss

 

Je parle avec madame C. atteinte de la maladie d’Alzheimer. Est-ce une discussion? Pas vraiment, un entretien? encore moins, un échange? à peine. Et pourtant, nous communiquons.

Je n’aime pas le terme de communication non verbale, la communication est toujours verbale chez l’être humain. Nous nageons dans le Verbe toute notre vie, nous sommes parlés avant que d’être et cités après notre mort. Un regard, un geste, un sourire, c’est de la parole, en tout cas de la pensée qui va avec. C’est du sous-entendu, du qui en dit long, du qui évoque ou équivoque.

Madame C. et moi, nous bavardons.

 

Le sommeil nous emporte loin tout de même et pour des voyages ahurissants. Nous sommes bien naïfs de nous abandonner ainsi tous les soirs persuadés que le matin nous trouvera semblables et à la même place.

 

Dali the-persistence-of-memory

 

Mai…

Lundi 22 mai

« La célébrité, la gloire, l’admiration de tous…bah…notre vanité n’en peut déjà plus quand la boule s’arrête sur le cochonnet. »

Eric Chevillard

 

Toujours cette fascination pour le beau temps, le bleu de carte postale, le ciel d’azur uniforme, comme aux ordres, sans personnalité. Un ciel vide, infantile avec son soleil jaune. 

Alors que ce matin, c’est Turner qui l’a peint et c’est autre chose, vraiment autre chose.

 

Il n’a pu résister longtemps, peut-être la nuit dernière, une nuit sans lune. Le voilà qui s’approche des rails, son énorme clé à molette à la main, il l’a repéré, c’est le plus faible, il a l’habitude. Il affirme son étreinte et desserre, le malheureux n’oppose qu’une faible résistance. 

Pas un cri, pas un témoin, le troisième écrou est emporté dans la nuit…

 

PaulDelvaux 1

Mai…

Dimanche 21 mai

« L’aube! Le soleil! La lumière! Ha! Les lents jours d’azur pour sa tête, ses flancs, et les petits sentiers pour ses pieds, toute cette clarté à tâter et à prendre. »

Samuel Beckett

 

Tous les amputés nous renvoient à la question de la complétude, de la perte et du statut de notre corps. Si je peux perdre mes quatre membres et être encore moi, qu’en est-il de ces morceaux? Que deviennent-ils une fois séparés du corps? Des abattis à numéroter avant leur dispersion ou une avant-garde du cadavre à venir?

Et pourtant, une simple rotule retrouvée dans une tombe évoque aussitôt l’être humain complet à qui elle appartenait.

 

Plus nous vieillissons, plus le printemps étonne et exaspère avec cette manie de toujours tout recommencer, lui.

 

Claude_Monet_-_Graystaks_I

 

Mai…

Samedi 20 mai

Les mots viennent rarement tout seuls, il faut parfois aller les chercher dans des lieux sombres et reculés puis les réveiller, les apprêter et les fixer rapidement sur la page. Ils se débattent alors et tentent de s’enfuir, une seule solution: les achever d’un trait de plume.

 

Je veux que mes cendres soient dispersées au-dessus d’un volcan, peléen de préférence mais un strombolien fera très bien l’affaire. Je tiens à rester incognito.

 

La solitude présente l’avantage de nécessiter un minimum de personnes pour en jouir.

 

Schiele Egon (2)

Mai…

Vendredi 19 mai

« Poète est celui qui se sert des mots moins pour dévoiler leur sens immédiat que pour les contraindre à livrer ce que cache leur silence. » 

Arthur Adamov

 

Passer entre les doutes est nécessaire pour affronter la pluie de « Mais…

 

Une feuille de platane large et verte tombe à mes pieds. Elle ne passera pas l’été et sa chute précoce produit une accélération du temps soudaine qui me laisse vaguement inquiet.

 

le_chene_foudroye_1638._jan_josephsz_van_goyen_0

Mai…

Jeudi 18 mai

Le mai le joli mai en barque sur le Rhin

Des dames regardaient du haut de la montagne

Vous êtes si jolies mais la barque s’éloigne

Qui donc a fait pleurer les saules riverains

Guillaume Apollinaire

 

Brume ce matin sur les zones humides du libournais. Envie de se glisser dans leurs écharpes et d’y passer la matinée jusqu’à me dissiper.

 

L’urne funéraire a rendu son verdict, c’est l’abstention qui a gagné.

 

Claude Monet_dejeunersurlherbe

Mai…

Mercredi 17 mai

« Les balbuzards et les mouettes disent que l’océan qui rompt enfin la digue qu’il bat et qui enfin se répand dans les rues est heureux. »

Pascal Quignard

 

Après le combat, il porte les traces de sa victoire dans chaque membre et il ne sait si la fatigue qui l’envahit est un adversaire de plus ou la compagne de la journée à venir.

 

Des « vies minuscules » se prolongent à chaque étage de l’EHPAD. Des vies à garder en vie jusqu’à leur fin. Des vies à écouter. Le récit encore et toujours. Seul, l’être humain se raconte.

 

Mantegna

Mai…

Mardi 16 mai

« Bref, j’avais plus rien, j’avais plus de note, j’avais plus de mot j’avais plus que bref pour raconter la fuite de la partie de vie qui m’était toute partie. »

Valère Novarina

 

« Nos vies sont désormais tangentes à l’absence de Dieu, elles expérimentent le drame de la créature déchue en individu. »

Pierre Michon

Nous étions des créatures célestes en puissance ou vouées aux enfers, promises à un avenir. Nous voilà condamnés à disparaître de la façon la plus définitive qui soit, laissant au mieux une traînée de bave bientôt sèche comme témoin de notre reptation sur terre.

 

S’il te plaît, récite moi un mouton, j’ai pas sommeil.

 

Hans_Hartung-Art_-_774_

Mai…

Lundi 15 mai

Un nouvel écrou a disparu ( si toutefois du nouveau peut ne plus être là ), ôté de la voie ferrée à Montmoreau et toujours aucun indice. C’est pas que je les compte mais j’attends le train et mon regard se porte forcément sur les traverses et les rails.

Je vais pas jusqu’à y coller mon oreille, pas encore.

 

J’avais pensé à un maniaque, collectionneur d’écrous. Il y a sûrement un nom très compliqué, comme pour les porte-clés, pour désigner les collectionneurs d’écrous.

Un psychopathe qui les déroberait la nuit entre deux passages de TGV, et les emporterait pour les visser de force sur des boulons non consentants.

 

Ou alors, un cheminot. LE petit cheminot, qui les sème ensuite pour retrouver sa voie.

 

Yue Minjun

Mai…

Dimanche 14 mai

« Mais il y a déjà si longtemps que je compte sur l’avenir. »

Emmanuel Bove

 

C’est dans la combe verte que j’empierre ce chemin plein d’ornières qui ne mène nulle part sinon à moi.

 

Cette femme muette au râble appétissant est invitée au mariage de la carpe et du lapin.

 

Giorgione La tempête 1508

 

Mai…

Samedi 13 mai

« Agir, c’est connaître le repos. »

Fernando Pessoa

 

Blanc: examen blanc, balle à blanc, mariage blanc, manteau blanc, page blanche. Le blanc n’a rien d’innocent. Il peut noircir à tout moment.

Le blanc est la couleur de l’attente.

 

Le vent froid de la nuit le réveilla, la fenêtre ouverte laissa entrer une ombre terrifiante qui lui ressemblait. Quand elle fut sur lui, il hurla et elle devint le visage de sa mère qui se penchait sur lui, enfant.

 

campin 1435

Mai…

Vendredi 12 mai

« Il ne s’agit pas de savoir si je parle de moi de façon conforme à ce que je suis, mais si quand je parle, je suis le même que celui dont je parle. » Freud Sigmund

Quand on écrit, on perçoit bien cet écart. Je relis les phrases d’un autre.

 

Il est dos au mur et devant lui s’ouvre un précipice. Rien d’extraordinaire. Comme tout le monde, il ne peut faire machine arrière et il ne sait rien de son avenir.

 

La tortue arrive juste au moment où la salade parvient à maturité.

 

PZ 401-013-1485

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